MONDE

Décadence, Gaspillage et Corruption dans le Nouvel Empire Étasunien


« La danse des milliards » des États-Unis

Par le professeur Rodrigue Tremblay

Partie I


Rodrigue Tremblay
Mardi 6 Mars 2007

Décadence, Gaspillage et Corruption dans le Nouvel Empire Étasunien
« Un empire est toujours coercitif et autocratique : Il est comme une couvercle qui recouvre un chaudron en ébullition. À un certain point, la pression interne est trop forte, le couvercle est éjecté par l'air comprimé et il y a une sorte d'éruption volcanique. »
Umberto Eco, médiévaliste italien

« Un empire est un despotisme, et un empereur est un despote limité par aucune loi ou restriction excepté sa propre volonté; c'est une propagation de la tyrannie au-delà de la monarchie absolue. »
John Adams (1735-1826), 2e président des États-Unis

« La détérioration de tout gouvernement commence par le déclin des principes sur lesquels il a été fondé. »
Montesquieu (1689-1755), Charles Louis de Secondat, baron de Montesquieu

Un signe certain de la décadence dans un empire est lorsque l'argent durement gagné semble perdre toute signification et qu’il est gaspillé à gauche et à droite. Il y a des exemples qui indiquent que c'est ce qui se produit aux États-Unis aujourd'hui. Il y a une danse des milliards qui défie l'imagination et que personne ne semble comprendre. Premier exemple :

En 2006, le banque d’investissement et firme de gestion en valeurs mobilières - la Goldman Sachs - a versé un énorme 16,5 milliards de dollars en prime de fin d’année à ses cadres et à ses employés. Ce type d'argent liquide, s’il devait être transporté dans des boîtes en billets de 100 dollars requerrait environ cinquante camions de 10 tonnes.

C’est sorti comme un cadeau de Noël de 625 000 dollars pour chaque homme et femme de cette organisation, dont la production principale est de remuer des papiers. L'année dernière, cette même firme a payé à ses deux co-présidents 54 millions de dollars chacun en salaire, primes et avantages. Pensez-vous qu’il y a un lien entre les bénéfices privés exorbitants et le pouvoir politique ? Et bien, vous pourriez vous demander pourquoi Bush a nommé un ancien Président-directeur général de la Goldman Sachs à titre de Secrétaire du Trésor et pourquoi il a choisi un avocat de la Goldman Sachs en tant que chef de son personnel.

Un deuxième exemple où l'argent coule à flot est le Pentagone. Le budget militaire du gouvernement des États-Unis pour 2007 totalise le montant énorme de 623 milliards de dollars. C'est plus de 2 000 dollars pour chaque homme, femme et enfant des États-Unis. Tel que le Rapport de la Commission d’enquête sur le 11 Septembre 2001 l’a indiqué, « le ministère de la Défense est le Béhémoth (1)… avec un budget annuel plus important que le produit intérieur brut de la Russie, il est un empire. »

Le vrai Nouvel Empire Étasunien est le ministère de la Défense des États-Unis. Son budget annuel représente plus de 50 pour cent des dépenses militaires de tous les 191 autres pays du monde réunis ensemble. C'est un empire qui déploie ses tentacules dans 135 pays, avec des troupes dans chacun d’eux, et qui a déployé le nombre incroyable de 737 bases militaires dans ces terres étrangères. C'est vraiment un empire hors de contrôle qui est devenue une menace croissante pour le monde.

L'obtention des contrats de la défense est une voie sûre qui mène à la richesse rapide. Par exemple, un rapport du Vérificateur Général Spécial pour la reconstruction de l'Irak a conclu que la proportion la plus élevée des frais généraux a été encourue dans des contrats de matériel de production de pétrole remportés par la société KBR, une filiale de la société Halliburton dont le Vice-président Dick Cheney était auparavant un dirigeant. Quant aux liens entre les contrats de la défense et le pouvoir politique, vous pourriez vous demander pourquoi Bush a nommé le président d'un important marchand d'armes au poste de Sous-secrétaire de la Marine.

