Palestine occupée

Entretien avec le Dr. Mahir al-Tahir, porte-parole du FPLP, par Zuhayr Andraws pour Al-Quds al-Arabi


Le Dr Mahir al-Tahir, porte-parole officiel du Front Populaire de Libération de la Palestine, a déclaré dans un entretien exclusif à Al-Quds al-Arabi, le vendredi 22 juin, que la cause palestinienne traversait sa pire épreuve depuis la Catastrophe fatale. Al-Tahir a ajouté que la cause palestinienne dépassait le Fatah et le Hamas. Il a dit : "La lutte interne entre le Fatah et le Hamas est une lutte pour des postes, des sièges et un pouvoir fictif, alors que le peuple palestinien vit sous le fardeau de l'occupation israélienne."

Par Mahir al-Tahir


Mahir al-Tahir
Jeudi 28 Juin 2007

Question : Quel est votre avis sur la formation du gouvernement palestinien d'urgence dirigé par Salam Fayyad ?

Al-Tahir : Je crois que ce n'est pas la solution à la crise interne de la rue palestinienne. J'ai peur que cette solution n'accroisse les complications de la situation et n'ajoute de l'eau à la boue. La situation intérieure palestinienne est profondément divisée, maintenant nous avons deux gouvernements : un à Gaza et un autre en Cisjordanie, et ils sont tous les deux sous occupation israélienne.

Ce qui signifie que nous avons deux gouvernements en même temps qu'un contrôle israélien total. La scène palestinienne a perdu la raison. Nous sommes dans un tunnel, et la cause palestinienne toute entière est entrée dans un tunnel. De plus, il y a maintenant un point d'interrogation sur la question de l'Autorité Nationale Palestinienne (ANP) à la lumière du rejet de la paix par les USA et Israël. En fait, la cause palestinienne est déformée. Je veux dire qu'au lieu d'être un mouvement national de libération luttant contre l'occupation, nous avons déclenché un conflit interne sur une ANP fictive, une ANP qui n'a aucun des attributs de la souveraineté.

Question : Adhérez-vous à la proposition que l'ANP devrait être dissoute, et que les choses devraient être appelées par leurs noms : l'occupation est l'occupation, et la résistance est la résistance ?

Al-Tahir : Ceci doit être discuté. A la lumière des complications actuelles, l'arène palestinienne est dans une situation terrible. Pour ce qui nous concerne, au FPLP, le fondement est l'OLP. Malheureusement, depuis l'Accord d'Oslo, l'OLP a été écartée et paralysée au bénéfice de l'ANP. Nous en sommes arrivés au stade où nous n'avons pas une OLP sérieuse ; nous sommes devenus des institutions qui ne se rencontrent pas.

L'autorité de l'OLP a reçu un coup ; le citoyen palestinien n'a plus l'impression qu'il y a une OLP sérieuse et efficace.

Dans le même temps, il n'y a pas de réelle Autorité Nationale Palestinienne ; l'ANP aussi a reçu un coup ; des membres du Conseil Législatif et du gouvernement ont été arrêtés. Nous sommes dans une situation où l'unité du point de référence palestinien est menacée, et c'est pour cela que nous sommes dans une situation extrêmement dangereuse. La cause palestinienne n'a jamais été dans une situation pire que celle dans laquelle elle est aujourd'hui. C'est l'étape la plus dangereuse dans l'histoire de notre peuple palestinien. Le projet national palestinien tout entier est en danger.

Après les élections du Conseil Législatif, une lutte de pouvoir a pris place et nous sommes devenus une Autorité Nationale Palestinienne à deux têtes. Des organisations sécuritaires et une certaine tendance à l'intérieur du Fatah ont travaillé pour saper l'expérience, et pour placer toutes sortes d'obstacles sur son chemin. D'un autre côté, le Hamas a représenté le pouvoir exécutif. C'est pourquoi nous sommes entrés dans un conflit interne destructif et les affrontements, dont nous avons été témoins et qui ont crevé les écrans. Nous nous sommes engagés dans un conflit interne pour des sièges et des postes fictifs.

Ensuite, une erreur majeure est arrivée lorsque le Hamas a eu recours au règlement militaire de la situation et du contrôle de Gaza. Dans le même temps, la réponse à ceci n'est pas la dissolution du gouvernement et la formation d'un gouvernement d'urgence, parce que cela accroîtra les complications et ne résoudra pas le problème. Nous sommes face à deux gouvernements, et nous sommes face à un réel danger de séparation de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza. Nous courons après les déclarations des USA et de l'Union Européenne, qui disent qu'ils lèveront le siège du gouvernement d'urgence et reprendront les versements de fonds ; mais leur but implicite est d'approfondir la crise et les divisions internes de l'arène palestinienne.

