ALTER INFO

ECOUTEZ LA VOIX D'UNE FEMME IRAKIENNE, SOUS L'OCCUPATION, CE JOUR DE FËTE DES FEMMES!


Dans la même rubrique:
< >

Jeudi 8 Décembre 2016 - 13:05 Formidable reprise économique aux USA

Jeudi 8 Décembre 2016 - 12:40 Fidel et le Che : deux politiques différentes



Cette interview date de plus d’un an et demi et relate des événements survenus à la fin de 2004, lors de la deuxième bataille de Fallouja. Elle demeure pourtant d’une brûlante actualité pour tous ceux qui suivent, même de très loin, la vie quotidienne en Irak et ailleurs, en Palestine, en Somalie, au Darfour et partout dans ce monde d’apocalypse engendré par les guerres de l’empire. Une tragédie humaine comme en compte beaucoup le cadeau américain au peuple irakien.


tunisielibre@yahoo.fr
Jeudi 13 Mars 2008

Ecoutez la voix d’une femme irakienne, sous l’occupation, ce jour de fête des femmes!

A.M.
08 mars 2008


La « mère des martyrs » et les nuits lourdes de Fallouja :

Au bout de deux mois d’enquête, l’équipe d’Islammemo a réussi enfin à retrouver Elhajja
Z. M., plus connue sous le nom de mère des martyrs et dont le récit de ses exploits au cours de la deuxième bataille de Fallouja a été relayé par tous, grands et petits.
Au cours de ces deux mois d’enquête, pas un chef de tribu ou notaire n’a été interrogé sur le sort de la vieille femme et nous n’avons obtenu que des réponses approximatives et souvent contradictoires : pour certains elle serait morte et disparue selon d’autres et pour les moins pessimistes, elle aurait simplement trouvé refuge auprès de sa fille dans un des villages
environnants de Fallouja.
La mère des martyrs, âgée de 62 ans est mère de 3 garçons, Ahmed, Mouhib et Omar, tous tombés martyrs lors de la seconde bataille de Fallouja.

Actuellement, elle habite une petite maison à Fallouja, seule, vivant de son labeur quotidien malgré son âge avancé. Elle fabrique des balais traditionnels qu’elle écoule dans les alentours, à des prix modiques pour subvenir à ses besoins, refusant toutes les aides que des commerçants et des gens aisés de Fallouja lui ont proposé.
Pour tous dans son voisinage, la vieille femme aurait des pouvoirs surnaturels et ses prières seraient exaucées. Bien des gens viennent chercher auprès d’elle la Baraka.

La vieille nous reçut chaleureusement et abandonna son ouvrage quelques instants pour répondre à nos questions.
Elle ne connaît pas notre site Internet, Islammemo, comme on pouvait s’y attendre, la télévision n’en a jamais parlé, dit-elle, et elle refusa de se faire photographier, mais accepta de répondre à nos questions. Elle nous avoua que des dizaines de femmes sont dans son cas mais que peut-être et tout compte fait, sa situation est plus pénible parce qu’elle a perdu ses trois enfants.

Voici son récit :

Son mari, « un bon mari, remarqua-t-elle, en priant pour son âme », décédé dix ans plus tôt, lui laissa quatre enfants, 3 garçons, Ahmed, Mouhib et Omar et, une fille, Khouloud. Ils eurent tous une bonne éducation et firent des études supérieures. Après l’occupation, les trois garçons rejoignirent les groupes de résistance. Elle nous raconta comment ses enfants avaient essayé de la convaincre de quitter Fallouja et d’aller chez sa fille, hors de la ville,
durant les jours qui précédèrent la deuxième bataille.
A l’époque, les américains étaient aux quatre portes de la ville et commençaient son siège, aidés par les kurdes et les chiites. Ils étaient aussi innombrables que des sauterelles !
« Mais je refusai de quitter ma maison, ajouta-elle. Mon cadet, Omar, a tout fait pour me persuader de partir et de les laisser combattre, tranquillement ».
Rien n’y fit. Je ne pouvais quitter la ville en y abandonnant mon cœur, raconta-t-elle ! Nous nous sommes mis tous d’accord pour que je demeure à Fallouja jusqu’à la fin de la bataille : la victoire ou le martyr ! Et Grâce à Allah, mes trois enfants ont obtenu le martyr !

