Propagande médiatique, politique, idéologique

Elections au Parlement européen : la campagne affligée et affligeante de RTL



Denis Perais
Jeudi 4 Juin 2009

Elections au Parlement européen : la campagne affligée et affligeante de RTL
La couverture de la campagne pour les élections européennes recourt sur les radios, et notamment sur RTL, aux mêmes ingrédients que dans nombre de journaux de la presse écrite [1] : relevé désolé du désintérêt pour ces élections ; absence de mise en lumière des questions décisives de la construction européenne ; médiatisation outrancière des questions qui n’obsèdent que les journalistes politiques.
Entre le 9 et le 24 mai 2009 - soit jusqu’à la veille du démarrage de la campagne officielle - , nous avons observé minutieusement les interviews matinales de Jean-Michel Aphatie, les chroniques d’Alain Duhamel, Serge July et Franz-Olivier Giesbert, les émissions « RTL hebdo » (des samedis 9, 16 et 23 mai), « Sur les traces des candidats en campagne européenne » (15 et 22 mai ) et « Le Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI » (10,17 et 24 mai), et certains épisodes de l’émission « On refait le monde ».
«  Les médias ont peut-être une part de responsabilité ? »
Dès le 8 avril, Alain Duhamel constate, comme ses confrères Jacques Attali et Christophe Barbier [2], qu’« il y a un enjeu qui est absolument énorme » et il se lamente sur l’indifférence coupable suscitée par ce scrutin européen. Une première fois : « La campagne des élections européennes a été jusqu’à présent quasiment introuvable, et elle risque de demeurer quasiment invisible » (le 8 avril). Puis une seconde fois : «  Je crois que pour l’instant, elle laisse les gens indifférents et démobilisés » (le 6 mai). Et enfin, une troisième : « C’est navrant » (le 13 mai).
Jean-Michel Aphatie ressasse le même refrain lorsqu’il interroge Daniel Cohn-Bendit (Europe Ecologie) : « Vous n’êtes pas frustré que cette campagne électorale ne démarre pas ? » (le 6 mai) Puis Michel Barnier (UMP) : « Dans un mois on va voter, cette campagne ne démarre toujours pas. C’est quoi ? Un signe de défiance vis-à-vis de l’Europe ? » (le 8 mai) Et Jean-François Kahn (MoDem), « Est-ce que, Jean-François Kahn, comme tous les candidats à ces élections européennes, vous déplorez qu’on ne parle pas assez de l’Europe ? » (le 18 mai)
Les causes et les responsables sont ainsi identifiés par Alain Duhamel. Celui-ci dénonce « le mode de scrutin qui a été choisi [...] complètement stupide, puisqu’il n’est ni national, ce qui au moins politiserait, ni régional, ce qui au moins identifierait. » Avant de poursuivre : « Les gens ne savent pas à quoi sert le Parlement européen, alors même que le Parlement européen fonctionne mieux, travaille mieux, contrôle mieux, et propose mieux que par exemple le Parlement national français. Nettement. Mais ça, les Français ne le savent pas. [...] Les forces en présence, surtout les partis dits de gouvernement, l’UMP et le PS, ont le plus grand mal à s’identifier sur le plan européen. Pour l’UMP, c’est simple, l’Europe ça s’appelle Sarkozy. Et pour le Parti socialiste, l’Europe, ça s’appelle point d’interrogation. » (13 mai)
Quant à Jean-Michel Aphatie, toujours prompt à s’acharner sur les insuffisances des autres, il concentre le tir sur la responsabilité des politiques. A l’adresse de François Hollande, lors du « Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI » : « Cette campagne, menée par Martine Aubry principalement, donne le sentiment d’être mal menée [...] c’est une campagne qui a l’air de flotter beaucoup » (le 17 mai) [3]. Puis le dimanche suivant, en interpellant Rachida Dati : « Cet enjeu, vous n’avez pas l’air de savoir le faire partager aux Français » (le 24 mai).
Si les politiques semblent être, aux yeux des éditorialistes de la station, les principaux responsables du manque d’intérêt que suscite la campagne, ils n’hésitent pas à esquisser une ébauche d’ « autocritique » qui se limite, dans le cas présent, à une mise en cause très superficielle des médias, mais, bien évidemment, pas d’eux-mêmes ou du média pour lequel ils travaillent. Ainsi Alain Duhamel insiste sur la responsabilité de « la télévision française [qui] a toujours fait preuve d’une indifférence absolue vis-à-vis de l’ensemble des problèmes européens, et qu’il n’y a pas tellement de raisons que ça change » (Le 8 avril). Plus englobant, le 10 mai, face à Alain Juppé, Jean-Michel Aphatie s’interroge à haute voix : « Les médias ont peut-être une part de responsabilité ? » (« Le Grand Jury RTL-LeFigaro-LCI »). Le 15 mai, Nicolas Poincaré dans l’émission « On refait le monde » interpelle lui directement ses invités : « On a l’impression qu’on en parle très peu, est-ce que c’est la faute des médias, de notre faute, ou est-ce que c’est de la vôtre, les candidats, qui n’arrivez pas à nous intéresser ? » Mais quand la question est soulevée par les candidats eux-mêmes, elle est rapidement éludée. [4]

