Politique Nationale/Internationale

Durcissement de l'embargo américain sur Cuba et projet de «transition». Après l'Irak, Cuba ?


Soumise à un embargo américain depuis 49 ans, le basculement à gauche d'une partie de l'Amérique latine a créé un nouveau contexte géopolitique. L'administration américaine, qui n'a pas attendu la maladie de Fidel Castro poSi la chute du mur de Berlin et le ralliement des anciens pays d'Europe de l'Est avaient quelque peu affaibli Cubaur tenter de déstabiliser le régime cubain, a non seulement durci le blocus de l'île, mais appelé ouvertement au renversement des institutions. Cuba devrait accueillir un sommet des Non-Alignés, événement d'autant plus important que la situation du Proche-Orient interpelle la communauté internationale sur les dangereuses évolutions des relations internationales, et du droit des peuples et nations victimes d'un ordre inique


Farid@evhr.net
Mardi 8 Août 2006

«En tant que Sud-Africains, nous avons une dette importante envers le peuple cubain pour sa contribution désintéressée à la lutte contre le colonialisme et l'apartheid en Afrique australe.» Cet hommage avait été rendu en 1995 par Nelson Mandela, lors de la première rencontre de solidarité entre l'Afrique australe et Cuba. C'est dire qu'une partie de l'Afrique a continué, malgré toutes les pressions, à dénoncer l'embargo sur Cuba instauré depuis 1961.

Par un autre revers de l'histoire, 38 ans après l'assassinat de Ernesto Che Guevara en Bolivie, le 9 octobre 1967, la victoire électorale d'Evo Morales en 2005 marque à sa manière la victoire de Guevara qui rêvait de libérer l'Amérique latine et avait apporté son soutien à l'Afrique. De La Havane, où l'héritage politique du Che reste un élément fondateur de la mémoire nationale, à bien des pays latinos soumis aux politiques sociales les plus dramatiques, la vague de socialisme aura constitué autant de revers à ceux qui voulaient enterrer définitivement les possibilités d'alternative aux choix édictés à leur place.

49 ans d'embargo n'ont pas brisé cette volonté. Ce blocus a, certes, empêché le développement du pays, présenté comme une menace idéologique par la super-puissance, peu désireuse de laisser se répandre un modèle autre que le sien.

L'économie cubaine, dépendante des exportations de sucre et privée de carburant, pouvait difficilement connaître des taux de performance comparés à ceux de pays non frappés de blocus. Combien d'Etats auraient résisté si longtemps ? A la fin des années 1997, soit un an après la promulgation de la fameuse loi Helms-Burton dont les clauses instituent des sanctions contre les candidats à l'investissement à Cuba, l'île était secouée par des attentats ciblant l'industrie touristique devenue la principale source de devises du pays. La même année, la production agricole était touchée par l'apparition d'un «nouveau parasite» dévastateur. Si le pouvoir cubain décide de mettre fin à la «dollarisation», il faudra attendre l'arrivée de Chavez pour que Cuba reçoive enfin du pétrole en échange de personnel médical. Cuba est la deuxième destination touristique des Caraïbes, elle bénéficie de subsides estimés à 850 millions de dollars de la part de Cubains exilés. Cuba a dû recourir aux biotechnologies pour soutenir l'économie cubaine et obtenir des substituts à la dépendance extérieure en matière de produits de santé. En 2005, la croissance économique cubaine a atteint 11,8 %. Autre revers à l'embargo.
Les tentatives d'affamer le peuple cubain afin de le contraindre à faire tomber le PC cubain se heurtent cependant aux indicateurs sociaux qui contrastent avec ceux d'une Amérique latine plongée dans la pauvreté.
Les agences des Nations unies admettent, en effet, un développement humain de l'île plutôt positif. Cuba disposant de l'espérance de vie la plus élevée et du taux de mortalité infantile le plus bas des pays du Sud. Mieux, le taux de mortalité infantile cubain demeure inférieur à celui des États-Unis. Cuba est reconnue aussi comme l'unique nation d'Amérique latine et des Caraïbes à avoir éradiqué la dénutrition infantile.

