Sciences et croyances

Et si les glaces venaient à fondre?



Si toutes les glaces de par le monde fondaient, le niveau de l'Océan grimperait de 64 mètres. Dans cette situation les flots engloutiraient de nombreuses villes littorales et même des Etats entiers tels que le Royaume des Pays-Bas, dont une bonne partie se trouve sous le niveau de la mer. Cependant, pour le moment les Néerlandais (comme tous les autres Terriens d'ailleurs) peuvent dormir tranquilles: sur ce plan aucun cataclysme ne se produira au cours du millénaire à venir.


Nikolaï Ossokine
Jeudi 29 Mars 2007

Par Nikolaï Ossokine, glaciologue, chercheur à l'Institut de géographie de l'Académie des sciences de Russie, pour RIA Novosti

Notre institut a créé un Atlas des ressources en neige et en glace. Cet ouvrage décrit toutes les glaces du globe et comporte même une carte représentant le monde sans les glaces. Il s'agit non pas d'une prévision, mais seulement d'un modèle de la Terre sans glaciers. Cependant, il existe aussi des pronostics indiquant que si le réchauffement observé depuis la fin du XXe siècle se poursuit pendant quelques décennies encore, alors une bonne partie des glaces de l'Océan glacial du Nord fondra.

Toutefois, il y a une nuance: si les glaces arctiques fondaient brusquement, le niveau de l'Océan resterait le même: le volume des glaces est égal à celui de l'eau qu'elles évincent. Ce qui est dangereux, c'est le réchauffement qui pourrait faire fondre les glaciers insulaires et continentaux. La plupart d'entre eux couvrent l'Antarctique, là où l'on recense 90% des réserves mondiales de glace, et le Groenland. La fonte de ces masses de glace pourrait provoquer une catastrophe. Mais faut-il paniquer pour autant? Un relèvement de la température même de 3-6 degrés pendant un siècle - annoncé par les pessimistes - n'aurait aucune incidence notable sur l'Antarctique où la température moyenne est inférieure à 40 degrés.

Les processus qui ont lieu dans le permafrost (congélation éternelle) sont encore plus compliqués que dans les glaces. Les hivers des dernières décennies ont plus ou moins constitué des anomalies. Dans ces conditions le permafrost dans la région arctique a reculé ses frontières, ce qui a entraîné sa fonte. La période de réchauffement a été assez prolongée, mais elle va peut-être prendre fin. La plupart des processus naturels dans le monde évoluent de manière cyclique, avec des rythmes plus ou moins accélérés. Mais quelle que soit la sinusoïde employée, elle doit être relevée en cas d'augmentation de la température et inversement.

L'étude du noyau glaciaire réalisée dans l'Antarctique à la station russe Vostok a révélé qu'il en a été ainsi sur la terre au cours des 400.000 dernières années au moins. Actuellement les scientifiques évoquent un arrêt du processus de dégradation (fonte) du permafrost. Ce phénomène est confirmé par les relevés de plusieurs stations météorologiques situées le long du littoral arctique de la Russie.

Nous étudions l'influence dans l'espace et dans le temps de l'atmosphère et de la couche de neige sur la congélation. Dans les régions de la congélation éternelle une couche de fonte saisonnière se forme, dans laquelle la température est supérieure à zéro. Cependant, lorsque l'hiver est anormalement doux, la couche de fonte saisonnière peut ne pas geler. Il se forme alors ce que l'on appelle en russe un "talik", c'est-à-dire une couche dans laquelle la température avoisine zéro degré. Une chose très désagréable pour les ouvriers du bâtiment et les poseurs de pipelines.

Puisque la température monte, le permafrost devrait fondre. Pourtant, dans beaucoup de régions c'est le contraire qui se produit. La température moyenne annuelle grimpe, mais la congélation éternelle se maintient, quand elle ne progresse pas. Pourquoi? La couche de neige constitue ici un facteur important. Du fait du réchauffement son épaisseur diminue et en même temps l'efficacité de l'isolant thermique qu'elle est pour le permafrost. Et alors il suffit de froids légers pour que le sol gèle en profondeur.

Dans de nombreux endroits le sol est gelé sur 500-800 mètres de profondeur. Même s'il se produisait un réchauffement de 3-6 degrés, pas plus de 20 mètres du permafrost fondraient. La peur ressentie par les gens est due au fait que la fonte du permafrost entraînerait une pollution de l'atmosphère par le méthane libéré. Toutefois, l'eau ne représente que 15% d'une couche de permafrost de 20 mètres. Les gaz qui y sont dilués ne représentent qu'un faible volume. C'est pourquoi de ce côté il n'y a pas de surprises désagréables à attendre du permafrost dans les cent ans à venir.

Les appréhensions des scientifiques sont liées moins au réchauffement global qu'aux changements dans la circulation de l'atmosphère. Depuis quelques années, c'est ce que l'on appelle le transfert occidental qui prédominait, quand le gros des masses aériennes se déplaçait d'ouest en est. Très rarement on observait en mouvement des masses dites méridionales se déplaçant du sud vers le nord ou dans le sens contraire. Maintenant le transfert méridional prédomine le plus souvent. Si le mouvement se fait dans le sens nord-sud, il provoque un brusque refroidissement. Dans le cas contraire, les périodes hivernales sont marquées par des arrivées de masses aériennes chaudes et des précipitations plus fréquentes. Cela se traduit par un dégel et des enneigements dans la plaine et par d'abondantes chutes de neige, des avalanches et des glissements de terrain en montagne. Ces derniers temps, les processus méridionaux sont plus fréquents, ce qui annonce des anomalies saisonnières avec de brusques écarts de températures, des pluies et des chutes de neige abondantes, des périodes de sécheresse plus longues.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.


Jeudi 29 Mars 2007

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