Conflits et guerres actuelles

Edouard Kokoïty: J'exclus une nouvelle agression de la part de la Géorgie (interview)



Mercredi 5 Août 2009

Edouard Kokoïty: J'exclus une nouvelle agression de la part de la Géorgie (interview)
A la veille de l'anniversaire du déclenchement des actions militaires de la Géorgie sur le territoire de l'Ossétie du Sud, son président, Edouard Kokoïty, a évoqué, dans une interview accordée à RIA Novosti, l'enquête sur les circonstances de cette tragédie, le rétablissement de l'infrastructure détruite et sur ce qui attend le président géorgien Mikhaïl Saakachvili à Tskhinvali.
- En juillet 2009, le chef du Comité d'enquêtes du Parquet de la Fédération de Russie a publié le bilan, confirmé par des faits, des victimes civiles de l'agression géorgienne perpétrée contre l'Ossétie du Sud: 162 morts. Cependant, aussitôt après la fin de la guerre, les autorités de la république ont affirmé que le nombre de tués était dix fois plus important, d'environ 1.500 personnes. Comment expliquer une telle différence entre le nombre de victimes? Quel est le nombre réel des morts?
Ce qui s'est produit en août 2008 est une immense tragédie pour notre petit peuple. Je pense parfois qu'on commet un sacrilège en posant simplement cette question. Pour nous, qu'il s'agisse de deux morts ou de deux mille morts, c'est une tragédie. L'enquête se poursuit et, pas à pas, nous découvrons des détails de ce crime commis par la Géorgie. Vous avez cité les données qui existent à ce jour. Si les chiffres diffèrent, ce d'est pas parce que quelqu'un a voulu les exagérer ou montrer l'envergure immense de la tragédie.
Ce fut une tragédie immense pour notre peuple. Ce qui était en question, c'était sa disparition totale. Il ne convient pas d'évaluer cela aujourd'hui en citant des chiffres.
En effet, au début, c'étaient des données qui nous parvenaient compte tenu des réfugiés qui passaient la frontière. Les gens se recherchaient, notamment, par téléphone. Des demandes de recherches ont été déposées. Certaines personnes ont été retrouvées grâce à ces demandes, qui parvenaient de partout. Bref, lorsque des actions ont été entreprises à la fin de l'agression, lorsque la Russie a pratiquement sauvé notre peuple, il s'est avéré que des personnes considérées comme mortes étaient vivantes.
Vous avez cité un chiffre qui est réel à ce jour, mais qui peut grossir.
Vous ne parlez que des civils, mais des militaires ont également été tués. De nombreux habitants de l'Ossétie du Sud qui ont perdu la vie ont été enterrés sur le territoire de la Fédération de Russie. Compte tenu de notre mentalité nationale, de nombreux parents des victimes d'ont même pas demandé de compensations.
- Au mois d'octobre de l'année dernière, vous avez déclaré que le parquet d'Ossétie du Sud lancerait un avis de recherche contre le président géorgien Mikhaïl Saakachvili en tant que criminel de guerre. Pourquoi cela d'a-t-il pas été fait?
Les organes judiciaires d'Ossétie du Sud ont engagé une action contre Saakachvili et tous ceux qui ont organisé l'agression contre notre peuple. Il s'agit d'un crime punissable selon les normes internationales. C'est pourquoi nos organes judiciaires travaillent en ce sens, et personne d'a retiré cette question de l'ordre du jour. Saakachvili est un criminel qui doit aller en prison, et nous agirons en ce sens.
Il figure sur la liste des criminels qui ont organisé l'agression et le génocide du peuple ossète. Pour nous, ce sont tous des criminels internationaux. Etant celui qui en a assumé la responsabilité, qui a donné des ordres, qui a ordonné de prendre d'assaut Tskhinvali, qui a déclaré la guerre à l'Ossétie du Sud et qui a réalisé, avec ses subordonnés, l'opération Champ libre, il est considéré chez nous comme impliqué dans une affaire criminelle. C'est pourquoi nous ferons en sorte qu'il soit traduit en justice.
