Qui donc prétendait qu'il ne reste plus personne en Afrique pour soutenir Mugabe ? C'est plutôt le contraire que l'on a tendance à croire, à entendre toutes ces voix discordantes qui osent s'élever contre la mugabophobie ambiante. On admirera pour commencer la remarquable sortie du président gambien, Yahya Jammeh, pour qui le dissident zimbabwéen, Morgan Tsvangirai n'est qu'une simple marionnette dont les ficelles sont tirées par l'Occident. Et M. Jameh ne croit pas si bien dire! Il appelle ses pairs africains à faire bloc face à l'instinct de prédateur de l'Europe et de l'Amérique qui s'abat avec une voracité inouïe sur le régime politique zimbabwéen. Un régime politique qui, rappelons-le, n'a toujours pas été aussi mal aimé. La rupture Mugabe-Occident remonte très exactement à la fin des années 90, lorsque l'homme fort de Harare a pris la courageuse décision de mettre à la porte tous ces fermiers blancs d'origine anglaise qui occupaient les exploitations agricoles de son pays, aux dépends de cette couche défavorisée de paysans noirs. Pour l'arrogante Grande Bretagne, ancienne puissance coloniale, la pilule a été évidemment trop dure à avaler. Il s'ensuit dès lors l'expulsion du Zimbabwe du Commonwealth, des sanctions économiques de petites et grandes tailles et une campagne de sape médiatique sans précédent, dépeignant le vieux dirigeant en un dictateur sanguinaire et sans âme. Le récent épisode électoral a parfaitement illustré cette disgrâce. En qualité de candidat pro occidentaux, Tsvangirai a participé d'abord au premier tour du vote qui a consacré sa légère avance avant de se rétracter, à coup de déclarations enflammées, lors d'un second tour d'où, faute de challenger, est sorti vainqueur le président sortant. Tout au long de cette saga, les médias occidentaux n'ont jamais été trop loin : "simulacre de démocratie", "parodie de scrutin", ils n'ont pas manqué d'expressions ni de termes pour qualifier cette présidentielle qui, chose étrange, a mobilisé près de 90% des votants. Alors la crainte d'être persécuté par l' « ogre Mugabe » ou un réel culture civique, lequel des deux a conduit ces centaines de milliers de zimbabwéens aux urnes? Au regard d'un M. Tsvangirai jetant du leste, c'est plutôt pour le second cas de figure que nous optons, tout en souhaitant qu'une future médiation africaine puisse faire émerger de ce climat anxiogène, un gouvernement d'Union nationale. Car face au complot d'envergure, rien ne peut offrir à un pays la force de résister, si ce ne sont l'unité et la solidarité