RELIGIONS ET CROYANCES

Eucharistie et Libération


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"Embrasser la cause des pauvres ne peut se confondre avec une idéologie quelle qu'elle soit
Suivant en cela l'évangile du jugement chez Matthieu (25,31-46), Chrysostome identifie le Christ lui-même, volontairement, avec le pauvre, l'étranger, l'errant et le nu, le jeté en prison, celui qui souffre l'épuisement. Embrasser la cause des pauvres, des malades, des persécutés commence en Christ et par là-même ne peut se confondre avec une idéologie quelle qu'elle soit.
L'empereur Julien l'Apostat témoigne que de son temps, au IVe siècle, dans la distribution des biens, les chrétiens ne faisaient aucune distinction entre païens et chrétiens. Tous faisaient donc l'objet d'un même amour.
Et cela est manifestement fondé sur l'évangile du jugement dernier, qui dit que le Seigneur jugera tous les peuples, et où il appelle ceux qui ont nourri les pauvres et les autres nécessiteux « les bénis de mon Père » (Matthieu 25,34). Nous sommes ainsi appelés à pratiquer l'amour évangélique à l'égard de tous (Galates 6,10). De même, dans la première épître aux Thessaloniciens : « Poursuivez toujours le bien, soit entre vous, soit envers tous » (5,15). La pensée biblique est opposée à la servitude de la pauvreté et de la misère. De même que l'Eucharistie fait l'Église, l'amour prépare l'humanité entière à devenir l'Église de Dieu."
"Le fait d'être étrangers à l'islam dans le sens dogmatique n'a pas empêché les chrétiens d'être présents dans tous les domaines de la culture arabo-musulmane et d'être parfois créateurs dans tel ou tel espace culturel, notamment la poésie. Je vous donnerai un exemple de cette osmose entre l'islamité culturelle et la foi chrétienne : un grand architecte de mon diocèse a construit en Arabie Saoudite des mosquées qui sont parmi les plus belles du pays."
" « Dis-moi qu'est-ce qui t'appartient et de qui tu l'a pris pour en rester le propriétaire toute ta vie ? » Et il poursuit : « Qui est l'homme qui s'appelle voleur de la communauté ? N'est-ce pas celui qui garde pour lui-même ce qui appartient à tous ? Le pain que tu gardes chez toi est la propriété des affamés, et l'habit que tu déposes dans ton armoire est la propriété des gens nus. »"
"Je sais que, malgré l'évocation de l'Eucharistie, les forts sont insensibles au destin ou à l'équilibre des faibles. Or le péché est essentiellement l'insensibilité. Les forts ne reconnaissent pas que les faibles sont créés à l'image de Dieu, à telle enseigne que certains dirigeants espagnols qui ont gouverné l'Amérique latine se sont demandé si les Indiens avaient une âme. Il a fallu que des prêtres le leur rappellent.
Ailleurs, Golda Meir, Premier ministre d'Israël, a affirmé sans vergogne : « Les Palestiniens, ça n'existe pas. » C'était la logique même des choses, si un peuple veut pratiquer le génocide d'un autre. Le fondement du génocide est forcément l'identification de soi au tout. Les autres, dans l'exercice de la violence, sont le néant. C'est la soif du sang qui rend l'autre inexistant."


rrrr4906@gmail.com
Jeudi 20 Novembre 2008

Y a-t-il une affinité ou une relation entre l'Eucharistie et la libération – ou la recherche de la liberté – sociopolitique ? C'est le thème de cette réflexion.

EUCHARISTIE ET LIBÉRATION
Conférence du métropolite GEORGE (Khodr)

