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Espionnage : Le Côté Obscur De La « Relation Spéciale » US –Israël


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"...Un nouveau front a été ouvert dans la guerre souterraine avec l’arrestation de Stewart David Nozette, un scientifique US de haut niveau qui a travaillé pour le Pentagone, a eu accès aux secrets nucléaires les mieux gardés, et était le scientifique de tête dans la recherche d’eau sur la lune..."


Justin Raimondo
Jeudi 22 Octobre 2009

Espionnage : Le Côté Obscur De La « Relation Spéciale » US –Israël
Une lutte silencieuse fait rage juste sous nos nez, un combat clandestin acharné opposant les US à l’un de leurs plus proches alliés. Les médias « d’information » ne prêtent que peu d’attention à cette histoire – sauf quand elle fait surface, brièvement, comme une ailette géante dressée au dessus des vagues. L’agresseur dans cette guerre c’est l’état d’Israël, les US, leur sponsor et protecteur jouant le rôle de la défense. C’est le côté obscur de la « relation spéciale » - un combat d’espion versus espion.

Jonathan Pillard, reconnu coupable d’espionnage – actuellement emprisonné à vie – a volé des secrets si vitaux qu’une tentative par les Israéliens d’obtenir son pardon a été bloqué par une vaste protestation de la part des services secrets et de ceux de la défense. Bill Clinton voulait échanger Pollard contre des concessions israéliennes dans le « processus de paix » et il en a été empêché par une menace de démissions massive de hauts gradés de la communauté du renseignement US.

La raison de leur intransigeance c’est que parmi les documents demandés par les agents de contacts israéliens de Pollard il y avait le plan d’attaque US contre l’Union Soviétique, que Pollard a volé et transmis. Selon Seymour Hersh, le directeur de la CIA en poste à l’époque, Bill Casey, a affirmé que Tel Aviv a remis l’information à Moscou en échange de la levée des restrictions de circulation sur les Juifs soviétiques, qui ont alors été autorisés à émigrer en Israël.

Le cas Pollard est emblématique – mais c’était juste le commencement d’un effort d’un an par les services de contre espionnage US de se débarrasser du cauchemar israélien. Ceux chargés de faire respecter la loi – et qui le sont toujours on suppose – étaient convaincus que Pollard était loin d’être seul, et qu’une « taupe » haut placé lui avait fourni des informations cruciales. Dans sa recherche pour fournir des informations spécifiques, Pollard savait précisément quels documents chercher – un savoir auquel il ne pouvait avoir accès sans l’aide d’une personne très haut placé dans les cercles gouvernementaux.

De plus, la NSA (National Security Agency) a intercepté une conversation téléphonique entre un officier des renseignements israélien et son boss de Tel Aviv, pendant laquelle ils ont discuté de la manière de mettre la main sur une lettre du secrétaire d’état de l’époque, Warren Christopher, à Yasser Arafat. L’espion de Washington suggérait qu’ils utilisent « Mega » mais son boss l’en a dissuadé : «ce n’est pas quelque chose pour lequel nous utilisons Mega» a-t-il spécifié.

La recherche de Mega et de ses comparses continuent à ce jour, les services de contre espionnage US essayant de déraciner ce qui semble être une vaste opération d’espionnage israélien ayant des racines profondes. C’est pourquoi ils ont poursuivi Ben Ami Kadish, qui a remis des secrets US à Tel Aviv et avait le même agent de contact israélien que Pollard, et c’est pourquoi ils ont inculpé Steve Rosen et Keith Weissman, deux hauts responsables d’AIPAC, le puissant groupe de lobbying pro Israël. C’est pourquoi ils écoutaient à l’autre bout du fil quand Jane Harman a promis à un agent israélien d’intervenir dans l’affaire Rosen-Weissman. Et maintenant un nouveau front a été ouvert dans la guerre souterraine avec l’arrestation de Stewart David Nozette, un scientifique US de haut niveau qui a travaillé pour le Pentagone, a eu accès aux secrets nucléaires les mieux gardés, et était le scientifique de tête dans la recherche d’eau sur la lune.

