Conspiration

Dossier : Noirs et Latinos aux USA, une dynamique de complémentarité se met en place


Le novembre, un jeune Noir était abattu par la police new-yorkaise de 50 balles lors d’une fusillade. Cette « bavure » n’est que la dernière en date, et la pratique de répression « préventive » dans les quartiers noirs est officiellement justifiée par la guerre « contre le terrorisme », définie dans les termes de « l’amendement Sensebrenner » récemment voté par l’administration Bush. Il y a quelques mois, de gigantesques manifestations de sans papiers venant de l’Amérique latine et des Caraïbes, et ne distinguant nullement les protestataires ou les sympathisants selon leur couleur de peau, interrogeaient la classe politique, complètement déroutée devant une mobilisation ne correspondant plus au cadre fixé par les générations précédentes en termes de droits civils et de minorités raciales. Les nouvelles relations qui se tissent entre communautés d’immigrants en provenance du sud et minorité noire « grassroots », c'est-à-dire enracinée, commencent à redéfinir la barrière entre privilégiés et défavorisés ; l’Afro-Amérique ne se trouve plus comme une minorité assiégée au milieu de l’Euro-Amérique : l’Amérique subtropicale redéfinit toutes les appartenances, et l’initiative est dans son camp. L’engagement du prêtre portoricain de New York Luis Barrios en est un flambeau vivant : il appelle à la manifestation du 6 décembre prochain à New York (16h 30, Headquarters One Police Plaza, Downtown NYC), convoquée par le « Mouvement du 12 décembre » pour résister à la fascisation de la société américaine, protester contre le ciblage de la jeunesse noire par la police, et contre l’occupation de leurs quartiers, mais aussi contre les atteintes à l’habeas corpus, les atteintes aux droits civils et la guerre d’Irak pour le pétrole [1].


Présenté et traduit par Maria Poumier


Maria Poumier
Mardi 5 Décembre 2006

Dossier : Noirs et Latinos aux USA, une dynamique de complémentarité se met en place
1. Causes sociales de l’assassinat de Sean Bell


Par Luis Barrios



Comment peut-on expliquer voire justifier le fait inadmissible qu’un policier de la ville de New York ait tiré cinquante fois contre trois citoyens désarmés et innocents, en tuant un (Sean Bell) et en blessant gravement deux autres (Jospeh Guzman et Trent Benefield) ? C’est impossible.


Et pourtant, on va nous sortir des explications et des justifications, et si un procès a lieu, on s’en remettra à une communauté soi disant plus neutre, pour juger la police ; voilà comment on garantit les procès « démocratiques » pour les assassins, et on envoie paître les victimes.



Vous vous souvenez du cas de Amadou Diallo ? Et d’Anthony Baez ? Deux cas d’une liste alarmante de cas où des policiers criminels ont été lavés de toute accusation après avoir assassiné de sang froid des citoyens, au mépris de leurs familles et du reste de la communauté.


Voilà pourquoi il faut se poser la question des causes sociales du crime continuellement pratiqué par la police de New York. Il faut dépasser les explications individuelles qui ont été invoquées, telles que dépression, frustration, stress, épuisement physique etc.



Ceci est bien plus grave, il faut en prendre conscience, pour faire mieux que de nous répéter, à coup de manifestations et de pétitions pour demander la démission des responsables.



Dans notre système de justice pénale, il y a un processus de criminalisation, et c’est par là que se fait le tri sélectif dans l’application de la loi, selon l’appartenance sociale.



D’un autre côté, pour expliquer ce que nous appelons des conflits, dans notre société néolibérale capitaliste, il faut bien comprendre que crime, criminalisation et loi pénale forment un ensemble à resituer dans le contexte des inégalités sociales. Ceux qui appartiennent au groupe qui a le contrôle des institutions recrutent d’autres personnes dans la police pour protéger leurs intérêts. Comme de juste, cette classe dominante veut nous faire croire que le but de la police est de protéger la population. C’est faux, et c’est pour cela que cette classe protège leurs crimes et les fait absoudre par les tribunaux.



