Propagande médiatique, politique, idéologique

« Effroyables imposteurs » sur Arte : le roi est nu


Rarement le désarroi des caciques des médias devant le discrédit qui les frappe aura été aussi évident que lors de cette soirée sur Arte, mardi 9 février, intitulée « Main basse sur l’info » (et encore visible une semaine sur le site Arte+7). Le premier documentaire diffusé, « Les effroyables imposteurs » de Ted Anspach, consacré aux complotistes qui pullulent sur Internet, dépeint la Toile comme une boîte de Pandore moderne d’où s’échapperaient, au premier clic de souris, tous les fléaux de l’univers – histoire de ramener les téléspectateurs, ces brebis égarées, vers les bons bergers dont ils n’auraient jamais dû s’éloigner.

On a ensuite droit à une réalisation de Denis Jeambar, ancien directeur de L’Express, où interviennent « huit journalistes en colère » (Franz-Olivier Giesbert, Arlette Chabot, David Pujadas, Philippe Val, Jean-Pierre Elkabbach, Edwy Plenel, Eric Fottorino, Axel Ganz) filmés sur fond noir, à grands renforts d’images saccadées et de gros plans intimistes, dans un style qui évoque à la fois un film d’espionnage ringard et un clip publicitaire shooté par Karl Lagerfeld.

Les moyens mis en œuvre pour restaurer un prestige dont l’érosion a atteint le seuil critique sont particulièrement grossiers. Tentant de ranimer les braises de l’antique fascination suscitée par la profession de Tintin et d’Albert Londres, la voix off annonce une « sacrée brochette de journalistes » qui « connaissent de l’intérieur la folle machine des médias » et qui auront « carte blanche pour dire tout haut ce qu’ils pensent tout bas, pour dire ce qu’on ne vous dit pas ». Ici, l’audience retient son souffle, dans l’attente de sa becquée de savoir : les dieux vont l’admettre dans leur secret. « Ecoutez bien ! » intime encore la voix off.

Et on n’est pas déçu. Mieux vaut s’accrocher, en effet, pour ne pas tomber de son fauteuil lorsqu’on entend David Pujadas déclarer que le journalisme « souffre d’abord de conformisme et de mimétisme ». On retrouve cependant vite un discours plus familier lorsqu’il explicite ce qu’il veut dire par « conformisme » : « L’idée que par définition le faible a toujours raison contre le fort, le salarié contre l’entreprise, l’administré contre l’Etat, le pays pauvre contre le pays riche, la liberté individuelle contre la morale collective. »

Dans cet insupportable penchant gauchisant, libertaire et tiers-mondiste qui suinte des reportages des grandes chaînes françaises et des pages des journaux, il voit « une dérive mal digérée [sic] de la défense de la veuve et de l’orphelin, une posture qui valorise le journaliste et qui a l’apparence – l’apparence ! – du courage et de la révolte ». Où se situent, alors, le véritable courage, la véritable révolte ? C’est drôle : on a l’impression de deviner.

Comme pour mieux inciter à la révérence, Pujadas est présenté comme « une star de l’info » ; Arlette Chabot est « à la tête d’un bataillon de deux cents journalistes » ; Franz-Olivier Giesbert est « une des grandes figures du journalisme français ». Dans les plans de coupe, tous sont montrés en contexte, parés des attributs qui – faute de mieux ? – fondent leur autorité : menant une interview, le casque de radio sur la tête ; marchant d’un pas décidé dans les couloirs de rédactions affairées et cossues ; penchés à plusieurs, d’un air concentré, sur un écran d’ordinateur, en plein processus de production d’une information fiable et impartiale ; ou encore, dans le cas de Philippe Val – car le ridicule ne tue pas –, en pleine conversation téléphonique, le combiné collé à l’oreille. Lorsqu’ils parlent face caméra, ils comptent : « Quatre, trois, deux, un… », avant d’entamer leur discours (« Allez, on y va », lance gaillardement Arlette Chabot). Ils regardent le téléspectateur droit dans les yeux, tels des magnétiseurs hypnotisant leur patient.


libre.renard@gmail.com
Jeudi 11 Février 2010

« Effroyables imposteurs » sur Arte : le roi est nu

« Chacun à sa place ! »

