Palestine occupée

Des citoyens au rabais. Juifs séfarades en Israël



Vendredi 18 Janvier 2008

Des citoyens au rabais. Juifs séfarades en Israël
Invitation à lire
Ella Shohat, Le sionisme du point de vue de ses victimes juives. Les juifs orientaux en Israël,
La Fabrique, Paris, 2006, 124 pages, 8 euros.

***

Qui sont les victimes du sionisme ? Les Palestiniens évidemment. Mais sont-ils les seules victimes de ce mouvement colonial ? A cette question, Ella Shohat répond clairement par la négative, en affirmant que le sionisme a aussi produit ses victimes juives (1). Universitaire d’origine israélienne, Shohat enseigne depuis de nombreuses années à New York. En Israël, à l’exception de cercles très minoritaires, elle a, depuis toujours, été complètement ostracisée par le monde universitaire et intellectuel.

Sans constituer une autobiographie, l’essai de Shohat raconte aussi son histoire à elle - femme, juive arabe, et de surcroît antisioniste -, ainsi que celle de ces nombreux Israéliens qui, nés dans la culture arabe, n’ont jamais pu, pour cette raison, être reconnus comme de véritables membres de la communauté nationale israélienne, à plus forte raison de ses élites.

Le mouvement sioniste est né, au début du XXe siècle en Europe, comme une tentative de réponse à l’antisémitisme.

Ses idéologues et ses pionniers ont tous été les enfants de la culture européenne, coloniale et moderniste, y compris de son racisme envers tout ce qui n’était pas européen. Désirant faire émigrer les communautés juives du monde arabe - par besoin d’une main-d’œuvre habituée aux travaux difficiles et pas beaucoup plus chère que la main-d’œuvre arabe indigène, ou pour réaliser le rêve d’un « retour » des communautés juives vers leur patrie historique -, les dirigeants sionistes n’ont jamais su considérer ceux qu’ils nommaient leurs « frères des communautés orientales » comme de véritables égaux.

Certaines des communautés juives les plus anciennes du monde, tels les Juifs d’Irak ou du Yémen, ont été véritablement manipulées pour venir renforcer le jeune Etat, la direction sioniste n’hésitant pas à utiliser des méthodes terroristes pour faire fuir les Juifs de leurs pays, comme dans le cas de la communauté juive irakienne dont est issue Shohat.

Si certains dirigeants sionistes n’ont jamais caché leur racisme antiséfarade, la majorité d’entre eux avaient plutôt un regard paternaliste, promettant une place égale aux nouveaux immigrants juifs arabes, après une période de socialisation et d’adaptation à la modernité, ashkénaze comme il s’entend. Victimes d’un déracinement qu’ils ne désiraient pas, les Juifs arabes immigrés en Israël sont, pour l’auteur, des réfugiés. Certes privilégiés par rapport aux réfugiés palestiniens, mais réfugiés quand même, et victimes d’une discrimination structurelle et d’un racisme plus ou moins déclaré.

Cet essai a été publié, en anglais, dans la revue new-yorkaise Social Text, en 1988, au moment où, en Israël, la seconde génération de ces victimes juives du sionisme commençait à remettre en question l’hégémonie ashkénaze, d’abord dans le champ politique puis dans le champ culturel. Pourtant, ce n’est qu’en 2001 qu’il a été traduit et publié en hébreu... par le Centre d’information alternative - une organisation de la gauche radicale - et la jeune maison d’édition Kedem, spécialisée dans la publication d’auteurs juifs arabes. C’est-à-dire encore dans la périphérie de l’hégémonie culturelle israélienne.

Pourtant, au moment où ce texte fondateur est enfin publié en Israël, il n’est plus totalement isolé. Des écrivains comme Sami Shalom Chetrit, des chercheurs comme Yehuda Shenhav, des cinéastes comme David Ben Chetrit (2) sont enfin reconnus à leur juste valeur et commencent à trouver leur place. Ils portent tous un regard extrêmement critique sur les fondements racistes de la société israélienne, et, pour la plupart, remettent en question le sionisme aussi pour ce qu’il a commis à l’encontre de ses victimes palestiniennes.

Michel Warschawski
Journaliste, animateur du Centre d’information alternative (Israël).

Notes

(1) Ella Shohat, Le sionisme du point de vue de ses victimes juives. Les juifs orientaux en Israël, La Fabrique, Paris, 2006, 124 pages, 8 euros.

(2) Dont le dernier film, Dear Father, consacré aux officiers et soldats objecteurs de conscience, a été présenté en avant-première à Paris, début novembre 2006.

http://www.aloufok.net/article.php3?id_article=4375 http://www.aloufok.net/article.php3?id_article=4375



Vendredi 18 Janvier 2008


Commentaires

1.Posté par guerrilleros le 18/01/2008 18:53 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

ils faut qu ils se manisfestent plus souvent cesvrai juifs (nos frere si je peut me permettre )que le sionismes de merde salis j espere que ce n est pas encore une manipulation comme essai de faire notre enricos macia d israel

2.Posté par Anome le 19/01/2008 17:36 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Le sionisme est une arme de l'Occident contre l'Orient et ce texte est particulièrement révélateur de cette réalité.

Ce qui est intéressant, c'est que les arabes et les musulmans sont parfaitement capables d'éprouver du respect, de la compassion et même une forme de complicité civilisationnelle avec ces juifs séfarades avec lesquels ils ont partagé une bonne partie de leur Histoire et bien des valeurs communes. Parallèlement, l'Occident se reconnaît dans les juifs ashkénazes qu'il considère (n'est-ce pas révélateur ?) comme les "sentinelles de l'occident en orient".

Donc il n'y a rien d'étonnant à ce que cette opposition traverse aussi le peuple juif et révèle la nature réelle du sionisme. Ce qui est intéressant c'est l'apparition de ces remous de plus en plus importants qui accompagnent les convulsions allergiques dues à l'existence de l'état d'Israël en Palestine, un état occidental imposé au milieu d'états orientaux et fonctionnant exactement comme ont fonctionné tous les états coloniaux, avec l'appui d'une métropole outre-mer.

Ces remous, contestations, ces prises de positions de plus en plus tranchées qui osent s'attaquer aux tabous posés en 48 font qu'on en sait de plus en plus sur le processus "mental" qui a amené ces juifs laïques d'Europe à vouloir créer un état à l'européenne en se basant sur des arguments mi-géopolitiques, mi-religieux selon l'interlocuteur, faisant feu de tout bois pour justifier un projet colonial et ignorant tout simplement le droit des peuples à l'autodétermination alors même que ce droit commençait à devenir la norme.

Actualité nationale | EUROPE | FRANCE | Proche et Moyen-Orient | Palestine occupée | RELIGIONS ET CROYANCES

Publicité

Brèves



Commentaires