Il y a donc des causes qui expliquent l’assentiment [à la répression] de certains, et la délinquance s’explique par l’absence de cause qui justifierait l’assentiment des autres.



Il nous faut donc rejeter les explications de la criminologie traditionnelle, et nous estimons qu que la criminologie culturelle nous offre une méthode plus appropriée pour percevoir le lien entre la politique, la construction du sens, et le processus de criminalisation. Tout cela explique qu’aux USA, le pays qui a le plus de prisons, et la population carcérale la plus grande au monde, si on se penche sur les catégories sociales, on découvre que seuls les pauvres vont en prison, tandis que les riches sont de plus en plus riches. C’est pourquoi il faut voir que ce schéma, auquel obéit la police newyorkaise, est un schéma systémique et cohérent, parce que justifié et protégé par certaines autorités, en particulier, ici, le chef de la police Richard Kelly et le maire de la ville Michael Bloomberg.



Il faut bien comprendre aussi qu’il y a une violence structurelle à l’œuvre, qui se manifeste et se niche dans l’institution que nous appelons Police de New York. Les arrestations arbitraires et détentions font donc partie de modèles de contrôle social, et ne relèvent pas de la violation d’une loi ou des lois : au contraire cela correspond à des décisions politiques sans rapport avec le problème de la délinquance. Continuons à dénoncer l’injustice et à la combattre par la paix AVEC la justice.



[1] Pour se rendre au lieu de rendez-vous : One block east of One Centre Street Municipal Buiulding, corner Chambers and Centre Streets
TRAINS: J, M, Z to Chambers St.; 4, 5, 6 to B`klyn Bridge-City Hall;
R or weekday W to City Hall; 2, 3 to Park Pl.;
A, C to Chambers or B`way-Nassau; N to Canal St.
BUSES M1, M9, M15, M22, B51


Original : http://www.eldiariony.com/noticias/ColumnistasDetail.aspx?SectionId=51




2. Dans le débat entre Usaméricains noirs et Latinos, les immigrants des îles caraïbes [dits « Caribbeans »] sont aux côtés des Latinos hispanophones [dits « Hispanics»]


par Louis E. V. Nevaer, News Feature, Pacific News Service, 4 décembre 2003



Note de la rédaction : les immigrants noirs en provenance des Caraïbes se définissent souvent d’abord par la culture ou la nationalité, et seulement ensuite par la race, ce qui complique et infléchit les notions d’identité raciale en noir et blanc qui caractérisent les USA.



Brooklyn, New York City : Les Noirs qui ont leurs racines dans les Caraïbes renâclent à se reconnaître dans l’identité « Africaine-américaine ». Ils sont encouragés en ce sens par leur entourage, y compris l’environnement noir, qui voit en eux des travailleurs spécialement durs à la tâche parce qu’ils sont des nouveaux arrivants, et non pas parce qu’ils sont noirs.


« Je me perçois comme dans un entre-deux, dit Pat White, née aux USA, employée de bureau dont les parents sont venus des Caraïbes ; je ne vois pas comme une Africaine-américaine, même si les gens voient en moi une femme noire ; je suis jamaïcaine, et à la fois une américaine noire mais je ne me sens pas à l’aise avec l’étiquette africaine-américaine ».


L’ascendance « West Indies », c'est-à-dire en fait une douzaine de nationalités caribéennes bien précises, qui supplante la monolithique Afro-Amérique, est en passe de modifier le concept « Black » aux USA.


La hausse du nombre des Latinos, et la façon dont ils se définissent, par la culture et non pas par la race, est en train de forger un nouveau sentiment identitaire. Les recensements disent que maintenant les Latino sont plus nombreux que les Noirs aux USA . Si tu peux être noir et Dominicain, ou noir et Portoricain, dit Brian Oakes, qui est propriétaire d’une bijouterie ethnique à Brooklyn’s Park Slope, pourquoi ne pourrais-tu pas être un immigré, un « Caribéen » sans avoir besoin de rentrer dans la catégorie Afro-Américain » ?



