Economie

Deux ans depuis l’effondrement de Lehman Brothers



Nick Beams
Lundi 27 Septembre 2010

Deux ans depuis l’effondrement de Lehman Brothers
Deux ans après que l’effondrement de Lehman Brothers a déclenché la plus grande crise financière et économique depuis la Grande Dépression des années 1930, aucune des contradictions sous-jacentes au système capitaliste mondial n’a été résolue. Au contraire, elles prennent des formes de plus en plus malignes au fur et à mesure que les classes dirigeantes de par le monde lancent leur offensive contre la classe ouvrière pour lui faire payer la crise.
Quelques semaines seulement après la chute de Lehman l’ensemble du système financier mondial se trouvait au bord de l’effondrement. Le président des Etats-Unis est apparu à la télévision pour mettre en garde que « d’importants secteurs du système financier américain étaient menacés de fermeture » et que sans mesures d’urgence « Les Etats-Unis pourraient glisser dans une panique financière. » Rien de comparable n’avait été vu depuis la grave crise des années 1930.
Au cours des trois mois suivants, le commerce mondial, les investissements, les valeurs boursières et la production industrielle commencèrent à dégringoler plus vite que durant la période correspondante après le crash de Wall Street d’octobre 1929.
L’effondrement de l’ensemble du système financier ne fut stoppé que grâce au plus grand renflouement des banques et des institutions financières de l'histoire. Des années durant chaque revendication pour une amélioration des conditions sociales avait été contrée en affirmant que les « caisses sont vides », les gouvernements et les banques centrales partout dans le monde ont subitement trouvé des centaines, si non des milliers, de milliards de dollars. Le coût total de l’opération de sauvetage est estimé à quelque 14 mille milliards de dollars, soit l’équivalent d’un quart du produit intérieur brut mondial.
Confrontés à une colère profonde contre le fait qu’ils renflouaient ces institutions mêmes qui avaient causé la crise, les dirigeants gouvernementaux adoptèrent une attitude de « gauche ». Ils insistèrent que des actions seraient prises pour qu’une telle chose ne se reproduise plus jamais. Les banques et les institutions financières, dont les activités irresponsables et dans certains cas carrément criminelles, avaient provoqué la catastrophe seraient placées sous contrôle.
Des politiciens droitiers tels le président français, Nicolas Sarkozy, fulminèrent contre les excès capitalistes. Le premier ministre australien, Kevin Rudd, rédigea un essai de 7.000 mots pour dénoncer le « néo-libéralisme » en insistant sur le fait que la social-démocratie devait sauver le capitalisme de lui-même.
Deux ans plus tard, loin d’être remis à leur place, les banques donnent à nouveau le ton. Après une série de consolidations et de fusions, les banques américaines exercent un contrôle même plus grand sur l’économie et donc sur le gouvernement qu’elles ne le faisaient avant le crash.
Les profits ont atteint leur niveau d’avant la crise et des bonus s’élevant à plusieurs millions de dollars ont été réintroduits. Partout dans le monde les actions en bourse des ultra-riches, qui tirent une grande partie de leur fortune d’opérations financières, sont de nouveau en hausse après avoir subi un repli minime en 2009.
Loin d’avoir à payer pour la crise, les banques et les institutions financière profitent de la crise qu’elles ont elles-mêmes créée.
En novembre dernier, le président-directeur général de Goldman Sachs, Lloyd Blankfein, avait tenu des propos tristement célèbres en déclarant accomplir le « travail de Dieu ». Mais ce n’est pas la volonté divine qui a consolidé les banques. La majeure partie des bénéfices de Goldman Sachs et de ses homologues est venue de l’argent prêté par la Réserve fédérale américaine à des taux d’intérêt avoisinant presque zéro et qui est ensuite utilisé pour financer la dette du gouvernement américain à des taux bien supérieurs.
L’opération massive de renflouement lancée après l’effondrement en 2008 n’a pas résolu la crise. Elle a simplement transféré à l’Etat capitaliste les « actifs toxiques » accumulés par les banques. Maintenant la facture va devoir être payée … non pas par le capital financier mais par la classe ouvrière. C’est la signification des mesures d’austérité qui sont appliquées par les gouvernements dans le monde entier et du développement de formes de gouvernement plus en plus autoritaires pour les imposer.