Au plan géopolitique, le bouleversement du paysage politique latino-américain, avec l'élection du Vénézuélien Chavez et du Bolivien Evo Morales, ne pouvait donc que renforcer la stratégie américaine d'en finir avec le «mauvais exemple» cubain. Sans compter que les rapports avec le Brésil sont qualifiés de très bons par les deux pays. Ainsi, le quinzième sommet ibéro-américain, tenu les 14 et 15 octobre 2005, regroupant 19 nations latino-américaines, l'Espagne, le Portugal et Andorre a-t-il condamné la politique de Washington envers Cuba. Deux résolutions rejettent le «blocus économique, commercial et financier» des Etats-Unis et dénoncent également «la lutte contre le terrorisme à deux vitesses». Pour Washington, toutefois, les divergences avec l'Europe concernant les sanctions économiques ne seraient que d'ordre «tactique», autrement dit, le consensus euro-américain existe quant à «la direction que doit prendre Cuba».

Selon Salim Lamrani, de l'université Paris VII, «Washington avait rendu public, en mai 2004, un énorme rapport de 454 pages, élaboré par la Commission d'assistance à une Cuba libre [Commission for Assistance to a Free Cuba, CAFC], destiné à porter le coup de grâce au gouvernement cubain et à entraîner sa chute. Les sanctions économiques sont alors devenues plus sévères et ont grandement affecté le niveau de vie de la population cubaine». Peu satisfait des résultats obtenus, estime ce chercheur, «le 10 juillet 2006, le président Bush a approuvé le nouveau rapport de 93 pages, dirigé par la présidente de la CAFC et actuelle secrétaire d'État, Mme Condoleezza Rice, et le secrétaire au Commerce, M. Carlos Gutierrez. Le but affiché est clair : rompre l'actuel ordre constitutionnel en vigueur à Cuba. Les moyens mis en œuvre sont impressionnants : près de 100 personnes provenant de 17 départements et agences fédérales ont travaillé pendant des mois à l'élaboration de ce nouveau document».

L'appel, le 5 août, du président américain à un «changement démocratique» dans l'île, et l'appel au peuple cubain de Mme Rice sur les ondes d'une radio destinée à subvertir n'a donc pas constitué une surprise. La Chine a réagi aussitôt, en défendant la non-ingérence dans les affaires cubaines. «Nous pensons que les affaires de Cuba doivent être décidées par le peuple cubain», a ajouté le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.
L'annonce de l'hospitalisation en urgence de Fidel Castro et de l'intérim assuré par Raoul Castro, ministre de la Défense, ont évidemment amplifié des rumeurs sur la succession. Un sujet qui n'est pas nouveau non plus. Plus que les débats idéologiques, l'enjeu interne est de parer à une intervention des Etats-Unis. Des inquiétudes d'autant plus légitimes, au vu de la politique internationale menée par l'équipe Bush au Venezuela, au Mexique et, bien sûr, en Irak, en Palestine et au Liban. Le Parti communiste cubain s'est insurgé contre la première déclaration personnelle du président américain et a qualifié de «projets annexionnistes» le plan des Etats-Unis pour l'île. 80 millions de dollars pour l'opposition à Cuba, briser la légalité constitutionnelle octroyant la succession au vice-président, M. Raul Castro, et instauration d'une «transition» semblent figurer dans la panoplie des mesures de coercition contre Cuba, alors que les clauses de la loi Helms-Burns ont été récemment durcies, s'agissant de l'envoi d'argent aux familles cubaines, voire des visites familiales. Quant aux réformes préconisées, comme en Irak, elles s'étendent jusqu'aux manuels scolaires. La succession politique à Cuba est, en conséquence, vue comme une «fenêtre d'opportunité» aux objectifs des Etats-Unis, qui, loin de favoriser une évolution démocratique, se sont acharnés à bloquer toute libre volonté du peuple cubain.


Par Chabha Bouslimani
La Tribune -Algérie-




Mardi 8 Août 2006


Commentaires

1.Posté par Jonas le 08/08/2006 16:53 | Alerter
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Sur cette affaire d'embargo, les États Unis et Cuba rivalisent d'hypocrisie. Les États Unis sont le troisième partenaire commercial de Cuba...

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