- Après la guerre d'août, les autorités sud-ossètes avaient affirmé que 80% des bâtiments administratifs et 50% des habitations de Tskhinvali avaient été détruits. Parlez-nous, s'il vous plaît, des travaux de reconstruction. Combien d'habitations et de bâtiments administratifs ont été remis en état? Combien en reste-t-il à remettre en état?
Environ 70% des habitations et 80% des bâtiments administratifs ont été détruits. Des mesures sont prises, conjointement avec le ministère russe du Développement régional, en vue de rétablir dans de brefs délais, en premier lieu, les maisons des particuliers. Au cours de son récent voyage en Ossétie du Sud, le président russe Dmitri Medvedev a entièrement soutenu la position des dirigeants de la république, selon laquelle il faut construire, en premier lieu, des logements. Nous avons suspendu la construction de bâtiments administratifs afin de concentrer tous nos efforts sur la construction de logements privés, sur le rétablissement de l'économie ruinée pour satisfaire tout d'abord les besoins des gens, sur le rétablissement des équipements d'une importance vitale (je pense à la grosse conduite d'eau Edis-Tskhinvali et à toutes les canalisations urbaines).
Cette année, nous construirons, en tout, plus de 360 maisons, sans compter le cadeau que nous offre le gouvernement de Moscou : le quartier Moskovski de Tskhinvali. Certaines maisons doivent être démolies, d'autres, partiellement restaurées. Nous tenons compte des souhaits des victimes de l'agression. Cette concertation continue. En tout cas, notre objectif principal est de construire des maisons et nous les construirons. D'ici la fin de l'année, nous aurons enregistré d'excellents résultats, j'en suis certain.
Nous avons prévu, en gros, de réaliser tout cela en trois ans. Cette année, nous allons reloger ceux qui en ont le plus besoin, qu'ils vivent à Tskhinvali ou dans les villages de la république. Quant à ceux qui fantasment et pensent qu'on peut reconstruire Tskhinvali en deux mois et en faire une ville nouvelle, il faut leur dire que si c'était si facile à faire, de nouvelles villes apparaîtraient partout tous les deux mois. C'est irréaliste. Détruire et construire, ce n'est pas la même chose. Il faut également tenir compte qu'un grand nombre de maisons ont été détruites entre 1989 et 1992. Il ne faut pas l'oublier. Nous devons assurer le retour des réfugiés.
- Il d'existe toujours pas de frontière nettement délimitée entre l'Ossétie du Sud et la Géorgie. L'Ossétie du Sud va-t-elle aménager, avec l'aide de la Russie, une véritable frontière, une frontière que les gardes-frontières russes aident actuellement à protéger? Si oui, combien cela peut-il lui coûter et d'y aura-t-il pas besoin d'une présence militaire russe accrue en Ossétie du Sud?
La frontière d'Etat de l'Ossétie du Sud est déjà bien protégée, conjointement avec la Russie, depuis qu'un accord approprié a été signé par nos deux pays. Certes, il y a dans notre république des régions à problèmes, qui sont elles aussi protégées conjointement. Je ne pense pas qu'il soit nécessaire d'accroître le contingent militaire ou le nombre de gardes-frontières. Il y a chez nous suffisamment de forces et de moyens, d'autant plus que les gardes-frontières russes agissent de façon très professionnelle, très efficacement, ce qui permet de lever immédiatement la tension dans les localités peuplées majoritairement de Géorgiens sur le territoire de l'Ossétie du Sud.
En ce qui concerne la Géorgie, elle d'est pas encore disposée à agir en ce sens. En tout cas, l'heure viendra où nous en discuterons ensemble. Il y a un territoire désigné comme étant celui de la région autonome d'Ossétie du Sud, et nous allons l'aménager. Pour un temps, la frontière passera par le territoire de la région autonome sud-ossète, compte tenu qu'il d'y a pour l'instant pas d'accord de la Géorgie.
