Du colonialisme aux NOUVELLES FORMES DE RACISME dans les pays développés
Dans le contexte de l’après guerre, marqué par la lutte idéologique entre le bloc occidental et le bloc socialiste, émerge la prise de conscience collective pour lutter contre tout type de domination et contre toutes les formes de marginalisation des peuples. Cela a représenté un pas historique qui a montré aux peuples opprimés qu’il est possible de construire des alternatives. Bandung s’inscrit dans cet espace et est le résultat d’évènements extrêmement importants qui ont eu des conséquences politico-idéologiques sur les différentes luttes de libération nationale et de conquête de l’indépendance.
par Mireille Mendès France
Les peuples jusque là ignorés et dépossédés de tout droit, considérés comme assujettis à la métropole, sous l’idée force du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, se rebellent contre le statut quo imposé par la violence de la domination coloniale des Etats européens. C’est au cours de ces années 1950-1960 qu’un troisième monde émerge : le tiers-monde qui revendique lui aussi sa place dans les relations internationales et sa part dans le partage des richesses de la planète. C’est dans ce contexte que Fanon s’inscrit, il est important pour lui que tous les peuples colonisés fassent valoir leur droit et que le droit international s’applique à tous. Il exhorte, dans les Damnés de la terre, le tiers monde à sortir du face à face à l’Europe et de trouver des solutions aux problèmes auxquels il est confronté et que cette dernière n’a pas su résoudre.
Un espoir naît lorsque le tiers-monde affirme pour la première fois son existence en avril 1955 à Bandung. L’axe d’action des principaux participants s’ articulait autour du rassemblement des pays pauvres, de la lutte contre le colonialisme et contre la ségrégation raciale. La déclaration en faveur du développement, de la paix et de la coopération internationales adoptée lors de cette conférence reflète l’état d’esprit des peuples et l’irruption, tout à fait inattendue, de nouveaux acteurs exclus du partage du pouvoir dans la société internationale de l’après-guerre. En affirmant que le colonialisme et l’exploitation, sous toutes ses formes, est la négation des droits humains et un obstacle pour le développement et la paix, cette déclaration constitue un cri de bataille qui légitime et légalise le droit des peuples, soumis à l’occupation étrangère, à disposer d’eux-mêmes.
Entre autres, la Conférence proclame :
1) Respect des droits humains fondamentaux en conformité avec les buts et les principes de la Charte des Nations Unies ; 2) Respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de toutes les Nations ; 3) Reconnaissance de l’égalité de toutes les races et de l’égalité de toutes les Nations, petites et grandes ;
La pratique et la pensée de Fanon se place dans ce contexte où les opprimés, les peuples soumis à la domination coloniale, ont pris leur destin en main.
Mais que se passe t il aujourd’hui pour que Bandung et la mobilisation des pays du Tiers monde soient si présents dans de nombreux esprits comme sont actuels certains des propos de Fanon qui dénonçait en son temps « cette vieille Europe qui n’en finit pas de mourir » et qui affirmait « je me découvre un jour dans le monde et je me reconnais un seul droit : celui d’exiger de l’autre un comportement humain. Un seul devoir. Celui de ne pas renier ma liberté au travers de mes choix » Peau noire et masques blancs.
Aussi bien de la part de cette vieille Europe que des autres pays occidentaux les comportements, encore aujourd’hui, sont bien peu humains à l’égard des pays en développement et combien la liberté des populations est systématiquement reniée ! Faut il parler de la Palestine, du Sahara occidental, de l’Irak, de l’Afghanistan, de Haïti, du Paraguay… occupés par les forces militaires américaines, de Cuba maintenu au ban des Nations par une décision unilatérale….
