Philosophie politique

Détachement et aliénation : de la liberté de choix à la promesse de l'élection


AUTEUR: Ariella Atzmon

Traduit par Marcel Charbonnier


Ariella Atzmon
Samedi 11 Août 2007

Détachement et aliénation : de la liberté de choix à la promesse de l'élection

Au commencement était le LOGOS, la parole de Dieu, à laquelle allait faire suite l'interdiction de toute figuration. C'est ainsi que les enfants d' Israël se retrouvèrent perdus dans un monde uniquement constitué de mots et vide d'objets. Freud, devant cette condition de désarroi, diagnostique une névrose obsessionnelle, tandis que Lyotard opte pour l'hypothèse de la psychose [1]. Il va de soi, partant, qu'afin d'évaluer la spécificité du judaïsme, nous devons préalablement nous libérer des limitations du politiquement correct.

L'analyse des deux synonymes Aliénation et Détachement résume le hiatus opposant une conception qui réfère aux êtres humains en tant que célébrant la liberté de choix et l'auto-persuasion judaïque de l'élection. Pour les juifs, être juifs, cela signifie être récompensés de leur engagement dans une alliance mutuelle avec Dieu (alliance impliquant que l'énonciation de son nom est interdite) par la promesse de l' « élection ». Il peut être utile d'adopter l'angle de vue psychanalytique afin de vérifier que le comportement politique juif typique est effectivement affligé des symptômes du détachement. J'avance que la prohibition mosaïque des représentations (images) a bien plus d'importance que les inventeurs de l'_expression « tradition judéo-chrétienne » ne sont prêts à l'admettre (au cas improbable où leur promptitude à balayer ce problème sous le tapis leur en laisserait le temps.)

Contre la prétendue "tradition judéo-chrétienne» Le réexamen de l'apparition de l'_expression « tradition judéo-chrétienne », du point de vue philosophique, révèle une tentative des juifs d'oublier [et de faire oublier] la différence absolue, sans fond, opposant le judaïsme et le christianisme. Cette _expression, inventée aux Etats-Unis, en 1964, par une réunion de cent vingt rabbins, était un complot délibéré pour exclure l' Islam et donner l'impression que le judaïsme et le christianisme seraient des religions européennes monothéistes sours, qui adoreraient le même Dieu, auraient en partage les mêmes textes sacrés et les mêmes standards éthiques. Cette _expression a été controuvée afin de créer un consensus religieux basé sur l'idée illusoire selon laquelle la reconnaissance du judaïsme aurait pour effet de repousser l'antisémitisme. Ainsi, avant d'utiliser le terme « judéo-chrétien » et la terminologie qui en découle afin de démarquer d' autres traditions la culture européenne, il est sans doute recommandable de souligner la parenté entre le judaïsme et l'Islam, plutôt que sa prétendue proximité du christianisme. En tant qu'invention politique, le terme « judéo-chrétien » dissimule le fait qu'il n'y a aucun principe compatible qui soit commun au judaïsme et au christianisme. Ces deux religions prônent en effet des valeurs éthiques totalement opposées, ainsi que des conceptions de Dieu et de l'être humain en contraste violent entre elles. De fait, toute l' histoire occidentale peut être narrée en référence au conflit éternel qui oppose ces deux religions.

les juifs ne sont pas aliénés, mais détachés Les symptômes du détachement ayant été attribués à l'identité juive, nous devons définir ce que signifie « détachement », par opposition à « aliénation ». Le détachement se définit comme une maladie mentale ; il s' agit d'une séparation spirituelle et mentale d'avec le monde, qui se manifeste par l'absence d'empathie pour les préoccupations terrestres. Ainsi, le détachement, en tant que capacité ou propension à observer autrui sans aucun engagement émotionnel, peut être diagnostiqué comme intermédiaire entre la névrose et la psychose. L'aliénation, en revanche, est une extranéité dans les sentiments qui est imposée au sujet par des circonstances externes. Dans le meilleur des cas, il s'agit d'une externalisation intentionnelle du vécu ; et dans le pire des cas, il s'agit de situations dans lesquelles l'homme est conditionné à être aliéné de ce que sont ses fonctions et ses créations normales et dans lesquelles, au lieu de contrôler [ces fonctions et ces productions] (comme dans la théorie marxiste), le sujet est contrôlé par elles. A la différence du détachement, l'aliénation n'est pas une pathologie mentale intrinsèque, dès lors qu'elle est causée par un conditionnement.