Le cas de Nozette est intéressant à cause de son CV impressionnant : il a occupé des postes de haut niveau au sein du Département de l’Energie, du Département de la Défense, et de la NASA, et il a été dans le Conseil de la Maison Blanche sur le Programme Spacial sous G.W.Bush. De 1989 jusqu’à Mars 2006, il a eu des pass « Q », ce qui veut dire qu’il avait accès à des i{ « informations cruciales sur la conception d’armes nucléaires »]i et des information vitales concernant 20 « programmes d’accès spéciaux « – secrets dont seuls un tout petit nombre de responsables gouvernementaux avaient connaissance.

En d’autres termes, cela n’était pas juste un homme de main de niveau moyen qui voulait vendre son pays pour de l’argent : c’était l’un des Grands – l’auteur principal de l’expérimentation du radar biostatique Clémentine, qui a permis aux scientifiques US de découvrir de l’eau sur la lune – une sorte de personne type Robert Oppenheimer, dont les contributions spéciales au programme spacial US et ses applications militaires lui ont permis de bénéficier de pass sécuritaires dont bénéficient qu’ un tout petit nombre de personnes triées sur le volet.

Pour soutenir la plainte au pénal l’affidavit est succinct, comporte certaines parties vagues, et déborde d’implication. S’en tenant à la déclaration de presse du Département de la Justice, la plupart des articles de presse déclarent que « la plainte ne sous entend pas que le gouvernement d’Israël ou quiconque agissant pour son compte à commis une offense selon les lois US » laissant de côté les trois derniers mots de la phase du DdD : « dans ce cas ».

Dans ce cas particulier c’est vrai que les procureurs poursuivent Nozette pour des violations tandis que le FBI le faisaient plonger, avec un agent fédéral se faisant passer pour un officier du Mossad lui offrant de l’argent (ceci dit en passant, pas beaucoup) en échange de secrets. Cependant, la vraie question, c’est qu’est ce qui les a poussé à s’en prendre à Nozette ? Un article du Washington Times cite Kenneth Piernick, un ancien agent supérieur du FBI, donnant son opinion :

« Il a du faire une tentative, ce qui a déclenché l’intérêt du FBI pour lui. Ils se sont interposés entre lui et la personne avec laquelle il essayait de travailler et quelqu’un s’est fait passé pour un officier du renseignement, agent, ou courrier s’occupant de l’affaire, et puis quand il a apporté ce qu’il voulait transmettre à cette personne, son contact était probablement un agent clandestin du FBI ou quelqu’un d’un autre service de renseignement US. «

Cependant, Nozette pourrait avait fait plus que « d’essayer » de passer des informations. L’affidavit avance que, de 1998 à 2008, il a été employé comme consultant par une «société d’aérospaciale appartenant totalement au gouvernement israélien » période pendant laquelle, « environ une fois par mois des représentants de cette société proposaient des questions, ou des tâches, à Nozette » Il répondait à ces questions, et, en retour, il a reçu des paiements réguliers totalisant 250 000 $.

Cela indique que les Feds surveillaient Nozette depuis un certain temps déjà, et pour une bonne raison. L’affidavit note aussi que, au début de cette année, il a voyagé dans «un pays étranger différent » emmenant avec lui deux disques durs «externes» qui semblent avoir mystérieusement disparus lors de son retour trois semaines plus tard. Qu’y avait t-ils sur ces disques durs et qui en était les destinataires ?

En 2007, les autorités fédérales ont mené intentionnellement un raid dans les bureaux de l’organisation charitable de Nozette, Alliance for Competitive Technology ( ACT) car ACT ayant bénéficié de plusieurs contrats gouvernementaux lucratifs avaient frauder en surchargeant le gouvernement fédéral. L’affidavit cite des collègues anonymes de Nozette qui rappellent que le scientifique disait que si le gouvernement US essayait de le mettre en prison il irait en Israël ou dans un autre pays étranger et «leur dirait tout » ce qu’il savait.