Les journalistes de RTL éviteront de poser, devant les auditeurs, la question qui aurait dû logiquement découler de ces constats fugitifs : Pourquoi les médias dominants se désintéressent-ils de la campagne pour l’élection du Parlement européen ? Pas plus qu’ils ne se demanderont, comme leurs confrères pédagogues et garants de la démocratie, si le désintérêt des nombreux électeurs n’est pas lié au refus de toute prise en compte, politique certes, mais aussi médiatique, de leur vote négatif au référendum de 2005.
RTL au secours du débat européen ?

Sur le site Internet de la station, on découvre un comparatif des programmes fait par « Notre Europe » scindé en « six grandes thématiques : Politiques économiques et sociales, Energie et environnement, Politique agricole commune, Justice et affaires intérieures, Politique étrangère et Institutions/citoyens. Chaque thématique est ensuite divisée en catégories plus fines » [5]. Une volonté d’informer affichée et légitimée par le fait qu’à « l’approche de la date des élections européennes du 7 juin, il semble essentiel de clarifier les enjeux du prochain scrutin. » Pour clarifier, peut-on compter, non sur le site Internet, mais sur la radio elle-même ?
Dès le 8 avril, Alain Duhamel prévient : « La campagne européenne, ça devrait être l’occasion de comparer méthodiquement les plans de relance des différents pays européens (…) Il y a la dimension turque, qui revient tout le temps, qui est à la fois une dimension provocatrice, et manipulatrice, et qui en même temps, correspond à l’idée et même à l’identité qu’on se fait de l’Europe. Donc c’est une question de fond. » Un mois plus tard, le 13 mai , Serge July enguirlande le parti socialiste : « C’était le moment ou jamais de parler des solutions européennes à la crise et de tester des élements de programme, c’est macache oualou. » Quant à Franz-Olivier Giesbert, il n’a pas de mots assez durs, lui non plus, pour dénoncer la médiocrité du parti de Jaurès qui, dit-il, n’a « pas de réflexion, ni de discussion, ni de débat de fond » (le 18 mai).
Reste à établir quelle a été la contribution de RTL au « débat de fond ». On pouvait rêver que la station décline régulièrement sur l’antenne les six thématiques relevées sur le site Internet. Mais ce ne fut qu’un rêve. Quel que soit le genre d’émission - chroniques, interviews, reportages, magazines ou émission politique - les propositions des différentes formations n’ont été que très marginalement abordées et, le plus souvent, à l’initiative des candidats eux-mêmes.
(1) Lors des dix interviews matinales proposées par Jean-Michel Aphatie entre le 11 et le 22 mai, celui-ci n’interroge jamais ses invités sur les six thématiques présentées par le site de RTL [6]. Et quand un invité s’y atèle, il se fait éconduire sans sommation. Ainsi, le 21 mai, en plein conflit sur la chute du prix du lait, Jean-Michel Lemétayer président de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) évoque la « responsabilité européenne dans ce dossier » [7]. Mais Jean-Michel Aphatie préfère demander à son invité si son syndicat appellera à ... « sanctionner » l’UMP lors du scrutin du 7 juin ou s’il connaît le successeur présumé de l’actuel ministre en charge de l’Agriculture et tête de liste en Ile-de-France, Michel Barnier (dix questions ou interruptions sur vingt !).
(2) Les chroniqueurs, Alain Duhamel, Franz-Olivier Giesbert et Serge July, font également relâche, soit en ne parlant pas des questions de fond, ou si peu, soit en minaudant sur le jeu politicien. A deux exceptions près. La première, quand, le 13 mai, Serge July, à défaut d’évoquer les différentes propositions, propose son bilan du rôle du Parlement européen [8]. Seconde exception, le 22 mai, lorsque Franz-Olivier Giesbert (qui remplace pour l’occasion Alain Duhamel), évoque la question des services publics… pour épingler le Parti socialiste [9].