L’autre domaine où la violence occidentale s’exerce concerne toutes les personnes qui migrent, quelque soient les raisons. Elles sont de par le monde près de 175 millions, pour elles, il s’agit de la seule et unique stratégie de survie. Les migrations sont devenues une des questions sociales, économiques et politiques les plus délicates de ces dix dernières années dont les racines se trouvent dans les rapports inégaux, dans des situations d’appauvrissement des populations des pays du sud, soumises aux thérapies de choc et victimes des programmes d’ajustement structurel décidés par les institutions financières européennes et internationales et qui ont provoqué des ravages dans ces pays. A l’instar des problématiques posées par la mondialisation néolibérale, la migration est elle aussi plus que jamais au coeur des débats des pays développés
Les pays convoités par les migrations, pour se protéger, veillent et produisent des lois afin de ne pas partager une partie de leurs richesses qui proviennent directement des pays dont est issue cette migration, il n’est qu’à prendre le cas du Niger où AREVA, entreprise française, continue d’exploiter l’uranium nigérien et ainsi a permis à la France de devenir le 4ème producteur mondial d’un minerai dont elle n’a aucun gisement dans ses sols.
Avec la politique d’immigration répressive et violatrice des droits humains fondamentaux, on assiste à l’institutionnalisation légale de la xénophobie. Les pays occidentaux préfèrent détourner le regard des causes profondes de l’immigration que sont le déséquilibre et les inégalités économiques du monde et l’extrême pauvreté, en d’autres mots, le sous-développement. Ainsi l’immigration est un des révélateurs dramatiques des déséquilibres socio-économiques aggravés par la globalisation imposée par l’économie néolibérale qui provoque la paupérisation galopante des pays sous-développés.
Les pays membres de l’Union européenne ont pris des mesures législatives qui matérialisent une politique de criminalisation et de stimagtisation des migrants qui sont idéologiquement et directement reliés à la criminalité transfrontalière et au terrorisme. Cette politique s’encadre dans un enfermement identitaire que traduit le refus de la diversité. En France, par exemple, l’enfermement identitaire (la création du Ministère de l’immigration et de l’identité nationale et du co développement n’est pas le fait du hasard mais en est la preuve !) se manifeste à deux niveaux : le système des valeurs, d’une part, et les expressions et signes culturels, d’autre part. En ce qui concerne les systèmes de valeurs, l’enjeu de l’enfermement identitaire est révélé par une approche dominante de l’intégration-assimilation qui, en conditionnant l‘intégration de l’immigré exclusivement à l’acceptation et au respect des valeurs du pays d’accueil, postule l’inexistence de valeurs humaines culturelles ou religieuses du migrant ou du demandeur d’asile.
Les lois mises en œuvre aujourd’hui et particulièrement en France, renvoient à celles qui ont vu le jour en Algérie de 1924 à la veille de l’indépendance de ce même pays. Il suffit de se référer au Code de l’indigénat, code de l’esclavage, dont le but était d’une part, d’empêcher la venue en France de travailleurs algériens qui auraient pu s’émanciper et développer leur conscience de classe et d’autre part, de garder en Algérie, pour les colons, une main d’œuvre assouplie et à bon marché permettant aux possédants de réaliser des profits scandaleux. Ce code obligeait les candidats au départ à produire une carte d’identité, un extrait de casier judiciaire, une justification de pécule de 150 francs et le versement d’une caution destinée à couvrir les frais de rapatriement (Colonisés-immigrés et « périls migratoires », origines et permanence du racisme ou d’une xénophobie d’Etat, Olivier Le Cour Grandmaison, in Etudes et conflits , n°69, 2008). Ces mêmes mesures seront prises, la même année, en Afrique occidentale française et peu de temps après en Indochine. L’objectif avoué était de limiter l’émigration vers d’autres possessions françaises ou étrangères en contrôlant les mouvements de population en contrôlant les mouvements de population mais aussi de renforcer l’efficacité des mesures prises pour contrôler les frontières de la Plus grande France, cité ainsi dans le décret du 24 avril 1928.
Les mêmes éléments ont fait leur retour dans différentes lois à propos des migrations et plus particulièrement dans le CESEDA voté en 2006 par les parlementaires français… Son objectif est de limiter les migrations mais aussi de choisir « son migrant »…
Cette approche, négatrice, en dernière analyse, de l’humanité même du migrant, de l’étranger ou du demandeur d’asile, participe en fait de la vieille idéologie de la hiérarchisation des cultures, des races et des civilisations, sur laquelle se sont fondées historiquement toutes les dominations de peuples et la légitimation de la culture et des mentalités racistes, formant ainsi un terreau fertile pour toutes les formes anciennes et modernes de racisme et de xénophobie.
