04/12/2008
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RELIGIONS ET CROYANCES
Djihâd culturel
Dans ce monde orgueilleux et misérable qui croit avoir
éliminé l'inconnu, quadrillé le périmètre
de la Liberté humaine à l'aide de ses méthodes « scientifiques »,
« frappé les cieux d'alignement, chassé les dieux
du firmament » comme chantait avec nostalgie l'un des derniers
troubadours français, j'ai la certitude : 1° que les voix des
religions, des théologies, des métaphysiques du passé,
restent vivantes, assez pour nous montrer le chemin de la Vie, de la Joie, de
la Liberté. Péguy disait : « Homère est
nouveau ce matin, et rien n'est peut-être aussi vieux que le journal ».
Parole on ne peut plus juste, encore que le « peut-être »
soit pour le moins une litote. Ce matin comme tous les matins, c'est Homère,
c'est Hésiode, c'est Parménide, ce sont Socrate, Platon, Plotin,
Proclus, Denys, Augustin, Ghazâli, Ansâri, ibn 'Arabi, etc. qui
sont nouveau, qui viennent de sortir, qui sont jeunes, vifs et frais ;
et c'est le journal, avec en page 3 l'interview de la gourdasse de service
qui a sorti le énième panégyrique de la psychanalyse jüngienne,
c'est l'imâm machin et son stupide islam salafiste repeint aux couleurs
de la démocratie de marché, ce sont les petits cuistres derridiens
et leur déconstructionnite aiguë qui vont encore nous bassiner avec
leurs multiples strates de bavardage « sédimenté »,
ce sont tous ces Bouvards, ces Pécuchets, ces professeurs Nimbus pérorant
dans le poste qui sont vieux, décatis, ratatinés, fripés,
qui sentent le renfermé ; ils ressemblent à de veilles peintures
jaunies et décolorées d'ancêtres aux postures guindées,
qui ornent les greniers de certaines vieilles demeures hantées par les
rats et la mérule. Qu'on leur fasse un enterrement sans cérémonie,
à moins qu'ils ne préfèrent le mode d'inhumation jadis
préconisé par Alphonse Allais : un pétard dans le fondement,
et envoyez le feu d'artifice ! Mais de grâce, laissez vivre les vivants.
2° qu'en particulier, l'islam représente une inépuisable réserve
d'Esprit et notamment d'Esprit de jeunesse, d'Esprit de conquête et de
liberté, et surtout une inépuisable réserve d'étrangeté
dont ce monde menacé par l'infâme triomphe de l'anodin, du familier,
a besoin pour éviter l'écrasement dont parlait Péguy dans
ce magnifique quatrain de l'Ève, que je ne résiste pas à
l'envie de citer :
Vous regardez monter la lourde ingratitude. Oui, l'islam, Religion de l'Étranger, lequel était au commencement des choses et emmènera ses rares amis, à la Fin des Temps, dans la « demeure de Majesté », vêtus d'habits étincelants confectionnés avec tous les crachats des gens du Monde, représente bien la grande espérance pour ceux qui se sentent résolument étranger au monde des Bouvards, des Pécuchets, des baudruches et des Pantalons (2), des Ramadan et des Ratzinger. En ces temps de barbarie, la « nouvelle barbarie dont il n'est pas sûr cette fois qu'elle puisse être surmontée » comme a dit un grand philosophe contemporain, il y a un énorme combat à mener pour l'Intelligence, pour la Vie, pour la Culture au sens de Michel Henry : « « Culture » désigne l'autotransformation de la vie, le mouvement par lequel elle ne cesse de se modifier soi-même afin de parvenir à des formes de réalisation et d'accomplissement plus hautes, afin de s'accroître ». Les musulmans peuvent et doivent être à la pointe de ce combat, s'ils ne veulent pas manquer à leur vocation et encourir la Colère du Celui qui a créé l'Intelligence avant toute chose et en a fait le premier devoir du croyant. Mais pour cela, il faut qu'ils retournent – qu'ils se « convertissent », au sens étymologique – à l'islam véritable, celui enseigné par l'homme qui a dit « consulte ton cœur », celui qui peut réellement « faire sienne » toute « parole de sagesse », d'où qu'elle provienne ; celui, enfin, qui, au rebours du Monde Moderne, épouse complètement le mouvement de la Culture, ce mouvement de la vie vers des formes de réalisation et d'accomplissement plus hautes. Peu importe que cet islam-là