Le rapport flou des Latinos à la notion de race (les Latinos noirs peuvent très bien se qualifier de Cubains, Mexicains ou Latinos avant de se reconnaître comme Noirs) touche directement les dirigeants de la communauté africaine-américaine. « Les Africains-Américains et leurs dirigeants communautaires sont en train de connaître une crise identitaire, et nous ne savons pas encore sur quoi cela va déboucher », dit Henry Louis Gates Jr., président du Département d’Etudes afroaméricaines à l’université de Harvard, lors d’une rencontre à Harlem avec des collègues réunis pour faire le point sur les « Black Studies », mais déstabilisés par les nouvelles données démographiques. « Pendant 200 ans, les termes de race ou de minorité ont été indissociables des rapports entre Noirs et Blancs aux USA , et voilà que brusquement les mêmes termes s’appliquent à des Noirs, des Blancs, des Latinos.



Certains Africains-Américains ont critiqué d’autres Noirs qui se définissaient eux-mêmes comme hispaniques, avant toute chose, tels que la chanteuse cubaine Celia Cruz ou le grand joueur de base ball Sammy Sosa. « Je refuse complètement le droit pour un Noir de se définir autrement que comme Noir », dit le militant d’ Harlem contre le sida, Andrew Wilson, qui se présente comme afro américain.


Mais de plus en plus de Noirs suivent l’exemple Latino et se définissent en termes de culture et d’ethnicité, et non plus de race. « Hispanic », c'est-à-dire Latino, n’est nullement une dénomination raciale.


« C’est une question de positionnement », dit Milton White, cadre à la télévision, de 41 ans. Je me sens proche de l’identité caribéenne parce que cela évoque la mentalité de l’immigrant, et ça ne comporte pas la revendication à un titre particulier. Je ne me sens pas comme si on me devait 50 acres de terre et une mule [le dédommagement promis aux anciens esclavages lors de l’abolition] mais cela ne veut pas dire que je ne souffre pas du racisme du style de vie à l’américaine ».


Milton Vickerman, auteur de Crosscurrents : West Indian Immigrants and Race a étudié la relation complexe entre identité ethnique et raciale parmi les Jamaïcains de New York : « les gens des îles viennent de sociétés où les Noirs sont majoritaires, de sorte que leur expérience est très différente », dit-il ; aussi la notion de race perd de sa pertinence.


« Nous avons une mentalité d’immigrants », dit Milton White.


Et les immigrants africains en Amérique du Nord, comme les immigrants caribéens à New York « se battent pour affirmer leur identité ethnique contre un Etat et une société civile qui voudraient leur imposer une « identité black » rigide », explique Vickerman. A New York, certains Noirs qui ont des attaches à Porto Rico et en République dominicaine font de même, et refusent de se trouvés déclassés de fait par une désignation en tant qu’Africains-Américains.


« Ce que j’aime avec les Latinos », dit Pat White, c’est que leurs communautés sont fondées sur une culture et des valeurs, et non pas la race. Leur identité repose sur leur nationalité, leur langue maternelle, leur histoire ».


Cette leçon n’est pas perdue pour les Afro-Aaméricains qui réussissent dans leur carrière. Katherine Newman, anthropologue qui étudie les classes laborieuses a dit sur www.salon.com que dans le quartier très noir de Harlem, les Afro Américains sont écartés sur le marché de l’emploi, même par des employeurs noirs, au profit des Latino noirs, souvent immigrants récents, et en provenance d’autres quartiers. « Il ne s’agit pas de barrière raciale, mais de préférence », dit Newman. Les employeurs ont une bonne impression des demandeurs d’emploi immigrés. Même s’ils sont noirs eux mêmes, ils ont une mauvaise opinion des travailleurs noirs autochtones.


Certains patrons ont même dit à Newman qu’ils préféraient les immigrants à peine arrivés, ceux qui « ont grandi dans des pays vraiment pauvres, et qui considèreront un emploi au tarif local comme « une récompense royale en comparaison avec ce qu’ils trouveraient en Haïti ou en République dominicaine ».