Y a-t-il une affinité ou une relation entre l'Eucharistie et la libération – ou la recherche de la liberté – sociopolitique ? C'est le thème de cette réflexion.
L'assemblée liturgique nous fait devenir le Corps du Christ et l'Épouse du Seigneur
Nous sommes loin du temps où l'on parlait des « fruits de la communion » sur le plan personnel : croissance de la piété, purification, quand le centre du sacrement étant l'individu, au point que l'on communiait, ici ou là, quand on venait à l'église le jeudi saint, sans se soucier de la liturgie… Avec l'éveil de la théologie liturgique nous comprenons davantage l'aspect communautaire de la liturgie, le but de ce sacrement étant la constitution de l'assemblée comme Corps du Christ. Dans la liturgie se forme le peuple de Dieu, la nation sainte, comme dit l'anaphore de saint Basile.
« Seigneur, sauve ton peuple et bénis ton héritage ». Cette bénédiction à la fin de la liturgie de saint Jean Chrysostome comme de celle de saint Basile le Grand, semble signifier que les fidèles dispersés durant la semaine sont maintenant d'une manière beaucoup plus évidente réunis en tant que peuple de Dieu ou, pour prendre une autre image, en tant qu'Épouse du Seigneur.
Le sang du Christ versé une fois pour toutes consomme dans la célébration ces épousailles divines. Le corps du Seigneur, auquel tous les fidèles participent, met fin à leurs différences et à leurs divergences, il les fait devenir son corps, les assimile à son corps, qui siège à la droite du Père. C'est la descente de l'Esprit Saint dans l'assemblée et l'assomption de l'assemblée dans l'Esprit. Cette doctrine n'apporte rien de nouveau à ce qu'a dit l'apôtre Paul : « Parce qu'il n'y a qu'un pain, à plusieurs nous ne sommes qu'un corps, car tous nous participons à un pain unique » (1 Corinthiens 10,17).
Dans le baptême, une seule personne est reçue, et quand, sortant du baptistère, tel que c'était dans l'Église ancienne et comme nous continuons à le chanter dans la liturgie du Samedi saint, elle se joint à l'assemblée et parce qu'elle a « revêtu le Christ » – « Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ » –, elle est intégrée à toute l'Église dans la communion eucharistique, d'une manière plus profonde et plus visible.
Partage des biens et fraction du pain sont intimement liés
Ce que je viens de dire est confirmé par le livre des Actes qui dit des chrétiens : « Ils se montraient assidus à l'enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » (2,42). Le sujet de ces quatre éléments qui faisaient la vie des fidèles, c'est l'assemblée elle-même, et si l'expression « communion fraternelle » désigne la mise en commun des biens des fidèles, il est évident que l'expression « fraction du pain » désigne le rite eucharistique. Nous trouvons là manifestement, que le partage des biens et la fraction du pain étaient intimement liés. Partage du pain ordinaire et du pain céleste se faisaient dans l'assemblée et par les ministres de l'assemblée.
Nous n'avons aucune indication dans l'histoire qui nous dise que ceux qui étaient éloignés du calice pour une certaine période étaient réconciliés par le sacrement de la pénitence. Tout laisse croire qu'une décision de l'évêque leur permettait de participer de nouveau à la communion, c'est-à-dire à leur retour dans l'assemblée des saints. Le chrétien avait donc deux statuts : celui d'un pécheur exclu de la communion, et celui d'un repenti reçu de nouveau dans la communion. Je ne comprends pas le comportement actuel, dans la plupart de nos églises autocéphales, où une certaine partie des fidèles se contente de regarder le calice sans s'en approcher, comme s'ils s'excluaient de leur propre autorité de l'unité des fidèles, comme s'ils retournaient à l'état de catéchumènes.
Je ne comprends pas davantage que l'action caritative dans l'église soit entreprise par des laïcs préposés à cette œuvre, qui communient très rarement, ce qui impliquerait qu'on peut aimer ses frères dans la distribution des biens matériels indépendamment du pain céleste dont on se prive sauf, éventuellement, à Pâques. L'activité caritative devient alors action purement sociale au lieu d'être l'expression d'un amour fraternel nourri au saint calice. Par ailleurs, dans cette abstention de communion on laisse entendre que le Corps et le Sang du Seigneur sont la part du prêtre célébrant, et l'on consacre ainsi implicitement la séparation des personnes ordonnées et des personnes non ordonnées.
« Les païens sont admis au même héritage, membres du même Corps »
Qui est ce peuple dont parle l'Écriture ? Paul, dans l'Épître aux Éphésiens, dit que « les païens sont admis au même héritage, membres du même Corps, bénéficiaires de la même promesse » (3,6). L'unité attend sa consommation par l'obéissance de toute l'humanité au Christ, et c'est alors que son Corps s'achève. L'unité dans l'assemblée eucharistique prépare ainsi à la mission, aux retrouvailles de tous au dernier jour dans le sein du Père.
Ce qui est important pour le petit troupeau, c'est d'être réuni « en un même lieu » (Actes 2,1) ; et Paul commente cela en disant : « Lors donc que vous vous réunissez en commun, ce n'est pas le repas du Seigneur que vous prenez » (1 Corinthiens 11,20) – il parlait de leurs scissions. Ce sont tous les cœurs qui doivent être convertis pour faire, par le Corps et le Sang, une même assemblée. Les fidèles deviennent un du fait de la miséricorde de Dieu, reconnue dans la manducation du pain eucharistique. C'est l'assemblée eucharistique qui est conduite à une première résurrection des morts. Elle est déjà de quelque manière la Jérusalem nouvelle qui « s'est faite belle, comme une jeune mariée parée pour son époux » (Apocalypse 21,2).
La réalisation de l'humanité nouvelle
Les fidèles transformés par le sacrement veillent ensemble pour accueillir le second avènement. Nous le disons à la fin de la liturgie. La Parousie à laquelle nous tendons réalise l'humanité nouvelle, c'est à dire celle que l'Esprit Saint a habitée, comme s'exprime saint Maxime le Confesseur. Notre amour pour les non-chrétiens appelle sur eux l'Esprit. C'est là que s'opère la rencontre de tous les hommes en Christ, et que se forme l'assemblée définitive… Le Père appelle qui il veut dans l'Esprit. Ils seront ensemble « l'épouse sans tache ni ride » (Éphésiens 5,27).
Nous sommes là devant un mystère indicible : chaque personne sauvée est « épouse ». Mais l'humanité unie dans la vision de la face du Père sera tout entière et dans l'amour qui l'unit, « épouse ». C'est le mystère de la distinction et de l'union des êtres ressuscités et accueillis dans le Royaume. Il y a une Eucharistie céleste dont parle Jésus, sans signe. L'amour n'a pas besoin de signe. Mais la réalité qui le porte fait l'assemblée.
Le passage de l'Eucharistie à la libération est dicté par l'Eucharistie elle-même
Le passage de l'Eucharistie à la libération est dicté par l'Eucharistie elle-même. Pour saint Jean Chrysostome il y a un autel véritable sur lequel les fidèles doivent offrir le sacrifice spirituel de l'aumône et de la miséricorde… « Cet autel est plus terrible que celui qui se dresse dans cette église. Ne vous récriez pas. Cet autel-ci est sacré à cause de la victime qui y vient ; celui de l'aumône l'est davantage, parce qu'il est fait de cette victime même. Celui-ci est sacré, parce que fait en pierre, il est sanctifié par le contact du corps du Christ ; et l'autre parce qu'il est le corps même du Christ. Il est donc plus vénérable que celui devant lequel, mon frère, tu te tiens.
