Economie et pouvoir financier

Des pompiers pyromanes


L'annonce d'un plan de sauvetage d'envergure par l'administration américaine a été accueillie avec un enthousiasme euphorique incompréhensible. Alors que cette décision aggrave le problème, l'étendant en dehors du monde financier. Une hérésie pure, surtout que les mesures d'accompagnement font défaut.


chon@pandora.be
Lundi 22 Septembre 2008

Des pompiers pyromanes
Le chaos augmente d’une semaine à l’autre. Si les plans de sauvetage requinquent les Bourses, ils ne résolvent cependant rien. Au contraire, ils étendent le problème à d’autres secteurs. Les optimistes parlent d’un coût de quelques centaines de milliards de dollars (700 selon les dernières estimations). Si on se réfère aux masses de produits problématiques existants, ce serait plutôt quelques milliers de milliards de dollars qui sont en jeu. Et on peut se demander où on trouvera tout cet argent.

Prenons l’exemple de Lehman Brtoher. La faillite de la banque implique que ses créanciers pourront faire une croix sur les 613 milliards que la banque leur doit. Certains d’entre eux connaîtront à leur tour les pires difficultés pour joindre les bouts. Mais il y a pire. Cette banque d’affaires, tout comme les autres Goldman Sach, Bear Stearns, Morgan Stanley ou Merrill Lynch, était l’une des principales innovatrices en matière de CDS (Credit Default Swaps), des produits assurant son porteur contre la faillite du débiteur sous-jacent. Ces banques faisaient également fonction de contrepartie à ces produits, avec quelques assureurs, comme AIG. Lehman assumait à lui tout seul près de 800 milliards de ces produits. Leurs porteurs réclameront leur dû, surtout si c’est l’état qui en assure aujourd’hui le remboursement. AIG, pour sa part, garantissait pour 440 milliards de ces CDS, dont 307 détenus par la seule Bank of America, celle-là même qui vient de racheter Merrill Lynch pour la modique somme de 50 milliards. Ce ne seront pas les 85 milliards que l’état vient d’injecter dans l’assureur qui suffiront à couvrir ces engagements.

Si on additionne tous les contrats CDS en circulation, on a affaire à 62.000 milliards de dollars ! Cela représente cinq fois le PIB des États-Unis ! Et la plupart de ces contrats sont détenus par des investisseurs tels que les fonds de placement. On peut craindre que bon nombre d’entre eux disparaissent prochainement. Ils se rendront en effet rapidement compte que ces produits ne couvrent plus rien et n’ont plus aucune valeur. Sauf si l’état les assume. Mais comme il est lui-même sans le sou, c’est le dollar qui en pâtira. En effet, l’administration américaine est dans l’impossibilité d’augmenter la fiscalité. Elle émettra par conséquent des bons que les banques confieront à la Fed en échange de dollars sonnants et trébuchants. Ce qui s’est décidé la semaine passée ressemble fort au geste d’un pompier pyromane.

Les décisions prises seraient efficaces si elles étaient accompagnées de mesures draconiennes à l’encontre du système bancaire. Or, force est de constater, qu’elles brillent par leur absence. La seule mesure digne de ce nom et qui explique en grande partie la performance boursière en fin de semaine, est celle limitant la prise de positions à la baisse. On peut déplorer que cette mesure concerne essentiellement les valeurs financières. On aurait mieux fait de la généraliser à l’ensemble des valeurs négociées. Car malgré cette mesure, le spéculateur voulant jouer une Goldman Sachs ou une Morgan Stanley à la baisse pourra toujours se défouler. Il lui suffit en effet de vendre des options sur le S&P 100, dans lequel figure les deux banques d’affaires, et de prendre une position à la hausse sur les 98 autres valeurs de l’indice. De cette façon, il créera une position à la baisse sur les deux banques sans que personne ne puisse le lui reprocher !

Le timing de ces décisions pose aussi problème. La crise sévissant depuis plus d’un an, on peut se demander pourquoi avoir attendu si longtemps. Plus significatif est le fait que les principales décisions ont été élaborées à New York, dans les bureau de la banque d’affaires Goldman Sachs. Il est vrai que tant le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, que le secrétaire au Trésor, Hank Paulson, émanent tous deux de cette banques. Or, il se fait que rien n’a été entrepris pour sauver Lehman brothers, le concurrent de Goldman Sachs. Par contre, dès que le cours de cette dernière se sont mis à fléchir dangereusement en milieu de semaine passée, voilà qu’on décide d’un plan de sauvetage ambitieux, faisant main basse sur les avoirs financiers de l’état, tant actuels que futurs. On a l’impression que toutes ces décisions sont prise pour sauvegarder Goldman Sachs. Et les boursicoteurs d’applaudir ?


Dimanche 21 Septembre 2008


Commentaires

1.Posté par goc le 22/09/2008 14:10 | Alerter
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je pense que la décision la plus importante a ete aussi la plus discrete, c'est celle interdisant les opérations boursières à perte, certains pensent même que la soi-disante euphorie de la fin de semaine dernière est due uniquement a des achats massifs suite a cette décision et non au financement des pertes

2.Posté par Mike le 22/09/2008 15:57 | Alerter
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goc

tu ne connais pas la nature des operations boursieres.

On interdits les ventes a decouvert (non a perte ....lol) C est lorsque TU VENDS de suite une valeur que tu achetes plus tard En cas de baisse tu empoche la diff..... j ai simplifie mais c est en gros le principe.

Si les trader avaient massivement agi de la sorte la semaine passee les bourses auraient BAISSE...

3.Posté par Jean-Pierre le 22/09/2008 23:29 | Alerter
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Mike,

Goc a raison. Le trader qui spécule à la baisse, pousse la Bourse à la baisse. Si les autorités lui interdisent de poursuivre de la sorte, il sera obligé de liquider ses positions, donc de racheter dare-dare les titres qu'il avait vendus à découvert, et poussera par conséquent la Bourse à la hausse. C'est ce qui s'est passé vendredi dernier, du moins partiellement. Les moutons ont suivi, bien sûr.

Il ne faut pas oublier que la décision prise par les autorités tutélaires de la Bourse américaine s'est prise l'avant-veille de la date de clôture mensuelle des positions à terme - et a fortiori spéculatives - , le troisième vendredi du mois. Ce qui a certainement attisé l'envolée des Bourses ce jour-là.

Et je partage l'avis de Goc, la décision la plus pertinente prise cette semaine-là a été celle d'interdire les prises de position baissière. C'est, à mon avis, la seule véritable décision significative. Tout le reste n'est que du vent pour gagner du temps. Et, soit dit en passant, le changement de statut des deux banques d'affaires subsistantes est tout bonnement scandaleurx, car à présent elles ont un accès direct aux fenêtres de crédit de la Fed, ce qu'elles n'avaient pas précédemment ! Les gars de chez Goldman Sachs jouent finement leurs atouts.

4.Posté par goc le 23/09/2008 20:18 | Alerter
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@ Mike

1000 excuses, je voulais bien sur parler de ventes a découvert (la perte c'est maintenant :-)) , par contre JP a bien expliqué le problème. D'ailleurs il suffit de voir a quelle vitesse les bourses sont en train de reperdre ce qu'elles ont gagné le lundi
Et quand on sait que ces dernières sont surtout connu pour leur sens de l'anticipation, on peut raisonnablement douter que ce soit l'effet "plan Paulson" qui soit le responsable de l'euphorie du lundi, Ou alors nos traders ont mis 2 jours pour comprendre que ce plan est tout sauf un vrai sauvetage de la crise

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