Palestine occupée

Des politiciens faibles avec de grandes ombres


Des politiciens faibles avec de grandes ombres
Par Khaled Amayreh

L'Autorité Palestinienne a fortement nié les articles parus dans la presse israélienne prétendant que les discussions secrètes entre les négociateurs palestiniens et israéliens étaient sur le point de produire un "document d'arrangement" et révélant ce à quoi ressemblerait une future solution de statut final entre les deux camps.


Khaled Amayreh
Samedi 25 Août 2007

Photo : le Président de l'Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas, et le premier ministre israélien, Ehud Olmert
Photo : le Président de l'Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas, et le premier ministre israélien, Ehud Olmert
Des responsables de l'Autorité Palestinienne ont déclaré à Al-Ahram Weekly que les dirigeants palestiniens attendaient toujours de découvrir si Israel avait pris "une décision stratégique concernant la fin de son occupation des territoires palestiniens occupés, ou s'il se cramponnait seulement à la même vieille politique de tergiversation et de paroles équivoques.

En début de semaine, un journal israélien a affirmé qu'Abbas et Olmert discutaient d'un protocole d'accord portant sur la plupart des questions au coeur du conflit Israelo-Arabe, telles que Jérusalem, les réfugiés, et les frontières. Le document, dit l'article, serait présenté avant la conférence de paix régionale parrainée par les Américains qui devrait avoir lieu en novembre.

Cependant, selon des responsables de l'Autorité Palestinienne, alors que les deux camps sont arrivés à un accord global concernant la question de l'Etat palestinien, il n'y a aucun accord sur la structure d'un tel état, sur ses frontières et sa souveraineté

"Nous essayons toujours de découvrir si le gouvernement israélien est sérieux au sujet de la paix. J'espère que les perspectives générales seront plus claires dans quelques semaines", a déclaré Ahmed Subh, un haut responsable du Ministère des Affaires Etrangères palestinien à Ramallah.
Subh a indiqué à Weekly qu'il n'y avait toujours aucune "réponse claire" à toutes les questions entourant la présumée conférence régionale.

"Nous ne savons pas exactement quand elle aura lieu, nous ne connaissons pas son lieu, qui y participera, et nous ne savons certainement pas à quelle référence politique se limitera cette conférence."
L'incertitude palestinienne concernant la conférence, surnommée par de nombreux observateurs comme le dernier espoir de paix pour les nombreuses années à venir, est clairement justifiée.

Israel voudrait conclure un accord vague, général et modifiable avec le régime basé à Ramallah qui, pour beaucoup, maintiendrait ou même perpétuerait le statu quo pendant de nombreuses années à venir en échange d'une "amélioration spectaculaire" des conditions de vie des Palestiniens.

Pour sa part, la direction palestinienne espère que la communauté internationale, en particulier le Etats-Unis, fera pression sur Israel pour convenir d'un agenda pour une fin de l'occupation israélienne qui a commencé en 1967.

Selon la presse israélienne, les grandes lignes des négociations avec les Palestiniens sont limitées à des questions "locales" (vraisemblablement apolitiques), avec l'objectif immédiat "d'affaiblir le Hamas" par un renforcement du blocus déjà serré sur la bande de Gaza.

D'ailleurs, Israel cherchera une normalisation non officielle avec les états arabes afin de former un "contexte diplomatique plus large" qui faciliterait "des développements plus positifs" dans l'arène politique Israelo-Palestinienne.

De son côté, Olmert, tout en essayant de perpétuer autant que possible le fossé entre le Hamas et le Fatah afin d'affaiblir l'ensemble de la position palestinienne vis-à-vis d'Israel, n'est néanmoins pas à l'aise quand il voit lui glisser entre les doigts les cartes du Hamas et du terrorisme, qu'il utilisait à mort comme stratégie de diversion. Il recourt donc à la prétendue stratégie de la priorité.

