MONDE

'Des 'nostalgiques'du Grand Israël'


par Jean-Paul Chagnollaud,
professeur de sciences politiques
à l'université de Cergy-Pontoise
et directeur de la revue Confluences-Méditerranée


Mardi 16 Août 2005

Comment expliquez-vous le succès de la manifestation anti-retrait de jeudi soir ?

- En réalité, c'est une affaire qui dépasse la question de Gaza, cela reflète la crainte d'un segment de la population d'Israël que ce retrait ne soit qu'un début, et qu'Israël se retire d'une grande partie de la Cisjordanie. Ce qu'une partie de la droite, les ultra-nationalistes et les religieux intégristes, ne peuvent accepter. En fait, c'est un rassemblement de "Nostalgiques" du Grand Israël. Ils refusent de perdre "un seul pouce d'Eretz Israël" qu'ils considèrent comme leur.
C'est une manifestation très importante (200.000 participants) même s'il y a plus de 6 millions d'habitants, elle avait un enjeu crucial pour les anti-retrait. Cependant une grande majorité d'Israël est favorable au désengagement à Gaza. Mais je suis frappé par l'absence de mobilisation de cette majorité silencieuse, qui laisse ainsi le terrain libre (la mobilisation s'est déroulée sur la place Itzhak Rabin connue pour ses manifestations pacifistes). Cela montre les difficultés internes du Camp de la Paix et de la gauche qui restent sur la défensive et ont du mal à se mobiliser. Ils n'osent pas et n'ont pas de leader.


Quelle peut être la portée de cette manifestation ?

- C'est un moment qu'on va dépasser, cette manifestation ne bloquera pas le désengagement déjà amorcé. Les Palestiniens, bien qu'ils n'aient pas été consultés, y sont favorables, la communauté internationale y est très attachée, le retrait aura donc lieu.
C'est plutôt un baroud d'honneur des nationalistes. Je ne pense pas que ce soit le début de quelque chose. Cela dépendra de la façon dont vont se dérouler les événements, et comment le processus va s'annoncer : s'agit-il d'un coup d'Ariel Sharon pour se débarrasser de Gaza ou d'une reprise du dialogue? Les actions continueront sûrement mais le gouvernement, appuyé par les travaillistes, est déterminé.
En revanche, il est probable qu'il y ait des élections anticipées, qui permettraient à tous les Israéliens de décider et de mettre sur table toutes les options possibles et pas que pour Gaza.

Cette manifestation révèle-t-elle selon vous une division plus profonde au sein de la société israélienne ?

- Cette affaire augmente les clivages et est une forte manifestation des divisions, des vieilles divisions, qui existent entre les juifs israéliens, mais il y a aussi des divisions chez les Arabes Israéliens. Le drame d'Israël s'est sa division.
On le voit clairement à la Knesset: il y a beaucoup de formations politiques, et de nombreux problèmes pour fonder une majorité, dus à ces multiples clivages.
C'est pourquoi Ariel Sharon a tant d'importance. Il est le seul capable de prendre une décision et de la mener jusqu'au bout. Sa force et sa détermination dépassent les clivages. Cela manque beaucoup en Israël. Les gens se raccrochent à lui car il paraît solide. C'est un homme fort dans un système politique émietté et une société divisée.


propos recueillis par Anaïs Armanet
(le vendredi 12 août 2005)

Sources : NOUVEL OBSERVATEUR

Posté par Adriana Evangelizt



Jeudi 18 Août 2005


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