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Démocratie : Réseaux ou partis?


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Roger Garaudy
Jeudi 5 Juillet 2012

Démocratie : Réseaux ou partis?
La démocratie a toujours été le camouflage du pouvoir d'une minorité, des propriétaires d'esclaves aux maîtres de la richesse. De nos jours, elle camoufle le monothéisme du marché, autrement dit le non-sens dans la vie et l'histoire des hommes.
Recréer un tissu social exige des communautés de base et la participation de chacun.
Il est urgent de remplacer la notion périmée de "partis" par celle de "réseaux" contre la nouvelle "occupation étrangère" des esprits comme de la société.

La bataille pour une économie à visage humain se perdra ou se gagnera sur le terrain des mentalités et de l'opinion. Au niveau de ce qui est le premier pouvoir: les "medias" [...]
Contre les monstres de l'information, des medias, de la télévision, faire pousser des milliers de feuilles sur l'arbre de la vie [...] Réfléchir sur le sens de ces informations pour faire naître des prises de position communes à partir du rappel des finalités sur les problèmes d'un peuple ou du monde.

Cette action première de dévoilement du non-sens, à partir de communautés de base, a besoin d'être coordonnée pour multiplier sa force par l'échange et l'action réciproque.
Pourquoi substituer la notion de réseau à la notion de parti ? La démocratie ne se fonde pas sur le pluralisme des partis mais sur la participation de la base à toutes les décisions dont dépend son destin.Le réseau est fondé non sur une direction, comme les partis, mais sur une coordination où aucun groupe n'a d'autre prééminence sur les autres que son pouvoir de proposition, d'initiative, dans la contribution au projet commun.
Ainsi, le réseau est l'inverse du parti. Le but commun étant fixé: se libérer des tyrannies de l'argent et du monothéisme du marché, chacun peut apporter sa pierre à la prise de conscience, à la "conscientisation", selon l'expression, en Amérique latine, des "communautés de base" et des théologiens de la libération.

Le rappel de finalités humaines contre la logique aveugle et mortelle du marché et du profit, permet la mise en oeuvre de nouvelles formes d'action.
Les initiatives de la base ont un rôle moteur. Mais il ne suffit pas de dénoncer et de refuser. De même que l'éclairage du quotidien à partir de finalités prépare des alternatives, de même l'action ne saurait être seulement négative mais orientée par les fins dernières, et traçant des perspectives d'avenir.

Telle pourrait être l'esquisse des formes d'organisation - le réseau et non plus le parti - et des formes d'action - non la seule négation des excès du système mais la reconversion, en fonction de finalités humaines, de l'ensemble des activités.
Il existe, en France et dans le monde, suffisamment de gens qui mettent en question les fins et le sens de l'ordre actuel et qui prennent conscience de sa perversité fondamentale et de ses périls, pour qu'une entreprise de "renaissance" devienne possible.

Ces réseaux peuvent naître dés demain, et partout, pour créer le tissu social nouveau, faire jaillir la petite étincelle qui deviendra brasier, comme autrefois une résistance lomgtemps obscure est devenue libération.
Cela exige un énorme effort, et d'abord sur soi-même, pour que chacun chasse les prétentions à la vérité absolue et à l'hégémonie de sa propre communauté, de son parti ou de sa chapelle.
Par quels moyens pratiques mettre en marche ce mouvement vital de reconversion matérielle et de conversion des consciences qui ne peuvent, sans illusion idéaliste ou mécanisme matérialiste, être dissociés ?
Il existe déjà sous forme embryonnaire...des institutions qui témoignent du besoin d'organismes échappant en principe aux tutelles politiques ou économiques, pour dire la vérité sur le fonctionnement du système. Un Conseil Constitutionnel, une Cour des comptes, un Comité d'éthique de la science, etc.

Les limites de telles institutions résident dans le fait qu'elles n'ont pas pour mission de changer le système, mais seulement d'en dévoiler quelques excès. Leur "indépendance" à l'égard du politique qui les institue et les nomme, des forces économiques et des lobbies qui s'efforcent d'en tirer parti, est loin d'être totale. Mais le besoin de telles instances est réel.
Il existe aussi, même dans le désarroi général, des hommes et des femmes qui, dans l'action et la pensée, font la preuve quotidienne que l'intérêt personnel ou de quelques-uns n'est pas leur seul moteur. Conscients de la misère de l'humanité et des dangers courus par la planète, des hommes et des femmes consacrent leur vie, sous les formes les plus diverses, à l'humain considéré dans son unité et sa totalité [...]

