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Economie et pouvoir financier

Des producteurs de biocarburants usurpent des terrains en Afrique au détriment de la production alimentaire




Des producteurs de biocarburants usurpent des terrains en Afrique au détriment de la production alimentaire
Le Financial Times rapporte que des firmes internationales de production de biocarburants achètent de grandes parcelles de terrain en Afrique pour produire des biocarburants au détriment de la production de nourriture.

Sur un an, les investisseurs étrangers ont mis la main sur 110000 km² de terrain au Mozambique, ce qui correspond à plus d’un huitième de sa superficie !

La compagnie Sun Biofuels du Royaume-Uni possède des plantations en Tanzanie, en Ethiopie et au Mozambique, et en ce qui concerne la Tanzanie, ils prévoient de cultiver du jatropa, (une plante toxique utilisée pour les biocarburants), sur pas moins de 40000 hectares de terres agricoles de première qualité.

Le directeur de Sun Biofuels, Peter Auge, déclare fièrement que sa société paie ses employés 3 dollars la journée, qualifiant cette somme de « relativement élevée pour ce pays » ! Les agriculteurs qui vivaient sur ces terrains ont été expropriés, recevant une « compensation » de 1000 dollars chacun. Le Financial Times note qu’il sera très difficile dans le futur pour les gouvernements locaux de récupérer les terrains pour la production de nourriture, Sun Biofuels ayant obtenu un droit d’usage sur le terrain pour 99 ans.

Une société suédoise soumissionne pour 50000 acres de terre de première qualité pour cultiver de la canne à sucre destinée à la production de biocarburants. Tout ceci est fait en coopération directe avec l’Union Européenne qui a signé des accords de libre-échange avec certains de ces pays.

Etant donné la grave crise alimentaire, les officiels tanzaniens hésitent. A noter cependant que la Tanzanie fait partie des pays impliqués dans des cas de corruption liés à la BAE.

Le Brésil a signé divers accords avec des gouvernements africains pour le développement de biocarburants, déclarant que c’est la solution au chômage et à la pauvreté en Afrique. Mais lorsque le président Lula da Silva rencontra, lors de son voyage pour la conférence de l’UNCTAD, des officiels de divers pays africains, il découvrit que certains n’étaient guère enthousiasmés par les biocarburants. Un dirigeant syndical du Mozambique a déclaré à Lula que nourrir la population et garantir la sécurité alimentaire était maintenant la priorité numéro un.

les sociétés de production de biocarburants internationales

  • Viscount Energy (Chine) – protocole d’accord avec le gouvernement de l’Etat d’Ebonyi au Nigeria pour établir une usine d’éthanol à base de manioc et la canne à sucre. Coût de l’opération 80 millions de dollars (US).
  • 21st Century Energy (USA) investit 130 millions de dollars (US) en Côte d’Ivoire pour la production d’éthanol à base de canne à sucre, de maïs et de sorgho doux, de graines de coton et de résidu de noix de cajou.
  • Bioenergy International (Suisse) prévoit une plantation de près de 93.000 hectares de jatropha, accompagnée d’une raffinerie de biodiesel et d’une installation d’électrification, au Kenya.
  • Sun Biofuels (R.U.) a acquis 18.000 hectares de terres agricoles de première qualité pour produire du jatropha en Tanzanie.
  • AlcoGroup (Belgique) a racheté South Africa’s NCP Alcohols, le plus gros producteur africain de fermentation d’éthanol, en 2001
  • MagIndustries (Canada) a acquis une plantation de 68.000 hectares d’eucalyptus et construit actuellement une usine de déchiquetage de bois d’une capacité de 500.000 tonnes par an près de la ville portuaire de Pointe-Noire, en République du Congo. Les copeaux seront expédiés vers l’Europe pour être utilisés comme biomasse.
  • Aurantia (Espagne) investit dans des plantations d’huile de palme et, ensuite, dans quatre raffineries de biodiesel en République du Congo.
  • Dagris (France) investit dans le développement de la production du biodiesel à base de graines de coton au Burkina Faso, par le biais de son fabricant local d’huile, SN Citec.
  • Socapalm et Socfinal (Belgique) envisage d’étendre sa plantation d’huile de palme de 30.000 hectares.

Sources : Grain http://www.africa-environment.org

Pour approfondir le sujet, vous pouvez consulter notre focus : halte au triage, doublons la production mondiale, en cliquant ici


L'OCDE et la FAO condamnent le monde à l'alimentation chère

Des producteurs de biocarburants usurpent des terrains en Afrique au détriment de la production alimentaire
Lors d’une conférence de presse au siège de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) à Paris, cette dernière a présenté le rapport conjoint avec la FAO, Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2008-2017, en présence de Jacques Diouf, secrétaire général de la FAO.