« Cet autel-là, tu peux le voir dressé partout, dans les ruelles et sur les places, et à chaque heure tu peux y faire le sacrifice, car c'est là aussi le lieu des sacrifices. Et comme le prêtre debout à l'autel, appelle l'Esprit ; de même, toi aussi, tu appelles l'Esprit, comme cette huile répandue en abondance » (Hom. 82 in Matth ; PG 58,744).
Embrasser la cause des pauvres ne peut se confondre avec une idéologie quelle qu'elle soit
Suivant en cela l'évangile du jugement chez Matthieu (25,31-46), Chrysostome identifie le Christ lui-même, volontairement, avec le pauvre, l'étranger, l'errant et le nu, le jeté en prison, celui qui souffre l'épuisement. Embrasser la cause des pauvres, des malades, des persécutés commence en Christ et par là-même ne peut se confondre avec une idéologie quelle qu'elle soit.
L'empereur Julien l'Apostat témoigne que de son temps, au IVe siècle, dans la distribution des biens, les chrétiens ne faisaient aucune distinction entre païens et chrétiens. Tous faisaient donc l'objet d'un même amour.
Et cela est manifestement fondé sur l'évangile du jugement dernier, qui dit que le Seigneur jugera tous les peuples, et où il appelle ceux qui ont nourri les pauvres et les autres nécessiteux « les bénis de mon Père » (Matthieu 25,34). Nous sommes ainsi appelés à pratiquer l'amour évangélique à l'égard de tous (Galates 6,10). De même, dans la première épître aux Thessaloniciens : « Poursuivez toujours le bien, soit entre vous, soit envers tous » (5,15). La pensée biblique est opposée à la servitude de la pauvreté et de la misère. De même que l'Eucharistie fait l'Église, l'amour prépare l'humanité entière à devenir l'Église de Dieu.
Un esprit de paix et de justice, ne dépendant pas explicitement de l'Évangile
Depuis le XIXe siècle, les hommes ont été fascinés par le social. Le social, chez nous, est lié au pastoral, c'est-à-dire à l'amour. Voilà pourquoi on ne peut former une humanité libre uniquement par la réforme des structures sociales et politiques. « L'existence humaine, dit Berdiaev, n'a de sens que par la suppression de tout esclavage de l'homme, de la personne à l'égard du monde, de l'État, de la nation, de la pensée abstraite, de l'idée abstraite et par sa subordination intérieure à Dieu. » S'il s'établit une certaine idée de la liberté entre nous et les non-croyants jusqu'à parler d'une collaboration sur le plan social, il reste que, pour nous, c'est l'Esprit du Seigneur qui est création de la liberté.
Il est vrai que nous visons tous à l'unité du genre humain, mais la voie vers cette unité ne consiste pas seulement dans le regroupement de nations plus ou moins proches. Et si le regroupement doit se faire dans la révolution, Berdiaev nous dit encore que toute révolution est abjecte. Mais, même dans une restructuration pacifique, l'unité est fragile sans une soumission à Dieu ou aux valeurs du christianisme. L'unité dans n'importe quel espace religieux, pour devenir vraie, doit aspirer à être une unité interpersonnelle inspirée d'un idéal spirituel sans fanatisme, sans esprit grégaire, sans agressivité.
Les unités partielles réalisées dans tel ou tel continent ne sauraient être vraies sans un esprit de paix et de collaboration entre tous les peuples mus par l'esprit de justice. Pour nous, si les peuples non chrétiens peuvent recevoir les énergies incréées déposées en eux par l'Esprit Saint, il peut se former ainsi un esprit de paix et de justice, même s'il n'est pas explicitement dépendant de l'Évangile.
L'Église aime le monde, tout en restant libre par rapport à tout
Cela vient du fait que l'Église n'agit pas seulement dans le sanctuaire, parce qu'il n'y a pas de mur de partition entre l'autel et le cosmos. L'Eucharistie reste le signal du temps qui prépare le Second avènement et qui opère en dehors du temple. Souvenez-vous de l'anaphore qui, s'adressant à Dieu, lui dit : nous t'adorons « dans tous les lieux de ta souveraineté ». La lumière de Dieu est ainsi éparse dans la créativité non chrétienne, et dans tous les domaines de la pensée et de l'art, et partout où la justice est prêchée.
C'est dans l'Église que nous connaissons le sens des choses et de toutes les transformations réelles et belles qu'entreprennent tous les hommes. L'Église aime le monde tout en étant libre à l'égard de tous. Elle peut être aussi dans toutes les cultures, percevant leur intériorité, mais elle reste libre par rapport à toute création humaine. L'Église est même libre de sa propre réalité sociologique, libre à l'égard des peuples qui la constituent, autant qu'à l'égard de leurs structures culturelles. C'est cette liberté qui fait de l'Église « une nation sainte, un royaume de prêtres » (1 Pierre 2,9), une icône de la Trinité toute sainte.
Baptiser toutes les nations sans pour autant leur imposer d'étudier le grec ancien
Vous connaissez mieux que moi la relation interne entre l'hellénisme et le message chrétien. Mais l'hellénisme est, malgré sa grandeur et son miracle, une création humaine. L'Évangile et les Pères sont œuvre de l'Esprit Saint. Platon, à beaucoup d'égards, est peut-être arrivé au seuil de la Révélation, mais il faut distinguer le narthex qu'il a pu atteindre, du seuil de l'Église et, surtout, du seuil du sanctuaire. Or, nous sommes appelés à « baptiser toutes les nations » (Matthieu 28,19), et à baptiser l'hellénisme. On doit baptiser toutes les nations sans pour autant leur imposer d'étudier le grec ancien.
Les chrétiens de langue arabe : l'islamité culturelle et la foi chrétienne
Les chrétiens hellènes ont hérité de la culture grecque. Je prends un autre exemple, celui des chrétiens arabes, qui étaient installés dans la langue arabe avant l'avènement de l'islam. Ils n'ont pas adhéré à l'islam qu'on leur a proposé. Ils se trouvent dans l'arabité comme culture, c'est-à-dire dans tous les aspects littéraires, artistiques et dans la convivialité sociale. La langue arabe a porté l'islam comme une source d'inspiration dans l'ordre de la créativité humaine et nul ne saurait posséder à la perfection cette langue s'il n'est pas familier avec le Coran. Mais comme en Occident on peut être un agnostique de culture chrétienne, on peut être aussi un chrétien arabophone cultivé, qui connaît parfaitement le Coran, sans pour autant croire à son origine divine, le canon du Nouveau Testament étant pour lui clos par l'Apocalypse.
Le fait d'être étrangers à l'islam dans le sens dogmatique n'a pas empêché les chrétiens d'être présents dans tous les domaines de la culture arabo-musulmane et d'être parfois créateurs dans tel ou tel espace culturel, notamment la poésie. Je vous donnerai un exemple de cette osmose entre l'islamité culturelle et la foi chrétienne : un grand architecte de mon diocèse a construit en Arabie Saoudite des mosquées qui sont parmi les plus belles du pays.