S’organise ici la continuation de la domination du blanc européen sur une partie du monde. Le colonialisme n’est pas mort, il fait même un retour basé sur de nouvelles formes mais tout aussi violentes que celles qui étaient en œuvre sous la période, ouvertement affirmée, du colonialisme. Il est, dès lors, facile de redire avec Frantz Fanon que la vieille Europe n’est toujours pas morte, qu’elle n’en finit pas de mourir et de nous faire mourir avec elle.
Devant la force d’un rouleau compresseur de la mondialisation néo libérale, les dérégulations sociales et économiques qu’elle entraîne, peu importe que les immigrés ou les demandeurs d’asile soient renvoyés dans leur pays d’origine même s’ils y risquent leur vie, ou être exposés à la torture ou à des traitements inhumains, cruels et dégradants. Peu importe à l’Europe que des jeunes viennent écraser leur vie sur les murs de Ceuta ou Melilla ou viennent la noyer au large du Cap vert ou près des îles italiennes.
Ces dérégulations touchent, bien entendu, les migrants avec la mise en place de conditions d’accueil, d’entrée sur le territoire, d’asile, de plus en plus drastiques. Il n’est qu’à rappeler les lois votées en France et qui concernent les dispositions relatives à la sécurité et aux contrôles frontaliers ou celui concernant la précision des conditions d’exercice des droits civils, économiques et sociaux des étrangers en France ou encore celui sur l’immigration et l’asile, ou les différents traités visant à lutter contre les migrations mais aussi à approfondir la coopération transfrontalière, ainsi du traité multilatéral basé sur une logique sécuritaire et répressive, et sur la peur organisée de l’autre. Au prétexte de mieux lutter contre le terrorisme, la criminalité transfrontalière et la migration illégale. Le texte enferme ainsi, dans la même catégorie, événements sportifs, terrorisme, criminalité transfrontalière, migration, manifestations de syndicats, mouvements sociaux, et amalgame certains des droits fondamentaux comme les droits à migrer, à s’associer, à exprimer des opinions politiques, ou celui de manifester pour ne faire émerger qu’une idée et une seule : l’autre est dangereux et porteur de terrorisme, en un mot, il veut du mal à l’Occident et convoite ses richesses.
Ce traité impose par exemple l’idée que les déplacements pour se rendre à un contre-sommet ou bien les migrations peuvent être assimilés à du terrorisme ou à une criminalité transfrontalière. Ils peuvent donner lieu à poursuites et sanctions ; et cela sans aucune distinction de fond.
Cet amalgame permet d’affirmer que nous sommes devant l’institutionnalisation de la xénophobie aussi bien régionale qu’européenne et internationale. « L’autre » sert de bouc émissaire. Il s’agit d’ancrer dans l’inconscient collectif l’idée que les migrants et toutes les personnes issues de l’immigration – qui pourtant dans la majorité des cas, possèdent la nationalité française- sont porteurs « naturels » du virus du terrorisme, de la criminalité, voire de l’agression ! Ces positions idéologiques sont complétées aujourd’hui par celles concernant les migrants à propos des tests ADN pour le regroupement familial et de la traçabilité des origines raciales. Il s’agit de toute une série de mesures liberticides et attentatoires aux droits humains, mesures incompatibles avec tout État démocratique ou qui s’affirme tel. Ainsi, la lutte contre la criminalité, quelles que soient sa forme et sa gravité, vise à obstruer, à limiter, voire à éliminer, l’exercice des droits fondamentaux, assimilé à une forme de criminalité. Peu importe d’ailleurs à l’Etat français de se faire montrer du doigt par le Comité des experts sur les droits économiques, sociaux et culturels !
Depuis le 11 octobre 2007, un second texte renforce ces mécanismes par une loi autorisant la Ratification du protocole portant amendement à la Convention européenne pour la répression du terrorisme. Ce protocole vise à modifier de façon substantielle des accords d’extradition contenus dans certaines Conventions, dont la Convention européenne d’extradition du 13 décembre 1957, qui prévoit la non-extradition pour raison politique. Avec cette ratification, l’infraction politique n’existe plus, il ne reste que l’acte terroriste ou le crime de droit commun. Avec ces deux textes, et tous ceux précédemment adoptés, aussi bien sur le plan européen que national, il est clair que l’objectif est de criminaliser tout type d’activité qui a pour fondement la motivation politique.