Selon des responsables israéliens, le Premier Ministre israélien cherchera à convaincre les Américains et les Européens que la communauté internationale doit d'abord aider l'Autorité Palestinienne à une base économique saine, sans laquelle tout accord de paix s'avérerait périlleux.
Israel aurait proposé que l'Occident et les riches Etats pétroliers arabes aident l'Autorité Palestinienne à créer un "fort système d'aide sociale" en Cisjordanie pour gagner les élections et obtenir plus de soutien que le Hamas

Le plan, qui a été récemment remis à des hauts responsables de l'Autorité Palestinienne lors d'une conférence à huis clos à l'Institut pro-israélien, le Washington Institute for Near East Policy, envisage l'adoption par l'Autorité Palestinienne des méthodes économiques du Hamas qui sont de distribuer l'aide directement aux nécéssiteux, afin d'influencer l'opinion publique en faveur du Fatah.

Inutile de dire que l'Autorité Palestinienne, tout en voulant écouter, n'est pas vraiment enthousiaste au sujet de ces stratégies, étant donné que sa conviction de principe est que l'occupation israélienne est la principale, si ce n'est la seule, raison de la détérioration économique et de la pauvreté dans les territoires occupés.

D'ailleurs, un rétablissement économique à long rayon d'action en Cisjordanie, sans parler de la Bande de Gaza, prendrait de nombreuses années durant lesquelles Israel est susceptible de créer d'autres colonies, d'augmenter celles existantes et d'achever la judaisation de Jérusalem-Est.

En outre, aucune future administration américaine, qu'elle soit républicain ou démocrate, ne voudrait ou même serait capable de forcer Israel à respecter n'importe quel accord, étant donné les précédentes expériences.

Les responsables de l'Autorité Palestinienne sont au courant des manœuvres d'Olmert et des problèmes qu'il rencontre dans sa propre faible coalition ainsi que dans l'arène publique plus large en Israel.
Un responsable de l'OLP, Yasser Abed Rabbo, a déclaré au quotidien arabe Al-Hayat basé à Londres : "Si Israel continue à refuser de discuter des questions centrales, la conférence de paix échouera."

Certains observateurs pourraient être tentés d'accorder à Olmert le bénéfice du doute, en arguant qu'il peut vouloir entrer dans l'histoire en tant que Premier Ministre de paix et non en tant que Premier Ministre de guerre.
Cependant, il est évident qu'il n'y a vraiment pas grand-chose, si ce n'est rien qui pourrait justifier un revirement israélien vis-à-vis des Palestiniens dans l'avenir.


Ghassan Al-Khatib est un ancien ministre palestinien du Travail. Il explique que le gouvernement israélien d'Olmert n'est à aucun moment en position de faire une paix véritable avec les Palestiniens.
"Ils essayent autant que possible d'éluder les véritables questions. Par conséquent, l'Autorité Palestinienne ne doit jamais accepter un arrangement ou un accord qui laisserait non résolues les questions fondamentales parce qu'alors l'occupation demeurerait intacte", a-t'il déclaré à Weekly.

Quand on lui a demandé s'il pensait qu'un possible échec de la conférence régionale affecterait la situation politique globale dans la région, Khatib a répondu que "les acteurs impliqués" essaieraient de donner l'impression que c'est une réussite.
"Vous savez que la plupart des politiciens sont des menteurs et des malhonnêtes, donc ils tenteront probablement de donner l'impression que c'est une réussite. Mais la chose importante n'est pas le spectacle, mais l'impact sur la réalité. En bref, si la conférence échoue selon les critères des gens, ce sera un échec même si elle est réussie selon les critères des gouvernements."


L'une des principales raisons à l'absence d'optimisme est le fait que le Ministre israélien de la Défense et adjoint mais partenaire politique implacable d'Olmert, Ehud Barak, n'a pas envie d'avoir des discussions de statut final avec les Palestiniens.
Barak pense qu'Israel n'a aucun partenaire de paix pour un accord de statut permanent et a besoin au moins de cinq ans pour remettre sur pied l'armée israélienne suite à la guerre avec le Hizbullah l'année dernière

La conclusion, selon Yoel Markus, un commentateur israélien expérimenté, c'est que "le pays est entré dans une ère de dirigeants médiocres, en ce qui concerne leur qualité, leur motivation et leur capacité à mettre un terme à l'occupation."

Écrivant dans Haaretz le 21 août, Markus a résumé son opinion d'Olmert en citant un proverbe chinois : "Quand les petits ont une grande ombre, c'est un signe que le soleil se couche."


Samedi 25 Août 2007

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