Question : A la lumière des annonces d'Olmert au sujet du versement des fonds à l'Autorité Nationale Palestinienne, comment voyez-vous le sommet quadripartite qui se réunit le 25 juin ?

Al-Tahir : Le point fondamental que nous devons comprendre est que la cause palestinienne est une question politique et ne peut pas être résolue en nous achetant avec un peu d'argent qui va approfondir les divisions. La cause palestinienne est une cause de libération nationale par excellence. Nous avons des droits, et Israël doit reconnaître ces droits, ainsi que les résolutions des Nations Unies et les traités internationaux. Ces droits sont le retrait des territoires occupés, l'application du droit au retour et le retrait de Jérusalem.

A travers la dernière expérience, je crois fermement qu'Israël ne veut pas la paix, et qu'il est soutenu en cela par les Etats-Unis. En conséquence, je ne pense pas que la conférence de Sharm al-Shaykh débouche sur quoique ce soit d'important. Le Quartet et les comités arabes n'obtiendront rien qui serve les intérêts des fondementaux de la cause palestinienne. Israël aimerait nous obliger à capituler sur la base qu'il est un pays au-dessus des lois, et qu'aucune pression n'est jamais exercée sur lui.

Lorsqu'un processus démocratique a été établi, un processus qui était demandé par Israël et les Etats-Unis, il y a eu des élections et, après l'annonce des résultats et la victoire du Hamas, ils ont imposé un siège qui affame le peuple palestinien comme méthode de chantage politique. C'est la raison pour laquelle la communauté internationale porte une lourde responsabilité sur la situation en Palestine. Ils ont poussé le peuple palestinien dans une impasse, ils le font mourir de faim, et Israël se déchaîne, tue les Palestiniens et accélère le processus de colonisation.

Oui, la communauté internationale porte une lourde responsabilité. Je n'exonère pas les Palestiniens, je n'exonère pas les factions palestiniennes, que ce soit le Fatah ou le Hamas, mais je n'exonère pas non plus le silence arabe, et la façon dont les pays arabes ont laissé le peuple palestinien être affamé et assiégé pendant presque un an et demi. Je n'ai jamais entendu parler d'un siège imposé à un peuple pour avoir exercé ses droits démocratiques, par ceux qui lui demandaient de tenir des élections démocratiques.

Question : Quelle est la solution pour sortir de ce dilemme ?

Al-Tahir : La solution n'est pas d'adopter des mesures et des contre-mesures. Nous ne sommes pas d'accord pour adopter des mesures de partition par tel ou tel côté. La solution est de réhabiliter l'OLP comme autorité suprême du peuple palestinien. C'est le facteur d'unité pour le peuple, à la maison ou à l'étranger. Ceci parce que nous sommes réellement en face du danger de division du peuple palestinien et de l'éclatement de son unité. Ce n'est pas seulement entre ceux qui sont à la maison et ceux qui sont à l'étranger, mais aussi parmi ceux qui sont à la maison. C'est très dangereux.

La solution est de convoquer d'urgence une réunion des secrétaires généraux de toutes les factions nationales et islamiques, et d'examiner en profondeur où nous avons eu tort, où nous avons eu raison, quelles sont les raisons de ce qui s'est produit, pourquoi nous en sommes arrivés à ce stade, qui est responsable ici, et qui est responsable là. Une discussion franche et sérieuse devrait avoir lieu, dans laquelle le peuple palestinien, avec toutes ses forces et les institutions de la société civile, devrait participer. Parce que la cause palestinienne est plus importante que le Hamas et plus importante que le Fatah.

Maintenant, la conviction prévalente est qu'il y a deux parties combattantes, et qu'il y a des conflits entre elles, alors que le peuple palestinien en est le spectateur. Le peuple palestinien a de grandes ressources qui doivent être mobilisées et qui doivent jouer un rôle de protection de la cause nationale et du projet national.

Après la réunion des secrétaires généraux, la question de l'OLP devrait être discutée. Il est possible de réhabiliter l'OLP et de former un commandement national intérimaire ; les secrétaires généraux peuvent donc administrer la cause jusqu'à ce que nous soyons en mesure de convoquer une session du Conseil National Palestinien.

La ligue arabe et les pays arabes eux-mêmes devraient nous aider à atteindre un accord sur notre unité nationale. Nous avons besoin des efforts du frère arabe et de la ligue arabe. Nous n'avons pas d'alternative au dialogue, parce que le règlement militaire et la formation d'un gouvernement d'urgence ne font que compliquer la situation.

Ndt. : O.U.R.A.I.M. : Organisation to Understand Radical Arab & Islamist Movements (Organisation pour comprendre les mouvements arabes radicaux et islamistes)

Source : OURAIM
Traduction : MR pour ISM


Jeudi 28 Juin 2007

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