Politique Nationale/Internationale

Dérive des continents: Safari avec Monsieur Sarkozee


« Le paysan africain ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès. »


AUTEUR: Binyavanga WAINAINA

Traduit par Fausto Giudice


Binyavanga WAINAINA
Mardi 28 Août 2007

Nicolas Sarkozy, Président français, Dakar, 26 juillet 2007
Nicolas Sarkozy, Président français, Dakar, 26 juillet 2007

J’ai le plaisir d’annoncer qu’une nouvelle espèce d’oiseau, le faisan* africain, vient d’être découvert par Nicolas Sarkozee, un passionné de la faune sauvage.

Après des années d’observation minutieuse des faisans du monde entier, il a visité l’Afrique de l’Ouest où il a passé un certain temps dans la jungle, notant soigneusement les caractéristiques de ce curieux oiseau.
Le mois dernier, il a fait une communication à Dakar sur ses découvertes, exposant l’ensemble de caractéristiques qui font du faisan africain un spécimen unique de gibier à plumes.
Sarkozee a parlé de “l’éternel recommencement des mêmes gestes". L’éminent chercheur, célèbre pour ses recherches minutieuses, a observé les faisans picorant un sol vide pendant plusieurs générations et a conclu qu’ils vivaient dans un monde “imaginaire où tout recommence toujours”.
Comme la plupart des gibiers à plume, le faisan africain a une chair coriace, riche et sombre. Il est devenu assez commun en Europe, où il vit dans des grottes à étages dans les banlieues entourant Paris et d’autres villes. Pendant des générations, des faisans africains ont été importés en France, si bien que ce pays est désormais sur leurs itinéraires de migration. Mais des facteurs environnementaux – murs et clôtures, barbelés et épines, policiers et soldats, pour ne pas parler des menaces verbales – ont posé des problèmes à l’habitat du faisan en France.

“Vu leur nature particulière, ils ont bénéficié grandement de notre contrôle et de notre influence bénéfique », a déclaré l’éminent observateur.
Il faisait allusion aux faisans qui avaient réussi, grâce à une formation minutieuse dispensée par des experts français bienveillants, à apprendre comment quitter leurs foyers pour venir chercher de la nourriture à picorer en France, où ils deviennent gras, sont enfermés dans des cages autour de Paris et mis au pot au bout de quelques mois.
Monsieur Sarkozee, qui a été pendant des années l’Autorité française de contrôle de la Peste (aviaire), a critiqué l’importation imprudente de faisans africains.
Cela a conduit, a-t-il expliqué, les oiseaux africains à acquérir des comportements de faisans européens. Résulat : les faisans africains en France ont des comportements de volaille gâtée, picorant, chahutant et gonflant leur plumage avec colère.

“Ces volailles sont devenus des racailles. C’est pourquoi je suis venu étudier le faisan africain dans son environnement naturel. Ici, il se comporte comme au bon vieux temps, entouré par des génocides verts, des dicteurs chauds et des contrats pour des centrales nucléaires. Ici cette espèce, si différente de la nôtre, ne connaît que le recommencement du temps, toujours en rythme, et cela, pour moi aussi, c’est aussi un problème.”
Dans un discours tenu devant l’élite des défenseurs de la gent faisandière, parmi lesquels Omar Bongo et Muammar Kadhafi, il a insisté sur la nécessité de créer un partenariat « euro-africain » pour préserver le faisan africain.
Sarkozee a bien pris le soin de recourir à des mots simples  pour expliquer son analyse complexe du problème des faisans africains. “Je veux parler en clichés simples et rythmés de l’Afrique, car je parle au faisan africain simple et rythmé. En travaillant avec les populations de faisans migrateurs en France, j’ai appris à communiquer de la manière appropriée. Ceci est la manière la plus diplomatique et charmante d’amener les faisans africains à me faire confiance.”
À la question de savoir pourquoi il prétendait avoir découvert le faisan africain, alors que les Africains le connaissaient depuis longtemps, il a dit : “La France sera à vos côtés tel un ami inébranlable pour développer le faisan africain. Ceci est mon rôle. Je fais cela car je désire aider l’Afrique à se développer. Mes riches amis en France donneront un coup de main pour cela.”
Certains analystes qualifient la nouvelle politique de protection de Sarkozee de revigorante. L’un d’eux déclare: “Il plaide pour une chasse de bonne volonté au faisan africain, au lieu de la chasse de la vieille école. Il a eu l’intelligence de s’allier à des éminents défenseurs du faisan africain tels le Professeur Omar Bongo, qui s’est spécialisé dans le recyclage des ressources pétrolières du Gabon au service du maintien du faisan africain dans sa condition immémoriale, à l’abri de l’influence polluante d’autres espèces.”
Par ailleurs, la suggestion a été émise que le cri unique du faisan africain, un cri à la fois rythmé, répétitif et absurde - Ugga Ugga Ugga Ugga – pourrait faire un bon hymne pour le partenariat euro-africain.
Monsieur Sarkozee est aussi musicien est espère que ce cri rythmique servira à éveiller les consciences sur le destin de cet oiseau, qu’il entend sauver. En soutien à cette initiative, Bongo a mis à sa disposition son opéra personnel, doté d’un studio complet. Des dizaines de milliers de faisans vont être acheminés des banlieues parisiennes, des champs d’Afrique centrale, de Sandton et Gugs, du Caire et de la Vallée du Rift. Une fois sur scène, ils vont gazouiller sur leur mode répétitif, identique et absurde et l’enregistrement sera financé par le Projet Langages des Espèces Marginalisées du ministère français de la Culture.

NdT

* L’auteur fait un jeu de mots entre peasant (paysan) et pheasant (faisan)


Source : Mail & Guardian

Article original publié le 14 août 2007

Sur l’auteur

Fausto Giudice est membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=3611&lg=fr



Mardi 28 Août 2007

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