Politique Nationale/Internationale

Etats-Unis - Iran: le dénouement est proche ?


L'annonce par Condoleezza Rice de la volonté des Etats-Unis de se joindre au processus de négociations avec l'Iran sur son programme nucléaire était en fait attendue. Il était absolument contre-productif de continuer à faire du surplace dans l'impasse dans laquelle se trouvait Washington. A toutes les tentatives de décider la Russie à ne pas bloquer au Conseil de sécurité la résolution prévoyant des sanctions contre Téhéran, Moscou a opposé un "non" catégorique, en ajoutant que la négociation n'avait pas d'alternative. Dans le même temps, le dialogue préconisé par la Russie semblait en fait conduire dans une autre impasse, du moins avec les négociateurs actuels. Les médiateurs européens, y compris la Russie, ne pouvaient pas influer sur la position de Téhéran. Pour utiliser le langage des échecs, on peut dire qu'il s'était créé une double situation de pat: les Etats-Unis ne pouvaient pas persuader la Russie tandis que la Russie et les autres médiateurs ne pouvaient pas persuader Téhéran.


Vendredi 2 Juin 2006

Etats-Unis - Iran: le dénouement est proche ?
Par Piotr Romanov, RIA Novosti



L'initiative de Washington fait entrer l'intrigue iranienne dans une nouvelle phase qui peut être très courte comme assez longue. Les Etats-Unis ont posé comme condition officielle de l'ouverture de négociations directes avec Téhéran, d'après Condoleezza Rice, l'abandon par l'Iran des travaux d'enrichissement de l'uranium. L'Iran a approuvé l'initiative de Washington dans son ensemble mais n'a rien dit au sujet de la condition avancée. Cela veut dire que les événements pourront maintenant évoluer selon deux scénarios au minimum.

Premier scénario, le plus court. Téhéran explique sa position, accepte des négociations mais insiste avec fermeté sur son droit à enrichir de l'uranium. De toute façon, les dirigeants iraniens ont jusqu'à présent plus d'une fois déclaré qu'ils ne renonceraient à leur choix pour rien au monde. Dans ce cas, Téhéran perd le jeu diplomatique. Les Etats-Unis, ayant démontré leur bonne volonté en acceptant de négocier, ont franchi un pas à la rencontre de l'Iran avec lequel ils n'entretiennent même pas de relations diplomatiques, tandis que Téhéran n'a pas voulu faire sa part du chemin. Ainsi, toutes les négociations échouent. La Russie reste à bout d'argument en faveur du dialogue et la voie des sanctions se débloque. Une source américaine officieuse a déjà confirmé l'existence d'une entente sur le texte d'une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU relative à l'Iran qui prendra effet en cas d'échec des négociations. D'après ce scénario, des sanctions sont rapidement décrétées contre l'Iran et toutes les parties engagées dans le "processus nucléaire iranien" passent par le labyrinthe iranien d'une impasse dans une autre.

Second scénario, un peu plus long. L'Iran ne dit ni oui, ni non, comme il sait si bien le faire, mais se montre désireux de résoudre toutes les questions globalement par la voie des pourparlers. D'autre part, la Russie et les autres négociateurs parviennent à persuader Washington de se mettre à la table des négociations et d'écouter la partie iranienne et ses propositions.

Théoriquement, ce scénario peut avoir deux épilogues. Le premier: Téhéran se dédit de toutes ses déclarations antérieures, renonce à l'enrichissement d'uranium et accepte la proposition de compromis faite depuis longtemps par Moscou, celle d'enrichir de l'uranium sous un strict contrôle international dans une entreprise russo-iranienne sur le territoire de la Russie. Dans ce cas, l'élite politique iranienne aurait des problèmes car elle devrait expliquer un tel changement radical à son peuple, mais le reste du monde pourrait en revanche respirer librement. Les Etats-Unis ne déclencheraient pas de guerre contre l'Iran et ce dernier n'aurait pas l'arme nucléaire.

Deuxième épilogue. Les négociations s'éternisent et n'aboutissent pas parce que la partie iranienne insiste sur son droit et la partie américaine le lui refuse. Quelque temps après, les Etats-Unis se retirent. Des sanctions suivent. Téhéran est de nouveau perdant sur le terrain diplomatique tandis que Washington, qui a fait la triste expérience de la réprobation internationale après la guerre en Irak, aura dans ce cas l'air de la partie ayant fait, dans le cadre de l'ONU, tout le nécessaire ou peu s'en faut pour éviter un conflit armé avec l'Iran.

Et dans ce cas également toutes les parties se retrouvent dans une nouvelle impasse.

A en juger par les informations disponibles, l'Iran n'a pas l'intention de renoncer à ses projets d'enrichissement. Autant dire que le premier - et le plus court - scénario d'évolution des événements est le plus probable.

Quoi qu'il en soit, une chose est claire: le dénouement est proche.


Ria Novosti


Vendredi 2 Juin 2006

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