Proche et Moyen-Orient

Etres humains ou fourrage humain ? La crise humanitaire en Irak


Quatre années d'une guerre dévastatrice témoignent de la pire catastrophe humaine qu'aucun pays du Moyen Orient ait connue depuis l'exode de masse des réfugiés palestiniens au cours de l'al-nakba de 1948.


danyquirion@videotron.ca
Jeudi 28 Juin 2007

Etres humains ou fourrage humain ? La crise humanitaire en Irak
La plupart des experts conviennent qu'il y a environ 2 millions d'Irakiens qui se sont enfuis de leur pays, et 2 autres millions ont été déplacés à l'intérieur du pays par suite de rebellions et de violence sectaire.

Trop pauvres pour s'échapper à l'étranger, ils ont cherché refuge auprès de leur parenté dans les régions "sûres" du pays. Bref, depuis 2003, 1 Irakien sur 7, hommes ou femmes, ont quitté leur maison.

Selon Antonio Guterres, Haut Commissaire aux Nations Unies pour les Réfugiés, la majorité de ceux qui ont quitté l'Irak sont allés en Syrie et en Jordanie. En outre, 50 000 Irakiens de plus sont toujours en train de quitter leur maison tous les mois en un exode lié à la violence envahissante, à la pauvreté des services de base, à la perte d'emplois et à l'incertitude du futur..

La Syrie, avec une population de 19 millions d'habitants, a environ 1,2 million de réfugiés irakiens. La Jordanie, autre pays de 6 millions d'habitants, abrite aujourd'hui 750 000 Irakiens. Leurs gouvernements disent qu'ils sont incapables de continuer à faire face à de si grands afflux. La Jordanie a déjà commencé à limiter les nouveaux arrivages en excluant les hommes irakiens âgés de 17 à 35 ans. Les autres ont été beaucoup moins accueillants. Le Koweit, par exemple, a complètement fermé ses portes, tandis que l'Arabie Saoudite est en train de construire une clôture de frontière de 7 milliards de dollars pour empêcher les Irakiens de passer.

Récemment encore, l'Organisation Internationale pour la Migration a signalé qu'environ la moitié des 15 provinces du Centre et du Sud de l'Irak, y compris Bassora étaient en train de renvoyer les gens nouvellement déplacés, à moins qu'ils puissent prouver leurs racines locales. Auparavant, la Fédération internationale de la Croix Rouge et les Sociétés du Croissant Rouge, la plus grande agence mondiale de secours des désastres, avait lancé un appel pour 18,2 millions de francs suisses, principalement pour des services de santé pour 100 000 familles irakiennes déplacées.

Un congrès, tenu à Genève en avril dernier, a décidé que la Commission Européenne dépenserait jusqu'à 18 millions d'euros pour aider les réfugiés fuyant l'insécurité chronique en Irak. Selon Franco Frattini, le Commissaire de l'Union Européenne pour la Justice et l'Emigration, 11 millions d'euros de cette somme vont aller à l'aide humanitaire dans la région, tandis que les états de l'UE vont recevoir 7 millions d'euros pour les aider à accueillir des réfugiés.

Voilà le prix à payer pour cette triste guerre. Les explosions de voitures et autres violences tuent aujourd'hui en moyenne 100 personnes par jour, alors que 2 Irakiens sur 3 ont encore accès régulièrement à l'eau propre. Les enfants souffrent de malnutrition, et beaucoup meurent de maladies évitables, et du proche effondrement du système de soins sanitaires. L'économie reste stagnante et les performances du service public sont épouvantables. Est-il donc si étonnant que ces 4 millions d'Irakiens fassent partie du tsunami régional qui déstabilise les démographies politiques de l'Irak et des pays avoisinants ?

Cependant, promettre simplement de l'argent pour aider à la situation est une stratégie qui laisse à désirer. Même si l'on assume que les dons atteindront leurs destinations, hypothèse en elle-même hautement discutable, ce qu'il faut est d'élaborer et de mettre en œuvre une stratégie de prévention, puisqu'il est beaucoup plus raisonnable de prévenir les afflux de réfugiés que de simplement réagir plus tard.

