Géopolitique et stratégie

Etats-Unis – Iran : à qui 'mordra' le premier


Tous attendent avec impatience le 6 avril. C'est pour ce jour-là que les Etats-Unis ont programmé, sous le nom de code de "bite" ("morsure" en anglais) une opération militaire contre l'Iran.


Piotr Gontcharov
Jeudi 5 Avril 2007

Etats-Unis – Iran : à qui 'mordra' le premier
Piotr Gontcharov





Le dispositif nécessaire est déjà en place. Deux porte-avions d'assaut – le Dwight Eisenhower et le John Stennis – quatre sous-marins nucléaires et une vingtaine de croiseurs sont déployés dans le golfe Persique. Le parc aérien comprend plus de 400 appareils embarqués ou basés à terre, dont les fameux avions furtifs (Stealth) qui seront chargés de la plupart des missions.



Les cibles concrètes ont été définies : le site d'enrichissement de l'uranium de Natanz, le centre des recherches nucléaires d'Isfagan, l'usine de production d'eau lourde d'Arak, la centrale nucléaire de Buscher, les bases aériennes et navales iraniennes, les installations de la défense anti-aérienne, les postes de commande et de direction.



Une manœuvre de diversion est prévue, comme l'exigent les lois de toute guerre éclair. Lundi dernier, le porte-avions nucléaires Nimitz, qui doit prendre la relève du Dwight Eisenhower dans la première moitié du mois de mai, a quitté San Diego pour le golfe Persique. Dans la logique de la guerre éclair envisagée, tous seront dans l'attente de l'arrivée d'un troisième porte-avions à proximité des côtes iraniennes, ce qui garantira l'effet de surprise nécessaire.



La guerre pourrait bien ne pas commencer le 6 avril, en dépit de tous les signes extérieurs révélés grâce, surtout, aux efforts déployés par les experts militaires russes et l'Etat-major général russe. Ne serait-ce que parce que les Etats-Unis n'arrivent pas à qualifier à voix haute cette guerre d'inévitable et à en avertir l'Iran. Il s'agit moins de respecter les traditions du monde civilisé que d'effectuer la préparation indispensable pour démoraliser l'adversaire. Et le Pentagone ne dédaigne pas ce type de préparation. Si cela pouvait aider à éviter trop de pertes.



Autre chose est de savoir, plus généralement, si cette guerre aura lieu et, si oui, quand elle sera déclenchée.



On peut, bien entendu, éviter une guerre si Téhéran revoit de fond en comble sa position sur le programme nucléaire et sa politique dans la région où il cherche à se positionner comme le centre ou presque de la civilisation islamique. Mais il est clair que ce ne sera possible que si le président Mahmoud Ahmadinejad et son équipe perdent le pouvoir. Une hypothèse manifestement improbable.



Un faible espoir repose, il est vrai, sur le roi iranien de la pistache Ali Akbar Hachemi Rafsandjani, dont les capitaux sont à l'abri à l'étranger. Celui-ci, dont la défaite face à Ahmadinejad lors de la dernière élection présidentielle n'a pas cessé d'étonner, a été brillamment élu dernièrement à l'Assemblée des experts, une institution très prestigieuse en Iran dont les pouvoirs l'autorisent à démettre de ses fonctions le Guide suprême de la nation. De l'avis de divers experts, Rafsandjani pourrait poser la question de l'opportunité de revoir la politique de l'Iran dans les domaines nucléaire et international.



Un autre scénario est possible. Il n'est pas exclu qu'à l'issue d'une nouvelle réunion du Conseil de sécurité de l'ONU, qui se terminera comme d'habitude par un durcissement des sanctions, les Etats-Unis décident unilatéralement le blocus de l'Iran. A ce moment-là, Téhéran pourrait fort bien engager des actions qui serviraient aux Etats-Unis de prétexte à lancer une opération militaire.



Pour l'instant, d'ailleurs, c'est l'Iran qui ne laisse aux Etats-Unis aucune chance d'éviter la guerre. Il ne s'agit pas uniquement de son fameux programme nucléaire et, plus globalement, de ses ambitions dans ce domaine. Ce qui est aussi en jeu, c'est la politique que mène Téhéran dans la région. Cela concerne, en premier lieu, l'antisémitisme qu'il attise, à commencer par les déclarations de l'actuel président iranien sur la nécessité de "gommer Israël en tant qu'Etat", jusqu'à sa position manifestement négative concernant le processus de paix israélo-palestinien, son soutien financier et politique aux groupes fondamentalistes islamiques au Proche-Orient. Le mordant de cette politique est dirigé en premier lieu contre les Etats-Unis, contre leurs intérêts au Proche-Orient. Et il serait funeste, pour Washington, de sous-estimer ici les possibilités de l'Iran qui prétend, non sans raison, au rôle de "grande puissance" régionale. Il serait plus facile de quitter simplement cette région, ce que, bien entendu, les Etats-Unis n'accepteront jamais, quelles que soient le circonstances.



Il n'est pas exclu, d'ailleurs, que Téhéran pense déjà à "mordre" pour donner un coup de semonce. Cela signifierait que les nombreuses rumeurs sur l'opération du 6 avril ont atteint leur but


L'avis de l'auteur ne coïncide pas forcément avec celui de la rédaction Alter Info


Jeudi 5 Avril 2007


Commentaires

1.Posté par klaus le 05/04/2007 17:07 | Alerter
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ne pas oublier ce coup de maître que vient de faire l'Iran avec la libération programmée des marins britanniques, à la veille du jour fatidique... l'opinion internationale comprendra(it) elle une attaque de l'iran après ce "cadeau au peuple britannique" ?

2.Posté par Fadel le 05/04/2007 22:22 | Alerter
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La force et la puissance n'appartiennent qu'à Dieu. Il n'est plus loin où le moment où les usa mordront la poussière.

3.Posté par klaus le 05/04/2007 22:50 | Alerter
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Fadel : n'ayant aucune religion, ce genre "d'argumentation" me fait largement sourire. Les incantations n'ont jamais tué (heureusement) personne. Alors restons sérieux et ne mêlons pas des dieux hypothétiques quand des hommes suffisent amplement pour faire des erreurs.

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