Les grands financiers et spéculateurs, qui parient tous sur la montée des prix du baril de pétrole et de l’alimentaire, se retrouvent prodigieusement confortés dans leurs paris à la hausse par l’oracle des grands sorciers du libre-échange : l’étude de l’OCDE/FAO, comme l’écrivent Les Echos, affirme que « la flambée actuelle des prix agricoles mondiaux, qui a déjà suscité des émeutes de la faim dans plusieurs villes d’Afrique et d’Asie, est un phénomène durable ».

Notez tout de suite que si le rapport affirme que la démographie, les aléas climatiques, et pour « au moins d’un tiers », la folle course aux agrocarburants puissent être tenus responsables de la montée des prix, l’impact de la spéculation financière est à peine pris en considération.

Angel Gurria, secrétaire général de l’OCDE, en bon élève de l’analyse objective de la dynamique de l’offre et de la demande, pense d’ailleurs que ce qui permet de lutter contre des prix élevés, ce sont précisément ces mêmes prix élevés ! En effet, ils incitent les producteurs à augmenter l’offre tout en décourageant la demande « excessive »… Il ne s’agit donc que d’une phase dans cette dynamique « merveilleuse » d’autorégulation qui devrait logiquement amener les prix à baisser… sous condition que les Etats ne s’en mêlent pas avec des mesures de régulation distorsives. L’unique solution, selon Gurria, est de rapidement conclure un accord lors du Cycle de Doha de l’OMC, permettant d’en finir avec une agriculture trop subventionnée portant préjudice aux pays du Sud.

Plein d’ambiguïtés, Jacques Diouf lui-même n’a pas hésité à dénoncer « les mesures draconiennes » prises par certains pays « afin de protéger leurs populations », car « ces mesures n’ont fait que renforcer l’instabilité des cours internationaux. » Résultat : « La hausse des prix se traduit maintenant par un accroissement de la faim et des troubles civils ».

A l’opposé des acrobaties intellectuelles de M. Gurria selon lesquelles les prix devraient baisser, le rapport affirme que bien qu’initialement les prix excessifs actuels sont supposés retrouver des niveaux plus bas dans les années à venir, il faut s’attendre à ce que la moyenne des prix des denrées alimentaires soient supérieurs de 10 à 50% dans la décennie à venir en comparaison à ceux de la décennie précédente.

Un journaliste du Irish Farmers Journal journal demanda si tout ceci était éventuellement compatible avec la démarche de Michel Barnier consistant à présenter la politique agricole commune (PAC) comme une source d’inspiration pour garantir la sécurité alimentaire mondiale. La réponse eut le mérite d’être très claire : « totalement incompatible ! ».

Quand un journaliste de Nouvelle Solidarité demanda pourquoi la FAO, qui souligne pourtant le besoin de doubler la production alimentaire d’ici 2050 afin de nourrir 9 milliards d’individus, avait décidé de fermer la Division Mixte FAO/AIEA des technique nucléaires dans l’alimentation et l’agriculture, à un moment où l’humanité a besoin des technologies les plus avancées pour résoudre ce problème, le responsable de la FAO répondit que c’était « une sale question » et qu’il était incompétent en la matière.

Pour creuser le sujet : focus


Le WWF approuve le programme brésilien de biocarburants

Des producteurs de biocarburants usurpent des terrains en Afrique au détriment de la production alimentaire
Dans un rapport de son bureau brésilien, le WWF du Prince Philippe appuie avec enthousiasme le programme fou du gouvernement brésilien de production d'éthanol à partir de la canne à sucre.

Luis Fernando Laranja, directeur du WWF brésilien a déclaré à la BBC le 25 mai que « remplacer l'essence par de l'éthanol est une bonne affaire pour l'environnement », ajoutant que l'étude « soutient la position prise par le gouvernement brésilien ». Il souligne que l'éthanol brésilien s'est montré particulièrement performant pour réduire l'effet de serre.

Laranja affirme que son étude permet de dissiper certains « mythes » entretenus autour de la production d'éthanol, tout en ajoutant que des précautions doivent être prises pour préserver l'écosystème et la biodiversité brésiliens. Il réfute les thèses selon lesquelles la production d'éthanol s'étend dans la région amazonienne et qu'elle interfère avec la production de nourriture. Afin de prévenir tout dommage environnemental, d'autres régions devraient être « protégées » de l'expansion de la canne à sucre, a-t-il consenti.

Laranja n'a fait aucun commentaires sur le fait bien documenté qu'une grande partie de la canne à sucre est produite par une main d'œuvre esclavagiste et que le ministre du Travail a plus d'une fois appelé, au cours de l'année passée, à sauver ces ouvriers forcés de travailler et vivre dans des conditions inhumaines.

Dimanche 01 Juin 2008

http://www.solidariteetprogres.org http://www.solidariteetprogres.org


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