Au-delà du "valium" collectif des écrans, des catastrophes geignardes ou voyeuristes, des loteries de l'argent facile, il est possible d'inciter à la levée de milliers d'hommes et de femmes qui, dans tous les domaines, de l'agriculture aux arts, des énergies nouvelles aux machines simples ou complexes, constituent le gisement de la plus grande richesse: la création.
A partir de ces premières moissons peuvent se créer des centres d'échanges pour que personne ne s'enferme dans sa spécialité, et surtout prenne conscience de son insertion dans la totalité vivante de ceux qui aiment l'avenir, et ont conscience d'être responsables de son élaboration.
Une liaison étroite, dans la formation née de ces centres, entre les projets millénaires des hommes de toutes les civilisations et l'action quotidienne pour le service créateur de la communauté, ferait émerger des hommes "politiques" d'un type nouveau qui, dans la plus humble des tâches comme dans les plus hautes responsabilités, se poseraient la question du but final de la communauté.

Dans la si générale corruption du pouvoir et des puissants, je sais combien peut paraître aussi dérisoirement utopique, jusqu'à soulever le rire, d'exiger de quiconque brigue un mandat politique qu'il renonce à toute ressource supérieure à celle d'un cadre moyen de la fonction publique.A qui se moquera de la folle naïveté d'une telle suggestion, je ne répondrai pas par des exemples aussi exotiques ou historiquement lointains que ceux des ascètes et des sages de l'Inde védique, auxquels obéissaient les guerriers et les marchands, ou ceux du Coran où Dieu proclame:"Quand je veux détruire une cité, je donne le pouvoir aux riches", ou celui de moines chrétiens défricheurs ou savants. Je prendrai l'exemple le plus proche: celui de mon expérience personnelle d'un parti [le PCF, ndlr] dans lequel, à l'époque de sa grandeur, aucun député, aucun dirigeant ne recevait un salaire supérieur à celui d'un ouvrier qualifié de la région parisienne. Féconde expérience de vice-président de l'Assemblée nationale vivant quotidiennement les difficultés que connaît un ménage moyen pour élever une famille de trois enfants, exigeant que la mère travaille hors du foyer pour y parvenir.

Le résultat global est qu'aussi longtemps que la règle en est appliquée, aucun parlementaire ou dirigeant de ce parti n'est compromis dans aucune affaire de corruption.
Utopie ? Non: réalité quotidienne vécue pendant un tiers de siècle.
N'y aurait-il d'autre réalité que celle de la fange, et faudrait-il être un Don Quichotte pour s'efforcer d'en sortir ?

Ainsi seulement peut se former, puis se créer en tout un peuple, une "aristocratie" d'un type nouveau, non fondée sur le sang, la terre ou la richesse, mais sur le dépouillement. Cette aristocratie du renoncement est la condition d'une démocratie enfin véritable, où le pouvoir ne comporte plus des privilèges, mais des sacrifices.
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source : http://rogergaraudy.blogspot.com/
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Commentaire de Omar Mazri : la profondeur de ce texte bien entendu me rappelle la vie riche et talentueuse de Gauraudy au service de l'humanité dont l'incinéation de la dépouille mortelle ne peut effecer de notre mémoire ni de celle du temps et de l'espace. Elle me rappelle les anathèmes des incultes sur la démocratie jugé Kofr sans qu'ils n'apportent une preuve religieuse, rationelle ou politique de leur délire. Elle me rappelle les mimétistes arabes de l'Occident qui s'imagine que la démocratie peut être importée comme on importe un produit de consommation qu'on ne sait pas produire sur le territoire musulman, avec les idées, l' argent et les bras des Musulmans. Elle me rappelle ceux qui ont comploté pour assassiner Khadafi le traitant de mécréant et son livre vert de livre satanique sans jamais le lire ni tenter par curiosité intellectuelle de voir l'idée de la Jamajiriya en système de gouvernance, en réseaux solidaires citoyen pour une démocratie directe et participative plus proche de la Choura de  l'Islam et des coutumes africaines que de la polyarchie occidentale. Encore une fois le terme démocratie n'est pas pour nous le problème majeur mais son contenu, son exercice et son rapport à la souverainté d'un peuple croyant sur ses ressources nationales et la pratique autonomme de l'économie, de la politique, de l'éducation, de la justice et de l'information pour la prospérité des Musulmans qui sont condamnés à vivre en réseau de solidarité, de mutualité, de concertation et d'effort commun dans la fraternité sans l'esprit partisan et sectaire qui déchire l'unité et que condamne le Coran et le Prophète.