soit, aujourd'hui, assez minoritaire – la Vérité a toujours été minoritaire ici-bas : heureux les minoritaires ! – de toute façon, s'il faut qu'un islam survive à la catastrophe cyclique qui nous pend au nez, ce sera forcément celui-là, et non la caricature entretenue à grand frais dans toutes les « universités islamiques » par des momies baignant dans le formol. De cette dernière, on peut augurer la disparition prochaine, suivant de peu deux ou trois impostures du même acabit, et ce ne sera pas dommage. Rien que cette perspective constitue en soi une raison d'espérer. Oui, c'est à l'islam de l'Esprit, cet éternel étranger, qu'il est grand temps (je veux dire : pour nous, musulmans. Les autres n'ont qu'à prendre leurs propres responsabilités) de nous convertir ou de nous re-convertir, non à celui qui s'ébroue contre la métaphysique et s'extasie devant les derniers progrès de la physique, naturellement annoncés dans le Saint Coran (avec combien de décimales exactes ? On ne nous le dit jamais. Ou bien peut-être est-il sacrilège de poser la question ?) ; celui qui tourne le dos à sa propre tradition métaphysique et spirituelle au nom d'un prétendu « retour aux sources » parfaitement illusoire. Parce que la Source à laquelle il importe de faire retour – tout comme la Vie et la Culture procèdent à leur propre « accroissement » à travers un incessant retour aux sources, et sont en ce sens répétition, tradition – cette Source est en nous-même et pas ailleurs. Mais cela, il ne faut jamais oublier que dans ce perpétuel « complot contre la vie intérieure » qu'est le Monde Moderne, ainsi que l'a défini l'un des grands esprits du siècle dernier, c'est une position subversive et révolutionnaire. La bataille promet d'être rude, mais elle mérite d'être menée parce qu'elle est aussi celle du sens, et que le sens est ce qui ne peut décevoir. Comme dit un philosophe contemporain qui a toute ma sympathie : « seul ce qui a un sens est réel ». La bataille du sens est la bataille du Réel. Tel est le « Grand Djihâd » aujourd'hui. C'est une fierté et un honneur pour moi de le faire. Dans cette perspective, je me ferai une joie de dénoncer toute imposture intellectuelle commise au nom de l'islam ou d'autres valeurs éminentes comme Dieu, la Liberté, etc. Et j'essaierai, autant que possible, de montrer aux hommes la vraie nature du Croissant, figure de l'Esprit, emblème de la Folie et de l'Idiotie divines sources transcendantes des lumières de l'Intellect, appelées à triompher du Monde de l'avilissement et de sa rationalité inversée. Terminons provisoirement par ces paroles qu'un certain Bédouin illettré – mais pas plus fruste que ne l'était le philosophe Plotin, cet autre illustre analphabète – prononçait en voyant la nouvelle lune, et qui résument parfaitement notre foi dans cette folle sagesse du Croissant : « Allahumma – notre Seigneur ! – Apporte-nous avec cette nouvelle lune l'Assurance et la Foi, le Salut et la Paix (islâm) ! Mon Seigneur et ton Seigneur est Allah, Croissant de Rectitude et de Bien ! »
(1) La coloquinte est un genre de courge ornementale, au goût amer et aux propriétés purgatives. Beaucoup de religieux officiels me font penser à ce légume en raison de ces deux dernières caractéristiques. En revanche, ils en diffèrent par les qualités ornementales beaucoup plus contestables. (2) Voir l'article « Aristote chez la Mère Poulard ». Esprit de l'islam, islam de l'Esprit
L'islam de Rûmi est l'islam authentique, parce qu'il accomplit
vraiment la parole du Prophète : « Le croyant est à
la recherche de paroles de sagesse ; où qu’il les trouve,
il est le plus en droit de les faire siennes. » De la bouche de
l'Envoyé d'Allah, la foi islamique est amour et recherche de la sagesse,
par delà toutes les frontières de temps, d'espace, de culture
ou autres, puisque il est bien dit que le croyant est en droit de s'approprier
toute sagesse véritable, sans regard pour sa provenance apparente,
étant bien entendu que sa provenance véritable ne peut être
que l'Attribut unique et transcendant de la Sagesse divine. Or toute parole