De fait, les juifs ne sont pas aliénés, mais bien détachés. Tout au long de l'histoire, la présence de juifs a joué un rôle manifestement central dans toutes les affaires terrestres. Plus de la moitié des postes de responsabilité de l'administration Bush sont tenus par des juifs. Les recherches montrent que ce sont des juifs qui ont été les initiateurs de la plupart des idéologies et que ce sont des juifs, aussi, qui ont déclenché la plupart des réformes ou des révolutions sociales et culturelles. Ceci démontre que les juifs sont non pas aliénés, mais détachés des conséquences glauques de leurs agissements. Bien que les juifs soient perçus comme l' éternel et ultime « autre », la présence juive et son influence incontestable sont évidentes dans tous les domaines de la vie politique et culturelle. Il est parfois suggéré que l'adhésion au rôle de l' « autre » ultime, et notamment [et notablement] aux tendances séparatistes que ce rôle implique, serait attribuable à une transcendance du figuratif , c'est-à-dire : au fait que les juifs ne seraient pas distraits, par des images qui leur sont interdites, du jeu avec les mots. Le judaïsme se caractérise par l' interdiction de représenter Dieu. Les juifs adorent un Dieu qu'ils ne peuvent pas voir. La perception sensorielle est seconde, par rapport à l' idée abstraite. L'oreille écoute l'écriture, et cette écriture provient d'un Dieu absent ! Aussi, ce qui est considéré comme un triomphe judaïque de l' intellectualité sur la sensualité répudie-t-il la complémentarité discours / figure.

Ainsi, chez les peuples primitifs, c'est le figuratif qui prévaut, et il n'y a, par conséquent, ni philosophie, ni politique délibérative. L'homme primitif résout son désir d'accomplissement au sein de l'organisation sociale existante elle-même, ainsi que grâce à la façade culturelle rituelle qui satisfait son désir de connaissance. Dans la polis grecque, au contraire, le rhéteur a initié un usage séculier du discours, dans lequel le mot doit paraître raisonnable. L'apparition du logos a donné naissance à la science. Dans l'hellénisme, les rituels païens étaient orientés vers l' épique théâtrale et vers le théâtre rhétorique. L'hellénisme a transformé la magie en mythe, en théâtre. Le dionysien a opéré la jonction avec la scène de la rhétorique apollinienne, ce qui a ouvert la voie à la logique. C'est cette voie que les peuples occidentaux ont empruntée, depuis lors. Dans le judaïsme, l'interdiction de l'accomplissement figuratif des désirs s'est transformée en névrose, voire en psychose. Et, dès lors que l'équilibre entre les trois éléments de la triade signifié-signifiant-référent est détruit, c'est le détachement qui prévaut. Apparemment, la mise à l'écart du référent, et y compris du signifiant, correspond à la mentalité post-structuraliste. Mais ce qui est considéré comme vertu, d'après le post-structuralisme, est allé trop loin, dans le judaïsme - jusqu'à la psychose, c'est-à-dire : jusqu'au narcissisme et jusqu'à la paranoïa [2]. L' exclusion de la figuration iconique s'est transformée, dans la tradition juive, en des rites cérémoniels répétitifs, dans lesquels le ritualisme irrationnel compense l'icône interdite. Dans le sionisme laïc, les rituels religieux ont été remplacés par des cérémonies patriotiques nationalistes.

Une psychose qui exclut la réconciliation D'après Lacan, l'imaginaire représenté par le figuratif s'oppose au symbolique, articulé en tant que langage discursif. Les gaps d'inexpressible qui inspirent l'ouvre d'art découlent d'éléments rejetés, absents en tant que mots audibles, mais mémorisés en tant qu'objets visuels. Le judaïsme exclut la figuration, il exclut la magie, il exclut la réconciliation, il refuse d'admettre le parricide, et c'est pourquoi il n'y a pas d'art, dans le judaïsme. Lyotard demande : « Où placer cette religion ? La marque empirique de sa différence, c'est la haine qu'elle inspire : l' antisémitisme. La circoncision, en tant qu'alliance avec le mot, est une coupure d'avec l'imaginaire, sans nul gain d'une entrée dans l'ordre symbolique. Par la circoncision, le juif est pris dans une double négation : tout en étant ancré dans le symbolique, à savoir « le nom du père », ce nom du père est censuré. En l'absence d'ordre symbolique, l'accès à la science est, lui aussi, condamné. De là, le juif est abandonné, seul, sans science et sans art, vidé de tout désir humain, dans un monde où l'équilibre entre le principe de plaisir et le principe de réalité est détruit. Dès lors que le désir de tuer Dieu, qui est le principal mobile de la science, est réprimé et que l'échappatoire vers l'art est déniée, les juifs sont pris dans le piège de la psychose, détachés de la réalité, avec tous les symptômes afférents.

