Politique Nationale/Internationale

Entrevue avec Noam Chomsky, philosophe et linguiste



Mardi 21 Octobre 2008

Entrevue avec Noam Chomsky, philosophe et linguiste

Der Spiegel

Le linguiste et intellectuel renommé Noam Chomsky mène depuis longtemps une critique de la surconsommation et de l’impérialisme értasunien. “Der Spiegel” a discuté avec lui sur l’actuelle crise du capitalisme, la réthorique d’Obama et la complaisance de la classe intellectuelle.
- Les cathédrales du capitalisme se cont effondrées, le gouvernement conservateur est en train de consacrer ses dernières semaines au pouvoir à des plans de nationalisations ? Comment appréciez vous cette situation ?

-Les temps sont trop difficiles et la crise trop grave pour que nous nous permettions de choir en lamentations. Le fait que nous sommes allés vers une crise financière doit être regardé dans une perspective parce que c’était parfaitement prévisible, sa nature générale autant que son amplitude. Les marchés sont toujours inefficients.


- Que prévoyiez vous exactement ?

-Dans l’industrie financière, comme dans d’autres industries, il y a des risques qui restent hors calculs. Si vous me vendez une auto, nous avons peut-être fait une bonne affaire pour nous mêmes. Mais il y a des effets de cette transaction sur les autres que nous ne prenons pas en compte : il y a plus de pollution, le prix de l’essence monte, il y a plus d’engorgement. Ce sont les coûts externes de notre transaction. Dans le cas des institutions financières, ils sont énormes.
-Mais n’est-ce pas la tâche d’une banque de prendre des risques ?


- Oui. Et si elle les  administre bien, comme Goldman Sachs, elle couvrira ses propres risques et absorbera ses propres pertes. Mais aucune institution financière ne peut administrer des risques systémiques. C’est pourquoi le risque est sous évalué et on prendra plus de risques qu’il serait prudent pour l’économie. Avec la déréglementation gouvernementale et le triomphe de la libéralisation financière, les dangers de risques systémiques, la possibilité d’un tsunami financier ont augmenté brusquement.
- Est-il correct, d’inculper seulement Wall Street ? Peut-être Main Street, la classe moyenne américaine, ne vit-elle pas aussi avec de  l’argent emprunté,qu’elle peut ou ne peut pas payer?


- La charge de la dette des foyers privés est énorme. Mais je n’en rendrais pas responsable l’individu. Ce consumérisme est basé sur le fait  que nous sommes une société dominée par les intérêts d’affaires. Il y a une propagande massive pour que tout le monde consomme. La consommation est bonne pour les profits et la consommation est bonne pour l’établissement politique.
- En quoi est-ce que cela est bénéfique pour les hommes politiques que la populace roule beaucoup en voiture, et fasse beaucoup d’achat?


- La consommation distrait les gens. On ne peut pas contrôler sa propre population par la force, mais on peut la distraire au moyen de la consommation. La presse d’affaires a été assez explicite sur ce but.
- Il y fut untemps, où vous appeliez les États-Unis le “Plus grand pays de la terre”. Comment conciliez vous votre critique avec que vous disiez ?

- Par beaucoup d’aspects, les Etats-Unis sont un grand pays. La liberté d’expresion est plus protégée que dans tout autre pays. C’est aussi une société très libre. Aux Etats-unis, le professeur converse avec le mécanicien. Ils sont dans la même catégorie.
- A près avoir voyagé aux États-Unis il y a 170 ans, Alexis de Tocqueville a déclaré que “le peuple règne sur le monde politique de l’Amérique du Nord comme Dieu  régit l’univers”. Était-il un rêveur ?


- La position de James Madison dans la Convention Constitutionnelle était que le pouvoir de l’État devait être utilisé “pour protéger à la minorité opulente contre la majorité”. C’est pour cela que le Sénat seul a 100 membres qui sont en majorité riches et à qui il a été donné beaucoup de pouvoir. La Chambre des représentants (députés), avec quelques centaines de membres, est plus démocratique et dispose de moins de pouvoir. Jusqu’aux libéraux comme Walter Lippmann, l’un des intellectuels célèbres du XXe siècle, l’opinion était “dans une démocratie qui fonctionne de manière apropriée, la minorité intelligente, qui devait gouverner, devait être protégée des coups de pied et  des vociférations de la horde incontrôlée » Parmi les conservateurs, le vice-président Dick Cheney a récemment montré comment  entend la démocratie. Il luia a été demandé pourquoi il soutient la poursuite de la guerre en irak quand la population s’y oppose fortement. Sa réponse fut : « Et alors, »

-”Le Changement” est le slogan de l’élection présidentielle de cette année. Voyez-vous une possibilité pour qu’il y ait un changement immédiat et tangible ? Ou, pour employer le cri de bataille d’Obama: êtes-vous ‘allumé’ ? “

-Pas du tout. La réaction européenne par rapport d’Obama est une auto-erreur.

- Mais il dit des choses que l’Europe a tant espérées. Il parle de la société transatlantique, de la priorité de la diplomatie et de la réconciliation de la société

- C’est de la pure réthorique.Pour qui est-ce important ? Toute cette campagne électorale  est seulement une rhétorique enflammée, une espérance, un changement, tout ce genre de chose, mais elle  évite les questions.
- Peut-être  préférez-vous l’autre équipe : le septuagenaire vétéran du Vietnam [John McCain] et l’ex-reine de beauté de l’Alaska [Sarah Palin] ?


- ce phénomène de Sarah Palin est très curieux. Je pense que si on nous observe depuis Mars ils penseront que le pays a été rendu fou..
-Les électeurs archiconservateurs et religieux paraissent enchantés.