Les trois frères appartenaient à des groupes de résistance différents et ils discutaient souvent de la manière de rester en contact entre eux. En suivant leurs discussions, je remontais le fil de vie de chacun d’eux. Je pleurais discrètement, tellement j’étais certaine qu’ils allaient mourir au cours de cette bataille et je priais Allah de me prendre avec eux et de m’épargner la douleur de leur perte.
La vieille femme versa en cet instant quelques larmes, très discrètement, et nous fîmes autant. Puis elle s’éclipsa prétextant de chercher quelque chose, mais nous l’entendîmes pleurer toute sa douleur, prier et implorer :« Ya Allah : les gens prient les grands de ce monde qui exaucent leurs vœux et Vous, Seigneur des Seigneurs, exauce mon vœu le plus cher et prends-moi auprès de mes fils et de mon mari qui me manquent tant. Ya Allah « ne m’abandonne pas seule dans ce monde, j’ai hâte de retrouver mes fils chéris » !
Au bout de quelques minutes la vieille revient vers nous, abattue et toute en excuses : « nous avons tant de problèmes avec le gaz, la bouteille ne suffit plus pour la journée, quoiqu’on ait augmenté son prix » !
Elle ne savait pas que nous avions entendu ses pleurs et que nous avions pleuré discrètement avec elle.

Elle reprît son récit. Le 07/11/2004, les bombardements se sont intensifiés avec des tentatives
de pénétrer dans la ville depuis la porte nord. Il était près de 11 heures du soir quand les américains ont lancé des bombes éclairantes. J’étais seule à la maison, alors j’ai commencé à réciter toutes les Sourates du Coran que j’avais apprises par cœur en priant pour la victoire d’abord et pour la sécurité de mes enfants ensuite. Je n’ai pas dormi de la nuit. Au petit matin et alors que je m’assoupissais, Omar est venu m’informer que Mouhib et Ahmed se portaient bien et qu’ils me demandaient de leur préparer à manger et du thé pour 14 combattants.
« Qu’en dis-tu maman, tu ne veux pas faire une bonne action pour laquelle tu auras une récompense divine », me lança-t-il ? Aussitôt, je courus à la cuisine et je lui ai préparé très rapidement du thé et fait du pain chaud pour 30 personnes. Je l’ai aidé à transporter le tout jusqu’à la voiture, heureuse d’avoir honoré nos hôtes...de loin. Je l’ai regardé longtemps partir puis je me suis remise à prier pour tous ces jeunes combattants, pour leur sécurité et pour la victoire.

La vieille continua son récit : « Fallouja était encore sous les bombardements des avions américains. A chaque bombe, la maison tremblait et je craignais qu’elle me tombe sur la tête. Je me suis réfugiée dans mes psalmodies du Coran et je m’y suis abandonnée !
Le lendemain, j’ai préparé plus de 200 galettes, du riz et deux grandes marmites de sauce. Mes trois fils sont venus ensemble et ils sont restés près de moi près d’une heure. Je les ai embrassés longuement et humé leur odeur comme lorsqu’ils étaient des bébés.
J’avais le pressentiment que je ne les verrais plus jamais. Ils m’ont embrassé la tête et les mains, prirent le manger et sortirent ensemble en me demandant de prier pour eux !
« Pourquoi vous me le demandez alors que je ne fais que cela mes enfants », leur dis-je ? Pas seulement pour nous, mais pour Fallouja, me rétorquent-ils.
C’était la dernière fois que je voyais mes enfants.

Elle poursuit : « Fallouja a vécu de nombreux jours encore sous les bombes et il y a eu des combats acharnés. On n’entendait que les cris Allahou Akbar des hauts parleurs et les prières collectives et les psalmodies de Coran dans les mosquées. Chaque jour je me mettais des heures entières à la porte à l’affût de la moindre information et à attendre que mes fils me reviennent.
J’interpellais tous les passants s’ils avaient vu mes fils ou l’un d’entre eux au moins. Certains me répondaient qu’ils ne les connaissaient pas. L’un des passants m’informa que Omar et Ahmed étaient à la Cité Joumhourya et que Mouhib était à la Cité Nezzal. Tous étaient donc en vie. Mais je voulais plus de détails et je courus derrière l’homme en l’implorant de s’arrêter un moment. Je suis tombée à terre et j’eus les pieds à sang. L’homme s’arrêta, me confirma que tous mes fils étaient en vie et se portaient bien. Il me donna sa longue écharpe pour essuyer le sang et s’en alla, pressé.

Je suis demeurée dans cet état jusqu’au 12/12/2004. Mais j’avais repris confiance entre temps et je me suis abandonnée à la volonté divine. J’ai passé les jours suivants à préparer à manger et à distribuer de l’eau aux Moudjahiddines arabes, à soigner et panser les blessures des combattants à l’aide de pansements de fortune. J’en avais soigné ainsi plus d’une vingtaine d’entre eux et tous ont pu revenir au combat.
Je suis très précise dans les dates parce que j’ai commencé à compter à partir du jour où mes fils m’ont quittée. Je reviens au 9/12, jour où l’ennemi a bombardé Fallouja et notamment le centre de la ville avec des bombes au phosphore (elle dit simplement au gaz) qui ont tout brûlé, hommes, animaux et arbres. Il y a eu de nombreux morts. C’est ce qui a permis aux américains d’avancer au bout de quelques heures jusqu’au centre de la
ville. Des dizaines de Moudjahiddines ont été tués. Par la suite des rumeurs, sans doute diffusées par les agents ennemis, ont prétendu que Omar Hadid et Abdallah Jenabi (des commandants de la résistance- NDT), étaient parmi les morts, ce qui a créé un grand
désordre dans les rangs de la résistance. J’ai appris cela des blessés que je soignais ou que je secourais.
Plus tard, les deux commandants de la résistance ont démenti ces rumeurs et avaient pris l’initiative de visiter les combattants, ce qui a relevé leur moral et les a incité à s’acharner au combat.