Louis E. V. Nevaer est économiste et auteur de l’ouvrage « Narta’s second Decade : Assessing Opportunities in the Mexicain and Canadian Markets. »



Original : http://news.pacificnews.org/news/view_article.html?article_id=524a919cf3f2101954cff10de9f11e96#



3. Les Africains-Américains, le bien-être économique et l’immigration


Par Chaka A. K. Uzondu



« L’immigration fait du tort à l’Amérique noire » dit un tract qui est arrivé jusqu’à ma boîte aux lettres. D’après ce document, l’immigration est une menace pour le niveau de vie des Africains-Américains. Et cette idée se répand dans les communautés noires. Mais si on définit correctement cette notion de niveau de vie des Africains-Américains, la source du problème n’est pas toujours correctement identifiée.


En tant que groupe, les Africains-Américains continuent à affronter une société blanche suprématiste dont l’économie capitaliste a parallèlement créé enrichissement et disparité croissants, tandis qu’un nombre disproportionné d’Africains-Américains restent pauvres. La société USaméricaine est au 3ème rang des pays industrialisés inégalitaires. Le « fossé racial » en matière de revenus, entre Noirs et Blancs, est évalué en moyenne à $116.000. Et cela n’a rien à voir avec le blabla sur la culture de la pauvreté et autres inepties.


C’est un fossé qui provient de politiques sociales qui ont créé la richesse pour les Blancs, en empêchant les Noirs et d’autres communautés « racialisées » d’y accéder. Le ministère des Affaires sociales qui a fourni $120 milliards d’aide pour l’accès à la propriété entre 1934 et 1968, en donne un bon exemple : 98% des fonds sont allés aux Blancs.


La communauté noire continue à connaître les niveaux les plus élevés de chômage. Officiellement, on parle de 9%, mais nous savons tous que c’est un chiffre qui laisse de côté les prisonniers et ceux qui ont cessé de chercher du travail. Pour l’accès au logement, la discrimination raciale reste implacable. Une étude récente a montré qu’un Blanc avec un casier judiciaire chargé pouvait trouver plus facilement un emploi qu’un Afro-Américain au casier judiciaire vierge.


Quand on tient compte de ces réalités, on comprend pourquoi les Afro- Américains ont des raisons de redouter les conséquences de l’immigration sur le niveau de vie de leurs communautés. Historiquement, l’immigration a déjà eu des conséquences négatives pour eux. Ainsi l’afflux d’immigrants amène souvent les employeurs à relâcher leur vigilance dans la lutte contre la discrimination envers les Africains-Américains.



Ce débat est lié aussi aux tensions raciales qui existent entre ceux-ci et les immigrants. La plupart des immigrants, même s’ils arrivent d’Afrique ou font partie de la diaspora noire, en viennent à considérer les Africains-Américains selon le prisme de la suprématie blanche. Nous sommes tous bombardés par les stéréotypes négatifs sur les Africains-Américains qui abondent dans la culture pop et commerciale. C’est ainsi que les immigrants sont souvent encouragés à ne pas s’identifier aux Africains-Américains. Comme l’a signalé Toni Morrison, les immigrants apprennent très vite à contourner le handicap des autochtones noirs dans leurs démarches pour devenir américains à part entière.


D’ailleurs, les immigrants oublient bien souvent de reconnaître que toutes les chances qui leurs sont offertes, ils les doivent largement aux combats pour la justice raciale et sociale que les Africains-Américains ont livrés et continuent à livrer. Les immigrants ne réalisent pas que ce sont les Africains-Américains qui ont bâti les échelons sur lesquels prendre appui dans l’ascension sociale, à laquelle nous aspirons tous.


Les Africains-Américains ne sont certainement pas parfaits, mais les possibilités qui s’ouvrent aux populations « racialisées » par le système, qu’il s’agisse d’immigrants ou non, relèvent de la dette que nous avons tous envers les Africains-Américains.