À côté de la rencontre de l'Église et de la culture, une immense libération doit se produire dans certaines églises autocéphales, notamment celles qui ont subi le joug ottoman, entre les notables laïcs, surtout riches, et l'épiscopat. Je crois qu'en créant les majliss millet [les « conseils communautaires »] chrétiens dans la seconde moitié du XIXe siècle, l'Empire ottoman voulait montrer aux puissances occidentales que les Tanzimats [les « Réformes » entreprises à cette époque], instaurant déjà une législation laïque, allaient entraîner une certaine autonomie des laïcs orthodoxes face au patriarche et aux évêques, et ainsi affaiblir la préséance des clercs dans l'Église, la classe laïque pouvant ne pas être très ancrée dans la vie ecclésiale intérieure conçue comme liturgie. Il s'est créé ainsi à côté de l'Église sacramentelle une espèce de corps orthodoxe qui, à la limite, peut être fermement sécularisé tout en gardant l'orthodoxie comme étiquette.
La sobornost : une coopération véritable entre clercs et laïcs
On a beaucoup insisté au concile de Moscou de 1917 sur l'importance des laïcs, à l'intérieur du concept de la sobornost, qu'on peut traduire par « conciliarité », un concept théologique qui a beaucoup imprégné la théologie russe après Alexis Khomiakov. Mais, dans la praxis pastorale, il s'agissait surtout de la collaboration des clercs et des laïcs dans l'élection du patriarche et des évêques.
Cependant, dans cette procédure il n'y a pas un corps partiellement ou entièrement sécularisé comme c'est le cas dans les pays placés sous la suzeraineté ottomane. Il me semble toutefois qu'il faut libérer l'Église de cette dichotomie entre clercs et laïcs. Cela est réalisé symboliquement dans la chirotonie. Y a-t-il une possibilité canonique de coopération véritable entre ces deux groupes où aucun ne serait écrasé ou ignoré ? Je ne le sais. Mais cela reste d'une importance particulière dans l'orthodoxie contemporaine.
La clé du renouveau : libérer l'Église de certains chrétiens nominaux
Il y a aujourd'hui, sous diverses formes, une chrétienté orthodoxe d'ordre sociologique et une orthodoxie croyante, priante, eucharistique et partant eschatologique. Participer aux sacrements sans se soucier de ce qu'ils signifient est une manière de les recevoir « indignement », comme le dit l'Apôtre dans la première Lettre aux Corinthiens (11,27). Hélas, l'Église orthodoxe ne pratique plus l'excommunication, et l'ivraie et le blé restent dans le même champ jusqu'au jour du jugement.
Or libérer l'Église de certains chrétiens constitue une partie essentielle du droit canon, rendu désuet par les autorités ecclésiastiques. Visiblement, nous serons jugés sur l'amour. Dès lors que l'amour est pratiqué dans le partage, il conduit à rétablir la fratrie christique entre les orthodoxes nominaux et ceux qui sont ouverts à l'intelligence du mystère.
L'Esprit Saint vivifie « le petit reste », qui transforme la situation sociologique en buisson ardent
La libération de l'Église, de l'intérieur, reste ainsi la clé de son renouveau. Comment « eucharistier » cette forme de corps sociologique en le déliant de toute servitude nationaliste, culturelle, temporelle, en prenant conscience que, malgré et même dans nos liens historiques, nous portons l'Église. La sainteté, même jetée dans l'histoire des hommes, ne doit son existence et la force de son apostolat qu'à Dieu.
L'histoire de l'Église dans toutes ses étapes a connu la déchéance. Voilà pourquoi, quand il trouve au milieu de cette diversité chaotique « le petit reste », l'Esprit Saint le garde, le vivifie, l'illumine afin qu'il dévoile au peuple de Dieu l'élan dont il est capable, qui transforme la situation sociologique en buisson ardent.
La libération finale est celle du cosmos tout entier
La libération finale est celle du cosmos tout entier. Cette transformation du cosmos est appelée par saint Syméon le Nouveau Théologien « nouvelle naissance ». Il s'agit manifestement du fait que « nos corps et l'ensemble de la création – tous les éléments qui la composent – auront part avec nous à l'éclat de l'au-delà ». C'est parce que le monde deviendra spirituel, pense saint Syméon, qu'il sera absolument insaisissable et d'aucune manière « définissable par nous ».
La question de la propriété individuelle : ce que vous prenez vous possède, ce que vous donnez vous libère
En attendant la Parousie [la Seconde venue du Christ], toute la vie de l'homme est liée à la manducation, à l'habit, au logis et partant à l'argent. À qui appartiennent ces choses ? L'Écriture dit : « La terre tout entière appartient au Seigneur. » Cela pose la question de la propriété individuelle. La pensée catholique romaine dit que la propriété est une fonction sociale. Cela implique la notion du bien commun. En Orient, le plus grand docteur de la propriété est saint Basile, suivi par saint Jean Chrysostome, par le bienheureux Augustin et par quelques autres. Malgré quelques études entreprises en Occident pour faire de Basile l'exégète de la propriété comme fonction sociale, on lui connaît cette déclaration : « Dis-moi qu'est-ce qui t'appartient et de qui tu l'a pris pour en rester le propriétaire toute ta vie ? » Et il poursuit : « Qui est l'homme qui s'appelle voleur de la communauté ? N'est-ce pas celui qui garde pour lui-même ce qui appartient à tous ? Le pain que tu gardes chez toi est la propriété des affamés, et l'habit que tu déposes dans ton armoire est la propriété des gens nus. »
Beaucoup de passages de saint Basile vont dans ce sens. Celui que je viens de vous citer signifie que la propriété appartient seulement à Dieu et, qu'entre les mains de l'homme, elle se comprend comme une simple gérance.
Quelle que soit la source de l'argent qui est entre vos mains (héritage, production industrielle ou tout autre chose), vous n'en êtes que le gérant. L'Écriture dit que vous devez vous occuper d'abord de vos proches, mais évidemment toujours dans un esprit de gérance. À côté d'eux, tous les hommes constituent la famille du Père. Nous n'avons plus, dans le Nouveau Testament, l'obligation de la dîme, car l'amour n'a pas de limite et n'est pas soumis à l'aspect mathématique des choses. Ce que vous prenez vous possède. Ce que vous donnez vous libère. Cela est exprimé par le Psalmiste ainsi : « Il fait largesse, il donne aux pauvres ; sa justice demeure à jamais » (112,9).
Le pouvoir politique : le Christ soumet César à Dieu. Aucun État n'est une société de bienfaisance
Quid de la libération en politique ? La question est d'une extrême complexité, d'autant plus qu'en politique la manipulation des hommes, la droiture dans la lutte politique semblent être extrêmement rares. C'est le maintien au pouvoir, la victoire à tout prix qui domine. Je ne sais qui parmi les hommes de pouvoir ou ceux qui briguent le pouvoir font place à Dieu. L'homme engagé dans la lutte peut être un chrétien convaincu, engagé, mais souvent il appartient à deux sphères, celle de Dieu et celle du monde, sans aucune communication entre elles. Quand le Seigneur dit : « Donnez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (Matthieu 22,21), il ne sépare pas ces deux domaines. Il soumet César à Dieu.
Aucun état n'est une société de bienfaisance. Les grandes puissances avouent s'immiscer dans telle ou telle partie du monde en raison de leurs propres intérêts. Le pouvoir reste, plus que l'argent même, la grande convoitise. Par ailleurs, beaucoup d'états sont connus pour être des états policiers, donc auteurs de violence. Qui pourra les exorciser de la violence et faire vivre les hommes dans la liberté ?