Cependant, peut être que la vraie raison du raid était en lien avec les soupçons croissants du FBI – si ce n’est la certitude – qu’il passait des secrets US à Tel Aviv. ACT est une création curieuse, un groupe « charitable » qui a néanmoins gagné plus d’un demi-million de dollar l’année dernière selon les documents remplis auprès du IRS, avec plus de 150 000$ en salaires et bénéfices payés à Nozette. Mais ce n’était pas simplement à propos d’argent. La mission d’ACT se lit comme un rêve d’espion devenu réalité :

« L’Alliance for Competitive Technology… a été crée pour servir l’intérêt national et public en menant des recherches scientifiques et des activités éducationnelles visant à étendre l’utilisation des ressources des Laboratoires Nationaux et Gouvernementaux. Les Laboratoires Nationaux possèdent une importante technologie et des techniciens compétents et des ressources, d’une immense valeur potentielle pour les sociétés industrielles US en développement, à la fois petites et grandes. Les changements récents dans la politique nationale (le Stevenson-Wydker Act de 1986 et le Programme d’Utilisation Technologique de la NASA ) ont permis la poursuite du transfert technologique vers ces sociétés. Cependant, les capacités et les ressources présentes dans les Laboratoires Nationaux sont souvent d’un accès difficile pour des sociétés petites et moyennes ayant des ressources limitées. ACT recherchera les meilleurs mécanismes facilitant ce transfert en se concentrant sur les mécanismes de transfert de technologie, et des programmes éducationnels et instructifs sur la technologie du transfert des Laboratoires Nationaux. En plus, ACT permettra aux sociétés US d’utiliser des ressources des Laboratoires Nationaux à travers des mécanismes déjà existants (e .g., le Programme du Laboratoire de Jet Propulsion de Technologie Affiliée de la NASA). Le transfert de technologie ayant une valeur commerciale est directement mis en valeur par un tel soutien direct des efforts au secteur privé ».

En bref : ACT se concentre sur le transfert de technologie – des US vers Israël. Ceci, comme c’est bien connu, est l’une des activités favorites des services secrets israéliens, qui pillent régulièrement les dernières inventions technologiques américaines (spécialement les applications militaires) à tel point qu’une fois une enquête du General Accounting Office a qualifié cet effort d’ « opérations les plus agressives d’espionnage contre les US d’un allié US. »

ACT a passé des contrats avec le Laboratoire de Recherche de la Marine US à Washington DC, l’Agence sur les Projets Avancés de Défense à Arlington, Va, et le Centre de Vol Spacial Goddard de la NASA à Greenbelt, Md. C’est peur dire en conclusion que des données vitales sur ces projets alimentaient directement la gueule ouverte du Mossad.

Nozette a été un personnage clé du développement et de la promotion de « Star Wars » le système de défense de missiles balistiques. Son collègue dans la mouvance « frontière en altitude » - et le directeur officiel d’ACT- est un certain Klaus Heiss, qui comme Nozette soutient avec enthousiasme la colonisation de l’espace (et qui a aussi des positions fortes sur d’autres sujets).

Contacté par un agent du FBI se faisant passer pour un agent des services secrets israéliens, Nozette n’a pas bronché quant on lui a dit que son partenaire pour le déjeuner était un agent du Mossad. « Bien » a-t-il dit.« Heureux de vous aider ». Ceci bien avant que la question de l’argent ait été soulevée. Plus tard dans la conversation, Nozette s’est vanté de ses pass de sécurité de haut niveau et l’étendue et profondeur de sa connaissance des secrets US, ajoutant : « le Mossad ne me recrute pas tous les jours. A propos je savais que cela arriverai ». Questionné un peu plus par l’agent secret, Nozette a dit : « j’ai pensé que je travaillais déjà pour vous. Je veux dire, c’est ce que j’ai toujours pensé, (la société étrangère) était - juste une couverture. »

Ce qu’elle était à n’en pas douter.

Nozette a accepté d’être un « atout » régulier cependant il a senti que sa position était de plus en plus précaire. Il a posé des questions sur le droit au retour et émis la possibilité qu’il pourrait aller en Israël. Il voulait un passeport en partie comme mode de paiement en plus des quelques milliers de dollars que le FBI déposait dans une boîte au lettres « poste restante » pour lui à réception des secrets volés.