Avec autant d'argent qui circule tout autour, ce n'est pas étonnant qu'un comité du Congrès, le Comité des Réformes Gouvernementales et de Surveillance, ait récemment découvert qu’environ 36 camions chargés de 10 tonnes de billets de 100 dollars nouvellement imprimés sont disparus en Irak (363 tonnes d'argent comptant à une valeur de quelque 12 000 millions de dollars au dernier compte) de manière inexpliquée. Ils sont dans les poches de quelqu'un, mais le Congrès ne sait toujours pas dans quelles poches et il demeure incapable de suivre le labyrinthe des méandres de fraude, de gaspillage, d’abus et de corruption qui se produit dans la guerre de l'Irak.

Il est raisonnable de penser qu'une partie de cet argent comptant a servi à acheter, le 15 décembre 2005, les fameuses élections irakiennes présentées par le régime Bush-Cheney comme un modèle de démocratie pour le Moyen-Orient. Si les inexplicables 12 milliards de dollars avaient été répartis également entre les 12 millions d'électeurs irakiens éligibles, chacun d’eux, dans ce pays appauvri, aurait reçu 1 000 dollars en billets de 100 dollars fraîchement imprimés. Nous devons nous rappeler que l'élection du 15 décembre 2005 a remis au pouvoir, jusqu'en 2009, une coalition de partis théocratiques et fondamentalistes fanatiques Chiites soutenues par l'Iran, et dirigé par le Conseil suprême pour la Révolution Islamique en Irak.

Bien entendu, le premier et le plus important coût de la guerre en Irak est le coût humain et la destruction du pays par d’immoraux envahisseurs étrangers. Mais la corruption avec l'argent arrive en deuxième.

En temps de paix, la corruption est une menace constante dans une démocratie. En temps de guerre, si aucune mesure spéciale n'est prise, elle devient endémique.

Et sous le régime Bush-Cheney, aucune telle mesure n'a été prise pour éviter la corruption. Au contraire, il s'avérerait qu'une telle corruption était la bienvenue, probablement par connaissance ou par espoir qu'une partie de l'argent circulant tout autour trouverait son chemin dans le système politique.

C'est pourquoi la corruption par l'argent constitue une menace mortelle à la démocratie américaine. Benjamin Franklin (1706-1790), d’abord, a craint que la Constitution des États-Unis, à la longue « échouerait… en raison de la corruption des gens, dans un sens général. » Pour sa part, le Président Abraham Lincoln (1809-1865) a pensé que la corruption dans les hauts postes de directions conduise à ce que « toute la richesse soit concentrée entre quelques mains et la République soit détruite. »

La question qui demeure à répondre est si la démocratie étasunienne peut être sauvée de la corruption interne, ou s'il est déjà trop tard. En effet, les États-Unis sont-ils tombés dans un abîme de corruption tellement profond qu'ils ne peuvent plus en ressortir ?

Rodrigue Tremblay vit à Montréal, Canada. Vous pouvez le joindre à cette adresse rodrigue.tremblay@yahoo.com

Traduction par Dany Quirion pour Alter Info

(1) Note du traducteur : Béhémoth : Animal biblique mystérieux dont parle le livre de Job (XL, 10). Il serait le symbole du démon et du mal.


Mercredi 7 Mars 2007


Commentaires

1.Posté par Gilles COUTURIER le 27/05/2007 07:04 | Alerter
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Moi le premier, c'est vrai, je le reconnais, quand je me charge de confectionner une tarte avec les prunes que mes enfants sont allés ramasser...je m'en tape trois où quatre.
nos dirigeants en font autant avec nos milliards...
Quand nos gouvernants votent un pour cent d'impots en plus pour nous...C'est un milliard en plus pour eux, d'où la chanson:
Un p'tit pour cent pour nous,
un p'tit milliard pour eux,
un p'tit pour cent par là,
un p'tit milliard pour moi...etc.


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