Enfin, les cinq chroniques d’Alain Duhamel dans la semaine du 11 au 15 mai ne comportent, aucune allusion aux propositions des différentes listes [10].
(3) Les reportages réalisés dans le cadre de la série « Sur les traces [des candidats] en campagne pour les élections européennes », ne permettent pas plus d’avoir une idée sur les différentes propositions des candidats suivis. D’abord parce que leur durée est très courte : quatre minutes et trente deux secondes pour Jean-François Kahn (MoDem) ; quatre minutes et vingt-trois secondes pour Vincent Peillon (PS) ; deux minutes et trente et une secondes pour Frédéric Nihous (Libertas) ; deux minutes et sept secondes pour Marine Le Pen (FN) [11]. Mais surtout, parce que ce n’est tout simplement pas leur objet, comme l’annonce Vincent Parizot, dès le 15 mai, à l’occasion du lancement du premier reportage : « Chaque vendredi, jusqu’au 7 juin, jusqu’à la fin de la campagne, RTL s’intéresse aux têtes de listes aux européennes. Comment font-ils campagne ? » Et là, pas de tromperie sur la marchandise, les « portraits » de tous les candidats sont du même acabit : superficiels - voire futiles - et politiciens. Pour en savoir plus suivez la note [12].

Il n’empêche : alors même que de son propre aveu ces reportages n’ont pas pour vocation d’entendre les candidats sur l’Europe, Vincent Parizot, n’hésite pas à faire la leçon aux candidats : « Et ce qui est assez étonnant dans tout ça, Adrien, c’est qu’on entend assez peu parler d’Europe. » (22 mai)
(4) Le magazine « RTL Hebdo », lui non plus, ne met pas en perspective les enjeux européens. Le 16 mai, pas un mot sur le sujet. Le 23 mai, le magazine est dédié à un... journaliste, Patrice Drevet, passé par TF1, France 3, France 2 mais aussi ancien responsable du bulletin météo de RTL, aujourd’hui tête de liste d’« Alliance Ecologie Indépendante » dans le Sud-Ouest. On l’entendra parler de l’émotion qu’il ressent à passer à la radio et à la télévision en tant qu’homme politique, de son engagement, surtout écologique, mais sur les enjeux européens presque rien. Patrice Drevet évoque une proposition, un rêve qu’il partage, dit-il, avec le prince Albert de Monaco : « Voir un grand prix de Formule 1 avec des voitures électriques. » Tout un programme !
Le 9 mai pourtant, la situation semblait mieux se présenter puisque deux invités étaient en plateau : Jean-François Kahn (MoDem) et Franck Riester (UMP), avec en cours d’émission, une reprise de propos de Daniel Cohn-Bendit (Europe Ecologie). Pourtant il ne sera toujours pas question des propositions des différents invités, qui sont surtout sommés de s’expliquer sur une campagne atone diagnostiquée par Christophe Decroix, autoproclamé porte-parole de l’ensemble des Français : « Aujourd’hui 9 mai, c’est la fête de l’Europe, et dans moins d’un mois, les élections européennes. Mais la campagne ne semble pas avoir vraiment démarré. La faute à qui ? la faute à quoi ? c’est le débat de RTL hebdo. » ; « Question simple tout d’abord : une campagne qui n’a pas commencé à un mois d’une élection, vous aviez déjà vu ça ? » ; « Comment vous expliquez l’un et l’autre qu’on ait le sentiment, quand on est un citoyen lambda qu’il n’y a pas de campagne par rapport aux campagnes que l’on voit pour les présidentielles ou les municipales ou des choses comme ça ? »
Les deux invités ont beau affirmer que la campagne a bien commencé et que « [leurs] têtes de listes sont sur le terrain » (Franck Riester), Christophe Decroix reste sourd à leurs suppliques. Son attitude illustre à merveille cette propension qu’ont les journalistes à déterminer ce qui fait ou non l’actualité [13]. Sur les propositions portées par les deux invités, silence radio. Il est vrai qu’il convenait d’aborder, en premier sujet, une question dont l’intérêt était déterminant pour l’avenir de l’Europe : le rapport...aux femmes de Silvio Berlusconi, le « serial lover italien. »