Les combats acharnés ont continué et l’ennemi a subi beaucoup de pertes humaines et de dégâts matériels. Je continuais mes prières en espérant que mes fils me reviennent tous enfin.

Le 12/12/2004 était un dimanche. Vers 11 heures du soir, les américains, venant de l’extérieur de la ville, ont engagé une grande bataille pour occuper la Cité des Chouhadas. La bataille se passait très près de notre maison, mais c’est le ciel qui était en feu que j’observais. Ce soir là de nombreux combattants ont trouvé la mort. La bataille a duré près de 4 heures, entre 11 heures du soir et 3 heures du matin et les américains ont échoué à occuper la Cité.
J’entendais les gémissements des blessés ce qui a m’a poussé à sortir de la maison pour secourir les blessés. J’entendais un blessé qui répétait sa Chahada à l’infini, j’ai couru vers lui. Il était blessé à la poitrine et au visage. Je l’ai tiré jusqu’à la maison et tenté de le secourir. Je lui ai nettoyé le visage à l’eau et tenté d’arrêter l’hémorragie. Il me regardait et pleurait. Je croyais qu’il pleurait de douleur. J’ai essayé alors de le mettre en confiance en lui faisant croire que ses amis viendront au petit matin pour l’amener à l’hôpital et que sa blessure n’était
pas très grave en tout cas. Je lui demande alors de me laisser aller secourir ses amis, mais il se mit à pleurer de plus belle, comme s’il voulait me dire que je devais rester auprès de lui. J’ai pensé qu’il sentait la mort venir et qu’il me voulait à ses côtés.
Mais je me suis arrachée à lui pour voir si les autres blessés dans le quartier étaient encore en vie. Je sortis donc et trouvais un autre blessé arabe pas loin de la maison. Je l’ai tiré à son tour à la maison et c’est alors qu’il m’interpella « tante Oum Mouhib ».
J’étais interloquée. Il me connaissait donc, quoique différemment de ce que les gens ont l’habitude m’appeler. J’étais pour tous Oum Ahmed, du nom de mon fils aîné. J’ai cru un instant qu’il était un ami de mes fils. Le pauvre était blessé au bas ventre et ses intestins avaient éclaté. Il me demanda de la terre, du sel et un morceau de tissu. Il mourra quelques temps après.
Je sortis encore une fois dans la rue pour secourir d’autres blessés. J’ai trouvé deux corps à deux maisons de la nôtre. J’ai tiré l’un d’eux jusqu’au jardin, puis je creusai une tombe de 2m de long mais d’à peine 40 cm de profondeur. Ca lui couvrait à peine le corps : du provisoire en attendant que d’autres viennent pour lui donner une sépulture digne, conforme au rite musulman. J’étais très fatiguée, mais je m’étais décidée à continuer mon travail de récupération des corps des blessés et des morts.
J’espérais une récompense divine pour moi et mes enfants par mon action. En sortant de nouveau, j’ai trouvé le corps d’un autre martyr. Il était lourd mais j’ai réussi à le tirer des pieds jusqu'aux approches de la maison. Sa chemise était déchirée et il se dégageait de son corps une odeur qui ne m’était pas étrangère. C’est quelqu’un que je dois connaître, me dis-je. Je courus chercher une lampe pour m’assurer de l’identité du Chahid, ce qui était très risqué parce que toute lumière pouvait être visée par les américains. Quand j’ai approché la lumière du visage ensanglanté du Chahid, je fus interloquée. Mon sang s’arrêta de circuler dans mes veines, ma langue se lia et mon corps entier se figea pendant quelques secondes : le Chahid n’était autre que mon fils Mouhib, le cadet de ses frères.

