Politique Nationale/Internationale

Entracte dans la farce géorgienne


On croyait que cette farce mal jouée était terminée. Après cinq jours de détention, les quatre officiers russes arrêtés en Géorgie ont fini par être expulsés, ils ont regagné Moscou, et plus rien ne menace leur vie et leur santé. Toutefois, décrétée par la Russie en réponse à cet "acte de terrorisme d'Etat" (c'est en ces termes que le président Vladimir Poutine a dénoncé la dernière provocation des services secrets géorgiens), le blocus des transports et des communications bancaires et postales reste en vigueur. Au Kremlin comme ailleurs, nul ne peut garantir que les autorités géorgiennes abandonneront leurs pratiques arbitraires vis-à-vis des ressortissants russes et de la Russie même.


Viktor Litovkine
Jeudi 5 Octobre 2006



Par Viktor Litovkine, RIA Novosti



Pourquoi? Apparemment, la brutalité agressive, l'insolence inouïe et les provocations spéculatives de l'actuelle administration géorgienne à l'égard de son voisin du Nord sont désormais le label d'un gouvernement que les Occidentaux continuent de considérer comme "un succès démocratique".

Alors que l'existence même de l'élite dirigeante de Tbilissi dépend des subventions occidentales, le "succès" de l'économie géorgienne semble controversé. Quant à la politique "démocratique" de Mikhaïl Saakachvili et de ses ministres, c'est un sujet à part, et le dernier exemple de l'arrestation des officiers russes est suffisamment éloquent.

Arrivés en Géorgie il y a deux mois pour organiser le retrait des troupes, les quatre officiers russes ont été accusés non seulement d'espionnage sur le sol géorgien, mais aussi d'avoir créé un réseau de renseignement et même d'avoir préparé un coup d'Etat et organisé plusieurs attentats terroristes, dont l'explosion d'une ligne d'électricité à haute tension et celle d'une voiture piégée à Gori qui a fait trois morts et dix-huit blessés. Autant de griefs aussi nombreux qu'inconcevables.

Aucune preuve argumentée et digne de foi n'a été présentée pour appuyer les accusations, hormis les images mal montées d'une conversation à l'intérieur d'une voiture où un officier remettait à un Géorgien de l'argent sans que l'on sache s'il voulait rémunérer un espion ou acheter tout simplement de la "tchatcha" (eau-de-vie locale).

Plusieurs "complices" arrêtés par les autorités géorgiennes ont également avoué, devant les caméras de télévision, avoir participé, avec des ressortissants russes, à l'organisation d'attentats. Torturés dans les années 1930 par les hommes de Iagoda, Ejov et Beria, ministres de l'Intérieur du régime stalinien (le dernier étant lui-même d'origine géorgienne), des généraux de l'armée soviétique et des personnalités éminentes du parti et du mouvement communiste international reconnaissaient des "crimes" encore plus graves...

Quoi qu'il en soit, s'appuyant sur ses soupçons non démontrés, le tribunal de Tbilissi a condamné les quatre officiers - en empêchant l'avocat des accusés d'assister au procès - à deux mois de détention provisoire. Mais il a suffi quelques jours pour que les détenus soient libérés et expulsés hors des frontières géorgiennes par la seule décision du président, sans que cette démarche soit sanctionnée par le tribunal ou le parquet, sans que soient annulées les graves accusations d'espionnage et de terrorisme. Peut-on parler, en l'occurrence, d'Etat démocratique et de droit? Là, il ne peut s'agir que des caprices du régime autoritaire installé à Tbilissi par Mikhaïl Saakachvili ou d'une tentative théâtrale de mettre rapidement un terme à une vile provocation condamnée par l'ONU, l'OSCE et d'autres organisations internationales réputées et entraînant les sanctions du Kremlin.

L'issue sans gloire de cette provocation et les sanctions russes contre Tbilissi mettront-elles la fin aux revendications innombrables et injustifiées des autorités géorgiennes vis-à-vis de la Russie et de ses ressortissants? L'entracte intervenu dans le nouveau show géorgien signifie-t-il que le spectacle est fini? Cette leçon diplomatique sérieuse servira-t-elle de prétexte pour rétablir enfin des relations de bon voisinage avec le voisin du Nord, pour renouer la coopération et l'amitié sincère que nos peuples entretiennent depuis plus d'un siècle? Rien n'est moins sûr.

L'insolence sans précédent et l'aventurisme ouvert des dirigeants géorgiens vont trop loin, et Mikhaïl Saakachvili et ses ministres ont depuis longtemps franchi le point de non-retour. Enfin, le chef de la république transcaucasienne et son entourage ne sont pas indépendants dans leurs jeux géopolitiques sur l'échiquier postsoviétique, puisque les escapades théâtrales de Tbilissi sont soutenues par Washington. Ils travaillent avec zèle pour compenser les fonds qui leur sont alloués dans le cadre d'une mission aussi infructueuse et ingrate que l'évincement de Moscou de la Transcaucasie.

Toujours est-il que le départ de la Russie reste très peu probable, tandis que les simples Géorgiens deviennent, sans le vouloir, victimes d'un jeu géopolitique insensé et improductif.

D'autres questions sérieuses se profilent derrière les péripéties du conflit russo-géorgien. Qu'est-ce que Tbilissi doit faire ou ne pas faire pour que Moscou annule les sanctions à son encontre, pour que les liaisons aériennes et ferroviaires avec la capitale géorgienne soient rétablies, pour que les bateaux russes puissent faire escale dans les ports géorgiens de Batoumi et de Poti, pour que les virements bancaires et postaux puissent reprendre entre la Russie et la Géorgie? Autant de questions qui restent pour l'instant sans réponse. On se demande aussi si le Kremlin dispose d'autres leviers sérieux, à part les hostilités militaires et le blocus du littoral géorgien pour le cas où la politique des provocations se poursuivrait.

Le temps le dira. Et on voudrait qu'un point final soit mis à l'escalade du conflit qui ne fait pas honneur à Moscou et à Tbilissi, et que les spectacles bancals où la Géorgie excelle tombent dans l'oubli. La Russie et la Géorgie doivent comprendre nettement qu'il est impossible de les séparer l'une de l'autre et de transférer un de ces pays à l'autre bout du monde. Tôt ou tard, il faudra rechercher des compromis, des compromis mutuellement avantageux et mutuellement acceptables, au grand dam des bailleurs de fonds extérieurs.

(L'avis de l'auteur ne coïncide pas forcément avec celui de la rédaction.)


Mercredi 4 Octobre 2006

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