(5) Reste l’émission politique du dimanche, « Le Grand Jury RTL-LeFigaro, LCI » [14]. Sa durée, cinquante-cinq minutes environ, laisse espérer que les questions de fond seront enfin au centre des débats. S’il serait faux de dire qu’elles ne l’ont pas été, force est de reconnaître qu’elles ne l’ont occupé que très marginalement.
Sur les trois émissions observées en totalité (les 10, 17 et 24 mai), les questions économiques et sociales européennes ont été abordées de manière très superficielle, et surtout à l’initiative des candidats. Ainsi quand François Hollande, évoque, le 17 mai, plusieurs propositions [15]. Les échanges durent un peu plus de six minutes, et les journalistes préfèrent se concentrer sur le jeu politicien. A preuve cette intervention de Jean-Michel Aphatie face à l’ex-secrétaire national du Parti socialiste : « Excusez-moi, nous parlons de vos propositions, c’est à votre initiative que nous en parlons, et je reviens à la question de départ, c’est-à-dire, jusqu’à présent la campagne des socialistes était trop axée contre Nicolas Sarkozy ? » [16].
Les questions des institutions de l’Union européenne et du rôle, dans ce cadre, du Parlement européen sont en général abordées, quand elles le sont, sous l’angle du fonctionnement dudit Parlement. Et encore, bien timidement… Le 24 mai, Etienne Mougeotte se risque : « Il y a une chose qui me frappe, nous parlons de l’Europe […] depuis 6 ou 7 minutes, on ne parle pas du Parlement Européen ! A quoi sert-il ? […] Parlons du Parlement, parlons de son pouvoir… » Il en sera question environ une minute et trente secondes...
Enfin les autres thèmes d’actualité liés à l’Europe, comme les questions écologiques - pourtant tant prisées habituellement des médias dominants - ou la question de l’émergence d’une défense européenne, intéressent très modérément les intervieweurs. Mais le premier sujet remis (opportunément) sur le devant de la scène par Nicolas Sarkozy ne pouvait qu’enthousiasmer nos maitres-penseurs : l’adhésion de la Turquie. Dès le 15 avril, Alain Duhamel qui s’apitoyait déjà avec poésie sur « le lac d’indifférence que constitue jusqu’à présent la campagne des élections européennes », bégaie : « Il reste un seul sujet qui soit susceptible de ranimer les passions et même peut-être de soulever des tempêtes : c’est évidemment la question de l’adhésion de la Turquie. Les Français ont là-dessus des idées assez carrées. Dans un sondage CSA qui était publié hier par "Le Parisien-Aujourd’hui en France", on voit qu’aujourd’hui 50% des Français sont hostiles à l’entrée de la Turquie - 35% sont favorables -, mais qu’en réalité à gauche il y a une toute petite majorité qui est favorable à l’adhésion, alors que aussi bien à droite qu’au MoDem, il y a en revanche une très forte majorité qui est hostile à cette entrée. » [17]. Le 24 mai, Jean-Michel Aphatie interpelle Rachida Dati : « La Turquie, tiens, parlons-en » (« Le Grand Jury RTL-Le Figaro, LCI »). Trois minutes et vingt secondes durant, nous avons droit à une « passe d’arme » surréaliste entre l’intervieweur vedette de la station qui veut faire avouer à la candidate UMP en Ile-de-France que les négociations ouvertes avec ce pays portent bien sur l’adhésion, Rachida Dati s refusant d’avouer, et insistant sur la mise en place d’un partenariat.
De quoi nous parle RTL finalement ? De la forme de la campagne plutôt que de son contenu, de sujets accessoires et de deux denrées impérissables (comme on peut le vérifier dans leur stockage en Annexe) : les sondages et … l’élection présidentielle de 2012.

Et la campagne officielle ?

