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De victimes à agresseurs : l'identité juive à la lumière de la pièce de théâtre Sept enfants juifs, de Caryl Churchill


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AUTEUR: Gilad ATZMON

Traduit par Esteban G. Édité par Fausto Giudice


Lundi 25 Mai 2009

De victimes à agresseurs : l'identité juive à la lumière de la pièce de théâtre Sept enfants juifs, de Caryl Churchill


L'identité est un concept vraiment vicieux. Elle peut signifier plusieurs choses opposées à la fois, mais elle peut aussi ne rien signifier du tout. On peut commencer à se poser des questions sur l'identité elle-même dès qu’il y a danger de la perdre. Le cas de l'identité juive en est un bon exemple. D'après ce que disent les livres de littérature et d’histoire, les juifs ont commencé à explorer la notion de leur identité après avoir été émancipés, assimilés et après l'effondrement de l'autorité des rabbins. Bref, les juifs ont commencé à se demander ce qu’ils étaient une fois dissoute la notion qu'ils avaient d’eux-mêmes en tant que collectif. Tout indique que la notion d'identité juive est née pour remplacer la notion orientée racialement, tribale et rabbinique du juif par un discours « libéral » acceptable et tolérant qui aspirerait à une conscience universelle.

À l'ère post-moderne, l'identité est considérée comme un moyen d'imposer une sorte de légitimité à la séparation en tant que conscience collective civile et politique décente. De manière générale, l'identité est un concept social qui permet à la figure considérée comme marginale de célébrer son symptôme d’unicité tout en se considérant comme un membre parfaitement qualifié d’une plus vaste société ouverte. La politique identitaire, en conséquence, est un concept qui intègre les diverses marginalités dans une image idéale fantasmée de la société multiculturelle et multiethnique.


Alors que la politique identitaire est centrée sur une célébration imaginaire des différences dans un monde lui-même considéré comme un village cosmopolite et global, l'identité juive (quelle que soit sa position politique, de gauche, du centre ou de droite) est un scénario unique qui est là pour jouir de tout sans rien offrir en échange. La politique identitaire juive cherche la légitimité avec l’exigence que l’on accepte et respecte les juifs pour ce qu’ils sont : leur histoire, leur souffrance, leurs croyances religieuses et leur culture, mais tandis qu'ils exigent la reconnaissance ils oublient étonnamment d'assimiler toute notion de tolérance envers les autres. Toutes les tendances de la politique identitaire juive maintiennent un code d’appartenance élémentaire et fondamentalement tribale. Qu'il s'agisse de sionistes de droite - qui tiennent à l'identité juive aux dépens du peuple palestinien -, ou des Juifs pour la Justice gauchos qui, pour quelque raison, célébrent leurs aspirations à la paix dans un club exclusif pour juifs -, il apparaît que le spectre entier de l'identité politique juive est une indivisible pratique tribale  et reflète l’absence d'une authentique conscience de ce que le fait de vivre parmi les autres exige l'acceptation d'attitudes universelles.

Un examen rétrospectif de l'histoire permet de découvrir ce modèle de comportement. En tenant compte que le discours identitaire a commencé en réaction à la désastreuse réalité nationaliste du XXème siècle, il a permis de donner un sens d’appartenance à une réalité civique tolérante de formation récente. Mais la politique identitaire juive a pris un cours différent. Dans le concept d'identité juive, la souffrance et l’état de victime sont établis comme des symptômes exclusivement juifs. Pour un juif, avoir son identité signifie garder la douleur juive, visiter et revisiter l'agonie. Être juif c’est croire religieusement à l’holocauste. Être juif signifie être persécuté. Être juif c’est être capable de trouver des antisémites sous chaque pierre et à chaque coin. Être juif c’est faire la chasse à des nazis séniles jusque dans leurs tombes. Le pardon ne semble pas faire partie de la vision des tenants en chef de la politique identitaire juive.

Avec cette notion et en tenant compte du projet expansionniste du sionisme, il n’est pas surprenant que l'idéologie collective juive se soit transformée en un balancement schizophrène et bipolaire entre victimitude et agression.

 

Vidéo de Sept enfants juifs (sous-titrée en français)


De vrais mensonges

L'œuvre de théâtre Sept enfants juifs, de Caryl Churchill, écrite et représentée pendant la campagne militaire dévastatrice israélienne à Gaza, éclaire sur la confusion qui existe dans l'identité juive. Il s'agit d'un voyage historique de la victimitude à l'agression. En neuf petites minutes seulement, nous assistons à une trajectoire qui débute pendant l’horreur de l’holocauste,

Ne lui dis pas qu'ils vont la tuer
Dis-lui que c’est important qu'elle ne fasse pas de bruit
[…]
Dis-lui qu’elle se blottisse dans le lit

pour finir, à un moment donné, avec les Israéliens dans le rôle des nazis :

dis-lui qu’ils sont des animaux qui vivent maintenant parmi les décombres, dis-lui que peu m'importerait si nous les exterminions, […] dis-lui que lorsque je vois une de leurs fillettes couvertes de sang je suis heureux car cette fillette couverte de sang, ce n'est pas elle…

Même si la lecture que Churchill fait de l'histoire juive récente, la transformation qui part de l'innocence et qui va jusqu'à la barbarie la plus impitoyable n'est pas nouvelle, le message est exprimé d'une manière intensément profonde et sensible.

