Propagande médiatique, politique, idéologique

« Enquête » sur « l’ultragauche » : Une leçon de journalisme (CQFD)



Mardi 3 Juin 2008

Nous publions ci-dessous, sous forme de tribune [1], un article paru dans le mensuel de critique sociale CQFD (n°56, mai 2008) sous le titre « Une leçon de journalisme ». (Acrimed)

Depuis l’ascension sociale de l’ex-maire de Neuilly, la « grande presse » s’intéresse à la résurgence de la violence politique au sein de la « mouvance autonome ». Sous l’œil complice de la police.

Le 1er mai 2008, dans « Les nouveaux combattants de l’ultragauche », le journaliste d’investigation du Point, Hervé Gattegno, fait mine de découvrir un nouvel ennemi. Nonobstant l’abondante littérature déjà produite sur le sujet par ses confrères du Monde, du Figaro et, le même jour, de L’Express, il s’autorise à en faire des kilotonnes sur cette « menace qui progresse… et inquiète ».

Ses informations, puisées à la meilleure source, celle des rapports confidentiels des RG et des fausses confidences du ministère de l’Intérieur, dressent un tableau apocalyptique du milieu en question : « Tout juste 20 ans… paumés… SDF à la dérive… militants anarchistes et autonomes… qui haïssent l’État et le capitalisme… qui ne travaillent pas et sont à la recherche de toute forme de contestation radicale. » Fichtre, on croirait réentendre l’inspecteur Morvandieu, alias Bernard Blier, dans Buffet froid, fournissant à ses troupes un signalement idéal : « Ils sont jeunes, ont des cheveux longs, un blouson de cuir… » Mais combien sont-ils, y en a-t-il près de chez moi ? Le rapport, que notre reporter tout terrain s’est probablement procuré au péril d’une agape, entre poire et fromage, est formel sur ce point : pas plus de 300 enragés sur un ou deux milliers d’énervés, fréquentant les squats, se retrouvant à l’occasion pour casser du flic et des banques dans les manifs de jeunes ou les contre-sommets altermondialistes. Ouf, le lecteur du Point, enfoncé dans le fauteuil trop classe de sa standing-résidence, exhale un soupir de soulagement. De courte durée, hélas. Car voici que notre histrion réempoigne sa plume pour nous asséner sa vérité officielle. Gavés de références à Action Directe et autres Brigades Rouges, ils sont passés maîtres dans les « techniques de guérilla urbaine », la confection de bombes artisanales et les « sabotages de voies ferrées ». Dégoûtés des partis et syndicats vendus, ils veulent bouffer du bourgeois tous azimuts. Heureusement, l’ADN miracle va permettre de les confondre pour mieux les embastiller dans les prisons qu’ils voulaient détruire. Étonnant, non ?, aurait lancé le regretté Pierre Desproges au terme de la lecture de ce texte, que lui seul aurait pu rendre drôle. Le sieur Gattegno et son artillerie militaro-paranoïaque en est très loin : une distance presque cosmique.

Non, ce qui retient l’intérêt chez lui, ce n’est point le style mais plutôt le carnet d’adresses. Le bougre ne manque pas d’entregent parmi les puissants et a longtemps frayé tantôt avec un ex-patron des RG, tantôt avec un ex-préfet de police. Mais c’est à la proximité qu’il entretient avec Marc Francelet, un touche-à-tout des médias, de la politique, du show-biz et des affaires, qu’il doit son étonnante carrière. Ce Francelet est même un peu plus que cela, puisqu’il a fait deux mois à Fresnes pour son implication dans l’Angolagate, sombre histoire de trafic d’armes dans laquelle barbotaient aussi Pasqua et Attali. Justement, un autre marchand d’armes, ami de toujours de Francelet, Iskandar Safa, a contribué à rapprocher Gattegno du monde policier. En 2005, le Libanais, sous le coup d’un mandat d’arrêt international pour blanchiment d’argent, invite Gattegno, tous frais payés, afin qu’il brosse son portrait dans les colonnes du Monde. Le procédé intrigue le juge en charge de l’affaire et Gattegno est auditionné par les flics de la Brigade de répression de la délinquance financière. Il en ressort de purs moments de bravoure qui n’ont pas fini de déclencher l’hilarité dans les rédactions et d’augmenter la pression policière sur la laisse du plumitif : « J’ai fait faire des économies à mon journal et n’en ai tiré aucun profit personnel. » En 2007, Gattegno est embauché au Point, à la place de Catherine Pégard, partie rejoindre la sidérante cellule de communication de l’Élysée. Encore une fois, c’est grâce à la recommandation de Francelet, qui compte parmi ses amis le nébuleux Frantz-Olivier Giesbert (FOG). Encore une fois, Gattegno est sommé de s’expliquer sur ses fréquentations devant les fonctionnaires. Encore une fois, il doit défendre son éthique outragée : « Je trouve votre question sur mon indépendance un peu blessante. Mon indépendance est totale. »