Le démarrage de la campagne officielle – le 25 mai - est-il l’occasion de voir émerger un changement d’orientation éditoriale ? Pas vraiment, surtout si l’on s’en tient aux seules chroniques et interviews matinales d’Alain Duhamel et Jean-Michel Aphatie.
Le premier lance un nouveau cri d’alarme dès le 25 mai : « On parle de tout sauf de l’Europe. J’écoutais encore une émission hier, hallucinante, où à un moment on demandait sérieusement : "oui, mais alors, est-ce que les résultats ça va plutôt conforter le secrétaire général de l’UMP ou le président du groupe parlementaire de l’UMP ?". On s’en fout. Et puis sur le fond, on sait très bien que s’il y a un moment où il faut discuter de la vocation de l’Europe, et surtout de ses moyens, de son organisation, de ses objectifs, c’est maintenant, et on ne le fait pas. »
Mais le même Alain Duhamel ne tient aucun compte de ses propres recommandations, puisqu’il disserte sur « La campagne présidentielle de François Bayrou » [18]. Le 28, il s’attaque à un autre sujet « européen », « L’irruption de la sécurité dans la campagne européenne » [19]. Le 29 mai, jour anniversaire de la victoire du « non » au référendum de 2005, Alain Duhamel commente « le nouveau baromètre "Opinion Way" / Fiducial réalisé du 25 au 27 Mai auprès de 5581 personnes pour RTL, TF1, LCI et Le Figaro [qui] enregistre un nouveau léger tassement du Parti socialiste, crédité de 20% seulement d’intentions de vote. »
Quant à Jean-Michel Aphatie, il n’est pas en reste. L’irruption de la sécurité dans la campagne lui donne l’occasion d’interroger, tous ses invités de la semaine sur la grande thématique européenne de... la fouille des cartables dans les écoles : Martin Hirsch (membre du gouvernement) (le 25 mai), Frédéric Lefebvre (UMP) (le 26 mai), Xavier Bertrand (UMP) (le 28 mai) ; Martine Aubry (PS) (le 29 mai) [20]. Le 27 mai, si Jean-Michel Aphatie est absent, Vincent Parizot le remplace au pied levé pour interroger Christian Estrosi (UMP) sur... la création d’une unité spéciale de police chargée d’intervenir contre les violences dans les établissements. Arrêtons-nous à cette date…
Le 25 mai, , Alain Duhamel prononce, contre la campagne de 2009, une sentence sans appel : «  Il n’y a aucun doute . La seule réussite de cette campagne, c’est que c’est la plus mauvaise de toute . » [21] S’agissant de la couverture médiatique effectuée par la station, ce n’est pas à exclure.
Denis Perais
- La rédaction de cet article n’aurait pas été possible sans le travail collectif de suivi et de transcription de Henri Maler, Jean Pérès, Olivier Poche, Mathias Reymond et Grégory Salle.


Annexes : Boussoles pour journalistes politiques

1. Une élection européenne déjà présidentielle

Sur RTL aussi, c’est déjà l’obsession. Un échange particulièrement éclairant le confirme. Le 24 avril Vincent Parizot pose la question suivante, en forme d’aveu : « Pourquoi les journalistes parlent déjà de la présidentielle 2012 ? » La réponse d’Alain Duhamel est lucide : « Les Français se moquent éperdument de l’élection présidentielle de 2017, et même déjà de celle de 2012, en général, et en particulier de Jean-François Copé. Ça leur est complètement indifférent. En revanche, vis-à-vis du monde politique, vis-à-vis des journalistes, vis-à-vis des leaders d’opinion, il est en train de se fabriquer son statut, à l’avance, et personne ne le lui donnera. » Autant reconnaître, dès lors, que les journalistes politiques, contrairement à ce qu’ils affirment ne se laissent guider ni par l’intérêt des lecteurs-auditeurs- téléspectateurs ni par l’importance intrinsèque des problèmes dans leur hiérarchisation de l’information, mais coproduisent avec les responsables politiques un information pour microcosme.
En effet, l’échéance de la présidentielle de 2012 occupe une place non négligeable dans leur traitement de l’élection européenne de 2009 [22].
Jean-Michel Aphatie mange le morceau le 17 mai à l’occasion du « Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI » de François Hollande, interrogé comme Laurent Fabius (le 3 mai) et Alain Juppé (le 10 mai) sur son éventuelle candidature présidentielle : « Les élections européennes c’est le 7 juin, et puis après, la politique est fabriquée comme ça , parce qu’il faut s’y prendre un peu tôt, dans le viseur il y aura 2012, la prochaine élection présidentielle. [...]Est-ce que vous excluez d’être candidat en 2012 ? »  [23]
Le 22 mai, Christophe Decroix interroge ses invités sur les mauvais sondages du PS aux européennes : « Martine Aubry voit revenir des revenants, qui se verraient bien candidats à la présidentielle, par exemple François Hollande, qui a changé de look vous avez vu et qui surveille sa ligne [...]François Hollande candidat du PS aux présidentielles en 2012, vous y croyez Jean-Luc Mano. » (« Tout le monde en parle »)
Et quand Franz-Olivier Giesbert commente un sondage d’intentions de vote sur les européennes, voici ce qu’il en retient : : « Si le PS continue de se chipoter sans qu’aucun leader ne parvienne à s’affirmer, Bayrou plumera la volaille socialiste, et deviendra tout naturellement le chef de l’opposition en tête au premier tour de l’élection présidentielle de 2012 , devant deux ou trois candidats de la mouvance socialiste, et la messe sera dite. [...]L’Histoire pourrait peut être se résumer un jour comme ça : Ségolène, Martine et Dominique sont dans un bateau, ils tombent à l’eau, qu’est-ce qui reste ? Eh bien François. Pas Bayrou, non, Hollande. Vous l’avez entendu hier au Grand Jury RTL Le Figaro, il se prépare pour la présidentielle . » (Le 18 mai)
Il n’est pas le seul à en parler. Laurent Fabius, Alain Juppé et François Hollande seront tous interrogés sur le positionnement du président du MoDem dans la perspective présidentielle à l’occasion de leur « Grand Jury » des 3, 10 et 17 juin [24].
Malgré la responsabilité indiscutable des médias dans le détournement des enjeux de la campagne européenne sur l’échéance 2012, Nicolas Poincaré choisit d’en renvoyer la responsabilité à d’autres. Le 29 avril, il interpelle Serge July sur la stratégie des socialistes : « selon vous, ils se trompent de campagne ? » en l’orientant, selon lui principalement sous un prisme anti-Sarkozy.
2. Une élection pour sondomaniaques