La différence entre névrose et psychose, en termes de leurs positionnement respectif vis-à-vis du langage, tient à ceci que le schizophrène traite les mots comme s'ils étaient des objets, en percevant la réalité au moyen des signifiés, dépourvus de signifiants. Les gens normaux se débrouillent, entre les mots et leur représentation objectale, par tâtonnements, par un processus de tentatives et d'échecs. Mais si le névrotique est perdu devant les contradictions de la réalité, le schizophrène, lui, n'a aucun moyen de tester ce qui est. La tentative de récupérer les objets via leur aspect verbal, sans recourir aux images, alors que tout objet réside dans le domaine du langage articulé, entraîne une distanciation d'avec la réalité. Celle-ci aboutit à des actes inhumains, à des torts infligés [à autrui] sans même un clignement de paupière. Ce n'est pas tant une question d'amoralité que de manque de sens de l'éthique. Si la névrose est un clash entre l' accomplissement du désir et la réalité, la psychose se produit là où le sujet se retourne contre le monde extérieur, et subodore un ennemi (antisémitisme.) à chaque coin de couloir ou de rue. Si la dialectique signifie compromis et réconciliation, alors le psychotique n'est pas dialecticien. Ainsi, la politique juive, et notablement le sionisme, ne manifeste ni compromis, ni réconciliation.

Une pathologie narcissique se reconnaît à l'auto-centrage et au manque d' empathie. Quand ce désordre se double d'un sentiment de supériorité, il génère une hostilité et une paranoïa qui lèguent aux [nouvelles] générations l'injonction d'adopter la même mentalité victimaire. Celle-ci se manifeste par la légitimation du vol des terres des absents, que l'on déclare être « une décision sionistement correcte ». Au nom de la « survie » juive, le sionisme déforme l'histoire et justifie la discrimination. On le voit : le sionisme est tout aussi immoral que le judaïsme !

L'attitude vis-à-vis de la narration du passé et de l'histoire est un autre signe du détachement et de l'attitude immorale des juifs. Le juif détourne son regard du visible, et par conséquent l'histoire se transforme [pour lui] en texte religieux. Il ne s'agit pas de la réalité, mais [simplement] de mots. Toutes les traditions font revivre leurs grandeurs oubliées par reconstruction du passé. Si la gloire hellénistique a été recensée dans l' épique homérique, pour les juifs orthodoxes, sionistes laïcs inclus, le legs du passé est enterré dans les pages sacrées de la bible. Jusqu'à ce jour, la bible est considéré par toutes les variantes du sionisme comme un document légal concrétisant des « droits » à la Terre promise. En Grèce, le principe de plaisir se voyait accorder un règne entièrement libre dans l'homérisme, mais la religion juive exclut le principe de plaisir, et par conséquent le principe même de l'écriture historique est interdit. Pour les Occidentaux, l 'histoire est la réactivation des souvenirs, dans une tentative d' interpréter le passé ; pour les juifs, l'histoire est une entreprise téléologique, qui ne prétend nullement aider à comprendre le passé, mais bien plutôt établir un lien entre le cours de l'histoire et sa fin. La naissance du judaïsme messianique peut être comprise à la lumière de l' attitude juive fondamentale vis-à-vis de l'histoire. La venue du Messie est comprise comme signifiant la fin de la victimisation des juifs et l'arrivée du jour du Jugement des Gentils. Si, dans les autres religions monothéistes, le jugement de Dieu porte sur les individus, dans le judaïsme, le jugement de Dieu est révélé à travers l'histoire de la nation [juive, ndt]. Le règne de Dieu est attendu comme devant se matérialiser dans un nouveau royaume dirigé par un messie de la lignée de David. Mais l'inadéquation inhérente au judaïsme tient en ceci qu'en dépit de la promesse de Dieu, celui-ci est lointain et invisible, et les relations entre lui et ceux qui croient en lui s'opèrent par la médiation de la tradition légaliste rabbinique. Dieu ne rencontre pas le juif observant dans la vie concrète quotidienne, là où les êtres humains rencontrent leurs voisins et prennent leurs responsabilités vis-à-vis de la manière dont leurs agissements affectent les existences de leur prochain [3]. Cette attitude historique affligeante se retrouve dans toutes les avatars du sionisme. Tandis que le sionisme religieux était fondé sur les aspirations nationalistes à l'élection, en attendant la minute où Dieu restaurerait l'ancienne gloire du peuple [juif], les sionistes laïcs, inspirés par les idéologies européennes du dix-neuvième siècle, complotaient en vue de la création d'un Etat juif nationaliste, et raciste. La droite radicale était dédiée à l'idée primordiale du sang et de la race, tandis que la gauche était plongée dans une confusion extatique entre l' internationalisme socialiste et des aspirations nationalistes.