C’est donc en toute indépendance, mais avec une note des RG sous le coude, qu’il cite des squats toulousains, sous-entendant qu’ils sont des foyers d’agitation terroriste. De même, à propos de l’arrestation de deux Parisiens près du centre de rétention de Vincennes en janvier 2008, il recopie la version policière de « terrorisme en bande organisée ». En fait, les pandores ont trouvé en leur possession du matériel pour fabriquer des fumigènes. Mais voilà, ils ont le tort d’être fichés comme de dangereux activistes, ce qui vaut sûrement condamnation immédiate à une détention pour une durée indéfinie, sans procès, ni même motif d’inculpation. Notre homme ne s’émeut pas davantage du fait que la police ait découvert la trace ADN d’une de ces terribles autonomes sur les lieux d’un attentat revendiqué par… les nationalistes corses. Peu regardant sur le code de déontologie de sa profession, le correspondant de la place Beauvau ignore également le droit à la présomption d’innocence. Il est vrai que les lois antiterroristes françaises, ne retenant que l’intention de troubler l’ordre public avant de déchaîner les procédures d’exception, ont creusé le trou dans lequel le pouvoir veut essayer d’ensevelir toute contestation. Il peut d’ores et déjà compter sur Gattegno pour jeter la dernière poignée de terre.

Iffik Le Guen

Lu dans CQFD n°56, mai 2008



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[1] Les articles publiés sous forme de « tribune » n’engagent pas collectivement l’Association Acrimed, mais seulement leurs auteurs.

http://www.acrimed.org/article2909.html http://www.acrimed.org/article2909.html



Mardi 3 Juin 2008


Commentaires

1.Posté par Népios le 03/06/2008 18:31 | Alerter
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Excellent article ! "Tout juste 20 ans... paumés... SDF à la dérive... militants anarchistes et autres autonomes... qui haïssent l'Etat et le capitalisme... qui ne travaillent pas et son à la recherche de toute forme de contestation radicale... Ils sont jeunes, ont les cheveux longs, un blouson de cuir...". Je me suis tout de suite reconnu, sauf sur les 20 ans, le "paumé' (quoi qu'on puisse l'être un peu...), le SDF à la dérive (Dieu merci non, j'ai un toit, tous les SDF n'étant pas par ailleurs à la dérive et quand bien même...), le "qui ne travaillent pas" (qui en dit long mais ne me concerne toujours pas...), cheveux longs (pas à mon âge, trop "ado"... mais j'aime bien chez les autres...), blouson en cuir (je déteste porter de la peau de vache...)... Sinon, tout moi ! Quant à crier à "Action Direct" et autres "Brigades Rouges", ils auraient grand tord d'utiliser les épouvantails confectionnées par les leurs, ceux du réseau Gladio... Un grand marrant ce Hervé Gattegno ! A quand le prochain sketch ? Pour contrer ce type de poison mortel, je me permets de conseiller un excellent livre, tout petit et rapide à lire: L'insurrection qui vient / Comité Invisible / Editions "La Fabrique". Bonne soirée.

2.Posté par inconnu le 23/06/2008 01:28 | Alerter
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Marc Francelet et les trois cents versements suspects LARGESSES /

vendredi 30 mai par Nicolas Beau










L?incarcération au printemps 2007 de « Marco les bons tuyaux », grande gueule et canaille sympathique, avait mis en lumière les petits cadeaux et gros arrangements de nombreux journalistes avec cette « source » d?information. Notre site avait été le seul à consacrer à ce personnage picaresque tout un dossier (cf. Les six vies de Marc Francelet in Bakchich n°29 du 27 avril 2007) qui montrait que notre belle profession n?est pas trop regardante sur ses fréquentations. Mais sur le plan judiciaire, « la corruption d?agents privés », invoquée par le juge Philippe Courroye, semble ne pas franchement tenir.

Une cagnotte à six millions d?euros

Chemin faisant les flics financiers ont épluché les comptes de Marco en Suisse et découvert d?autres arrangements qui seraient, d?après les enquêteurs, autrement plus délictueux. En effet, Marc Francelet compte beaucoup d?amis, de Johnny Hallyday à quelques parrains corses, qui n?ont eu de cesse de lui rendre service : quelques trois cents versements que la défense de Francelet présente comme autant de prêts ont été effectués sur les comptes de Marco. Quelques six millions d?euros au total. Quand il ne s?agit pas d?un petit voyage en Corse et jet privé, tous frais payés, avec quelques amis. Le plus souvent, les généreux donateurs ont ponctionné ces fonds dans leurs sociétés, ce qui en droit s?appelle de « l?abus de bien social ». « Une trentaine de personnes, indique un avocat, pourraient être mises en examen ». Tous ont expliqué aux enquêteurs que leur seul souci avait été de rendre service à leur pote Marco.
On aimerait tous avoir de pareils amis !

À lire ou relire les aventures de Marco les bons tuyaux dans Bakchich :

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Les six vies de Marc Francelet
Héros aussi polymorphe que Tintin ou Martine, Marc Francelet a distribué son talent dans de nombreux domaines. Des tranches de vies de cet illustre personnage dont Bakchich, vous propose un aperçu, forcément succinct mais déjà (?)
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