Néolibéralisme et conséquences

EN 2008, L’ESCLAVAGE EXISTE TOUJOURS EN FLORIDE


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Jeudi 17 Janvier 2008

[Ayad Singh - IES News Service - 24 Décembre 2007 - Trad. Grégoire Seither]

Entre décembre et mai, l’Etat de Floride produit pratiquement l’intégralité des tomates fraîches consommées aux U.S.A. Les fruits récoltés ici lors des mois d’hiver se retrouvent sur les rayons des supermarchés, dans la quasi totalité des restaurants haut de gamme des grandes villes, tout comme dans les dizaines de milliers de “fast food” à travers le pays.

Ce que les consommateurs ne savent pas où font mine d’ignorer, c’est que les conditions de travail des saisonniers employés par l’industrie fruitière de Floride sont au mieux de l’exploitation pure et simple, quand ce n’est pas carrément du travail forcé.

Des dizaines de milliers d’hommes, de femmes et même d’enfants travaillent pendant 16 heures par jour, sans aucune protection légale, sans couverture maladie, sans contrat de travail… et à des tarifs horaires qui n’ont presque pas bougé en 30 ans.

Et s’il leur venait à l’idée de protester, ils se verraient chassés de leur emploi, avec l’aide du Sheriff local, étant donné qu’une loi de l’Etat de Floride leur interdit de s’organiser en syndicats ou groupements d’intérêts. S’ils “font trop les malins“, ils sont la cible de représailles de la part des “agents de sécurité” employés par les patrons des plantations.

Comme l’explique Terence Dukakis, membre du comité de défense des migrants en Floride :

A Immokalee, il arrive qu’on retrouve des saisonniers “renversés par une voiture” ou bien “tués lors d’une rixe dans les campements”… étant donné que la majorité d’entre eux sont des sans-papiers, la police ne va chercher plus loin. Mais ces dix dernières années, au moins quatre leaders ouvriers qui avaient osé tenter d’organiser les travailleurs sont morts de cette manière, sans qu’on cherche jamais à savoir qui les avait tué.

A ce jour, malgré les appels de l’ancien président Jimmy Carter en faveur d’une augmentation des tarifs horaires des saisonniers et une amélioration de leurs conditions de vie, les migrant n’ont toujours rien vu venir.  Mais, à l’approche des élections présidentielles 2008, la Floride va se retrouver au centre de la bataille électorale. Il y a donc espoir que la cause des saisonnier soit entendue par les candidats à l’investiture démocrate, comme l’ont déjà fait Barack Obama et John Edwards.

Les saisonniers, qui gagnent généralement aux environs de 200 US$ par semaine, sont la clé de voûte d’un système agro-industriel sans aucune régulation et qui permet de maintenir au plus bas les prix des aliments tout en préservant les marges des entreprises de restauration rapide ou de plats transformés. Les ouvriers agricoles, dans leur grande majorité des Latinos, essentiellement originaires du Mexique, sont le dernier maillon d’une longue chaîne d’exploitation et d’abus de la part de l’industrie agro-alimentaire en particulier, et de la société U.S. en général.

Pour Terence Dukakis : “L’économie est bâtie sur l’exploitation et l’injustice. C’est parce qu’il y a des pauvres hères prêts à tout pour gagner un peu d’argent que le système perdure. Si on payait des salaires équitables à ces gens, si on leur offrait un minimum de droits sociaux, les patrons ne gagneraient plus autant et les consommateurs râleraient de devoir payer 20 cents plus cher leur salsa.”

Les cueilleurs de tomates sont payés 45 cents (30 centimes d’Euro) pour chaque panier de 15 Kilos (32 pounds). S’il veut gagner l’équivalent du salaire minimum hebdomadaire, un saisonnier doit cueillir deux tonnes et demie de tomates - ce qui est quasiment impossible.

L’exploitation des travailleurs migrants en Floride n’est pas un phénomène nouveau. Les travailleurs agricoles ne disposent d’aucune protection sociale et ne sont pas concernés par la législation du travail. Ils sont recrutés au jour le jour, au tarif fixé par l’employeur, et peuvent être renvoyés sur le champ, soumis au bon vouloir du patron ou du superviseur.

Maria Dolores Hernandez, militante de l’AFWU (American Farm Workers Union), qui se bat pour organiser les travailleurs migrants en Floride, a elle-même travaillé plus de 15 ans dans les champs de tomate et d’oranges. Pour elle,

“dans les champs, le superviseur c’est Dieu. Il a tout pouvoir sur toi, c’est lui qui te fait monter dans le camion le matin, c’est lui qui te chasse du travail si ta tête ne lui revient pas, c’est lui qui te dit si tu as le droit d’aller boire ou aller pisser… Si tu es un homme, tu baisses la tête et tu fermes la gueule. Si tu es une femme, tu caches tes formes sous des larges T-Shirts, parce que si le “jefe” te demande une petite faveur, tu n’as pas trop le choix… Et si ton petit ami n’aime pas ça, il peut très bien se faire battre à mort dans un bosquet par les copains du chef, sans que la police ne s’en mêle. Nous sommes les esclaves, eux sont les maîtres”

Les conditions de travail des saisonniers dans l’agriculture U.S. n’ont presque pas changé depuis les années 1960, quand le célèbre journaliste Edward R Murrow avait choqué les téléspectateurs américains avec son documentaire “Harvest Of Shame”, décrivant la misère et les conditions sociales scandaleuses des hommes et des femmes qui permettaient aux Américains d’avoir à manger dans leurs assiettes.

A l’époque, Murrow avait conclu son documentaire en disant “Jadis, nous possédions des esclaves. Aujourd’hui c’est plus facile, nous les louons pour pas cher et les jetons quand nous n’en avons plus besoin.” Cette conclusion, il aurait aussi bien pu y parvenir aujourd’hui, en Floride.

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Jeudi 17 Janvier 2008

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