La guerre : la violence par excellence
Le domaine de la violence est par excellence celui de la guerre. Le temps que nous vivons est dominé par la guerre sur beaucoup de continents. Et cette vie dans la guerre fut définie par le général Karl von Clausewitz, mort en 1831. Pour lui, il est impérieux d'atteindre le plus haut degré d'acuité dans l'engagement, de peur que l'autre ne l'atteigne. Dans la logique des choses, les deux armées « doivent s'entre-dévorer sans répit, tout comme l'eau et le feu ne s'équilibrent jamais ».
La guerre vise à la victoire, quelles que soient les destructions chez l'ennemi. Selon la fameuse proposition de Clausewitz : « la guerre est la continuation de la paix par d'autres moyens. » Le monde se partage ainsi en dominateurs et en dominés. Entre le déclenchement d'une guerre et la paix, les grands et les petits sont spirituellement ou matériellement des cadavres. L'esclavage exercé par les forts relève du domaine de la vanité.
L'indépendance ne signifie pas nécessairement la liberté
Quant aux pays faibles qui ont acquis leur indépendance, ils devront comprendre que celle-ci ne signifie pas nécessairement la liberté. On domine les faibles par l'économie. Et jusqu'à présent ce qu'ils reçoivent des pays industrialisés n'est que miettes. Ceux qui furent des humiliés et des opprimés resteront éternellement dépendants, sous une forme ou une autre, puisque l'accès à la grande technologie leur est interdit.
Et le droit de veto au Conseil de sécurité de l'Organisation des nations unies est là pour garder les enfants terribles bien sages. Toute technologie est liée à la cupidité du pouvoir. Il est reconnu qu'on n'a pas le droit à la liberté face aux grandes puissances. Où est entre les grands et les petits le partage que symbolise l'Eucharistie ?
Le fondement du génocide
Je sais que, malgré l'évocation de l'Eucharistie, les forts sont insensibles au destin ou à l'équilibre des faibles. Or le péché est essentiellement l'insensibilité. Les forts ne reconnaissent pas que les faibles sont créés à l'image de Dieu, à telle enseigne que certains dirigeants espagnols qui ont gouverné l'Amérique latine se sont demandé si les Indiens avaient une âme. Il a fallu que des prêtres le leur rappellent.
Ailleurs, Golda Meir, Premier ministre d'Israël, a affirmé sans vergogne : « Les Palestiniens, ça n'existe pas. » C'était la logique même des choses, si un peuple veut pratiquer le génocide d'un autre. Le fondement du génocide est forcément l'identification de soi au tout. Les autres, dans l'exercice de la violence, sont le néant. C'est la soif du sang qui rend l'autre inexistant.
Structures de violence à l'intérieur d'un pays : un pouvoir qui déshumanise les citoyens
Il n'y a dans la patristique grecque aucune justification de la guerre, parce que la guerre, c'est la mort. Peut-être peut-on admettre la notion de guerre défensive. Je ne m'étendrai pas là-dessus. Je comprends qu'on veuille vivre dans la liberté et défendre ses concitoyens.
Il est vrai qu'en dehors de l'ennemi de l'intérieur, il y a des sociétés tyranniques subversives. Il y a des structures de violence à l'intérieur d'un pays. Il faut protester contre le pouvoir qui déshumanise les citoyens. Mais je ne trouve rien dans notre doctrine qui justifie le sang.
La révolte pacifique contre l'oppression est compréhensible. Là où tout est précaire, il faut chercher les moyens les plus humains pour se libérer de l'oppression intérieure. Il faut essayer de transformer la nation en une communauté communionnelle. Vaincre l'oppression peut être le fondement d'un témoignage qui introduit le feu de l'Esprit dans une situation de mort.
La cité divine, quoique terrestre, qu'est l'Église
En attendant la Jérusalem céleste où notre unité sera consommée dans la transparence totale, en temps de paix nous vivons ici dans la cité divine, quoique terrestre, qu'est l'Église, mais ici comme là nous sommes des personnes bien réelles, unies, mais non confondues à l'image du Corps uni, formé à partir de la Tête qu'est le Christ. La cité grecque était formée d'hommes libres liés par le pouvoir basé sur la justice, fondée elle-même sur le pouvoir qui dépendait du logos[une pensée bien ordonnée]. Car tout ce qui n'est pas logikos [conforme à cette pensée] est chaos et ne peut donc pas sceller l'unité.
Dans la vision de Paul, Grecs et Barbares étaient uns parce que, tout loyaux qu'ils aient pu être à leurs institutions propres, ils ne savaient dépendre d'une autre autorité que celle de la Cité. Ils vivaient dans la cité gréco-romaine selon sa règle de vie qui était semblable pour tous. Ils ne se distinguaient que par leur pureté de vie, comme le dira plus tard l'Épître à Diognète.
En vérité, ils formaient une assemblée invisible qui était celle de l'Eucharistie. Ils étaient unis sur le plan de la profondeur. Ils se distinguaient ainsi de la cité platonicienne en ceci que, bien que visant à la force comme les hommes libres soucieux de pouvoir le font, ils le faisaient cependant comme des hommes faibles, esclaves (hommes ou femmes), mais intérieurement renforcés par la vision d'un homme qui leur avait donné le salut par sa faiblesse, et la victoire par son sang versé.
L'avant-goût du Royaume dans l'assemblée du dimanche
Ils puisaient leur puissance – et non leur pouvoir – en s'assemblant le premier jour de la semaine et en se transformant en son Corps et son Sang par lesquels ils devenaient un en se libérant de leurs péchés et de leurs passions. C'est Dieu, et non le concept de la force de la Cité, qui les rendait cité nouvelle à l'intérieur de la polis. Ce n'était ni Athènes ni Sparte, ni la Jérusalem terrestre sur le modèle desquelles ils cherchaient à se former, mais ils le faisaient sur le modèle d'une cité à venir qui était déjà gouvernée par Celui qui est mort sur une croix et qui portait les stigmates de sa mort sur son Corps ressuscité, pour que la gloire parle et se communique à travers les souffrances de notre vie.
Les faibles, les pauvres, les démunis, les illettrés sont ensemble autour de cette coupe qui contient le sang d'un Dieu qui les rend tous forts, présents et témoins devant la richesse et le pouvoir de ce monde, en marche vers le Seigneur qui vient. Si le Maranatha (1 Corinthiens 16,22) est lu non comme une affirmation de l'événement survenu au Calvaire, mais comme l'invocation de Celui qui doit venir, nous sommes en train d'affirmer que nous formerons la Jérusalem céleste avec le Royaume qui vient, mais possédant déjà l'avant-goût de ce Royaume dans l'assemblée dominicale.
Préparer le Royaume dans le temps présent, mais le Second avènement demeure un mystère absolu
Y a-t-il une relation entre la libération sociopolitique, culturelle, et l'avènement du Royaume ? Le père Serge Boulgakov pense que le fait eschatologique est préparé par l'histoire. « L'eschatologie, dit-il, suppose une solution de continuité ; c'est en cela que consiste l'idée de la fin. » Il pense également que le monde doit mûrir pour la fin. Il y a une œuvre du Christ dans le monde… On ne peut pas, pense-t-il, s'arrêter « séparément aux divers moments de la tragédie christique, à la déstabilisation et à la corruption universelles ». Le salut personnel s'inscrit dans une œuvre générale de l'humanité, qui est l'établissement du royaume du Christ dans le monde. Le Second avènement devient un acte théandrique [divino-humain].