L’Europe forteresse s’inscrit dans la logique du gouvernement nord-américain du choc des civilisations. Elle légitime l’état d’exception international mis en place par les puissants contre les peuples. Des murs se dressent, celui entre le Mexique et les USA, celui érigé par les israéliens en grande partie sur les territoires palestiniens de 1967, ceux du sud de l’Europe....de nombreux se construisent dans les têtes. La plus grande menace à la paix et à la sécurité se trouve dans la violence des pays occidentaux, spécialement des États-Unis et de leurs alliés européens qui violent systématiquement le droit international et la Charte des Nations unies. La vraie menace à la paix internationale est la pauvreté généralisée des populations du Sud et le pillage de leurs ressources naturelles de la part des sociétés transnationales, à laquelle doit être ajouté le déni de droit dont sont victimes de nombreux peuples. Dans ce contexte, il est indispensable de saisir les causes profondes du terrorisme, comme l’a souligné à plusieurs reprises l’Assemblée générale de l’ONU. N’est-il pas la conséquence du désespoir que cet ordre international de misère et de violence déverse et impose aux peuples ?
Il ne faut oublier ni la loi relative à la lutte contre le terrorisme et portant dispositions diverses relatives à la sécurité et aux contrôles frontaliers -rendant caduque la demande d’asile à laquelle les Etats européens sont sommés de répondre au regard du droit international-, ni la nouvelle réforme du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) qui a entériné la disparition du droit au séjour pour les familles, les conjoints ou les enfants ; la quasi-disparition de la carte de résident ; du statut des malades ; du droit à l’amour entre étranger-e-s et Français-e-s. Ni oublier la directive européenne, dite de la honte, proposée par la Commission européenne et qui vient d’être adoptée, quasiment à l’unanimité, par le Parlement européen. Cette directive, en gestation depuis 2002 au sein de l’Union européenne, déclare, en premier, la guerre aux migrants mais surtout aux droits humains et aux différents instruments internationaux garantissant les droits des migrants.
Avec cette directive, les migrants se verront « punis » d’une peine de 18 mois de prison assortie d’une interdiction de revenir sur le territoire de Schengen pendant une duré de 5 ans. On peut comprendre dès lors pourquoi aucun pays européen n’a encore signé et encore moins ratifié la Convention des Nations Unies sur la protection des droits des travailleurs migrants et des membres de leur famille. L’Occident a des ennemis : les migrants.
Pendant ce temps, les pays européens poursuivent leur politique de domination sur le plan planétaire : guerres d’agression, déstructuration du droit international, déstabilisation des régimes considérés comme des ennemis et/ou très peu soumis, occupations territoriales, pillage des ressources naturelles, crimes contre l’humanité, crimes de guerre, banalisation de la torture, banalisation de la violation des droits humains...... dans ce contexte de réorganisation du monde, les migrations apparaissent aujourd’hui comme l’effet direct des politiques imposées par les pays occidentaux aux pays en développement mais aussi comme l’une des contradictions. Cette contradiction se manifeste dans le fait que la migration constitue le premier "facteur" de criminalisation transformant ainsi les politiques migratoires des pays européens en une sorte de panoplie militaro-policière plutôt qu’une réelle possibilité d’insertion régulière. La guerre aux gens est déclarée.
Cela est tellement inquiétant qu’au sein du Conseil des droits de l’homme, le thème de l’immigration est traité avec beaucoup de rigueur au sein même de la Commission de droit international de l’ONU (CDI).
Cette décision est due essentiellement au fait que les pays développés, dont de nombreux pays européens parmi lesquels la France, mettent en place des politiques restrictives et répressives contre les migrants. Comme l’a bien remarqué le rapporteur de la Commission de droit international de l’ONU, Maurice Kamto, « face au déferlement des pauvres, les pays développés se transforment en d’impossibles forteresses. Ils se ferment de plus en plus à certaines catégories d’étrangers en resserrant le contrôle de l’immigration et en rendant toujours plus difficiles les conditions d’entrée et de séjour sur leurs territoires ». Les nouvelles politiques contre la migration sont de nouvelles formes de racisme.