Léchec idéologique du sionisme "laïc" Il a été prouvé que c'est précisément au moment où l'on pensait que la pensée idéologique serait capable de s'émanciper de la sphère religieuse et de tenter d'accomplir sa tâche de démythologisation, que le sionisme a échoué. J'avancerais que le nationalisme juif contemporain, manifesté par la conduite israélienne colonialiste et raciste, est profondément enraciné dans le détachement juif d'avec le réel. Le fait que le sionisme séculier n'ait jamais sérieusement tenté de réfléchir de manière critique à ses éléments intrinsèquement contradictoires entre eux, est symptomatique de la vieille psychose consistant à flotter librement dans le royaume des mots.

L'Etat d'Israël reflète un clivage entre ceux qui ont la conception d'un judaïsme enraciné dans une alliance mutuelle entre les enfants d'Israël et Dieu, et ceux qui font une fixation sur l'idée de la personnalité nationale. A côté de cet antagonisme entre ces deux perceptions, tout à fait à l'instar de l'époque des prophètes, ni l'une ni l'autre de ces positions ne permet l' existence d'une communauté juive régie par ses propres assomptions fondamentales. Pour la première perception, aussi longtemps qu'existe une promesse de pouvoir poursuivre le style de vie juif et la loi halachique, l' existence d'un Etat juif indépendant n'est pas conditionnée ; tandis que la vision sioniste, en prônant la notion de personnalité étatique [statehood], est prise dans la contradiction terminologique consistant à définir Israël comme un « Etat juif démocratique ». Ainsi, dès l'instant où ils placent l' adjectif juif après le nom Etat, ils démantèlent la notion de démocratie, dans le même souffle. Parmi les nombreuses complications liées à la notion d 'un Etat juif, je choisis d'élaborer sur les perplexités associées à la notion de « juifs laïcs », qui est une curiosité en soi. Pour les orthodoxes, l'identité juive signifie une observance totale de la loi, sans compromission et, partant, elle ne pose aucun problème. Leurs difficultés commencent à apparaître, précisément, en Israël en tant qu'Etat laïc démocratique juif. C'est une obscurité réelle qui commence à être révélée, dès lors que des juifs laïcs commencent à se débattre avec leur identification en tant que juifs. La plupart des Israéliens tentent d'éluder cette question en dégainant plus vite que leur ombre, et traitent cette question par-dessous la jambe, en balançant que : ce qui unit tous les juifs, c'est l'antisémitisme, comme si l'antisémitisme était un trait inhérent au réel ! Pour donner un aperçu de leur propre animosité envers les Gentils : les juifs sont totalement persuadés que le fait d'exploiter l' altérité ultime des juifs à l'instar d'un punching-ball serait une nécessité atavique, chez ceux-ci. Les programmes scolaires israéliens blâment les autres religions, et en particulier le christianisme, qui aurait orchestré la haine visant les juifs au cours des siècles - comme si la prédisposition ségrégationniste [juive] était une invention chrétienne !.

Les livres [israéliens] destinés aux enfants sont saturés d'Inquisition et de pogromes, ignorant royalement les circonstances qui ont conduit à ces événements historiques. Les juifs israéliens pleurent leurs enfants tués, tout en ignorant totalement leurs propres atrocités, qui ont amené un martyr palestinien à perpétrer son geste désespéré.

Certains Israéliens juifs laïcs répètent le slogan selon lequel le judaïsme n'est pas une entité homogène, et qu'il y a plusieurs variantes du judaïsme. Ils s'identifient en tant que juifs qui se caractérisent par la glorieuse tradition culturelle juive de l'étude. Mais cette fausse fierté tombe facilement en pièces quand on leur demande ce qu'ils entendent par « culture juive », ou quelles sont les principales vertus authentiques de l'étude juive ? Leur ignorance est enracinée dans des motivations religieuses et politiques qui brouillent intentionnellement la narration de la chute de Jérusalem et de la naissance du christianisme. Les juifs, en général, et les juifs israéliens, en particulier, ont des connaissances très réduites en matière de Pharisiens, de Saducéens, d'Esséniens, qui sont différents paradigmes judaïques opposés entre eux.