Il faut certes préparer le Royaume dans le temps présent, dans la communauté communionnelle, dans le sacrement que nous vivons en dehors du temps, mais rien dans l'Écriture n'indique que la liberté ultime de l'homme donnée par le Seigneur qui vient, est une œuvre commune entre l'homme et la Trinité.
L'ultime divin n'est pas la rencontre de l'ascension de l'homme et de la descente de Dieu. Le Second avènement demeure un mystère absolu, mais il faut faire en sorte que l'homme déploie son énergie pour lire le dessein de Dieu, décrypter les signes des temps. Seul Dieu se révèle dans sa force et son amour dans la préparation de l'homme à la réception de la lumière.
Cela ne signifie donc pas qu'on peut attendre Dieu sans la force que l'on déploie, ce qui serait le règne de l'indolence absolue. C'est par l'énergie créatrice que l'on peut voir Dieu si cette énergie est une forme de la pureté du cœur. Les épousailles mystiques sont offertes par Dieu dans la préparation du cœur de l'humanité qui souffre et qui travaille.
Un divorce entre l'Église constituée et la culture
Malgré l'importance considérable de la liturgie, la fascination qu'elle exerce sur le cœur humain, s'il l'assimile vraiment, le désastre de notre réalité historique, presque dans tous nos pays, malgré la diversité de nos situations politiques, c'est que nous sommes séparés du monde de la culture. J'ai connu des prélats formés dans la Russie ancienne, dans les Académies de théologie, qui n'avaient jamais lu une page de Dostoïevski, – comme si la culture appartenait exclusivement au monde ou en dépendait. De même, certaines personnes cultivées dans nos pays n'ont jamais pensé que notre culte peut être une source passionnante de notre formation intellectuelle. Il y a comme un divorce entre l'Église constituée et l'esprit humain qui se ressource à toutes les littératures vivantes du siècle.
Par ailleurs, je suis persuadé que des anticléricaux ou des gens très laïcisés œuvrent à cette séparation radicale entre la culture et la Parole de Dieu. Celle-ci est l'Esprit qui va là où il veut. Voilà pourquoi un grand nombre d'ecclésiastiques sont en train d'œuvrer contre la vigueur de la foi s'ils n'en voient pas la trace dans la vie historique de nos peuples ou s'ils n'essaient pas d'ouvrir l'orthodoxie à toute l'inspiration que contient le monde de la culture.
Si le monde considère certaines formes de la vie ecclésiale comme désuètes jusqu'à éloigner de notre héritage la sensibilité moderne, alors il y a rupture de communion entre nous et le monde. Ce n'est pas ici le lieu de proposer telle ou telle réforme. La question de distinguer entre ce qui doit disparaître et ce qu'il faut garder s'avère pour moi très difficile. Je me considère plutôt comme un conservateur dans l'essentiel de nos célébrations liturgiques, mais non pas dans la langue.
Sommes-nous une Église fossilisée ?
Vous n'ignorez pas que l'Occident, et surtout ceux qui, en Occident, ne connaissent pas vraiment notre profondeur spirituelle, nous accusent d'être une Église fossilisée. Il s'agit probablement, dans leur pensée, de signifier que nous ne donnons pas une importance à l'histoire et à la culture. Je sais que notre fidélité à la tradition leur cache notre réalité spirituelle.
Il faut pourtant donner à ceux qui nous ignorent le crédit de quelque véritable sincérité. Il est vrai que nous ne sommes pas très sensibles à ce qui se passe dans le monde séculier. Ce qui a été appelé fossilisation vient du fait que nous sommes non seulement l'Orient spirituel de l'Église du Christ, mais du fait que nous avons été victimes de notre emprisonnement dans l'Orient historique, sans être passés par la Renaissance ni le siècle des lumières, c'est-à-dire par une certaine rationalité positive.
Certainement, le développement de la raison raisonnante en Occident nous a laissés étrangers, par exemple, à la critique biblique et à une certaine malléabilité dans la lecture de l'histoire. Je crois que nous avons peur de ce qui bouge, en raison d'une fausse conception de la fidélité. Mais nous savons de l'intérieur que, fondamentalement, nous avons été guidés par l'Esprit Saint. La preuve évidente de l'efficacité de l'Esprit est que, malgré l'inculture, pendant des siècles, d'une grande partie du clergé, nous sommes restés une Église vivante mais paralysée partiellement dans son témoignage à l'égard du monde. Nous avons gardé la « liberté des enfants de Dieu ».
Aujourd'hui, une dynamique incomparable qui vivifie l'Église entière
Mais, quand je regarde la faiblesse de notre culture au Proche-Orient, je suis persuadé que nous avons été directement gouvernés par la Trinité toute sainte jusqu'au jour où ce même Esprit a inspiré la jeunesse de l'Église d'Antioche et y a implanté une dynamique incomparable. L'amour du Christ, de l'Église, de son patrimoine, le feu intérieur, le renouveau de la réflexion orthodoxe profonde a implanté de nouveau la liberté, une liberté assumée dans la fidélité, contraire à tout fanatisme religieux et mue par un attachement extraordinaire à l'orthodoxie.
Même si nous n'avons pas accompli tous nos rêves, nous sommes restés dans l'espérance créatrice, et tout le monde autour de nous non seulement a compris que nous n'étions pas fossilisés mais a été enflammé par l'amour. Tout ce qui est maintenant vivant dans les diverses Églises de notre région a été touché par un élan vital qui continue à nous embraser. La liberté face à la déchéance est devenue visible, efficace. Je constate que dans toutes les Églises orthodoxes, des langues de feu se sont posées sur des témoins vivants qui ont formé des groupes qui vivifient l'Église entière.
Évangile, Eucharistie et liberté ont ce même centre, le Seigneur de gloire
Le charisme du Mouvement de la jeunesse orthodoxe dans l'Église d'Antioche fut sa découverte de l'Évangile comme vie, comme source et comme lumière. L'on reste assoiffé de cette force qui vivifie, s'éclaire d'elle-même et éclaire jour après jour davantage. C'est la liberté tout entière et la voie vers l'être même du Seigneur. Elle nous a menés à l'Eucharistie comme rencontre du Seigneur dans l'assemblée tout entière s'acheminant vers la Parousie, et dans la recherche de la Face du Père. Cette vision ne venait pas d'un piétisme individuel, mais de la communion dans l'amour.
La réception de l'amour évangélique nous mène aux pauvres, aux démunis et aux malades. Nous avions simplement pensé, au début, à l'Évangile et à l'Eucharistie. Et quelques années plus tard, nous voilà à découvrir les souffrants qui sont encore le Corps du Christ. Nous avons, par l'expérience spirituelle, compris l'unité de ces choses dans le même Christ, et nous nous sommes sentis libres, attachés aux pays pauvres et opprimés dans l'Orient éternellement asservi, par l'étranger d'une part et par ses propres maladies spirituelles épidémiques.
Qui étions-nous ? Que pouvions-nous ? Nous nous sommes lancés dans la foi en Jésus que nous avons perçu comme l'existence tout entière, comme le libérateur à qui rien ne manquait pour nous rendre vivants. Eucharistie et liberté ont ce même centre, le Seigneur de gloire.
Service Orthodoxe de Presse