Avant tout, bien sûr, il faut redire à tous ces inconscients combien Internet, c’est mal, et combien les grosses pointures journalistiques qui leur parlent sont indispensables à leur gouverne. Qu’on pouffe devant une émission d’Arlette Chabot ou à la lecture du « roman d’amour » que vient de publier Franz-Olivier Giesbert, en effet, et « c’est toute la démocratie qui est en danger ». Si Arte le dit… « Il faut cesser de faire croire, assène Elkabbach, que le citoyen journaliste va se substituer bientôt au journaliste citoyen : toutes les expériences citoyennes ont besoin de vrais journalistes pour sélectionner, vérifier et écrire. Alors, chacun à sa place ! » Axel Ganz, fondateur de Prisma Presse, dont les publications (Voici, Gala, Capital, VSD, Télé-Loisirs…) sont réputées pour leur contribution de haut vol à la vitalité de la démocratie, estime qu’à long terme Internet fera naître chez les jeunes « un scepticisme sur les valeurs de notre société »  : terrifiante perspective.
Arlette Chabot, presque racinienne, supplie : « Méfiez-vous des théories du complot selon lesquelles la vérité, les vérités de l’information seraient sur la Toile tandis que les médias traditionnels vous cacheraient la vérité. C’est vrai : grâce à Internet, plus aucune information ne pourra être enterrée ou dissimulée. Mais je vous demande d’être prudents, car un jour vous apprendrez que vous avez été manipulés, trompés. Sur Internet, la traçabilité des images n’est pas garantie. » Même la voix off s’y met : « Sur le Web, chacun crée son propre média et se croit journaliste. » La vieille histoire de la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf, en somme. Tout ça finira mal – mal pour les internautes, ces buses présomptueuses, cela s’entend. Philippe Val, qui poursuit le Net de sa vindicte depuis le jour où il a découvert que ce machin pouvait permettre à des cuistres de critiquer sa politique éditoriale à Charlie Hebdo [1], le dit avec fougue : « La presse écrite survivra à Internet, j’en suis sûr. »
Les casseroles que traînent certains de nos preux « journalistes en colère » étant trop pléthoriques pour que leur fracas ne parvienne pas à leurs propres oreilles, ils sont obligés d’en passer par l’exercice de l’autocritique – d’en passer rapidement, qu’on se rassure. Jean-Pierre Elkabbach, qui réclame à grands cris « la rigueur, la curiosité, la qualité », et qui s’exclame : « Marre de nous complaire dans la pipolisation, l’irrationnel et le voyeurisme, j’en peux plus ! », reconnaît à demi-mot : « Est-ce que moi, je me suis fait honte ? Peut-être pour une erreur que j’ai commise et assumée » – référence un brin sibylline à son annonce prématurée, sur Europe 1, en avril 2008, de la mort de l’animateur de télévision Pascal Sevran.
Et Philippe Val, avec une désinvolture qu’on s’en voudrait de prendre pour de la suffisance : « J’ai dû dire une connerie y a pas longtemps. Je ne me souviens plus ce que c’est, mais je me suis trompé, mais méchamment. Putain, c’était la honte. » Moins défaillante que la sienne, notre mémoire a l’embarras du choix. Peut-être pense-t-il à sa récente déclaration selon laquelle l’« actionnaire » de France Inter, Nicolas Sarkozy, ne serait « pas très bien traité » par les journalistes de la station – assertion qui lui donne une légitimité indiscutable pour réfléchir au redressement de la profession ?

« Partenariats » médiatico-idéologiques

Passons sur les viriles amitiés qui nous valent régulièrement ce genre de grandes opérations médiatico-idéologiques : cette soirée d’Arte était produite par Doc en Stock, la société de Daniel Leconte, en partenariat avec France Inter. Daniel Leconte et Philippe Val sont de grands amis : le premier a réalisé un film sur l’affaire du procès de Charlie Hebdo pour les caricatures de Mahomet, le « coup » publicitaire qui a définitivement lancé la carrière du second ; bien souvent, lors de précédents « débats » sur Arte, ils ont fustigé de concert la chienlit gauchiste [2].
Tous deux partagent avec Denis Jeambar, réalisateur de « Huit journalistes en colère » et instigateur en son temps du virage néoconservateur de L’Express, de solides convictions atlantistes. Les incessantes professions de neutralité journalistique et politique, les invocations d’une information « ni de droite ni de gauche », qui auront émaillé cette soirée – y compris lors du débat animé ensuite par Daniel Leconte –, sont franchement désopilantes, tant les obsessions propagandistes de ses initiateurs ont la discrétion d’un éléphant au milieu d’un couloir. Leur cible principale : les contempteurs de la politique israélienne, qui seraient tous, de même que ceux qui trouvent à redire à la politique américaine, de fieffés antisémites.
« Le pire ennemi du journalisme, avance Philippe Val, c’est sa conviction d’être au service du bien et de la pureté. » Celui qui, du temps où il éditorialisait à Charlie Hebdo, maniait avec une égale aisance l’insulte, la diffamation décomplexée et le fantasme échevelé, met en garde contre la « tentation de faire primer la thèse sur les faits » : « Le nombre de journalistes qui sont tombés dans le piège du bien est suffisamment important pour que la profession en soit profondément malade. Le discours démagogique des uns marginalise le travail sérieux des autres. Ce n’est pas quand il exprime une opinion que le journaliste est libre et indépendant : c’est quand il pense d’abord contre son opinion pour ensuite livrer son analyse. (…) On ne discute pas de l’Amérique, on ne peut pas discuter d’Israël et de la Palestine : il y a des tas de sujets sur lesquels on ne peut pas discuter parce que c’est le Bien et le Mal. Il y a des rédactions qui sont malades de ça. »
Le documentaire évoque également un incident navrant, qui en dit long sur cette « poubelle de la démocratie » qu’est la télévision, et qui vit la rédaction de France 2 – sous l’influence méphitique, il est vrai, de l’Instrument de Satan – diffuser, en pleine offensive israélienne sur Gaza, « des images récupérées sur Internet et accablant Israël. Après vérification, Arlette Chabot s’excuse : c’était de l’intox ». Il est bien établi aujourd’hui, en effet, qu’à l’hiver 2008-2009, à Gaza, l’armée israélienne s’est comportée avec un humanisme extravagant [3]. Et dire qu’il est encore de dangereux désinformateurs, en liberté sur Internet, pour persuader les âmes crédules du contraire…