du Prophète étant infiniment inspirée et par conséquent
absolue, doit dès lors signifier réellement tout ce qu'elle est
susceptible de signifier. Si j'entends bien, toutes les « paroles
de sagesses » écrites dans tous les dialectes d'Orient et d'Occident,
en hébreu comme en syriaque, en arabe comme en persan, en grec comme
en latin, en tant que croyant (s'il plaît à Dieu), je suis en droit
et par conséquent en devoir de les faire miennes, je suis même
plus en droit que n'importe qui au monde et hors du monde, si ce n'est un croyant
comme moi ou meilleur que moi. Notamment, j'ai le droit de faire miennes les
paroles suivantes, pleines de sagesse, de Léon Bloy :
« Si l'Église, dont [Louis Veuillot] aimait à se dire le fils dévoué, avait pu faire entrer son esprit dans la tête de ce mastodonte, il aurait trouvé mieux à faire, assurément, que de couvrir d'immondices la race douloureuse des plus nobles hommes de son siècle. Il aurait pu dire avec une sagesse catholique très haute, et qui eût été la clairvoyance même de l'amour : Shakespeare nous appartient et Byron nous appartient ; Musset, Lamartine, Hugo lui-même, nous appartiennent aussi et tous ceux qui ont eu une minute de désintéressement adorateur et de vraie tendresse. Ils sont à nous tous les pleurants, tous les souffrants, tous les crucifiés et tous les désespérés de la vie, tous ceux enfin qui ont battu de leur cœur contre l'intangible porte des cieux. Et nous disons qu'il en est ainsi, parce que nous avons faim et soif de justice, et qu'un rassasiement éternel a été promis à ceux qui auraient cette fin et cette soif... ». Si je prêtais attention à toutes les idioties que l'on écrit au nom de l'islam, et qu'en plus je me mettais à les appliquer, ce qui serait bien le comble, je devrais trembler de respect devant des mandrilles enturbannés sortis d'al Azhar par le croupion ou de l'émonctoire médinois par n'importe quelle embouchure, qui n'ont jamais écrit ni même pensé de leur vie quelque chose d'aussi profondément islamique que ce qui précède. Ce faisant, je trahirais la littéralité de la parole du Prophète : « Consulte ton cœur. Le bien est ce qui procure le repos à l'âme et au cœur. Et le péché est ce qui te dérange en ton for intérieur et qui tourmente ta poitrine en dépit des multiples conseils. » Le voilà, l'esprit de l'islam. C'est dire avec une sagesse très haute qui est la clairvoyance même de l'amour : Plotin nous appartient et Proclus nous appartient ; Augustin, Denys, Érigène, Eckhart, Rusbrock, Bloy lui-même nous appartiennent aussi et tous ceux qui ont eu une minute de discernement métaphysique et d'intuition intellectuelle. « Consulte ton cœur », c'est-à-dire non point : « fais ce que tu veux », encore moins : « consulte telle charogne influente connue pour son incomparable habileté à rendre la religion odieuse aux gens et l'air irrespirable à son approche », mais bien : consulte cette part de divin en toi, ce rayon de la Lumière divine qui est l'ombilic de ton être, il t'indiquera le moyen de remonter à la source des Lumières, du bien et de la sagesse, où il trouvera le repos et la paix au milieu des autres rayons – cette divine Paix intérieure que le bienheureux Rusbrock décrivait à la perfection dans ses Noces spirituelles : « l’unité du cœur est la collection de toutes les puissances de l’homme réunies et senties dans le domicile de la profondeur. La paix intérieure est le don de l’unité. La paix est la puissance intime et recueillante qui embrasse l’âme, le corps et toutes les puissances intérieures ou extérieures dans l’unité brûlante de l’amour » - et où, embrasé et embrassé, et embrassant toute chose dans « l'unité brûlante de l'amour », il se reconnaîtra dans toute parole d'amour, et fera sienne toute sagesse : celle de Rusbrock comme celle de Rûmi. En vérité, il n'y a qu'une Sagesse et nous savons
qu'elle est « folie aux yeux du monde ». Qui était
Platon ? Un fou. Qui était Plotin ? Un fou (néo-)platonicien.
Qui étaient les Ikhwân as-Safâ' ? Des fous néo-platoniciens
et pythagoriciens. Qui étaient le Prophète et ses Compagnons ?