Jeudi 20 Novembre 2008


Commentaires

1.Posté par Z.Abdelaziz le 23/11/2008 12:57 | Alerter
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Respectable métropolite George (khodr)

Il est triste de voir que, sous le couvert de quelques mots sur les pauvres ou sur les palestiniens, vous vous êtes lancé dans une longue tirade d'évangélisation "pour préparer l'humanité entière à devenir l'église de Dieu", pour imposer "l'obéissance de toute l'humanité au Christ", car vous êtes "appelés à baptiser toutes les nations (Mt.28:19) !..
Au lieu de s'ingénier à évangéliser le monde, surtout après tout ce que les nouveaux travaux de recherches ont mis en plein jours, n'est-il pas plus humain et plus probe de stopper cette évangélisation du monde, qui est la vraie cause de tous les drames qui se passent sur terre ?! .. A noter que la Trinité a été inventée et imposée par le premier concile de Constantinople, en 381, alors que l'évangile de Matthieu que vous citez date de la fin du premier siècle ?!
Il serait plus humain de demander à vos collègues vaticanais de cesser cette évangélisation et surtout de cesser de prendre part à la méchante diabolisation de l'Islam et des musulmans ..
Les milliards de dollars inutilement dépensés pour l'évangélisation du monde, aideraient énormément à alléger ou à améliorer le triste sort qui attend l'humanité entière et surtout celui du tiers monde ...
Cordialement,
z.abdelaziz


2.Posté par Patche le 24/11/2008 21:17 | Alerter
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Qu'il partage avec ceux qui le désire sa foi, il en a le droit quand même. Que des personnes ne partagent pas la même conception de Dieu ne doit pas créer non plus une pensée unique, elles ont aussi le droit de s'exprimer même si ça déplait à ceux qui n'adhère pas. C'est aussi la liberté d'action et d'expression, il ne cause pas de mal et ne lui mettez pas sur le dos le mal que d'autres auraient ou peuvent faire.