Tandis que les banques en ont tiré profit, la classe ouvrière est confrontée à une situation qui ne cesse de se détériorer. Aux Etats-Unis, près de 30 millions de personnes sont soit sans emploi soit sous-employées soit encore ne figurent plus dans aucune catégorie. Le chômage de longue durée se trouve à son plus haut niveau depuis la Grande dépression et le gouvernement Obama, sous les dictats du capital financier, se refuse à appliquer des mesures pour résoudre la crise sociale.
En Grande-Bretagne, où la City de Londres était l’un des principaux centres mondiaux de la spéculation financière et de l’escroquerie manifeste, des millions de personnes seront touchées par les coupes les plus sévères des dépenses publiques depuis trois générations, dépassant de loin celles imposées par le tristement célèbre gouvernement Thatcher dans les années 1980.
Tous les gouvernements d’Europe imposent pour l’heure des mesures de rigueur suite au renflouement des banques de 750 milliards d’euros, en mai dernier, étant donné que les marchés financiers exigent que ce soit la classe ouvrière qui paye. Entre-temps, la crise financière continue de s’aggraver. Le mois dernier, Morgan Stanley a mis en garde que loin d’avoir été résolue, la crise de la dette souveraine n’était pas limitée à l’Europe mais s’étendait au monde entier. Il ne s’agissait pas de savoir si, mais quand un gouvernement allait devenir insolvable en ne pouvant pas honorer le remboursement de sa dette. L’avertissement a été immédiatement suivi par de nouvelles craintes concernant la stabilité financière de l’Irlande, du Portugal et de la Grèce.
Dans un article publié lundi, l’éditorialiste du Financial Times, Wolfgang Münchau, remarquait que la « fragilité » du système bancaire européen deux ans après l’effondrement de Lehman se poursuivait. « Je parie que nous en parlerons encore dans cinq ans. A son tour, ceci signifie que la crise financière se poursuivra encore et encore du moins dans la zone euro. »
En extrême Orient, une année de stagnation économique fait place à une autre dans l’économie japonaise et il n’y a pas de fin en vue étant donné que la dette publique a augmenté à près de 200 pour cent du produit intérieur brut.
Toute assurance que le capitalisme mondial est sur le point d’entamer une nouvelle phase de croissance parce que la montée de la Chine procurera une stabilité est réfutée par le fait que la croissance chinoise elle-même dépend de l’économie mondiale. Il faut rappeler qu’après le premier grand effondrement du capitalisme mondial en 1914, l’économie des Etats-Unis avait joui d’un boom massif dans les années 1920, pour s’effondrer à la fin de la décennie lorsqu’elle se heurta aux limites imposées par le marché mondial.
De plus, la croissance de la Chine crée une série de tensions géopolitiques et économiques au fur et à mesure qu’elle est confrontée aux Etats-Unis. Ces conflits ne peuvent être résolus pacifiquement pas plus qu’ils n’avaient pu l’être antérieurement quand la montée de l’Allemagne et du Japon n’avait pu être acceptée par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, et avait abouti à deux guerres mondiales en l’espace de moins de quatre décennies.
Au moment où la crise financière mondiale éclatait, le WSWS avait averti qu’elle aurait deux conséquences immédiates.
Premièrement, que les classes dirigeantes du monde entier chercheraient à remodeler les rapports de classes et à développer des formes de gouvernement de plus en plus autoritaires afin de faire payer à la classe ouvrière la crise du système capitaliste. Deuxièmement, qu’il y aurait une « restructuration » des relations internationales au fur et à mesure que s’exacerberaient les rivalités et les conflits entre les puissances impérialistes.
Ces avertissements ont été confirmés. Au cours de ces deux dernières années, l'ensemble de la supra structure politique a opéré un virage à droite. Ce processus continuera en s’accélérant jusqu’à ce que la classe ouvrière commence à intervenir et à avancer son propre programme socialiste indépendant pour résoudre la crise dans son intérêt et en ouvrant la voie pour sortir de l’impasse dans laquelle le capitalisme a poussé l’humanité.

http://www.wsws.org/ http://www.wsws.org/



Lundi 27 Septembre 2010


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