La référence aux sondages reste toujours une valeur sûre. Jean-Michel Aphatie ne manque pas de commenter lui aussi, face à Martine Aubry le dernier commandé par sa station, : « Nous sommes, Martine Aubry, à neuf jours du scrutin pour les élections européennes, nouveau sondage OpinionWay Fiducial dans la campagne électorale : l’UMP continue la course en tête mais perd en intentions de vote : 2%, elle est donc à 26% de ses intentions de vote. Le Parti socialiste baisse aussi d’un point : 20% des intentions de vote. La cote d’alerte est atteinte pour vous, disait Alain Duhamel dans sa chronique. Vous reprendriez la formule à votre compte : la cote d’alerte est atteinte ? »
Ils sont un de leurs matériaux principaux Plusieurs exemples le confirment. Certains les commentent dans leur chronique, comme le 13 mai où « Alain Duhamel décrypte le premier baromètr e des élections européennes OpinionWay-Fiducial pour RTL , TF1, LCI, Le Figaro. » [25]  ; où le 14 mai où Serge July s’appuie dessus pour ses élucubrations sur la « Panne au PS » [26] ; ou encore le 18 mai où c’est Franz-Olivier Giesbert qui s’y colle, en concentrant lui aussi le tir sur la médiocrité du score du Parti socialiste.
D’autres les utilisent comme support de discussion avec leurs invités. Ainsi, Alba Ventura s’adressant à Laurent Fabius au « Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI » : « Vous avez une botte secrète pour intéresser les Français à ses élections européennes ; parce que j’ai lu dans un sondage que 61 % des Français ignoraient la date de ce scrutin, 53 % s’y désintéressaient. » (le 3 mai).
De bon matin, Jean-Michel Apathie interpelle Olivier Besancenot : «  Vous n’êtes pas un peu déçu de sentir que, peut-être, Alain[Duhamel] le disait comme ça, les scores dans les sondages - vos scores, Olivier Besancenot - ne correspondent pas à la glorieuse assomption annoncée ? » (le 13 mai).
Le 19 mai, Nicolas Poincaré recadre ses invités, Benoît Apparu (UMP), Najat Blekacem (PS) et Alain Krivine (NPA) sur le sujet qu’il maîtrise le mieux : « On a un sondage tout chaud sur l’état des votes aux européennes. » (« On refait le monde »).Le 22 mai, Christophe Decroix ne fait pas exception à la règle interpellant ses invités à partir de «  sondages [qui] ne sont pas très très bon pour le PS dans la perspective des élections européennes. »Le 24 mai, la première question posée par Jean-Michel Aphatie à Rachida Dati porte sur l’abstention en hausse annoncée par un...sondage CSA-LeParisien publié le matin même (« Le Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI »).
D’autres sujets périphériques retiennent aussi, à l’occasion, l’attention des journalistes : le vote de Bernard Kouchner, l’interdiction ou non des listes de Dieudonné ou le score des listes emmenées par différents candidats. Sur ce dernier point, Harlem Désir (le 17 avril), Daniel Cohn-Bendit (le 6 mai), Michel Barnier (le 8 mai) ou Jean-Pierre Raffarin (le 14 mai) sont par exemple interrogés par Jean-Michel Aphatie.