Le pouvoir rabbinique Dans son ouvrage Péchés originels [Original Sins], publié en 1993, Beit Hallahmi élabore une analyse complète qui explicite le contexte de la distorsion de l'hébraïsme en tradition rabbinique. La tradition rabbinique est responsable de ce qu'on appelle la culture juive, ou le génie juif, depuis plus de deux mille ans d'exil. L'auteur accuse cette tradition d'être à l'origine de la ségrégation et de l'intolérance juives. Dans l'exil, après la chute de Jérusalem, la tradition rabbinique s'est imposée, et elle est devenue la force agissante qui anime toutes les caractéristiques de l' identité juive. Le pouvoir rabbinique a interprété la loi énoncée dans les cinq livres de Moïse, qui sont la version écrite de la tradition orale recueillie dans les six volumes constituant la Mishna. Celle-ci constitue le noyau de gloses ultérieures, dans le Talmud. Beit Hallahmi affirme que la Mishna était, en réalité, une nouvelle version du judaïsme. La tradition rabbinique est quant à elle liée aux Pharisiens, qui tentèrent de tempérer la rigueur de la loi au moyen de l'interprétation et de l'inférence.

En réalité, c'étaient eux les autoritaristes qui réussirent à lier la totalité de l'existence, jusqu'en ses plus petits détails, à l'observance de la Loi. L'école conservatrice opposée aux Pharisiens, celle des Saducéens, rejeta toute tradition établie par l'activité scripturaire. Après la chute de Jérusalem, les Saducéens disparurent, et la présentation faite par les Pharisiens de la Loi devint la pierre de touche de l'étude juive. La tromperie exubérante qui entoure on ne sait trop quelle profondeur de l' étude juive continue à prévaloir parmi les juifs. Cette glorieuse tradition d'étude n'est en réalité que le rabâchage et l'apprentissage par coeur d'un tas de règles, en prétendant qu'elles auraient quelque rapport avec la loi juive. Le judaïsme est une religion dans laquelle l'homme est en relation avec Dieu, mais qui est conçue en termes légalistes, et où l'éthique est ramenée à l'obéissance et à la crainte de Dieu. Dans le judaïsme, il n'y a pas de théologie.

Ces espaces obscurs, dans la narration de leur passé national, causent un surcroît d'ignorance, qui aboutit à un détachement de la réalité. Les mêmes qui encensent la culture juive et son profond sens de l'étude, sont dépourvus de toute connaissance concernant le style de la méthode de ladite étude juive. Le jeune juif laïc israélien n'est pas confronté à un rouleau du Pentateuque ou à une page du Talmud. Mais bien que les Israéliens juifs soient totalement ignorants du pilpoul juif (interprétation scripturaire), ils sont très enclins à élever la voix pour louanger l'étude juive.

Dans un article brillant, Meron Benvenisti déclare que si le sionisme ne convertit pas son fondement idéologique, il est condamné. J'avancerai pour ma part qu'il ne s'agit nullement d'une question d'idéologie, mais bien plutôt d'une authentique morbidité, typique de l'identité juive, qui détermine les agissements sionistes. Allant un peu plus loin, je dirais qu' un peuple affligé de la maladie du détachement n'a aucune chance de changer, et que par conséquent ce peuple est condamné - à moins qu'il ne décide de redécouvrir de manière critique son intériorité au moyen de l'auto-examen et d'apprendre à être, à tout prendre, plutôt aliéné que détaché.


Notes :

[1] : The Lyotard reader, 1989 (Oxford:Basil Blackwell)

[2] : Même la forte proximité du judaïsme avec le postmodernisme et le post-structuralisme est réfuté. Le post-structuralisme, de même que le tournant linguistique, est lié à la nature artistique du langage, toutes les oppositions pertinentes binaires étant démantelées. Le judaïsme étant sommé d'opérer une différentiation entre le séculier et le profane, les juifs et les Gentils, le cachère et le traifah, il emprunte une route qui diverge de celle du post-structuralisme.

[3] : Butmann R., 1956, Primitive Christianity, (The Fontana Library) http://www.thehandstand.org/archive/june2005/articles/thechosen.htm http://thehandstand.org/archive/june2005/articles/edcell.htm http://www.aup.fr/news/pastconf/programs/2005_imise.htm www.geocities.com/lostraniero85


Par Ariella Atzmon, 17 septembre 2005. Original : http://arielaatoz.blogspot.com/

Sur l’auteur

Traduit par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft. Les intertitres sont de la rédaction de Quibla.

URL de cet article sur Tlaxcala :
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Samedi 11 Août 2007

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