Face à cette politique de la peur qu’il faut entretenir et susciter pour obtenir, avec certitude, l’adhésion des nationaux à une politique liberticide, dangereuse et orientée non plus vers le bien commun mais vers l’individuel et le bien privé, il faut aussi en faire un instrument tourné vers les étrangers à qui il faut rendre la vie aussi pénible et précaire que possible.
Il s’agit de faire vivre le monde dans une dite humanité, mais elle n’est en fait que le masque d’inhumanité.
Rien n’a donc changé depuis cette époque où le tiers monde s’était mobilisé et réuni pour faire entendre sa voix et refuser les politiques d’apartheid, de racisme mises en place par les dominants du monde. Rien n’a changé dans la relation dominant/dominé. Les termes de cette relation, force est de constater, sont les mêmes avec un élément plus grave de conséquences pour l’ensemble du monde : l’ordre mondial imposé est violent pour l’ensemble des peuples aussi bien par sa volonté militaire de ne considérer que ceux qui sont du côté du bien que par sa volonté économico-financière qui vise à dé structurer l’ensemble des rapports sociaux et humains et à piller au profit de quelques uns l’ensemble des richesses des pays du sud.
Bandung avait laissé espérer l’abandon de l’ethnocentrisme européen et occidental, fortement critiqué par Fanon.
Nous nous trouvons aujourd’hui devant de nouvelles formes de racisme entraînant de nouvelles formes de colonialisme ainsi du discours de Dakar de Sarkozy, de la déclaration de Berlusconi sur la supériorité de la culture européenne -les autres étant des sous-cultures barbares- et de la politique nord-américaine à l’égard des migrants....
Le capitalisme violent, décomplexé montre son vrai visage. Face à lui, faut il penser à un autre Bandung des peuples ou à une forme analogue ? En tout état de cause, il faut résister pied à pied sur tout ce qui s’impose aux peuples ? Il est important de lier, de relier, de regarder vers de nouveaux horizons, ainsi de la Bolivie, du Vénézuela, de l’Equateur et maintenant du Paraguay qui montrent qu’il est possible de sortir de ce cadre infernal.
Mais ce qui est sûr, c’est qu’il y a urgence, « le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à venir, entre ces deux périodes, les monstres sortent et se montrent » Gramci
Pour une nouvelle conférence de Durban
A un an de la prochaine conférence mondiale de l’Onu contre le racisme, les tentatives se multiplient pour en empêcher la tenue.
En septembre 2001, à Durban, la conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance, avait eu lieu trois jours avant les attentats du 11 septembre. Elle s’était achevée sur une déclaration et un plan d’action contre le racisme, obtenus à l’arraché, après le retrait des délégations américaine et israélienne pour protester contre la mise en cause d’Israël.
En Juin 2009, vraisemblablement une fois encore en Afrique du Sud, doit se tenir la 4ème conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance. Mais la difficulté de trouver un lieu et de financer une telle rencontre donne déjà un aperçu des réticences qui existent pour de nombreux pays. Il est vrai qu’en 2001, deux sujets avaient focalisé les débats de la conférence : la question de la Palestine et celle de l’esclavage. Ainsi, la déclaration finale approuvée par les 161 pays représentés, mentionnait la préoccupation des délégués sur "le sort du peuple palestinien vivant sous occupation étrangère" mais ne condamnait pas l’Etat d’Israël, à qui elle reconnaissait "le droit à la sécurité" dans la région. Les Etats auraient été bien inspirés de préciser que si le droit à la sécurité existe pour Israël, il ne peut être revendiqué que si cet Etat respecte son obligation de cesser tout crime de droit international, tout acte de terrorisme d’Etat, et de se retirer de manière inconditionnelle et immédiate de tous les territoires palestiniens occupés.