http://liberation-opprimes.net


Jeudi 5 Juillet 2012


Commentaires

1.Posté par Depositaire le 05/07/2012 12:39 | Alerter
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Excellent article de Garaudy, que l'on pourrait même qualifier de visionnaire et également excellent commentaire de M. Mazri !

Mais au delà des féliciations légitimes, allons jusqu'au bout de ces idées ! Lançons une vaste campagne pour créer ce type de réseau. Chacun apportant sa pierre d'achoppement à l'édifice. Il faut concrétiser cette idée. ne pas attendre je ne sais quelle circonstance pour qu'elle le soit.

Que l'on soit Juif, Chrétien, Musulman, appartenant à une autre tradition spirituelle, non croyant, universitaire, peu instruit, balayeur de rue, éboueur, ouvrier, employé, cadre, chomeur, retraité, religieux, ou autre, peu importe. Ce qui compte, c'est la sincérité et la volonté de vivre dans un monde et une société où il fait bon vivre, où il n'est pas nécessaire d'être barricadé chez soi en se méfiant de son voisin, quand ce n'est pas de sa propre famille !

Lançons cette initative concrètement. Peut-être, en un premier temps par le site "Aterinfo". Mais agissons, ne restons pas passifs.

M. Mazri, allez jusqu'au bout de votre réflexion et agissons comme le suggerait notre frère Garaudy.

Cet appel sera t-il entendu ?

2.Posté par Omar Mazri le 05/07/2012 16:30 | Alerter
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@ Depositaire

Salut, j'ai toujours refusé de m'inscrire dans un parti car l'Islam demande une communauté unie dans sa diversité. L'esprit partisan et sectaire divise. Sur le plan pragmatique l'organisation en partis pose des problèmes d'ego, de moyens, d'infiltration de taupes, de clandestinité et de confinement dans l'oppositionnel qui devient un auxilliaire du régime par la dénonciation sans proposer de solutions concrètes au peuple.

J'avais rédigé avec un ministre du gouvernement Hamrouche une plateforme de gouvernance de l'Algérie pour sauvegarder le choix populaire, assurer l'exercice de la souveraineté du peuple sur l'économie, la politique et le territoire, relancer l'économie, défendre la monnaie, réformer l'Etat et tous les leviers du développement : éducation, fiscalité, etc... Et éviter d'entrer en guerre civile. Une copie a été remise à Abdelhamid Mehri, à Hamrouche, à Abdelkader Hachani. Elle devait être élargi au FFS. Les cadres algériens au lieu d'être opposés au sous développement et au despotisme étaient opposés entre eux. Au lieu de voir l'orage au dessus de l'Algérie ils ont tombé tête baissé dans le piège de la démocratie et du vote. L'esprit partisan a été plus fort que l'esprit nation ou l'esprit monothéiste.

J'avais proposé aux dirigeants du FIS de faire équipe avec le général Zéroual et de laisser l'esprit partisan de côté mais très peu ont saisi le sens, l'opportunité et la pertinence qui nous auraient épargné les 200 ou 500 milles morts. J'ai rédigé la trêve unilatérale que devait signer les maquis du Titteri mais les emissaires, ancien cadres du FIS, qui ont adhéré à l'idée que le but est de diaboliser l'Islam et de faire entrer l'Algérie dans une guerre civile et que la paix même au prix de la confiscation du résultat du vote est meilleure à long terme qu'une guerre qui serait perdue par tous, ont été assassiné par les GIA.

J'ai refusé de cautionner Qaradhawi et les pseudo islamistes, malgré que la secretaire de Qaradhawi est co auteur d'un de mes livres. L'attachement à des principes islamiques et la vision lucide sur l'Islamophobie et la géopolitique de l'Empire m'ont poussé à dénoncer et à m'opposer aux dérives en Tunisie, en Egypte, en Libye et en Syrie.

