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Etats-Unis - Russie: redémarrage en cours


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Mercredi 13 Mai 2009

Etats-Unis - Russie: redémarrage en cours
Le redémarrage des relations entre la Russie et les Etats-Unis, dont l'administration américaine a commencé à parler dès février et dont l'idée a été "lancée" en mars, interviendra lors de la première semaine du mois de juillet. Les entretiens qui ont eu lieu récemment à Washington entre le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, et la Secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, avaient pour objectif de préparer le premier sommet Medvedev-Obama. Selon des sources américaines, la rencontre de Moscou se tiendra avant le sommet du G8 qui aura lieu en Italie du 8 au 10 juillet. Barack Obama pourrait donc se rendre à Moscou un jour ou deux avant de gagner les Apennins.

Par Andreï Fediachine, RIA Novosti

Le fait que Sergueï Lavrov, avant de rencontrer Hillary Clinton, ait été invité à la Maison Blanche pour s'entretenir avec Barack Obama témoigne du sérieux des préparatifs de ce sommet.

Ces rencontres protocolaires (entre le président et le ministre) ne sont pas rares. Elles ont lieu ordinairement soit lors de crises graves, soit pendant des périodes d'essor possible des relations. Comme il n'y a pas de crise grave dans nos relations actuelles, il s'agit donc de la seconde hypothèse. Lavrov et Clinton ont même décidé de ne pas évoquer les divergences sur la Géorgie, pour que des problèmes plus importants n'en deviennent pas les "otages". Mikhaïl Saakachvili a probablement dû souffrir en découvrant cette évocation si franche de la révision par Washington de l'importance à donner à son "protégé géorgien".

Obama, Clinton et Lavrov se sont montrés optimistes quant à la possibilité d'assainir les relations russo-américaines. Bien qu'il soit clair que des divergences subsistent et que la lutte "pour les concessions et les revendications" ne fait que commencer. Mais c'est déjà mieux que sous George W. Bush. Selon l'expression imagée de l'ancien secrétaire d'Etat américain George Schultz, sous George W. Bush, de nombreux problèmes, surtout ceux ayant trait au contrôle des armements, "étaient tout simplement tombés de la table". A présent, on les remet en place, on établit l'ordre des sujets à débattre, on sépare les problèmes litigieux de ceux dont l'examen est indésirable et que l'on préfère reporter. Bref, des préparatifs sont en cours pour que les deux présidents appuient, à Moscou, sur le fameux bouton "reset" - une comparaison à la fois "branchée", imagée et très pertinente pour illustrer un "redémarrage" - ou, comme l'a encore mieux formulé Sergueï Lavrov, pour qu'ils se débarrassent des "avoirs toxiques" du passé.

Cette séparation "du bon grain de l'ivraie" est une procédure habituelle lors des préparatifs des sommets. Ce qui est insolite, c'est que plusieurs éléments favorables concourent à leur succès, le principal étant la "jeunesse" des deux présidents. Tant Medvedev qu'Obama ont besoin de succès pour leur "premier mandat". De nombreuses promesses ayant déjà été faites, il est évident qu'il y aura des résultats. La réduction des armements offensifs stratégiques, ou la signature d'un nouveau traité remplaçant le START-1, est le premier élément potentiel de ce succès. Beaucoup de choses ont déjà été dites sur ce traité. Il est donc superflu d'expliquer de nouveau son essence. On se bornera à rappeler que les deux parties s'apprêtent à réduire le nombre de leurs charges nucléaires stratégiques de moitié - à les ramener à environ un millier. Il est significatif qu'au lendemain des rencontres de Sergueï Lavrov avec Barack Obama et Hillary Clinton, la sous-secrétaire d'Etat américaine Rose Gottmoeller, principale négociatrice sur la réduction des armes stratégiques, ait accordé avec enthousiasme des interviews aux journaux américains. Les négociations sur la réduction des armes stratégiques permettront de manière plus générale, a-t-elle dit, de renforcer la confiance. La réduction des arsenaux des Etats-Unis et de la Russie (qui représentent, qu'on le veuille ou non, 90% des armes nucléaires de notre planète) pourra amener, enfin, d'autres pays à arrêter leurs travaux ayant pour but de créer leurs propres armes nucléaires, ou à signer le Traité de non-prolifération, a-t-elle ajouté. Il est à noter que Rose Gottmoeller a passé plusieurs années à Moscou, où elle a étudié le problème de la réduction des armements. Elle connaît mieux que personne la position de la Russie sur le règlement de ce problème.

Obama est du reste poussé, dans son propre pays, à conclure un "nouveau deal avec Moscou", à renforcer le régime de non-prolifération et à ratifier le Traité d'interdiction complète des essais d'armes nucléaires (que les Etats-Unis ont signé, mais pas ratifié). George Schultz, que nous avons déjà mentionné, et Henry Kissinger, personnalité connue de tous, militent en ce sens.

On ne saurait affirmer pour autant qu'un nouveau traité START soit une chose acquise. Beaucoup de travail reste encore à faire. Signalons à ce propos qu'au moment de la rencontre Lavrov-Obama, les experts des délégations russe et américaine chargés de revoir le traité START-1 étaient de nouveau réunis, à New York, après leur séance de travail de Rome en avril. D'importantes négociations doivent débuter le 18 mai à Moscou. Bref, le travail sur un nouveau traité bat son plein.

Les Etats-Unis devançant la Russie en ce qui concerne la parité stratégique (modernisation des armes nucléaires, renforcement du système national de défense antimissile), ils n'ont évidemment pas de raison de se hâter de procéder à des réductions et ils vont exiger quelque chose en échange de "leurs" réductions.

Les sujets épineux sont à peu près connus: les sanctions contre l'Iran et la Corée du Nord, le système de défense antimissile en Pologne et en République tchèque, la politique énergétique de Moscou, le Caucase.

Il serait naïf de s'attendre à ce que Barack Obama, aussitôt arrivé à Moscou, préside avec Dmitri Medvedev une cérémonie solennelle de "redémarrage". Des "bugs" sont possibles, car les problèmes ne manquent pas. Mais l'essentiel, pour les Etats-Unis et la Russie, est de voir s'ils sont en mesure de contrôler les "zones à problèmes" pour que, Dieu nous en garde, les divergences ne jaillissent pas de partout et n'inondent pas la table. Il semble bien que ce soit possible avec Obama.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.



Mercredi 13 Mai 2009


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