Nous avons des problèmes territoriaux très sérieux à régler. Notamment celui des gorges de Troussovski, qui font partie aujourd'hui du territoire administratif géorgien de Mtskheta-Mtianeti. Cette terre ossète ancestrale a été rattachée à l'époque soviétique, pour des raisons inconnues, à la RSS de Géorgie. Il faut exiger que ces terres nous soient retournées. En principe, c'est le territoire de l'Ossétie du Nord, mais, puisque nous contrôlons entièrement le district Leningorski, nous allons soulever ces questions, car il s'agit de nos terres. A l'époque soviétique, le territoire de l'Ossétie du Nord s'est rétréci, pour des raisons incompréhensibles et, au contraire, celui de la RSS de Géorgie s'est, de ce fait, agrandi. Des sites exceptionnels, où sont nés de nombreux représentants éminents de notre peuple, appartiennent, on ne sait pourquoi, à la Géorgie.
- Comment évaluez-vous la sécurité après la guerre déclenchée il y a un an? Les événements d'août pourraient-ils se reproduire?
Bénéficiant de l'aide des Etats-Unis, de l'OTAN, de l'Ukraine, d'Israël et d'autres Etats, la Géorgie a rapidement rétabli ses arsenaux militaires. L'armée géorgienne est aujourd'hui mieux équipée qu'avant août 2008. Des exercices avec l'OTAN ont lieu régulièrement, des spécialistes militaires de l'OTAN et des Etats-Unis sont régulièrement envoyés en Géorgie. Mais notre république et la Russie ne restent pas non plus les bras croisés. Compte tenu des événements d'août 2008, nous prenons également des mesures appropriées. Cela ne signifie pas que nous nous armons : tout simplement, nous tirons les conclusions de ce qui est arrivé en 2008.
A propos des accords signés avec la Fédération de Russie, je tiens à déclarer à mes compatriotes que la situation sera normale et que j'exclus en ce moment une agression de la part de la Géorgie. On peut s'armer, mais, d'autre part, nous connaissons parfaitement l'état d'esprit moral et psychologique de ceux qui se sont enfuis de l'Ossétie du Sud. Quant à ce grand amateur de guerres et de mots d'ordre bellicistes, qui est un criminel international, je pourrais lui conseiller d'être prudent dans ses virages. Au vu de son comportement, je dois constater que la Géorgie manque d'asiles d'aliénés.
- Comment voyez-vous l'avenir de l'Ossétie du Sud, qui devra vivre côte à côte avec la Géorgie? Est-il possible d'engager un dialogue avec les dirigeants géorgiens?
Nous édifions un Etat souverain, indépendant. Nous avons toutes les raisons d'espérer que nous parviendrons à le faire. L'aide qui nous est apportée par la Fédération de Russie constitue une page historique que le people ossète d'oubliera jamais. Il en sera toujours reconnaissant à la Russie, où que vivent les Ossètes : que ce soit dans le Sud de l'Ossétie, dans le Nord de l'Ossétie ou aux quatre coins de la planète. Nous sommes tous reconnaissants à la Russie et au peuple russe pour le soutien qui nous a été apporté.
Le fait est que notre petit peuple a connu un blocus et la destruction non pas pendant cinq jours en août 2008, non pas depuis 1989, mais depuis le début du XXe siècle.
Mais nous ne gardons aucune rancune. Quoi qu'il en soit, nous allons établir des rapports normaux, amicaux de bon voisinage avec l'Etat voisin, mais pas avec l'actuel régime criminel que nous allons juger.
- Si Saakachvili met les pieds sur le sol de l'Ossétie du Sud, qu'est-ce qui l'attend?
J'exclus par principe qu'il puisse se montrer sur le territoire de l'Ossétie du Sud. J'estime que le lapin ne doit jamais rendre visite à la panthère. Sinon, un triste sort l'attend. S'il le faisait, il serait la proie facile de la panthère.

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Mercredi 5 Août 2009


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