L’esclavage et la traite, autre thème conflictuel de la conférence, sont qualifiés de "crime contre l’humanité", sans que la déclaration appelle à des excuses ou à des réparations financières, ce que demandaient aussi bien les groupes africains qu’afro américains. Dans leur déclaration, les ONG, quant à elles, soulignaient que l’esclavage, le commerce des esclaves, le colonialisme et l’occupation étrangère ont créé des injustices dont les conséquences continuent de se faire sentir jusqu’à aujourd’hui. Elles reconnaissent le droit des victimes à une réparation sous toutes ses formes.
Il serait utile de revenir sur la question de l’esclavage, de la colonisation et des réparations éventuelles. Les questions d’hier sont toujours sans réponse aujourd’hui.
L’esclavage est une atteinte manifeste au Droit de chacun sur sa propre personne. Qui peut réclamer réparation ? Les victimes ou leurs ayants droit, s’ils existent ? Qui doit payer ? Les agresseurs ou ceux qui détiennent les titres de propriété illégitimes ? Les individus sont ils responsables des actes commis par les hommes de l’État ?
Autour de ces questions s’est organisée la fronde contre cette conférence que certains pays occidentaux ont tentée de délégitimer et que certaines ONG ont essayé d’instrumentaliser. Fortes pressions sur d’autres. En définitive, les questions comme les migrations, le sort peuples indigènes ou le droit des peuples à l’autodétermination sont restées en suspens, prises en otage…
Le plan d’action décidée en 2001 prévoyait la tenue d’une conférence pour assurer le suivi.
Or, l’organisation de cette 4ème conférence commence mal : les Etats-Unis persistent dans leur refus de participation, le Canada et Israël menacent de ne pas s’y rendre et la France fait pression sur l’Union européenne pour qu’aucun pays de l’Union n’y participe. Du côté des ONGs, certaines ne sont là que pour dénoncer l’attitude supposée « partiale » du Conseil des droits de l’homme et du Conseil de sécurité à l’égard de l’Etat d’Israël. Chaque intervention est bonne pour provoquer un clash qui mettrait fin au processus. Il faut la conscience de nombreux pays du groupe africain pour déjouer les tentatives de ceux qui affirment à l’instar de Caroline Fourest que « l’illusion d’un consensus mondial autour de l’universalité des droits de l’homme est en passe de voler en éclats ». Pour Caroline Fourest, « l’inquiétante tournure prise par la Conférence contre le racisme organisée à Durban au début de septembre 2001 n’était qu’un symptôme. Depuis, le mal s’est considérablement aggravé ». Mais, « l’universalité des droits » a-t-elle jamais existé ? La Charte des Nations Unies a tenté de surmonter ces contradictions en énonçant notamment le principe juridique du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, qui coexistait avec la consécration du système de tutelle sous le chapitre XII. La Charte ne remet cependant pas radicalement en cause la domination coloniale, le droit des peuples restait un principe sans contenu réel. Mais il ne sera réalité que lorsqu’il coïncidera avec les luttes des peuples contre la domination coloniale se concrétisant dans la souveraineté, c’est -à- dire, dans l’indépendance politique de l’Etat. Dans le contexte de recomposition du monde imposée par les forces financières et militaires, délégitimer l’ONU est particulièrement grave. L’extension planétaire du modèle socio-économique néolibéral est concomitante à une violence structurelle : guerres d’agression contre les peuples, destruction de la protection des droits humains qui passe par la banalisation généralisée de la torture, des enlèvements, des exécutions sommaires, des assassinats et des massacres de civils ; banalisation des racismes dans les pays développés sous de nouvelles formes telles que les politiques répressives envers les migrants, l’institutionnalisation de la xénophobie d’état… et son cortège de lois liberticides, proprement racistes, comme cela est le cas dans de nombreux pays européens, avec en réaction le retour du repli identitaire ou religieux.