En fait, les Africains-Américains ont tout intérêt à défendre les droits des immigrants.


D’abord, parce que c’est cohérent avec le Mouvement pour la libération noire. Ce combat, commencé par les premiers Africains amenés contre leur volonté, pour une démocratie juste et non réservée à une race, pour lequel Fannie Lou Hamer et Ella Baker ont donné leur vie, ce combat reste actuel.


Ensuite, l’immigration n’est pas la cause des problèmes économiques qu’affrontent les Africains-Américains. Le défi, c’est la combinaison des forces de la suprématie blanche et de son économie capitaliste, qui privilégie l’intérêt des multinationales et des super-riches pardessus tous les intérêts du reste de la population.


Par exemple, ce ne sont pas les immigrants qui provoquent le chômage des Africains-Américains. Les immigrants Latinos ne sont pas des employeurs, dans leur majorité, si bien que même si parmi eux certains pratiquent une certaine préférence ethnique, ils ne sont guère en mesure d’embaucher un grand nombre d’Africains-Américains. Ce sont plutôt les patrons qui choisissent d’embaucher les gens les plus faciles à exploiter parce que sans papiers, et donc plus vulnérables. Et les grands patrons préfèrent les immigrants, parce que le racisme anti-noir joue toujours, et que les Africains-Américains sont les plus susceptibles de défendre leurs droits dans le monde du travail.


En outre, les immigrants ne sont pour rien dans l’appauvrissement des communautés afro. C’est plutôt le résultat de la discrimination raciale qui dure, de la désindustrialiation des USA depuis les années 1970, du désinvestissement dans les zones urbaines, de la fuite des Blancs et donc du déficit des impôts locaux, et de la délocalisation des emplois en direction des banlieues plus blanches, qui sont responsables de cet appauvrissement.



Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas parfois une rivalité réelle entre immigrants et Afros, pour certains emplois. Et ne vaut-il pas mieux de se battre contre les emplois sous-payés, alors que ceux du CEO ont incroyablement surpayés ? Selon le journal USA Today, le CEO dirige les 100 plus grandes sociétés des USA, et reçoit comme salaire moyen environ $17,9 millions de dollars. Est-ce que vraiment, les politiques de soutien à la police dressée pour réprimer le peuple et protéger les multinationales, défendues par l’extrême droite, peuvent améliorer les réalités économiques telles que les vivent les Africains-Américains ou n’importe qui d’autre ? Est-ce que le soutien aux mesures explicitement favorables à la suprématie blanche et qui criminalisent les immigrants peuvent être bénéfiques pour les Africains-Américains, qui restent sous la menace permanente de l’injustice criminelle du système ?



Ou encore, est-ce mieux de combattre pour des boulots sous-payés, alors que les PDG sont extraordinairement surpayés ? D’après USA Today, les PDG des 100 plus grandes sociétés des USA touchent des salaires moyens de 17,9 millions de dollars. Est-ce que le soutien à une politique antipopulaire et pro-patronale propagé par la droite peut améliorer les conditions économiques des Africains-Américains ou, d’ailleurs, de qui que ce soit d’autre ? Est-ce que le soutien explicite à une politique suprématiste qui criminalise les immigrés peut profiter aux Africains-Américains, qui restent assigés par un système injuste et criminel ?



Certes, il est de l’intérêt de tous que la sécurité soit renforcée. Et c’est bien pour cela que les Afros, les immigrants et tous les travailleurs ont à gagner à des politiques qui garantissent des revenus décents à tous les travailleurs, qui consolident le droit des travailleurs à s’organiser, et qui garantissent des offres d’emploi pour tous.


Les marches de soutien aux immigrants et le soutien multiracial qu’elles ont obtenu prouvent qu’il y a en ce moment une possibilité d’alliance puissante entre Afros et immigrants, Pas seulement parce que les Afros ont toujours été à l’avant-garde des luttes pour des transformations sociales positives, mais parce que tous nous partageons le même intérêt à créer une société plus juste. La justice économique en termes de races devrait être déterminante. Cela bénéficierait à d’autres groupes marginalisés sur des critères raciaux, et prendrait en compte les droits des immigrants ; et cela viserait le cœur de l’inégalité économique USAméricaine.