Une partie de cette stratégie inclurait la stabilisation de l'Irak – ce que le gouvernement n'a jusqu'à présent pas réussi à réaliser, malgré le soutien logistique des Etats Unis et la ruée qui est censée renforcer le programme de sécurité des différentes institutions gouvernementales d'Irak. Mais une autre partie de cette stratégie exigerait des gouvernements occidentaux – spécialement de la coalition des forces impliquées dans cette guerre – d'absorber certains de ces réfugiés. Comment pourrait-il être admissible, par exemple, que les USA aient refusé d'accueillir un grand nombre d'Irakiens parce que, selon les "Patriot & Real ID Acts" ils sont mis dans le même sac que ceux qui auraient fourni un soutien matériel aux terroristes sous forme de rançons payées aux kidnappeurs pour assurer la libération des membres de leur famille ?

La guerre en Irak expose des facettes pluri-dimentionnelles mais interconnectées qu'il n'est pas toujours facile de démêler par un examen des questions séparées les unes des autres. L'une des ces questions urgentes est le statut de Kirkouk, une cité du nord de l'Irak qui est ethniquement mêlée, et riche en pétrole, et où la sécurité se détériore rapidement et une explosion de tensions ethniques menace de fragmenter davantage le pays. Il est important, pour le gouvernement kurde local de forger, pour Kirkouk, une stratégie qui incorpore le progrès de la loi sur les hydrocarbures d'Irak, afin de cimenter la région kurde à l'intérieur de l'Irak.

Un parallèle avec le contentieux de Kirkouk est l'entreprise substantielle militaire mise déjà en route du côté turc de la frontière. Là encore, il y a une lutte acharnée entre les Kurdes, les Arabes, et les Turkmènes, pour le pétrole. Mais il y aussi la crainte d'Ankara qu'un petit état kurde quasi indépendant à sa frontière puisse encourager la minorité kurde de Turquie, forte de 15 millions d'individus, à demander son autonomie ou son indépendance.

Ces deux facettes de la guerre, en plus d'innombrables autres, qui contribuent au quotient d'incertitude de l'Irak, coûtent extrêmement cher à la population – que ce soit les Arabes, les Kurdes et autres minorités- qui essaient désespérément, et on les comprend, de se protéger de la mort, de la violence, et de l'empêchement de quitter le pays.

Un argument constant mis en avant contre un retrait anticipé d'Irak des troupes américaines et alliées, est qu'il est irresponsable d'abandonner le pays dans un tel tohu-bohu – dans la création duquel, incidemment, nous en Occident avons joué notre rôle. On pourrait sûrement en dire autant du désastre humain ? En vérité, la crise humanitaire qui afflige l'Irak ne peut pas être dénouée sans effort. Mais c'est sûrement la responsabilité morale de la communauté internationale d'aider ces réfugiés et ces personnes déplacées et – très important également – d'aider à empêcher d'autres crises humanitaires ultérieures dans ce pays déchiré.

Se peut-il que je ne me pose pas la bonne question ? Sommes-nous si cyniques, ou nos valeurs collectives sont-elles si dévaluées, que les êtres humains – qu'ils soient Irakiens ou autres – ne valent pas mieux que du fourrage humain ?

Dr Harry Hagopian
International Lawyer & Political Analyst
© hbv-H @ June 2007

Original anglais: Human Beings or Human Fodder? The humanitarian crisis in Iraq (NM 18/06/2007) - Traduction Louise Kiffer pour yevrobatsi.org


Jeudi 28 Juin 2007


Commentaires

1.Posté par maya le 08/01/2008 03:03 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

bonjour jadore votre site il est tellement interressant omg!!!!!:p

Actualité nationale | EUROPE | FRANCE | Proche et Moyen-Orient | Palestine occupée | RELIGIONS ET CROYANCES

Publicité

Brèves



Commentaires