Politique Nationale/Internationale

Entretien exclusif du Président Bouteflika


Un effort concerté

Le Hamas, le Maghreb, les États-Unis, l’Algérie de demain… Le président Abdelaziz Bouteflika fait un tour d’horizon des sujets auxquels son pays et la région sont confrontés. Sur proposition formulée au bureau de notre quotidien à Paris, « Le Citoyen » reprend en exclusivité l’interview intégrale et exclusive du président Abdelaziz Bouteflika donnée à ce mensuel d'information

Posté Par Samir MEHALLA



mehallas@yahoo.fr
Jeudi 27 Avril 2006

Entretien exclusif du Président Bouteflika
Le Hamas, le Maghreb, les États-Unis, l’Algérie de demain… Le président Abdelaziz Bouteflika fait un tour d’horizon des sujets auxquels son pays et la région sont confrontés.

L’Algérie souhaite faire partie de l’Organisation mondiale du commerce, mais les négociations semblent bloquées. Que doit faire le pays pour y accéder ? Êtes-vous satisfait du processus engagé ?

L’Algérie est déterminée à faire partie de l’OMC. Les négociations engagées à ce sujet durent, mais ne sont pas bloquées. Un accord a été trouvé sur de nombreuses clauses. Pour le reste, les négociations se poursuivent normalement. L’Algérie doit concilier ses engagements internationaux avec la défense de ses intérêts, et le processus engagé est sur le point d’aboutir.

Comment appréhendez-vous l’avenir de la Palestine, après la récente victoire du Hamas ? Quelles leçons peuvent tirer les Palestiniens et la communauté internationale de l’expérience algérienne face aux problèmes soulevés par le terrorisme ?

Il est évident que l’avenir de la Palestine dépend avant tout de sa population elle-même et la victoire électorale du Hamas est l’expression démocratique de la volonté du peuple palestinien. À mon avis, c’est une donnée incontournable qu’il faut introduire dans le dossier palestinien et à partir de laquelle on peut discuter ou négocier.
Dans ce cas particulier, il ne faut pas oublier que le « terrorisme » est finalement la seule arme disponible aux Palestiniens pour faire entendre leur voix, pour défendre leurs droits et affronter, dans une lutte tragiquement inégale, les forces bien supérieures de l’occupant israélien. Ce « terrorisme » est de nature tout à fait différente de celui que nous avons connu en Algérie.

Quelles sont les relations de l’Algérie avec ses voisins maghrébins, en particulier la Libye et le Maroc ? Après le retour de la Libye dans la communauté internationale, existe-t-il des possibilités d’échanges et d’investissements entre les deux pays ? Et concernant le Maroc, voyez-vous des étapes concrètes dans la résolution du conflit du Sahara occidental ?

Au plan bilatéral, l’Algérie n’a pas de problème avec ses voisins. Elle ne ménage aucun effort pour consolider et élargir sa coopération avec eux dans tous les domaines. S’agissant de la Libye, la coopération économique a toujours existé et se développera encore dans le cadre des nouvelles options mises en œuvre dans chacun des deux pays.
Pour le dossier du Sahara occidental, il concerne le royaume du Maroc, le Front Polisario et les instances onusiennes. C’est dans ce seul cadre qu’il peut et doit être réglé conformément aux principes de la Charte des Nations unies ainsi qu’aux accords conclus à Houston entre les deux parties concernées, c’est-à-dire le Maroc et le Polisario, sous l’égide du représentant du secrétaire général de l’Onu. Il ne fait pas de doute que ce problème pèse sur les relations entre l’Algérie et le Maroc, mais, pour notre part, nous militons afin que le problème du Sahara occidental, qui est du ressort des Nations unies, soit mis de côté entre nous et qu’il n’empêche pas le développement de nos relations dans tous les autres domaines.

Beaucoup d’observateurs parlent d’un rapprochement entre l’Algérie et les États-Unis. L’Algérie favorise-t-elle ces relations au détriment de celles qu’elle a toujours eues avec la France ?

Nous entretenons des relations avec de très nombreux pays sur la base du respect mutuel et des intérêts communs. Notre souci prioritaire est la défense des intérêts légitimes de notre pays. Notre coopération avec les États-Unis se développe effectivement. Elle n’est évidemment dirigée contre aucun autre état. Quant à la France, c’est un pays ami avec lequel notre coopération est également en train de se consolider. Il n’y a pas de lien entre les rapports que nous entretenons avec les États-Unis d’une part et avec la France d’autre part. Ces ont des rapports différents ayant des objectifs distincts.

Au plan des réformes, quels sont les grands projets pour l’Algérie de demain ? Quels sont les grands chantiers, en dehors de l’énergie, que le pays doit développer ?

Les réformes que nous avons déjà entreprises touchent tous les secteurs vitaux de la vie nationale : l’éducation, la justice, l’administration, l’économie, les banques. Parallèlement à ces réformes structurelles, le second plan de soutien à la relance économique est en cours de lancement avec une priorité aux infrastructures, l’habitat, la santé, les équipements collectifs, l’agriculture, le développement du Sud ainsi que des Hauts Plateaux pour lesquels un programme de 620 milliards de DA vient d’être décidé.
Au total, l’état investira environ 80 milliards de dollars, sans aucun recours à l’endettement extérieur. Ce montant constitue ainsi le double de celui qui a été consacré au premier plan 2000-2004, alors que la dette extérieure aura baissé de moitié en 2006, par rapport à 1999, passant de 28,1 à 13,9 milliards de dollars. L’ensemble du dispositif mis en place vise précisément à préparer l’après-pétrole, c’est-à-dire l’Algérie de demain, un pays pacifié et aussi prospère que possible. Mais aussi un pays où la solidarité ne sera pas un vain mot. à cet égard, le budget 2006, par exemple, prévoit plus de 500 milliards de DA de transferts sociaux, soit une augmentation de 14 % par rapport à 2005.

Quelle est votre vision de l’avenir du monde arabe ?

L’avenir du monde arabe en tant que bloc solidaire et ensemble économique ne prête pas à l’optimisme si les disfonctionnements actuels venaient à persister. Il est vrai que chacun des pays s’attelle à résoudre ses propres problèmes et à avancer du mieux qu’il peut. Mais dans le monde actuel, l’effort solitaire porte bien moins de résultats qu’un effort concerté et collectif. Si leurs potentialités étaient mises au service d’une coopération interarabe, inscrite sur le long terme, les pays arabes réussiraient mieux et bien plus vite à s’affirmer sur la scène internationale et dans l’économie mondiale qu’en s’efforçant d’avancer en rangs dispersés.
Cela dit, les états arabes ont pris conscience de la nécessité de rénover le travail arabe commun. De rencontre en rencontre, les choses se précisent et le traitement des dossiers avance. Le Sommet de la ligue des états arabes, à Khartoum, a été une occasion de procéder à une évaluation et de progresser.

Propos recueillis par Lila D. SCHOEPF
Pour le numéro d’Arabies à paraître ce lundi 1er mai.

Repris par Le Citoyen
Algérie


Jeudi 27 Avril 2006

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