Pour des raisons de souveraineté nationale et de foi en Dieu j'ai refusé que le général Khaled Nezzar soit, sous les manoeuvres de l'opposition algérienne, assigné à comparaitre en France ou en Suisse car les conséquences pour l'avenir sont lourdes de conséquences pour les futurs gouvernants qui finiront par la force du temps à devenir légitimes si le peuple change. Allah a promis qu'il ne donnera jamais suprématie des injustes et des mécréants sur les Croyants vertueux et agissants pour le bien.

Voilà plus de 15 ans que je propose de débattre et de se mettre dans la situation coranique de " vous êtes les supérieurs" c'est à dire les plus nobles et les plus généreux et les plus compétents en initiative historique, en capital de bien mais le zaimisme et l'immobilisme préfèrent l'esprit partisan qui se donnent bonne conscience en dénonçant le régime ou en bavardant dans les médias qui les manipulent. Si l'opposition algérienne avait investi dans l'économie coopérative, dans l'économie solidaire, dans le débat d'idées, dans la mutualisation des efforts et de l'argent nous aurions libéré le peuple musulman algérien de l'économie informelle, de la gestion de la pénurie et de l'administration de la distribution clientéliste de la rente. Le combat n'est pas seulement politique mais idéologique, éducatif, informationnel et économique. Se confiner dans le politique c'est oublier Allah qui donne et retire le pouvoir selon une sagesse qui nous échappe ou une sagesse qui est évidente : nos gouvernants sont à notre image. Améliorons notre image et agissons pour le mieux Allah changera notre situation sans passer par la violence aveugle.

Bien avant les élections législatives algériennes j'ai proposé dans le cadre d'une équipe d'anciens cadres algériens de mettre en place des assemblées citoyennes et des réseaux de résistance non contre le régime algérien mais contre les maitres qui ont fait du régime algérien des vassaux : l'ancien colonisateur qui veut nous maintenir comme comptoir commercial colonial et l'Empire américain qui veut faire de nous une base coloniale qui joue le rôle de gendarme en Afrique et de Massinissa contre Hannibal ( cette fois ci contre l'Iran). Les partis politiques algériens sont discrédités et le clivage islamistes non islamistes est irrecevable en terme de géopolitique. Le salut est dans la fédération de toutes les forces vives et la conscientisation des ignorants, des insouciants. J'ai publié sur ce sujet un long article pour expliquer comment les "artistes" ont joué en traitre pour publier à mon insu, alors que la réflexion n'était pas achevée et surtout sa partie méthodologique qui lui donne une assise en Algérie auprès des jeunes et des cadres fidèles à l'esprit du premier novembre. La perfidie, la traitrise, l'agenda étranger et d'autres considérations ont eu raison sur l'esprit de noblesse et de transparence. Allah (swt) n'a pas bénie cette action.

Je reste, malgré mes limites, fort nombreuses, partisan de cette vision de réseau de solidarité sous un slogan "la communauté doit produire ses idées, son élite, son argent et son action" dans une démarche de fédération contre les divisions, de clarification contre la confusion, d'autonomie contre le volonté de faire de nous des auxiliaires de pensée ou de service de l'hégémonie impériale et sioniste. Hélas nous portons encore en nous la disponibilité à être des auxiliaires et non des hommes libres et des Khalifes honorés par Allah car la majorité de nos cadres ne sont pas au service du peuple mais au service de leur ego, de leur succès mondain et de leur réussite sociale.

Les gens comme moi et meilleurs que moi sont nombreux mais mis en solitude, en inefficacité, au silence. Si Allah veut du bien à nos peuples, à nous gouvernants et à nous mêmes Il fera de nous des agents actifs et efficaces pour le triomphe de ce qu'Il aime et agréé sinon Il fera venir des Hommes qu'Il aime et qui l'aimeront, ceux là seront plein de miséricorde et de lucidité.Ils ne seront pas comme nous : ils seront portés par ce qu'exige l'Islam : l'anagogie (l'élan spirituelle) et l'empathie (sympathie universelle pour toutes les créatures tant ces créatures ne sont pas des nuisances irrécupérables).

Je ne suis ni désespéré ni abusé et je tenterais de faire ce que me dicte ma conscience qui rejoint celle de Cho'aïb (as) : " Je ne veux que la réforme dans la limite de ce que je peux". Chacun de nous sera dévoilé sur la nature et la sincérité de ses intentions comme il sera interrogé sur ce qu'il a fait ou n'a pas fait de ses possibilités

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