Des fous assurément, les plus fous d'entre les fous, qui nous ont montré
l'exemple de la plus haute et de la plus sainte forme de folie, celle qui consiste
à placer la Vérité unique au-dessus de tout, des biens
et des enfants, de la vie et de la mort, du moi et des autres, poussant le délire
jusqu'à ne pouvoir poser les yeux sur une chose, aussi dérisoire
et insignifiante soit-elle, fût-ce une pierre, une charogne ou un lointain
ancêtre de nos intellectuels islamo-démocrates modernes, portant
sur ce qui lui sert de visage toute la turpitude de sa lignée, sans voir
la Vérité, c'est-à-dire la Face même de Dieu, avec
elle, avant elle, après elle, emplissant de Sa Présence tout ce
qui se trouve au ciel et sur la terre, entre les deux et au delà... Oui,
l'islam est cette merveilleuse école de folie, le délire ultime
qui récapitule toute la folie d'une humanité capable de dépassement
vers le Supra-humain, non encore avilie par les conceptions modernes qui ravalent
tout au niveau d'un hypothétique « homme moyen »
tout pétri en réalité d'infra-humain, authentique untermensch
aussi incapable de générosité que de véritable égoïsme,
de sainteté que de vrai satanisme, d'enthousiasme que d'intellection...
École de folie et, plus encore, d'idiotie ; les ennemis de
l'islam prétendent que celui-ci rend idiot, n'ayons pas peur de leur
donner raison pour mieux en souligner la grandeur, selon la fameuse méthode
thomiste consistant à « épuiser l'objection »
en accordant à l'adversaire tout ce qu'il demande et même davantage.
En effet, le Prophète lui-même n'a-t-il pas dit que « la
plupart des habitants du Paradis sont des idiots » (cité
par Ghazâli dans son Livre des merveilles du cœur) ? Voilà pourquoi, face à ce monde de l'ingratitude
et de l'avilissement, du déni de l'Être, de la Pensée et
de la Vie, l'islam, dans sa dimension eschatologique essentielle qui le rend
comme mystérieusement solidaire des temps troublés que nous vivons
et qui, ne l'oublions pas, ont été annoncés et voulus par
Dieu de toute éternité, représente une « ardente
espérance » pour tout être vivant et pensant, pour tous
les crucifiés et tous les désespérés de la vie,
tous ceux enfin qui ont battu de leur cœur contre l'intangible porte des
cieux, qui aspirent immédiatement à une Vie supérieure
et divine, tendus vers l'Absolu depuis les hauteurs de l'Esprit qui en est l'image
très parfaite, le piédestal au-dessus de la multitude des porcs
et le reposoir au milieu de ses dévots. Cela parce que sa nature même
le prédispose à jouer ce rôle d'enseigne et d'annonceur
du règne de l'Esprit à la fin des Temps, et par conséquent
de rassembleur de tous ceux qui croient encore à la dignité inamissible
de l'Âme, de l'Intelligence et de la Pensée, et à l'indignité
subséquente de ceux qui niant l'unité de l'Âme et la transcendance
de l'Intellect, prétendent soumettre la Pensée au règne
de la Matière. « Allahumma – ô mon Dieu – prie sur notre seigneur Muhammad, l'Océan de Tes Lumières, la substance de Tes Secrets, la langue de Ta preuve, l'époux de Ta Souveraineté, le patron de Ta Présence, l'archétype de Ton Royaume, le plérôme de Ta Miséricorde (Rahmah), la voie du cheminement vers Toi, l'être comblé de la délectation de Ton Unité, l'Homme (insân) essence concrète, eccéité de l'Existence, la raison d'être de tout existant, essence de l'essence des êtres que Tu as naturés, le jaillissement primordial de Ta Lumière ; prie sur lui d'une prière qui dure de Ta Durée et subsiste de Ta Subsistence. » Platon, Plotin, Proclus... Boèce, Érigène, Rusbrock... Ghazâli, Rûmi, Ansâri... Autant de rayons émanés d'une même Face de sainteté, ondulations d'un même Océan de grâce, secrets pétris d'une même Substance, délires issus d'une même Folie... La doctrine du Tawhîd rassemble et lie tous ces rayons dans la figure de son sublime fondateur, le Prophète pasteur, philosophe et gnostique ; elle a le pouvoir de nous enseigner le moyen de remonter à la source de toute divagation sur l'Ineffable, de contempler cette source en elle-même, d'une contemplation supérieure à la multiplicité, à la raison, à la science, supérieure au délire même. Elle remplira cette