Devant de tels dégâts, et de telles menaces, la tenue de la 4ème conférence est essentielle. Elle doit impérativement avoir lieu, peu importe le lieu et la durée. Cette conférence doit être le signal affirmant que les dominés commencent à reconquérir leurs droits, à faire prévaloir d’autres valeurs telles la solidarité entre les peuples, la coopération, le partage des richesses, le droit au développement, etc. Cette conférence faite pour les peuples doit montrer la capacité de réaction des dominés face aux coups de force des dominants. Et leur refus de voir s’instaurer la délégitimation de l’Onu, de ses instruments et mécanismes comme le conseil des droits de l’homme. Le mouvement altermondialiste doit s’investir dans la préparation de cette conférence. Notamment, lors des conférences régionales de préparation au Brésil en juin et au Nigéria en octobre afin que se fassent entendre les la volonté des mouvements sociaux de refuser et de combattre les nouvelles formes de racisme, l’institutionnalisation de la xénophobie et les politiques liberticides et racistes mises en place par de nombreux Etats.
*Mireille Fanon-Mendès France est membre de l’Union Juive Française pour la Paix , du Cedetim et de la Fondation Frantz Fanon
La xénophobie est un mal endémique
Quelle est alors l'origine de ces "réalités moins sublimes": ces instincts qui nous maintiennent dans ce "monde éphémère, trompeur, illusoire", et comment atteindre la "chose en soi" dont parle Nietzsche ?
Qu'on ne se leurre pas. C'est un fait. On est tous xénophobes. Quel que soit notre degré de xénophobie, nous sommes tous jouets entre les mains de nos préjugés. L'organisation clanique originelle de nos sociétés qui établissait instinctivement des règles fondées sur la hiérarchie des rapports de force le veut ainsi.
Les autres, on les aime bien, mais à distance, chacun chez soi.
Les évolutions successives des sociétés humaines n'ont rien changé aux instincts primaires de l'hominien. S'ajoutera plus tard la prise de conscience- à tort ou à raison- par les sociétés évoluées de la supériorité de leurs choix institutionnels et politiques, auxquels s'aditionne généralement une forme d'exclusivisme, de rejet à l'égard de toute croyance religieuse exogène. En effet, les particularismes religieux jouent leur rôle justificateur et les fondamentalistes s'en mêlent: on tue, égorge, convertit au nom de Dieu et de la foi. Une poignée de déments sème la terreur et les autres se dissimulent dans la crainte. Rares sont les sociétés qui n'ont pas exercé ce prosélytisme consistant à démontrer que la vraie voie est la leur. Les moyens justifient la fin et inversement.
D'une manère générale, la xénophobie est inversement proportionnelle au quotient des intelligences, quels que soient les milieux sociaux. Quelques exceptions cependant parmi lesquelles le populisme. Le populisme se met alors au service des bas instincts. La vox populi est souvent éraillée et a des accents sanguinaires.
Comme il vaut mieux prévoir, on applique alors le droit d'ingérence, ce fameux "principe de précaution".
Naturellement, on ne peut pas dissocier la xénophobie d'une connotaion raciale. Et cela, selon Claude Lévy-Strauss, tend à "nous faire rejeter hors de la culture, dans la nature, tout ce qui ne se conforme pas à la norme sous laquelle on vit"
L'exhibition cathodique de la violence n'arrange rien et les jeux vidéo où l'on tue gratuitement le méchant normalisent les bas instincts de l'individu.
Sans voulir être Cassandre, le constat n'est guère encourageant.. Cependant, il serait également faux de se laisser aller au découragement.
Les sociétés sécurisées, celles qui se sont justement battues pour la conquête de leur dignité et de leurs avantages sociaux, qui se sont oranisées pour la protectiom de leurs droits légitimes, se trouvent confontées aujourd'hui aux dangers extérieurs que présentes d'autres sociétés dont les normes traditionnelles et leurs critères d'appréciation sont différents. La notion de Droits de l'homme par exemple, irréfutable dans leur essence comme dans leurs applications, n'a rien à voir en Chine et en Occident.
Je voudrais conclure avec l'auteur de la chanson: Il est libre Max:
" Tant qu'on ne saura pas rigoler de nos petites différences, elles persisteront à prendre l'importance qu'elle n'ont pas et tout le monde continuera à se foutre sur la gueule "
2. Posté par
Ambre le 03/07/2008 15:40
Il est vra ique les occidentaux font du mal aux autres, et que certains, pas futés, les imitent. Et a planète terre devient presque absolument partout, le royaume de voyous qui jouent avec l’arme nucléaire pour ne pas que d’autres aient le même joujou qu’eux avec lequel nous désespérer, nous terroriser !
