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ECHEC DES OBJECTIFS DU MILLÉNAIRE : L’hypocrisie des pays occidentaux


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«De loin, dit un mystique tibétain, je crus voir un animal. L’animal s’approcha et je compris que c’était un homme. Il s’approcha encore et je m’aperçus que c’était mon frère»


Professeur Chems Eddine Chitour
Vendredi 24 Septembre 2010

ECHEC DES OBJECTIFS DU MILLÉNAIRE : L’hypocrisie des pays occidentaux
Rituellement et en sacrifiant au politiquement correct, les chefs d’Etat et
de gouvernement font le point de l’état du monde lors de la kermesse annuelle
de l’ONU. Au fil des ans, ce «grand machin» aurait dit le général de
Gaulle, s’est fait déposséder de ses missions définies dans l’euphorie de
l’après-guerre en 1945, à San Francisco. Il est notoirement admis que cette
institution «creuse et sonore» n’a plus aucun poids sur l’échiquier
mondial, les «affaires sérieuses» étant traitées ailleurs par les grands de
ce monde, le rôle dévolu à l’ONU a perdu de sa pertinence et se limite de
plus en plus à la bonne parole et à l’humanitaire avec, il faut bien le
dire, des secrétaires généraux sans charisme. Nous sommes à des années
lumière des Dag Hammarskjöld ou de U. Thant. L’ONU elle-même et ses
organisations se sont, au fil des ans, démonétisées. On se souvient du
scandale de «Pétrole contre nourriture» ou du rôle évanescent de
l’Unesco. Cette année, au menu, le gadget du rapport d’étape sur les
Objectifs du Millénaire, M.Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU, a
déclaré que «la communauté internationale était réunie aujourd’hui parce
qu’il y a 10 ans, elle s’était promis de n’épargner aucun effort pour
mettre l’humanité entière hors du besoin. Nous devons protéger ces acquis,
et il reste encore beaucoup à faire».

Etat des lieux
«Malgré certains progrès, écrit Arnaud Zacharie, la plupart des objectifs
ne seront pas atteints et seule la cible concernant la réduction de moitié de
l’extrême pauvreté dans le monde est susceptible d’être atteinte en 2015.
Et encore cela n’est-il rendu possible que suite aux résultats enregistrés
par la seule Chine, sans quoi le nombre de pauvres aurait continué à augmenter
de 36 millions entre 1990 et 2005. Le taux de scolarisation primaire a
également augmenté, mais au détriment de la qualité de l’enseignement. Si
les Objectifs du Millénaire ne seront pas atteints, c’est notamment parce que
les pays industrialisés n’ont pas tenu leurs engagements en termes de
financement du développement, compilés dans le huitième objectif du
millénaire qui vise à mettre en place un partenariat mondial pour le
développement. Malgré une augmentation de l’aide publique au développement
au cours des années 2000, elle plafonne à 0,32% du PNB des pays donateurs,
loin de l’objectif de 0,7% en 2015. Enfin, aucune avancée commerciale n’a
été enregistrée en termes d’accès au marché et de traitement spécial et
différencié pour les pays pauvres, Il est symptomatique de constater que les
pays d’Asie de l’Est et du Sud-Est qui ont enregistré les meilleures
performances sont précisément ceux qui ne dépendent pas de l’aide et des
allégements de dette. Ces pays ont généralement financé leur développement
en mobilisant leur épargne interne et en opérant une intégration stratégique
au marché mondial, dans le but de diversifier leur économie, de renforcer
leurs capacités productives et de créer des emplois. A l’opposé,
l’Afrique est largement restée dépendante de l’aide extérieure et des
revenus d’exportation de matières premières à faible valeur ajoutée.
Pourtant, l’Afrique ne manque pas d’épargne, mais elle est massivement
transférée en dehors du continent. En effet, la fuite des capitaux africains
depuis 2001 a représenté deux fois le montant de la dette extérieure
africaine. Entre 1970 et 2008, la fuite des capitaux a représenté 29 milliards
de dollars par an, alors que l’aide à l’Afrique n’a représenté que 18
milliards. (...)Le Nord a donc autant besoin du Sud qu’inversement, ce qui
implique non pas de dicter des priorités la main sur le portefeuille, mais de
coopérer dans le cadre de partenariats globaux en vue de régler.»(1)