Par Mona Chollet, le mercredi 10 février 2010,
sur http://blog.mondediplo.net


Jeudi 11 Février 2010


Commentaires

1.Posté par hélène le 11/02/2010 19:09 | Alerter
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bravo pour cet article;une fois n'est pas coutume.

2.Posté par guil50cents le 11/02/2010 23:33 | Alerter
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Très bonne analyse. Beau boulot.

3.Posté par Hijack le 12/02/2010 00:31 | Alerter
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Les journalistes en fonction tuent à petit feu leur métier ... pour leur grande majorité, et si par malheur pour un, il y en a un qui se démarque, il se fait écarter !!!

Je pense que bcp de journalistes pensent sincèrement dire la vérité ... tout simplement que la vrai vérité leur échappe, soit par étroitesse d'esprit, soit par naïveté, soit par narcissisme, soit par connerie (à différents degrés) ... les plus mauvais ( genre Renaud Revel ) sont en plus de mauvaise foi et trop sûrs d'eux même pour ne serait-ce qu'analyser ce que disent leurs lecteurs ... voir par exemple que dans son Blog sur Taddeï/Kassovitz, Revel a eu plus de 98 % de posts qui le descendent en flèche ... avec des arguments à la pelle !!! A aucun moment (que je sache) il ne s'est donné la peine de répondre aux vagues de protestations sur son blog ... il a posé une merde et est parti ! Pire, il revient quelques mois plus tard dire la même chose... ce genre de journalistes, c'est les pires, car narcissiques, égocentriques, prétentieux, bêtes, cons et méchants ... J'avais rigolé, que bcp de lecteurs de son heddomadaire (l'Express je crois) donc de droite, ont dit qu'ils croyaient bêtement à la v.o sur le 11/09, mais par son intervention ... ils ont été obligés de chercher plus loin et mieux encore et de changer d'avis (thanks Revel!) , bcp d'abonnés de droite ont demandé l'annulation de leur abonnement, tout ce que je dis on peut le lire/le constater sur le blog de Revel en question.
Il y a les tartes finies (Bruce Toussaint de C+, aucun espoir de retour à la reflexion n'est plus possible) et les autres genre Aphatie qui était scandalisé que Ruquier n'avait pas coupé Bigard lorsqu'il avait exprimé ses doutes sur la version fabulo/miraculeuse du 11/09.

Bien évidemment, ce que je dis n'engage que moi, ce n'est pas un jugement, que mon humble opinion.

Aussi, il y avait longtemps que je ne lisais plus la presse (sauf presse technique) ... même bien avant avant internet ... bcp sont comme moi et Internet, contrairement à ce que disent les soi disant journalistes nous permet de nous informer, d'aller chercher l'info là où elle est, de lire différents avis, de pouvoir même revenir sur ses propres opinions, de bcp apprendre en cherchant les sources, en cherchant à appuyer nos propres arguments, en lisant les arguments des avis contraires aux nôtres.


Journalistes écartés pour avoir osé critiqué soit le sionisme, soit Israël :

- Richard Labévière, ancien rédacteur en chef à RFI.

http://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/quand-un-journaliste-renomme-43838

http://www.pcfbassin.fr/Fichiers%20PDF/Politique/La%20nouvelle%20inquisition%20-%20sionisme%20en%20France.pdf

ainsi que tant d'autres, (de mémoire) :
Alain Ménargues, pascal boniface . ...

Que dire de juifs comme Israël Shamir, Gilad Atzmon, Norman Finkelstein qui subissent des insultes d'antisémitisme, font partie de la Shit liste et sont obligés de réduire leur train de vie, mais le respect que nous avons pour leur courage est sans limite.
Self-Hating and/or Israel-Threatening
LIST

http://www.les-attentats-du-11-septembre-vus-par-une-conspirationniste.com/ext/http://www.masada2000.org/shit-list.html

4.Posté par Hijack le 12/02/2010 00:34 | Alerter
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Rectif titre post ci-dessus :

- et si par malheur pour un, il y en a un qui se démarque, il se fait écarter !!!

Il faut bien sûr lire :

... et si par malheur, il y en a un parmi eux qui se démarque, il se fait écarter !!!


La prochaine fois, je me relirai...

5.Posté par Good night and good luck le 16/02/2010 13:09 | Alerter
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Très bonne article Mona écrit avec justesse et intelligence.
Les journalistes se réfèrent souvent à internet comme réseau de propagande, mais ne donnent jamais la (les) source(s) sur laquelle ils basent ces arguments!

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