Notes

[1] Voir par exemple la couverture offerte par la version papier de l’hebdomadaire L’Express sur les élections européennes ici-même.
[2] Lire notre article : « Européennes : L’Express prêche dans le désert ».
[3] Sa consoeur de LCI, Marie Croccel, le précède quelques instants plus tôt : « Elle n’a pas été organisée à l’envers un petit peu, cette campagne ? »
[4] Par exemple, Daniel Cohn-Bendit : « Nous, à Europe Ecologie, non seulement on est frustrés, mais c’est complètement fou, on fait des sondages pour « quel est le meilleur candidat pour 2012 ? ». Mais les européens convaincus, ils veulent pas qu’on leur parle de la présidentielle ! » (9 mai, RTL Hebdo) Ou Jean-François Kahn, qui répond à Jean-Michel Aphatie, le 18 mai : « Quand je dis « vous », ce n’est pas vous personnellement, je parle des médias. Vous croyez faire parler d’Europe, c’est parler du millimétrage des queues de cerises ou des institutions européennes. Ça emmerde tout le monde, et c’est normal que ça emmerde tout le monde. Mais l’Europe, c’est comment régler le conflit israélo-palestinien, c’est quel projet pour réformer le système financier ? C’est tout ça. Si on dit ça aux gens ; et le projet de société, quel modèle face à un modèle qui s’effondre ? »
[5] Comparatif qui exclut notamment, pour la France, des formations comme le NPA, LO, « Debout la République » de Nicolas Dupont-Aignan ou le Front National.
[6] Le 12 et le 19 mai, le scrutin proprement dit n’est même pas évoqué avec David Douillet et Brice Hortefeux.
[7] Plus précisément : « Il y a eu une réforme de la politique laitière. Et on assiste à quoi ? A une dérégulation du marché, l’Union Européenne ne fait rien... Pire que cela ! L’Union européenne a décidé d’augmenter la production en Europe. »
[8] Un Parlement dont il survalorise les pouvoirs, en le transformant, notamment, en défenseur sourcilleux des droits sociaux des travailleurs : Elle [la directive Bolkestein] a été réécrite totalement par le Parlement. Le texte désormais empêche que l’ouverture des services à la concurrence ne remette en cause comme prévu les droits du travail nationaux et les règles de la sécurité sociale. A propos, elle entre en vigueur au début décembre. Même chose pour la directive sur le temps de travail, le Parlement européen s’est opposé à toute dérogation à la semaine de 48 heures malgré un forcing de plusieurs Etats, dont les britanniques.
[9] Dans une chronique intitulée : « Les services publics s’invitent dans la campagne pour les Européennes », il affirme : « Laurent Fabius, qui a senti le bon filon, a décidé de s’en faire l’apôtre [...] avec un slogan, plus c’est gros plus ça passe [...] Le choix du 7 juin, c’est un choix entre une Europe protection et une Europe démolition ; il veut parler bien sûr de la démolition des services publics [... ] Sous Jospin et sous la houlette de Fabius notamment, [la gauche] privatisait à tour de bras et plus vite que son ombre et que Juppé. »
[10] Le 13 mai, il fait bien une incursion sur le terrain européen, mais pour commenter un... sondage d’intentions de vote et sur l’entrée de la Turquie dans L’Union européenne.
[11] On note ici que les temps imparti aux « petites formations » (FN et Libertas) sont deux fois moins importants que ceux concédés aux « grandes » (PS et MoDem). Une façon de privilégier les secondes au détriment des premières.
[12] - Sur les traces de Vincent Peillon en Ardéche (le 15 mai), Emmanuelle Julien, nous révèle une proposition phare du programme du Parti socialiste en matière de climat : « L’air du Sud semble lui réussir. J’ai trouvé un Vincent Peillon détendu, le teint hâlé, loin des méandres de l’appareil socialiste parisien. » Il faut attendre trois minutes et cinq secondes pour entendre : « Vincent Peillon se fend de sa vision de l’Europe »… - Sur les traces de Frédéric Nihous (le 22 mai), au Marché d’intérêt national de Rungis, la journaliste explique aux auditeurs une donnée fondamentale de la campagne de Libertas : « Frédéric Nihous devra se débrouiller tout seul, son nouvel