 De fait, les résultats obtenus sont mitigés et donnent à penser que des
efforts ont été faits dans l’APD des pays pauvres. Il n’en n’est rien.
L’essentiel des résultats obtenus est dû aux pays émergents, principalement
à la Chine. Pierre Cochez du journal La Croix écrit: «Alors que 1,8 milliard
d’individus vivaient en 1990 avec l’équivalent de moins d’un euro par
jour, ils étaient 1,4 milliard en 2005, et pourraient être moins d’un
milliard dans cinq ans. La majorité des habitants sortis de la pauvreté vivent
dans les grands pays émergents: Chine, Inde et Brésil. Mais ces pays
continuent à abriter la majorité des pauvres du monde et sont loin
d’atteindre leurs objectifs de développement en termes d’éducation et de
santé. En Afrique, le bilan est mitigé. «En 2015, 40% des Africains vivront
avec moins de 1,50€ par jour. «Les dirigeants des pays industrialisés du G7
s’étaient engagés en 2005 à doubler l’aide à l’Afrique d’ici à
2010. Il est clair que l’engagement de Gleneagles ne sera pas tenu. L’aide
au développement en provenance des pays émergents a représenté plus de dix
milliards d’euros en 2008, soit environ 10% de l’aide totale dans le
monde»(2)  

Autre son de cloche plus près de la réalité: Aujourd’hui une personne
meurt de faim toutes les 4 secondes, 30.000 par jour, 9 millions par an. 815
millions d’êtres humains souffrent de la faim dans le monde, nous disposons
de la production agricole nécessaire pour nourrir 12 milliards d’individus.
1,5 milliard d’humains n’ont pas accès à l’eau potable, ils seront 5
milliards en 2025.
30.000 morts, chaque jour, dus à des maladies liées à une eau impropre. Les
200 hommes les plus riches du monde possèdent autant que les 2 milliards 300
millions les plus pauvres.
1 milliard d’enfants se trouvent sous le seuil de pauvreté. En 2005, un
enfant meurt toutes les 3 secondes à cause de l’extrême pauvreté. En
France, 7 enfants sur 10 passent leur Bac. En Afghanistan, 1 enfant sur 4 ne
passe pas l’âge de 5 ans. Chaque vache de l’UE reçoit 3$ de subvention par
jour, 40% des Africains vivent avec moins de 1$ par jour. L’équivalent d’un
stade de foot de forêt tropicale humide disparaît toutes les 5 secondes,
l’équivalent de la surface de la Grèce est déforesté chaque année. En
2003, le nombre des millionnaires en dollars, tous pays confondus, s’élevait
à 7,7 millions de personnes. Par rapport à 2002, ce chiffre signale une
progression de 8%. Autrement dit, il y a eu 500.000 nouveaux millionnaires (en
dollars) en 1 an. Le patrimoine privé cumulé des 7,7 millions de millionnaires
en dollars s’élevait en 2003 à 28.800 milliards de dollars.(3)  

Tous les chefs d’Etat et de gouvernement qui se sont succédés à la
tribune ont justifié leur part de réalisation sans grande conviction. Nous
distinguerons deux types d’intervention. Celles des pays riches qui n’ont
pas tenu leur promesse d’aide - les fameux 0,7% de l’APD- et qui continuent
de promettre en y ajoutant la nécessité d’aller vers d’autres sources de
financement- les taxations financières dont personne ne veut en entendre parler
sauf le président français...Il y a les autres, à l’instar de M.Evo Morales
Ayma, président de l’État plurinational de Bolivie, qui ont carrément et à
juste titre, le croyons-nous, fait le procès du système monétaire
international. C’est de loin l’intervention la plus pertinente dans le
ronron des salamalecs de ceux qui viennent pour ne rien dire ou pire.  