- On ne doit pas oublier que ce pays fut fondé par des fanatiques religieux. Depuis Jimmy Carter, les fondamentalistes religieux ont joué une rôle de première importance dans les élections. Ce fut le premier président Il a été le premier président qui s’est montré comme un chrétien renaissant et cela a allumé une petite lumière dans les esprits des directeurs de campagnes politiques : prétendre être un fanatique religieux peux immédiatement te gagner un tiers des voix. Personne n’a demandé si Lyndon Johnson allait à l’église tous les jours. Bill Clinton est probablement aussi religieux que moi, c’est-à-dire zéro, mais ses conseillers se sont assurés  que chaque dimanche matin il serait dans l’église baptiste en train de chanter des hymnes.
- N’y a rien-t-il dans McCain qui vous convienne ?


- Sous certains aspects, il est plus honnête que son adversaire. Il déclare explicitement que de cette élection il ne s’agit pas des contenus politiques mais de personnalités. Les démocrates ne sont pas aussi honnêtes, alors qu’ils se conduisent de la même manière.
- Pour vous, alors: les républicains et les démocrates représentent seulement de légères variations de la même plate-forme politique ?

- Bien entendu qu’il y a des différences, mais elles ne sont pas fondamentales. Personne ne devrait se faire des illusions. Les États-Unis ont essentiellement un système de parti unique et le parti gouvernant est le parti patronal.
- vous exagérez. Sur presque tous les sujets vitaux, de la fiscalité des riches à l’énergie nucléaire, il y a des positions différentes. Au moins sur les sujets de la guerre et de la paix, ils diffèrent notoirement. Les républicains veulent se battre en Irak jusqu’à la victoire, même s’il y en a pour 100 ans, selon McCain. Les démocrates exigent un plan de retrait.

-Examinons les “différences” de plus près et mesurons en les limites et le cynisme? Les faucons disent : si nous poursuivons nous pouvons gagner. les colombes disent; cela nous coûte trop. Mais avez-vous entendu un politicien étasunien dire franchement que cette aggression est un crime: le thème du débat est est-ce que nous allons gagner ou non, est-ce c’est trop cher. Souvenez-vous de l’invasion russe en Afghanistan. Avions-nous un débat sur le fait que les Russes pourraient ou non gagner la guerre, si elle était trop couteuse ? Ca c’était le type de débat pour le kremlin ou la “pravda”. Le type de débat que l’on peut attendre d’une société totalitaire. Si le général Petraeus pouvait réussir en Irak comme Poutine a réussi en Tchtchéni nous le couronnerions comme Roi.  L’interrogation clé est-ce ici nous nous appliquons à nous mêmes les mêmes critères que nous appliquons aux autres ?

-Qu’est-ce qui empêche les intellectuels d’agir  et de répondre d’une manière critique à ces interrogations ? Vous faites l’éloge de la liberté d’expression aux Etats-Unis.


-Le monde intellectuel est profondément conformiste. Hans Morgenthau, qui fut un des fondateurs de la théorie des relations internationales réalistes, a condamné une fois ce qu’il a appelé « la servilité conformiste face au pouvoir » de la part des intellectuels.. George Orwell a écrit que les nationalistes forment pratiquement la classe intellectuelle complète d’un pays, non seulement ils ne désaprouvent pas les crimes de leur propre Etat mais ils n’ont pas même la remarquable capacité de les voir. Cela est juste . Nous parlons beaucoup des crimes des autres. Quand il s’agit de nos propres crimes, nous sommes nationalistes dans le sens orwelien.
- Mais n’y a-t-il pas eu et n’y a-t-il pas, aux États-Unis et dans le monde, de forte protestation contre la guerre de l’Irak ?


- la protestation contre la guerre à l’Irak est beaucoup plus grande que contre la guerre du Vietnam. Quand il y a eu quatre mille morts américaines au Vietnam et 150.000 militaires effectifs déployés cela ne touchait personne. Quand Kennedy a envahi le Vietnam en 1962 à peine il y a eu un bâillement.
- Pour conclure: peut-être pouvez vous offrir un mot indulgent sur l’état de la nation ?

-  La société américaine est devenue plus civilisée, grâce en grande partie à l’activisme des années soixante. Notre société, et aussi elles de l’Europe, sont devenues plus libres, plus ouvertes, plus démocratiques et, pour beaucoup, assez terrifiantes. Cette génération a été condamnée à cause de cela. Mais elle a créé cet effet.
Traduit par danielle Bleitrach pour http://socio13.wordpress. Com/ à partir de Rebelion.20 octobre 2008



Mardi 21 Octobre 2008


Commentaires

1.Posté par souad le 21/10/2008 12:57 | Alerter
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Bonjour, le lien ne fonctionne pas.

2.Posté par joszik le 22/10/2008 15:09 | Alerter
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- Par beaucoup d’aspects, les Etats-Unis sont un grand pays. La liberté d’expresion est plus protégée que dans tout autre pays. C’est aussi une société très libre. Aux Etats-unis, le professeur converse avec le mécanicien. Ils sont dans la même catégorie.
Faut voyager un peu et écouter les autres monsieur ChomsKy
La démocratie américaine à quoi sert-elle si un fou va massacrer des millions de gens pour de l'oseille.
On a comme d'habitude l'impression que l'amérique est le centre du monde.

3.Posté par Emmanuelle le 27/01/2009 17:59 | Alerter
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Ce compte-rendu est malheureusement rendu très pénible à lire par la multiplication de fautes d'orthographe surprenantes d'énormité (la "Tchtchéni" !!!) et de typographie (notamment des questions solidaires des réponses qui les précèdent), le tout en trop grand nombre pour qu'on puisse accuser de simples fautes de frappe. Un peu de sérieux, s'il vous plaît !

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