A d’autres le macrocosme qu’est le monde ; nous, c’est le microcosme de l’aberration fonctionnaro-militaro-policière ; c’est la bêtise et la méchanceté crassement déterminée à réduire nos gestes et nos voix ... Notre monde, c’est le monde de Kafka !
http://ambre.over-blog.com
3. Posté par
Ariel Sharon le 03/07/2008 20:32
Qu'on ne se leurre pas. C'est un fait. On est tous xénophobes. .../...
Les autres, on les aime bien, mais à distance, chacun chez soi.
La modération de ce site peut elle nous éviter de lire des propos aussi ignobles?
J'estime que le commentaire de ROGSIM est raciste et haineux... même s'il est enrobé de considérations "philosophiques".
Si ROGSIM veut défendre les criminel de guerre étasuniens et israéliens, ce n'est pas indispensable d'exposer ses idées ici.
4. Posté par
Sebastien le 03/07/2008 20:53
Depuis quand on est obligé d'aimer quelqu'un?
Car je suppose que vous aimez tous vos collègues, voisins, membre de votre famille, les gens que vous croisez dans la rue, ceux qui sont dans la voiture devant vous, ceux qui sont dans la même file d'attente que vous, ceux qui rentrent chez vous par effraction, etc etc....
Tout les gens qui ne m'aiment pas ne sont que d'odieux racistes nazis, NA!
MODERATION:
On peut ne pas aimer, cela est naturelle, mais détester et haïr, on n'est pas obligé non plus !
Pourquoi opposer toujours les extrêmes ?
5. Posté par
wilhelm le 03/07/2008 21:15
Bonsoir,
Mais qu'est ce qu'il a bien écrit, je dit bravo Rogsim!!! quel style !!! dommage que dans le fond vous soyez mauvais, vous êtes un bon narrateur, presque intelligent. Mais quel style, quel vocabulaire, des citations en plus.. que c'est beau.. Vous êtes grand, j'aimerais tant écrire comme vous, mais je peux pas... j'appelle ça de la masturbation d'esprit, surtout si c'est pour détourner les sujets, et justifier l'injustifiable.
Je ne comprends pas ce que vous espérez prouver, vous écrivez avec des "on", excusez moi mais je ne partage pas vos idées, je n'ai aucun sentiment de xénophobie, et je me sent bien chez les autres..
Ce qui ne veut rien dire, prenez comme exemple israel, bon nombre sont xénophobes, et pourtant ils se sentent bien en Palestine. Allez monsieur Rogsim, c'etait de la provoque, je connais votre point de vue
.
En tout cas vous écrivez bien par apport au message simpliste que vous faites passer, je n'écris pas aussi bien, surement que le temps que vous avez passez dans les livres, je les passé a voyager, au contact des gens, le plus loin possible des hôtels. Et je peux vous dire que je m'y suis toujours bien senti, a telle point que j'ai immigre, dans un pays "pauvre", de "sous-hommes", loin du confort (israélien par exemple), ou, je vous cite "ces instincts qui nous maintiennent dans ce "monde éphémère, trompeur, illusoire"...
atteindre la "chose en soi" appartient aux gens simple..
6. Posté par
intox le 03/07/2008 22:01
@sebastien
c'est pas le probleme de ne pas aimer une personne.c'est plutot le fait de ne pas aimer un groupe de gens ,dans ça totaliter pour x raison.car dans la vie il peu y avoir des situations de rencontre ave le 3e type.Ont peut pas mettre tout le monde dans le sac.méme moi je me l'interdit.et des fois c'est meme dure de ce retenir!il faut faire des effort sur soi .c'est une question de sagesse aussi.il est tres facile de ce laisser allez a l'insulte raciale et d'exprimer une haine qui n' avance a rien.Mais aprés ne pas aimer un cons ok,dans la mesure ou il est seul ou un groupe cibleé?Et qu'on en connaisse le fond y pas de probléme!
@rogsim
justement c'est un travail sur soi méme.
SI DIEU NOUS A FAIT DIFFERANT; C'EST POUR MIEUX NOUS RENCONTREZ!!!
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