Ecoutons-le: «(...) La répartition injuste de la richesse accroit la
pauvreté.» «On parle uniquement des effets de la pauvreté. Mais, on ne parle
pas de ses causes», a-t-il fait remarquer. Pour le président de la Bolivie, il
est essentiel d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement
(OMD). Pour atteindre ces Objectifs, les pays du Sud ne doivent pas continuer à
dépendre des pays du Nord. Evo Morales a évoqué le montant de 891 milliards
de dollars qui ont été transférés des pays en développement vers les pays
développés, en 2008. Le même type de montant a été enregistré en 2009. Ces
sommes sont huit fois supérieures aux montants de l’aide au développement, a
souligné M.Morales. «Dans ce contexte, comment freiner le pillage des
ressources du Sud par le Nord, et comment freiner la montée de la pauvreté
dans le Sud?» «Nous voulons des partenaires, pas de nouveaux maîtres»,
a-t-il ajouté. Le point concerne les services de base aux populations, qui
doivent être un droit absolu. C’est le cas de l’eau, de l’énergie, de la
lumière, de la communication, ou du sport. «En privatisant, on porte atteinte
aux droits humains.» Le président bolivien a proposé l’idée de créer une
«Banque du Sud», unissant les pays d’Amérique latine, d’Afrique,
d’Asie, et la Chine. Il a estimé qu’il fallait éviter d’avoir recours au
Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque mondiale. Il a cité
l’exemple de son pays, qui lorsqu’il était soumis aux règles du FMI et de
la Banque mondial, n’était pas capable de relever son économie. Depuis que
la Bolivie s’est retirée de ces institutions, les choses vont beaucoup mieux.
«Il faut donc réfléchir à la manière de mettre fin a la mauvaise
répartition des richesses», a conclu M.Morales rappelant que les 40% les plus
pauvres ne possèdent que 5% des ressources de la planète alors que les 25% des
plus riches se sont emparés de 60% des richesses mondiales».(4)

Où se trouve la richesse?  
Les Suisses disposent du bas de laine le mieux garni de la planète. Selon une
étude de l’assureur allemand Allianz, chaque Helvète détenait à fin 2009
une fortune évaluée à 210.000 francs (163.700 euros). les Américains
possèdent ainsi en moyenne chacun une fortune de 101.762 euros. Les Danois
viennent quant à eux compléter le podium (96.242 euros), suivis des
Néerlandais (91.798 euros) et des Japonais (88.659 euros). Sur une population
mondiale estimée à 7 milliards d’individus, seul un septième peut être
considéré comme privilégié. Ainsi 565 millions de personnes détiennent des
avoirs entre 5300 et 31.600 euros et 493 millions des montants au-delà de
31.600 euros.(5)  


De plus, on apprend que les milliardaires asiatiques ont, pour la première
fois, dépassé leurs homologues européens en termes d’actifs, grâce au
gonflement de la fortune des Chinois et des Indiens. La population mondiale des
personnes détenant plus d’un million de dollars d’actifs est remontée à
10 millions d’individus en 2009, leurs avoirs ont augmenté de 30,9% à 9 700
milliards de dollars, dépassant les 9 500 milliards des riches européens.(6)  

 Enfin, parmi les superriches, quarante milliardaires américains ont
annoncé, à l’initiative de Warren Buffet et de Bill Gates, leur intention de
donner plus de la moitié de leur fortune à des oeuvres caritatives et/ou
philanthropiques. (...) En fait, écrit Chem Assayag, la philanthropie à grande
échelle n’est que le pendant du lent démantèlement des politiques de
solidarité publiques.. comme dans un grand effet de vases communicants. Elle
participe de la grande privatisation du monde qui consiste à transférer la
gestion des systèmes collectifs aux intérêts privés.»(7)