Il est donc crucial que les Afros soutiennent les immigrants et bâtissent un mouvement noir-cuivré, qui brise la barrière raciale, mais qui soit uni contre la suprématie blanche et l’inégalité économique. Les immenses manifestations dans tout le pays font découvrir les occasions qui s’ouvrent aux patriotes pour transformer ce pays dans le sens de ses promesses envers le reste du monde. L’histoire montre que les Afros ont toujours honoré cette responsabilité. Ils ont toujours été à l’avant garde de la bataille pour l’égalité complète. Pourquoi devrait-il en être autrement aujourd’hui ?



Original : www.blackcomentator.com n° 181, 27 avril 2006.
Chaka A. K. Uzondu est coordinateur du Programme pour la répartition raciale de la richesse (Racial Wealth Divide Project), du mouvement Unis pour une économie juste (United for a Fair Economy). Il publie principalement sur http://www.racialwealthdivide.org/.




4. La latinoïsation de la politique aux USA


Par Roberto Lovato, New York, New America Media, 10 avril 2006



Note de la rédaction:


Les manifestations pour les droits des immigrants ressemblent aux grandes mobilisations de masse habituelles en Amérique latine, plus qu’aux marches d’autrefois pour les droits civils (aux USA).



Avilda Macias et d’autres mammas évangélistes du football n’ont pas fait la marche derrière la banderole des « Chrétiens de gauche » ; elles chantaient « los montes se mueven con el espíritu santo » (l’esprit saint déplace les montagnes) ; et elles dansaient le merengue derrière la grande bannière de l’Eglise de la prophétie de Long Island, le 10 avril dernier. Ces dames ne rentrent dans aucune catégorie politique standard. Il est devenu patent que nous manquons de mots et de concepts pour décrire et comprendre le nouveau mouvement qui se développe.


Des amis qui connaissent ses parents m’ont dit que Anthony Soltero, l’adolescent qui est devenu le premier martyr du mouvement, n’était pas un étudiant radical. Il devait purger trois ans de prison simplement parce qu’il s’était joint à un cortège d’étudiants réclamant une politique d’immigration saine et de meilleures écoles.



Il y a un problème de transmission à partir des sms en anglais et espagnol, qui ressemble aux malentendus sur tout ce qui a trait aux plus de 136 marches prévues pour le 10 avril.


La plupart des hommes politiques, universitaires, porte paroles et journalistes ne savent pas comment interpréter ce qui se passe, parce qu’ils veulent rendre compte du mouvement en termes de « droits civils », « progressistes » ou d’autres termes traditionnels aux USA, mais c’est un « lit de Procuste » bien trop étroit pour ce qui éclot maintenant et qui va peser d’un grand poids contre l’habitude de tout ramener aux polémiques électoralistes : il s’agit de manifestants qui estiment être trahis par la classe politique depuis trop longtemps.



Mes anciens collègues au Central American Resource Center (CARECEN=« ils manquent [de papiers etc] », en espagnol) à Los Angeles, m’ont dit que le ralliement des organisations se fait là-bas autour du slogan « Ahora actuamos y mañana votamos » (ajourd’hui nous agissons et demain nous votons). Un bon nombre de gens parmi les Salvadoriens et Guatemaltèques qui manifestent à Los Angeles ont une trajectoire militante dans leurs pays, tout comme les Dominicains, Colombiens, Mexicains, Equatoriens et autres, qui manifestent près des buildings à colonnades romaines de City Hall, à New York.



Au lieu de chercher des références dans le cadre USAméricain, nous devrions regarder ce qui se passe en Amérique latine, où la combinaison d’actions au niveau électoral et de mobilisations de masse est en train de ruiner l’emprise politique des USA, avec une mère célibataire agnostique comme président au Chili et des indigènes au gouvernement en Bolivie.