En tout cas de mon point de vue, je vous remercie pour cet article que je trouve intéressant et qui vient d'une personne dont j'apprécie les quelques écrits que j'ai pu lire. (pour savoir davantage qui est George (Khodr) : http://www.ortmtlb.org.lb/aplet4/metropolitan.htm)

3.Posté par Z.Abdelaziz le 25/11/2008 06:08 | Alerter
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Respectable Père,

Merci pour votre amabilité et pour la peine que vous vous êtes donnée pour répondre, mais c'est une réponse, si vous me permettez de dire, hors sujet. Je ne parle point de pensée unique et ne vous mets absolument rien sur le dos : vous ne faites que mettre en pratique les charges de votre fonction ou celles que la hiérarchie vaticane vous impose.

Ce que je dis simplement : stoppez l'évangélisation du monde, stoppez une fausse et inhumaine décision, prise à Vatican II de concert avec la politique de la Maison Blanche pour éradiquer Islam et musulmans… Lisez ces textes et ces décrets, vous verrez à quel point c'est révoltant de voir que tout est basée sur de la fraude, sur une manipulation des Textes et des vérités historiques ou vécues… Lisez ces textes et ces décrets, surtout ceux qui concernent le fameux dialogue interreligieux, comparez les attitudes et les réactions politiques, rien que depuis la comédie montée ou "Home made" du 9/11/2001, vous verrez à quel point tout est basé sur des mensonges qui ne visent qu'à extirper Islam et musulmans de par la terre ! Comptez le nombre de musulmans, fauchés par milliers et par millions, rien que depuis cette date, à ne citer qu'en Afghanistan, en Iraq et en Palestine avec ses un million et demi d'êtres humains voués au génocide, dont 56% sont des enfants, vous verrez à quel point les mots manquent pour décrire cette infernale mise en scène… Comparer l'attitude du Vatican, face à ces millions de musulmans tués impunément au vu et au su de toute la société international, et les cries d'alarme qu'il ne cesse de lancer pour quelques centaines de chrétiens déplacer de leur résidences en Iraq, par une autre comédie monté, cette fois-ci précisément par J. Negroponte, et vous verrez à quel point cela dépasse les larmes !

Respectable Père, je n'ai absolument rien contre vous ou contre toute autre personne sur terre, quelle que soit sa confession, mais vu les événements en cours, et surtout ceux à venir, grâce à la nouvelle planification vaticane, qui incita l'ONU à intervenir pour imposer cette inhumaine évangélisation du monde, croyez-moi, je suffoque face à tant d'injustice.

Cordialement,
z. abdelaziz

4.Posté par Patche le 25/11/2008 18:28 | Alerter
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Je crois qu'il y a un malentendu. En relisant mon message je ne vois pas ce qui a pût laisser penser que j'étais l'auteur de l'article. Loin de l'être, j'utilise la 3ème personne et dit même que j'apprécie ses écrits, je suis un simple lecteur et croyant qui a donné son avis et ne suit pas engagé dans la religion.

Je vais tout de même vous répondre sur le fond de mon message, lorsque je parlais de pensée unique et liberté c'était parce que vous mettez des limites à ce que pourrait entreprendre le père George (Khodr) simplement car vous ne partagez pas sa foi.

Je ne connais pas le Père, si ce n'est seulement par quelques lecture que j'ai pu croiser sur internet. Vous devriez cependant savoir qu'il est grec-orthodoxe, et les orthodoxes ne sont pas rattachés à Rome, au Vatican.

J'aimerai toutefois vous faire remarqué que le nombre de déplacés en Irak n'est pas de quelques centaines. Votre avis sur les responsables de ceci je le respecte, mais je ferais simplement noter que dans la communauté assyrienne ce n'est pas cet élément qui revient, ce serait davantage un facteur politique. Ceci est hors sujet, ce n'est juste qu'une précision puisque vous y faites allusion. Dénoncer les exactions contre les assyro-chaldéennes n'empêche pas de dénoncer les exactions commises contre tout les irakiens. Si le Vatican ne le fait pas, sachez que d'autres le font.

Je trouve cependant regrettable que vous mettiez des attitudes de certains sur le compte de tout les adeptes à cette religion. Si le Père ou tout autre chrétien dans le monde veut faire partager sa foi avec ceux qui le désire (donc d'une certaine manière "évangéliser"), qu'il ne fait pas de mal pourquoi devrait-il "stopper" (pour reprendre vos mots) seulement parce que vous voyez en le christianisme un mal ou l'assimilez à l'ONU. Plusieurs personnes de foi chrétienne dénoncent ce que font les leaders politiques, voir religieux parfois, et leur coller les actes de l'ONU sur le dos comme raison d'abandonner la vie de leur foi je ne comprends pas les raisons. Des pères palestiniens soutiennent leur peuple, souffrent avec eux et sont pourtant bien des chrétiens qui vivent en chrétien et dénoncent ces injustices. Généraliser et tenter de faire d'une communauté une représentation uniforme n'est pas représentative et proche de la réalité, et au fond n'est-ce pas le même discours que certains font sur l'islam ? L'heure n'est pas à la division des gens conscients et tentant d'être le plus juste.

Désolé pour cette incompréhension, je le répète je ne suis pas le Père George Khodr ni un autre dignitaire religieux. Je ne pensais pas que mon message pouvait porter à confusion.
Mes respects,
Bonne soirée à vous.

5.Posté par Albert le 11/09/2011 21:09 | Alerter
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le père Brune et l'eucharistie

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