Que peut-on dire en définitive devant l’échec des OMD? L’analyse du
Centre de nous parait judicieuse car elle invite à changer totalement de
paradigme en rappelant d’abord la dette odieuse qu’il faut annuler: (...)
Pour le réseau Cadtm, les OMD étaient dès le départ voués à l’échec car
ils ne sont pas contraignants pour les États, contrairement aux politiques
dictées par le FMI et la Banque mondiale, dont l’application docile par les
gouvernements du Sud conditionne les allègements de dettes et les nouveaux
prêts. (...) Plus fondamentalement, l’échec des OMD est intrinsèquement
lié à la nature du système actuel: comment expliquer qu’en dépit de
l’augmentation exponentielle des richesses mondiales, l’extrême pauvreté a
doublé en Afrique subsaharienne entre 1981 et 2005? (...) Pour le réseau
Cadtm, un changement radical est donc nécessaire (...) Ce changement passe
inévitablement par l’annulation totale et sans conditions de la dette
publique extérieure des pays en développement. (...) En attendant une
initiative internationale pour l’annulation totale et inconditionnelle de
cette dette, les États doivent impérativement prendre des mesures de manière
unilatérale. Ces mesures peuvent, en outre, s’inscrire dans le cadre du
huitième OMD «Mettre en place un partenariat mondial pour le développement»
qui prévoit de Traiter globalement le problème de la dette.»(8)

 A côté de la vie qui se meurt, il y a le marché de la mort qui se porte
bien. En 2002, les transferts internationaux d’armements se montaient à 25,5
milliards de $ dont 17 vers les pays en développement. Les dépenses militaires
mondiales étaient de 784 milliards de $ dont 336 milliards pour les Etats-Unis.
(9) En 2009 le marché de l’armement a dépassé les 1200 milliards de
dollars, rappelons que pour éradiquer la faim 40 milliards de dollars par an
«suffisent». Le budget du Pentagone dépasse les 600 milliards de dollars et
l’Arabie Saoudite vient d’acheter auprès des Etats-Unis pour 65 milliards
de dollars d’avions, de chars pour faire la guerre à qui? Un char coûterait
6 à 8 millions de dollars, Le coût d’un avion de 50 à 100 millions
d’euros  

Pourquoi la guerre et pas la paix? Quand on pense que le maïs, qui part en
fumée dans les moteurs américains, est capable de nourrir 300 millions de
personnes et qu’un plein de biocarburant ex maïs peut nourrir un Africain
pendant une année. Quand 200 milliardaires sont plus riches que 1, 5 milliard
d’individus, il y a quelque chose de détraqué sur le vaisseau Terre Que
représentent en définitive, deux dollars et que peut-on faire avec en termes
de développement de consommation d’énergie, d’utilisation de l’eau, de
nourriture et de qualité de la vie. Est-ce cela le «bonheur», l’horizon
indépassable pour le milliard de personnes que les riches laissent sur le bord
de la route? Pendant qu’en Europe et aux Etats-Unis on trace des cartes du
bonheur (Happiness map) où il est dit que l’argent n’a plus d’importance
à partir de 4000 euros (5200$) par mois. Soit 170 $ par jour, Cela veut dire
que la civilisation actuelle fait des efforts pour que l’Européen moyen
touche en un jour ce que touche l’Africain du Sahel en 6 mois. Cherchez la
cause de la révolte des damnés de la Terre, d’autant que cette richesse des
pays occidentaux est en grande partie due au pillage des richesses des pays du
Sud. «Pour aimer ton prochain tu haïras bien du monde», disait Lazlo del
Vasco, nous sommes d’accord.



1.Arnaud Zacharie Les objectifs du millénaire: un bilan critique 10 ans
après leur adoption
http://omd2015.fr/wp-content/uploads/2010/05/EtudeOMDsept2010CNCD.pdf 09 2010  

2.Pierre Cochez: La lutte contre la pauvreté a marqué des points. Journal La
Croix 19/09/2010

3.http://fra.anarchopedia.org/Bilan_mortuaire_du_Capitalisme

4.http://www.un.org/News/fr-press/docs/2010/AG10987.doc.htm Objectifs du
Millénaire

5.http://www.tdg.ch/suisses-fortunes-planete-2010-09-14

6.L’Asie dépasse l’Europe pour le nombre de millionnaires. LeMonde.fr,AFP
| 23.06.10

7.Chem Assayag: Les milliardaires philantropes et l’impôt. Agoravox 12
août 2010

8.Le Cadtm exige l’annulation de la dette du Sud.Mondialisation.ca, le 21
septembre 2010

9.Luc Mampaey: Dépenses militaires http://www.grip.org/bdg/g1012.html 2004

Pr Chems Eddine CHITOUR  

Ecole Polytechnique enp-edu.dz


Vendredi 24 Septembre 2010


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