La vieille femme s’arrêta un instant de parler, se mit à sangloter, puis s’excusa en disant : c’est la troisième fois que je pleure aujourd’hui bien que j’ai décidé de ne jamais plus les pleurer.
Puis elle reprit son récit. Quand je m’étais bien rendue compte que c’était mon fils Mouhib, je l’ai pris dans mes bras et je l’ai embrassé très fort. J’ai embrassé sa tête, son front, ses cheveux, ses mains et ses doigts comme je le faisais toujours, puis j’ai commencé à lui parler longuement en le félicitant de cette fin, digne des meilleurs hommes. Puis je l’ai enterré sous l’olivier sous lequel il aimait faire ses devoirs quand il était à l’école. Je lui ai creusé une
tombe profonde, parce que j’ai décidé qu’il y demeure définitivement, chez lui.
Le matin, des Moudjahiddines sont arrivés. J’étais encore sur la tombe de Mouhib que j’ai veillée toute la nuit. Dès que j’ai entendu leurs voix, je suis sortie à leur rencontre. Ils me connaissaient tous et je les connaissais aussi : c’étaient des frères d’armes de Ahmed et Omar. Je les ai aussitôt interpellés : dites-moi la bonne nouvelle, où sont Ahmed et Omar ?
Ils baissèrent tous la tête et l’un d’eux me répondit: Considères-les comme les invités d’Allah. C’est Lui qui les appelés à Lui. Ils sont morts et ont été enterrés à la Cité Nezzal, à la maison de Hadj Khelil Al Fayadh.

Je ne sais pas pourquoi je n’ai pas pleuré sur le moment. Peut-être parce que j’étais très fatiguée de pleurer Mouhib la veille ou parce que j’étais écrasée par le malheur. Mais j’ai posé quand même cette question : « ils sont morts en attaquant ou en fuyant le combat » ?
L’un des Moudjahiddines me répondit «plutôt en attaquant, par Allah, et ils ont fait payer
lourdement et d’avance leur mort ». J’ai remercié et loué Dieu et demandé aux Moudjahiddines d’entrer à la maison pour prendre les deux blessés. Ils ont trouvé que l’un d’eux, était déjà mort. Ils creusèrent une tombe au mort dans mon jardin et prirent le blessé, en s’étonnant que j’ai pu toute seule creuser deux tombes en une nuit.
Je leur ai expliqué que l’une des tombes est celle de mon fils Mouhib mais que la deuxième, d’un martyr inconnu, n’était pas suffisamment profonde. Ils ont fait le nécessaire et avant de partir, ils me demandèrent de les accompagner pour me faire sortir de Fallouja. Je refusai net. L’un d’eux, qui n’était pas irakien, essaya longuement de me convaincre mais devant mon refus, il me dit : « Mère, tu as perdu tes trois fils, considères-nous tous comme tes fils et In
Cha Allah tes fils Ahmed, Mouhib et Omar sont déjà au Paradis !
Ils repartirent en pressant le pas et moi je suis rentrée chez moi pour la prière de Dhaha (une prière facultative après celle du Sobh- NDT).
Il y a eu trois batailles au cours des trois nuits suivantes, au cours desquelles j’ai pu tirer à la
maison encore 4 corps de Chouhadas que j’ai enterrés dans le jardin. Si bien que je veille maintenant sur 7 tombes de Chouhadas. Le jardin et la maison toute entière baignent dans une odeur du Musc que je n'ai jamais sentie auparavant. J’ai vécu une paix totale et un bonheur inégalé, en dormant pendant quatre nuits à même la terre, aux côtés de la tombe de Mouhib.
J’étais la mère qui prend son bébé dans ses bras. Je suis restée enfermée dans la maison pendant plus d’un mois, jusqu’à ce que les troupes américaines autorisèrent les secouristes du Croissant Rouge à entrer dans la ville, de sa partie nord. Ce sont eux qui sont venus me
chercher le 13/01/2005. Ils m’obligèrent à les accompagner jusqu’au camp de Saklaouia. C’est là que j’appris que les corps de mes deux autres fils, Ahmed et Omar, ont été exhumés puis enterrés au nouveau cimetière des Chouhadas avec leurs compagnons.

Tel est mon récit et malgré toute ma douleur, j’aurais souhaité avoir trois autres fils qui gagnent la Chahada, dans la voie d’Allah. Malgré mon profond malheur, je suis fière d’être la mère des Chouhadas.
La vieille dame termina son récit par quelques vers de poésie populaire qu’elle attribua à des lettrés musulmans et que nous avons eu du mal à retenir !

Islammemo : Dimanche 29/10/06
traduit de l’arabe par Ahmed Manai et révisé par Janine Borel
www.tunisitri.net/.tunisitri.net/




Jeudi 13 Mars 2008

ALTER INFO | MONDE | PRESSE ET MEDIAS | Flagrant délit media-mensonges | ANALYSES | Tribune libre | Conspiration | FRANCE | Lobbying et conséquences | AGENCE DE PRESSE | Conspiration-Attentats-Terrorismes | Billet d'humeur | Communiqué | LES GRANDS DOSSIERS

Publicité

Brèves



Commentaires