Le dirigeant de la marche à New York , mon ami Miguel Ramirez, s’identifie tout à fait avec les combats des Africains-Américains, mais ses racines politiques se trouvent dans l’histoire des mouvements révolutionnaires au Salvador. Les hommes politiques et leurs alliés potentiels obtiendront bien plus de succès s’ils se souviennent que ces manifestants sont des Américains au sens plein, parce que Latino-Américains, et cela bien avant toutes les manifestations récentes contre l’immigration où des drapeaux mexicains ont été brûlés ; et ce sont eux qui nous obligent à redéfinir ce que nous entendons par « Américains ».



C’était déjà vrai en 1994, quand nous avons organisé dans des églises, des lycées et des associations municipales les plus grandes manifestations latino de l’histoire des USA. A cette époque, nous nous opposions, mes collègues et moi, à la proposition 187, l’initiative de l’Etat de Californie qui refusait les soins médicaux et la scolarisation aux enfants d’immigrants sans-papiers. Avec les organisations mexicaines du quartier de East Side à Los Angeles, nous étions (j’étais alors à la tête de CARECEN) au cœur d l’opposition au gouverneur Peter Wilson. J’ai vu comment l’élan de masse a amené l’organisateur Fabian Nunez et le dirigeant des manifestations Antonio Villaraigosa à affronter les positions les plus solides de la Californie, en la personne du porte parole des députés de l’Etat de Californie, et du maire de Los Angeles, respectivement.



Depuis 1994, il a été intéressant de voir les mesures qui marquent des étapes dans la latino-américanisation de la politique usaméricaine : lois pour interdire la délivrance de permis de conduire aux sans-papiers, dans plusieurs Etats, rafles sous prétexte de menaces contre la sécurité publique, harcèlement policier, etc. Comme la proposition 187 en Californie, le décret Sensenbrenner a été l’étincelle qui a donné le départ à l’embrasement général, et la carte des USA ressemble de plus en plus aux différentes teintes de brun cuivré insurgé de la Californie et de l’Amérique latine. La proposition 187, comme le décret Sensenbrenner, vont avoir des effets électoraux à court terme : le soutien des électeurs blancs aux Républicains, et à long terme, la désaffection des Latinos pour le parti républicain. Mais la mobilisation latino va au-delà de l’abrogation de ce genre de mesures. Le bon sens et l’expérience historique nous disent que c’est pour les conditions de travail, la santé, l’éducation, l’environnement, la sécurité nationale, le commerce extérieur et bien d’autres choses, que se battent les millions de marcheurs et de Latinos qui sont derrière eux.



Samuel Cevallos, Équatorien et Usaméricain, 53 ans, homme d’affaires de la ville de Jersey, voit plus loin que la défense des immigrants. « J’ai été un sans-papiers », dit-il ; j’ai participé à la marche parce que la plupart de mes amis ne peuvent pas le faire : ils ne peuvent pas aller à l’hôpital parce qu’ils ont peur ; ils ne peuvent aller travailler en voiture, parce qu’ils n’obtiennent pas de permis de conduire ; et ils ne peuvent rien réclamer sur leur lieu de travail. » Et le même Cevallos, évangéliste qui vote pour les Républicains, en voyant la foule autour de l’Hôtel de Ville, comme s’il faisait lui-même partie d’une armée d’invasion prête à saccager le forum à Rome, ajoute : « si George Bush ne peut pas s’occuper de nous, nous nous saurons nous charger de faire respecter nos intérêts. » Il parlait en espagnol, la langue qui va faire changer le sens des mots comme « gauche », « droite », « progressiste » et « américain ».



Original : http://news.pacificnews.org/news/view_article.html?article_id=809397a07522e852a65982b9bf5adeae#


Photo de Roberto Lovato : Bart Nagel





Dossier réalisé par Maria Poumier, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Ces documents sont en Copyleft pour tout usage non-commercial : ils peuvent être librement reproduits, à condition d’en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.
URL de cette page : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1692&lg=fr


Mardi 5 Décembre 2006

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