Bon et après quoi ? Toutes les nations mêmes alliées, s’espionnent les unes les autres ? Quelle est la signification de ce cas particulier ?

En surface, notre relation avec Israël se traduit par l’expression « relation spéciale » qui jusqu’à présent consiste pour les US a fournir un soutien inconditionnel à chaque action de Tel Aviv, peut importe quelle soit brutale ou contraire à nos intérêts – tolérant dans une large mesure, ses opérations étendues sur le territoire US ( ou tout du moins ne faisant rien contre). Cependant, à un niveau plus profond, les tensions dans cette histoire d’amour à sens unique conduit la spécificité de cette relation presque au point de rupture.

Ceci n’est pas seulement du à l’élection de Barack Obama, largement perçu en Israël comme était contre l’état d’Israël. Ces tensions ont fait surface pendant le deuxième mandat de Bush, quand la politique US a commencé à s’écarter de celle de Tel Aviv. Un coup particulièrement dur pour les relations US-Israël cela été les restrictions d’entrée des Israéliens aux US : les visiteurs potentiels d’Israël sont maintenant obligés de se soumettre à une interview, des restrictions à la durée de leur séjour ont été étendues et l’acceptation sur le territoire US n’est plus assuré.

Dans le monde secret des espions s’espionnant les uns les autres, la relations US-Israël devient de plus en plus confrontationnelle, tandis que dans le domaine diplomatique, elle a pratiquement atteint un point d’hostilités ouvertes. Ceci grâce aux conditions objectives qui déterminent les relations parmi les nations : dans le monde post guerre froide, Israël est nécessairement devenu un atout de moindre valeur pour les US. Dans le monde post 11/09, John Mearsheimer et Stephen Walt ont fait remarquer de façon tranchée que c’est évident.

Notre politique d’auto sacrifice dans le soutien inconditionnel à Israël, nous a valu des ennemis implacables dans le Monde Arabe et fourni à nos adversaires un sujet de propagande inestimable – et la prise de conscience croissante que cet handicap est quelque chose qui, nul doute, perturbe les Israéliens. La distorsion de notre politique étrangère par le pouvoir du Lobby d’Israël est également largement pris en compte, et ceci est leur véritable talon d’Achille.

Dans ce cas là aussi, le Lobby se précipitera sans nul doute pour exercer son influence pour minimiser les crimes de Nozette et même le décrire comme une innocente victime tombée dans un piège. Les défenseurs du duo d’AIPAC ont fait état d’une vaste conspiration « antisémite » au sein du département de la justice et du FBI pour expliquer la prétendue persécution dont étaient victimes Rosen et Weissman, et les mêmes tactiques seront employées dans ce cas.

Cela n’a pas de sens. Le FBI n’a pas choisi Nozette arbitrairement et fait surgir ses crimes d’un coup de baguette magique. Leur cible était déjà profondément impliquée avec les Israéliens, et c’est ce qui en premier a attiré leur attention.

La nature et l’étendue de l’espionnage israélien aux US n’est pas un sujet que vous verrez dans les médias « de masse » qui aborde le sujet de très loin mais quand ils le font les résultats peuvent être très perturbants. Moi-même, par exemple, je n’ai pas oublié la série en quatre parties de Carl Cameron sur l’espionnage d’Israël aux US, diffusé par Fox News en Décembre 2001. Selon Cameron, ses sources dans les institutions chargées du respect de la loi, lui ont dit que les Israéliens avaient suivis les pirates de l’air du 11/09 et avaient une pré connaissance de leurs plans mais qu’ils ont néanmoins négligé de nous en avertir. Et puis il y a eu ces Israéliens dansant, éclatant de joie à la vue des deux tours jumelles en feu.

C’est le côté obscur de la « relation spéciale », tellement obscur qu’il est difficile de l’admettre, encore moins d’en considérer ses implications.

Justin Raimondo 21/10/09 www.antiwar.com

Article en anglais

Traduction Myriam Abraham pour http://www.planetenonviolence.org


Jeudi 22 Octobre 2009


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