RELIGIONS ET CROYANCES

Empêchons à l’avenir la danse autour du veau d’or

Entretien avec Mgr Reinhard Marx, archevêque de Munich


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Mercredi 24 Décembre 2008

Photo: euroblessings.blogspot.com
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Face à la crise des marchés financiers, Mgr Reinhard Marx a appelé les P.D.G. et les investisseurs à un renouveau moral. Face à son interlocuteur, l’Agence de presse Kipa, l’archevêque de Munich a exigé que l’on abandonne l’idée des profits démesurés. Pour lui, il est «immoral» d’espérer des rendements de 20% par an.

Kipa: Monseigneur, les faillites des ­banques se suivent en cascades, les ­Bourses s’écroulent. L’économie de marché a-t-elle échoué?

Reinhard Marx: Non. Mais ce qui apparaît très nettement, c’est qu’une économie de marché sans régulations politiques ne fonctionne pas. L’ampleur de la crise actuelle m’a effrayé, moi aussi, mais je ne suis pas complètement surpris. Malheureusement, je dois l’avouer.

Il y a une année encore, il était impen­sable qu’un banquier tel que Josef ­Ackermann appelle l’Etat à la rescousse. Est-ce la solution?

Dans l’économie mondiale, il y a des enchevêtrements qui limitent la portée des règles nationales, ce qui rend d’autant plus nécessaires des institutions supranationales. L’Etat aussi a échoué parce que les politiques ne sont pas intervenus bien que nombreux étaient ceux qui voyaient ce qui se passait. Il ne faudrait pas récompenser ceux qui sont avides, qui ne recherchent que leur propre intérêt sans se préoccuper des autres. Nous avons besoin de structures qui encou­ragent les gens honnêtes, qui ne dissimulent pas les risques, qui ne trompent pas le monde.
Mais il ne suffit pas d’établir de nouvelles règles. Elles ne remplacent pas le renouveau moral chez les P.D.G. et les investisseurs. Ce n’est pas en vain qu’on parlait autrefois du marchand honnête, qu’on disait que les affaires financières sont une question d’honneur.
Le communisme est définitivement enterré mais si le capitalisme ne résout pas les problèmes de justice et le clivage entre les riches et les pauvres, les an­ciennes idéologies renaîtront de leurs cendres. Il est donc très important que nous continuions à développer l’économie sociale de marché afin qu’elle soit au service du bien public et mette l’être ­humain au centre de tout. Je regrette que des acteurs économiques ainsi que des forces politiques, voire des citoyens aient pratiqué jusque récemment le turbo-capitalisme. Les attentes de rendements de 20, 25 % par an sont immorales; il faudrait le comprendre et agir en conséquence.

Est-ce que certaines affaires devraient être désormais totalement interdites?

Je ne suis pas banquier. Mais il est contestable que les banques vendent des produits qu’elles ne comprennent pas elles-mêmes. Bien sûr, il y aura toujours des transactions risquées, la Bourse en tant que telle n’est pas immorale. Celui qui a de l’argent peut courir un risque plus élevé. Mais il ne faut pas oublier que nombreux sont ceux qui recherchent maintenant des investissements transparents, sans grands risques, à l’échelon régional.
Il n’y a pas si longtemps, ce genre d’affaires était considéré comme démodé. Je me réjouis que l’on fasse l’éloge des ­caisses d’épargne et des banques populaires. Ce que j’espère, c’est qu’on aura compris combien précieuse est la transparence, justement pour ceux qui veulent investir l’argent qu’ils ont si laborieusement épargné.

La crise bancaire a détruit beaucoup de confiance. Créer la confiance est une des missions principales de l’Eglise. Comment pourrait-elle aider à surmonter la crise?

Nous ne sommes pas un atelier de réparations des échecs du capitalisme. Si les banquiers eux-mêmes paniquent, comment les clients ordinaires pourraient-ils envisager l’avenir sereinement? Ce n’est pas possible. Il est très important que la politique et les banques elles-mêmes rétablissent les fondements de la confiance. Cela se fait en ce moment.
Bien sûr, il faut encourager les gens à ne pas désespérer. Mais parfois, l’Eglise doit ne pas apporter de consolations faciles mais taper du poing sur la table et accentuer l’indignation. J’espère qu’à l’avenir, on va mettre en œuvre des changements durables qui empêcheront l’adoration du veau d’or.

http://www.horizons-et-debats.ch http://www.horizons-et-debats.ch



Mercredi 24 Décembre 2008


Commentaires

1.Posté par doudou le 24/12/2008 23:14 | Alerter
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Alors rendez a Cesar ce qui est à Cesar, disait le maître à penser de ce "monseigneur"... mais il disait aussi qu'il ne fallait appeler personne "mon père", et encore moins donner des titres de seigneur à un homme... pour ceux qui croient en son existence.

La danse autour du veau d'or existe depuis longtemps, à vrai dire depuis que la première pièce de monnaie fut frappée ! tant que l'argent existera ce sera ainsi. Mais ça n'est pas parce qu'il en a "toujours" été ainsi que ça ne peut pas être autrement^^
tout système reposant sur l'argent est pourri dès sa fondation, et ne peut rien amener de bon, sauf pour certains.
Le concept même d'existence de l'argent et de son accumulation est pourri, car il laisse nécessairement des gens sur le côté... car dans un système basé sur la rareté et le mercantilisme, le bon de certains est nécessairement le manque d'autres !
bonnes fêtes à tous
http://www.youtube.com/watch?v=QMBZDwf9dok&feature=related
http://video.google.com/videoplay?docid=-8553077763471075098&hl=fr

2.Posté par Fadge le 24/12/2008 23:40 | Alerter
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Je ne suis pas tout a fait d'accord
Ce n'est pas l'argent le problème, c'est le matérialisme.
L'argent n'est que le support.
On ne peux pas supprimer l'argent du jour au lendemain.
On dois le faire par étape.
1/ Creation monétaire publique
afin que l'argent appartiennent aux etats et non au privé
2/ Système economique creditiste
pour resoudre tous les problemes economiques et changer au fur et a mesure de son application la facon de pensée materialiste, pour en arriver finalement au but :
3/ Suppimer l'argent et la propriété privée

Renseignez vous sur le systeme creditiste

Monseigneur Marx (c'est trop drole comme nom) aurais mieux fait de parler de creation monetaire publique, qui est faisable alors que la "moralisation" du capitalisme est impossible.

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