fonction jusqu'à ce que l'hydre moderne soit terrassée et la dignité de l'Intellect à nouveau reconnue, parce qu'à moins de tourner purement et simplement le dos à la tradition, un croyant ne peut pas lire une parole comme celle-ci : « la première chose qu'Allah a créé est l'Intellect. Il dit alors : « Approche ! » Et l'Intellect s'approcha. Puis il dit : « Tourne-toi ! » et il se tourna. Puis Allah, puissant et majestueux, dit : « Par Ma Puissance et Ma Majesté, Je n'ai rien créé de plus noble que toi. Par toi Je prends et par toi Je donne. Par toi Je récompense et par toi Je châtie », ou celle-ci : « il y a une sorte de science cachée connue seulement de ceux qui sont savants par Allah. S'ils en parlent, seuls les contredisent ceux qui méconnaissent Allah » et faire semblant de ne pas voir ce qui crève les yeux, que l'homme qui prononce de telles paroles et quantité d'autres du même genre est en symbiose et en résonance, en consonance avec les métaphysiciens de toutes les nations, les fanatiques de la Vie divine et de la Pensée pure, qu'ils se nomment Proclus ou ibn 'Arabi, et certainement pas, en tout cas, avec le triple extrait de coloquinte (1) enturbanné qui a prononcé, pour sa honte et celle de tous ceux qui le suivent, cette fatwa mémorable, digne de figurer au palmarès des sentences d'imbécile aux côtés de la « prestigieuse modernité » de l'indétrônable Meddeb : « l’erreur sur laquelle s’est fixée pendant bien longtemps la pensée islamique était cet entrain pour les recherches métaphysiques. Car ces recherches se faisaient aux dépens des recherches scientifiques et techniques, ces dernières constituant le pilier central du développement humain et de l’élargissement des activités humaines. » Jusqu'à l'ablation des mille têtes de l'Hydre et à la réduction complète du monstre, il y aura toujours des légions d'imbéciles dévots pour bienvenir ce genre d'avis qui, émanant d'« autorités » dûment appointées, les dispense heureusement d'avoir à penser par eux-mêmes. Contre les légions d'imbéciles indévots toujours prompts à instrumentaliser l'imbécillité des imbéciles dévots pour justifier leur haine du Sacré, confirmant au passage les conceptions les plus étriquées de ces derniers sur le dit Sacré – car les imbéciles, dévots ou indévots, se serrent toujours les coudes quand il s'agit de conspuer une idée vraiment noble, une doctrine vraiment profonde – on fera valoir que tout cela avait déjà été prévu et dénoncé d'avance par les Nobles Anciens, tel l'Imâm 'Ali qui disait : « Deux hommes sont une calamité : le savant débauché et l'ignorant dévot. L'ignorant égare les gens par ses actes de dévotion et le savant les égare par sa débauche » (cité par l'imâm Ghazâli dans sa Reviviscence des sciences de la Religion). Il y a une singulière et fort réjouissante convergence de vue entre le saint Imâm Commandeur des croyants et l'auteur des Grands cimetières sous la lune : « Dieu sait, par exemple, ce que coûte au reste du monde le maigre cheptel bigot entretenu à grands frais par une littérature spéciale, répandue à des millions d'exemplaires sur toute la surface du globe, et dont on voudra bien reconnaître qu'elle est faite pour décourager les incroyants de bonne volonté. » Non, mille fois non, le Prophète et ses Compagnons, et
les saints qui les ont suivis en donnant leur vie ne sont pas venus pour ce
« maigre cheptel bigot » qui écoute les leçons de
Tariq Ramadan sur cassette audio et se repaît d'une « littérature
spéciale » aux titres aussi aguicheurs que : « Comment
préserver sa vertu », « Juge-toi avant d'être
jugé », « Les mille vérités scientifiques
du Coran », etc. Ni pour ceux que Bernanos appelle encore les
« combinards de la dévotion » : puisque tous ces gens, « savants »
prébendés, avides d'honneurs et de pouvoir, vivant au crochet
des masses dont ils organisent l'abrutissement méthodique, et ignorants
qui « égarent les gens par leur dévotion », sont
au contraire ceux que l'Imâm 'Ali, comme le Prophète et tous les
authentiques sages de l'Islam à sa suite, ont dénoncé comme
la plus grande des « calamités ». Jeudi 10 Juillet 2008
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