allié Philippe de Villiers lui a fait faux bond à la dernière minute, invité par une chaîne de télévision. » Evoquant la principale difficulté du candidat : « Le problème, c’est que Frédéric Nihous semble loin d’être encore une figure médiatique. En témoigne cette réaction d’un grossiste en viande Charolaise, qui n’ arrive pas à donner correctement son nom. » Les oppositions défendues par le candidat sont très fugitivement évoqués. - Sur les traces de Jean-François Kahn en Champagne-Ardennes, Adrien Borne fait plusieurs révélations dignes d’intérêt sur le programme portés par le fondateur de Marianne au nom du MoDem (le 22 mai) : « Il n’a un téléphone portable que depuis deux mois et [...] il reste toujours éteint [...] Il n’a toujours pas sa carte du MoDem. » Pour terminer sur la plus emblématique : « Jean-François Kahn, personne ou presque ne le reconnaît dans la rue. [...] En fait, les électeurs centristes ne votent pas Jean-François Kahn, ils votent François Bayrou. Celui qui capte la lumière, c’est le leader du Parti et non la tête de liste. »
[13] Quelques jours plus tard, Jean-Michel Aphatie confirme cela face à Jack Lang : il fait aussi une sensationnelle révélation sur le désintérêt des journalistes pour le scrutin : « Cette campagne, je le disais comme ça, nous ennuie. »
[14] Programmée entre 18 heures 30 et 19 heures 30.
[15] Un programme européen de relance (avec un emprunt européen), le renforcement du rôle de l’Eurogroupe, le contrôle des mouvements de capitaux spéculatifs, une harmonisation des salaires par la création d’un salaire minimum européen et le développement d’une Europe écologique.
[16] Pourtant, quelques minutes plus tôt, Marie Croccel ne reprochait-elle justement pas au Parti socialiste de ne pas avoir, de son point de vue du moins, axé suffisamment sa campagne sur son...programme : «  Est-ce que vous vous sentez en accord avec la manière dont est menée cette campagne , est-ce qu’il n’aurait pas fallu réserver par exemple l’argument du vote sanction à la dernière semaine, au terme d’une campagne exclusivement de propositions ? »
[17] Le 8 avril, il affirme déjà : « il y a la dimension turque, qui revient tout le temps. »
[18] Titre de la chronique sur le site internet.
[19] Titre de la chronique sur le site internet.
[20] De manière inégale, très rapidement pour les deux premiers, avec beaucoup plus d’insistance pour les deux derniers.
[21] Une nouvelle convergence de vue avec son confrère mais aussi patron du Point, Franz-Oliver Giesbert qui se livre à un exercice très prisé dans la profession : le plagiat. Le 28 mai, il pérore en effet : « La campagne des élections européennes est-elle la plus misérable et la plus désolante que nous ayons connue ? Sans doute. Dans le genre, on n’avait même jamais fait pis. »
[22] Dans une interview donnée au Parisien le 24 mai, François Bayrou les exonère (en partie) des effets de leur « obsession » : « C’est vous qui êtes obsédés par l’échéance présidentielle. Mais je ne vous donne pas tort car c’est vrai que c’est l’élection majeure dans notre pays. »
[23] Mais d’autres l’avaient fait avant ou après. Le 15 mai, Adrien Borne sur « Les traces de Marine Le Pen en campagne pour les élections européennes », remarque déjà : « Ces européennes ne seront pour elles qu’un étape dans la perspective des régionales 2010 et 2012 . » La semaine suivante, il récidive, cette fois-ci sur celles de Jean-François Kahn : « L’impression générale, c’est que le MoDem mène une campagne de long terme, en vue de 2012 . A ce titre, l’élection européenne apparaît comme un simple terrain d’essai pour le parti centriste. »
[24] Même Rachida Dati, pourtant a priori pas en lice pour la compétition 2012, y aura droit le 24 mai.
[25] Le 15 avril, il commente un sondage sur l’adhésion de la Turquie.
[26] Titre de la chronique sur le site internet.

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Jeudi 4 Juin 2009


Commentaires

1.Posté par Philippe V-Debar le 05/06/2009 15:34 | Alerter
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