Histoire et repères

Embargo de Cuba : 50 ans de solitude



Dmitri Babitch
Mercredi 20 Octobre 2010

Embargo de Cuba : 50 ans de solitude
Il y a cinquante ans, le 19 octobre 1960, le gouvernement américain a décidé un embargo commercial à l’encontre de Cuba, destiné à devenir le plus long blocus économique de l’histoire. Bien que ce blocus n’ait jamais été total, c’est une expérience peu commune. En isolant cette petite île de la première puissance économique de la planète pendant un demi-siècle, les Etats-Unis ont confirmé la thèse qu’ils tentaient de réfuter. Il s’avère que dans un monde globalisé, on peut vivre en autarcie presque totale sans dépendre du système économique mondial. On est donc encore très loin de ‘’ la fin de l’histoire ‘’ annoncée dans les années 90 par l’élite intellectuelle américaine.
Evidemment, la vie à l’écart du système économique mondial n’est pas rose. Se trouvant à l’hôpital, Fidel Castro en personne l’a reconnu, en faisant, en septembre, une déclaration, jusqu’alors impensable, disant que ‘’ l’exportation ‘’ du modèle économique cubain ne valait pas la peine et qu’il ‘’ ne convenait plus ‘’ pour Cuba. Bien que Castro ait précisé par la suite que cette déclaration ne devait pas être interprétée comme une reddition devant le capitalisme, les difficultés économiques de la population cubaine sont tellement connues que seuls les habitants les plus démunis et les plus désinformés d’autres pays latino-américains pourraient vouloir partager son sort.
L’exportation de la révolution fut un échec. Néanmoins, les calculs des neuf présidents américains successifs sur l’effondrement du régime de Castro en raison des problèmes économiques ne se sont jamais réalisés.
L’enjeu augmentait progressivement. Au départ, pendant le mandat du président américain Dwight Eisenhower lors de l’arrivée au pouvoir de Castro en 1959, il n’était question que de cesser les voyages touristiques et de mettre l’embargo sur le sucre cubain. Puis, le président Kennedy, comprenant que l’économie cubaine ne s’effondrait pas malgré l’impossibilité d’acheter des pièces de rechange pour l’équipement américain, a organisé une invasion militaire en avril 1961 par des exilés cubains, dont la mission consistait à renverser le nouveau gouvernement de Fidel Castro (débarquement de la baie des Cochons), et a déclaré l’embargo maritime total. De 1963 à 197, il était interdit aux citoyens américains de se rendre à Cuba. Le président démocrate Jimmy Carter a levé l’interdiction et on pouvait espérer voir le dialogue se rétablir, mais tout espoir s’est dissipé très rapidement lorsque le président Ronald Reagan a rétabli en 1981 l’ancienne interdiction toujours en vigueur, avec certaines réserves…
Durant des années, les autorités cubaines accusaient le gouvernement américain de l’existence d’un mur qui séparait les peuples et les familles. L’Assemblée générale de l’ONU soutient les Cubains en invitant depuis 1992 les Etats-Unis à lever l’embargo en adoptant annuellement cette résolution à la majorité écrasante des voix. Seul Israël se trouvait toujours du côté américain. Accompagné parfois de compagnons inhabituels tels que la Micronésie, les îles Marshall et l’Ouzbékistan. Evidemment, ces alliés ne suffisaient pas pour un soutien puissant de l’embargo. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que l’embargo et l’interdiction de voyager à destination de Cuba ne soient pas très bien vus par les américains, en particulier par les libéraux. La décision récente de Barack Obama de prolonger d’une année ces sanctions devrait faire chuter sa cote de popularité au sein de l’électorat libéral qui se réjouissait récemment de la levée de l’interdiction pour les appels téléphoniques et pour les voyages afin de rendre visite aux proches restés sur ‘’ l’île de la liberté ‘’.
Il devient également plus difficile de maintenir le blocus d’un point de vue moral, compte tenu de l’interview et de la déclaration de Fidel Castro, qui donnent l’impression d’une certaine réévaluation des valeurs.
Quelle est la raison de cette réévaluation des valeurs par le vieux révolutionnaire? Il s’agit probablement de l’emprunt par Cuba de la voie familière des réformes de marché. Dans une récente déclaration, l’héritier de Fidel Castro, son frère Raúl, a expliqué que, dans le cadre de la réforme, il était nécessaire de réduire le nombre de fonctionnaires d’un demi-million, nombre très important compte tenu de la population qui s’élève à 12 millions. Raúl Castro a recommandé aux personnes licenciées de trouver un emploi dans le privé. Dans ces conditions, les discussions sur le thème de ‘’ le socialisme ou la mort ‘’ deviennent inappropriées.
Peu à peu, Cuba s’intègre au système mondial, dont on a tenté de l’exclure depuis un demi-siècle. Les entrepreneurs du Canada, sans parler du secteur d’affaires européen, ne se préoccupent plus depuis longtemps des interdictions américaines. Tous ces pays sont représentés à Cuba. Même aux Etats-Unis, les « tempêtes et passions » liées aux sanctions contre Cuba sont terminées depuis longtemps, alors que ces sanctions s’appliquaient à une certaine époque même aux compagnies étrangères qui commerçaient avec l’île. N’oublions pas que ‘’ l’Acte pour le soutien de la démocratie cubaine ‘’ et ‘’ l’Acte sur la liberté cubaine ‘’, rédigés par le sénateur Jessy Helms, célèbre également pour sa russophobie, ont été adoptés dans les années 90, dans l’attente de l’effondrement final des derniers pays de ‘’ la communauté socialiste ‘’. La vie s’est avérée plus compliquées que les constructions idéologiques. Les Etats-Unis devraient probablement reconnaître ce fait et interagir avec La Havane, comme avec l’URSS à l’époque de Brejnev.
 
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Mercredi 20 Octobre 2010


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