Mais il y a un autre aspect beaucoup plus caché dans l'œuvre de Churchill, qui, en général, est rarement discuté ou commenté. Churchill, tout comme d'autres auteurs impliqués dans l'analyse de l'identité juive, a très bien détecté les qualités élastiques inhérentes à l'identité, l'histoire et la réalité juives. Les juifs peuvent être tout ce qu’ils veulent pourvu que cela serve à une cause ou à une autre. Il en résulte que leur discours n’est ni cohérent ni constant

Dis-lui que c’est un jeu (comme si nous autres, les juifs, étions au-dessus de tout)
Dis-lui que c’est grave (comme si maintenant nous étions en train de couler)
Mais ne l’effraie pas (comme si de nouveau nous étions au-dessus de tout)
Ne lui dis pas qu'ils vont la tuer (comme si tout était sur le point de s’achever dans les secondes à venir)

L'historien israélien Shlomo Sand a analysé les qualités fantasmatiques du discours historique juif dans son livre récent Comment le peuple juif fut inventé. Sand parvient à démontrer sans aucun doute raisonnable que le peuple juif n'a jamais existé comme une « race-nation » et n’a partagé aucune origine commune. Au contraire, ils sont un mélange bariolé de groupes qui à diverses époques de l'histoire se sont convertis à la religion juive. De même, à un moment donné ils se sont inventé une identité nationale. La triste réalité est que les qualités fantasmatiques inhérentes à la politique identitaire juive n'empêchent pas que les juifs célèbrent leurs aspirations aux dépens du peuple palestinien. La raison est très simple, Sand le démontre sur le plan académique et Churchill la transmet sur le plan théâtral : l'identité juive est domaine extrêmement  flottant.

Dis-lui que ses oncles sont morts

Ne lui dis pas qu'ils les ont tués

Dis-lui qu'ils les ont tués

Ne l'effraie pas.

Le discours juif est l'art de raconter une histoire complètement étrangère aux faits ou à la vérité. En ce sens, il faut s’assurer de ne pas dire à la fillette « qu'ils les ont tués» pour qu'elle puisse garder le rêve cosmopolite. Ou peut-être est-il préférable que « dis-lui qu'ils les ont tués » pour qu'elle retourne au ghetto avec nous. Une autre possibilité c’est qu'elle puisse apprendre la leçon nécessaire et qu’elle s’inscrive dans l'armée pour tuer les ennemis d'Israël. Dans chacun des deux cas, il faut s'assurer de « Ne pas l’effrayer», comme si elle n'était pas déjà suffisamment effrayée.

L'identité juive est une forme de détachement tactique. Il s'agit d'une stratégie méthodologique qui crée un ordre symbolique imaginaire avec un programme clairement pragmatique,

Dis-lui qu'ils ont des kilomètres et des kilomètres de terres qui sont à eux, mais en dehors d'ici

avec cela on fait croire à la petite fille que les Palestiniens et les Arabes sont littéralement la même chose.

Dis-lui encore une fois que cette terre promise est la nôtre

comme si les juifs étaient collectivement un peuple, comme si leur origine était à Sion, comme si la promesse biblique avait une validité notariale, comme s'ils croyaient vraiment en la Torah.

dis-lui que peu m’importe si le monde nous hait,
dis-lui que nous autres haïssons mieux,
dis-lui que nous sommes le peuple élu,

Tout comme Sand, Churchill expose de manière éloquente le niveau zéro d'intégrité dans le noyau, dans le discours et dans le narratif de la cause nationale juive. Le projet historique juif n’est pas de dire la vérité. Au contraire, ce qu’il cherche c’est à créer une « vérité » qui s’adapte à ses besoins tribaux d’aujourd’hui. Il y a une vieille blague qui se moque des idéologues marxistes. Elle raconte que si les faits ne cadrent pas avec le déterminisme marxiste des livres de texte, ce que l’on doit faire c’est changer les faits. Le discours de l'identité juive utilise exactement la même stratégie. Des faits et des mensonges sont fabriqués au fur et à mesure. En quelques mots, ce que tu dois faire c’est « lui dire » que quelquefois nous avons besoin d'être des victimes innocentes et d'autres fois de piller, tuer ou pilonner avec des armes de destruction massive. Tout dépendra de ce qui conviendra le mieux à un moment donné à nos intérêts tribaux.

Victimitude : naissance d'une collectivité

Churchill semble être extrêmement perspicace quand elle décrit les effets destructeurs de la politique identitaireité juive qui transforme l'État juif en une machine à tuer de sang-froid :

dis-lui que peu m'importe si le monde nous hait
dis-lui que nous-autres haïssons mieux
(comme si elle ne le savait pas déjà après la destruction de Gaza)
dis-lui que nous sommes le peuple élu (comme si elle ne s’en était pas encore déjà rendu compte)

Mais il convient de s’interroger sur l'identité de cette fillette innocente à laquelle se réfère Caryl Churchill. Qui est la protagoniste qui reçoit tous les messages du texte, quelle est l'identité occulte qui suit chaque ligne de cette fascinante œuvre de théâtre ?

L'image de victime d'une jeune innocente est un des piliers de l'identité juive et de l'image de victime du juif postérieur à l’holocauste. Anne Frank est probablement le personnage le plus célèbre dans ce genre littéraire. Mais en même temps qu’elle est victime innocente, Frank est extraordinairement efficace comme objet culpabilisateur des gentils.


Représentation de Sept enfants juifs à Londres

Comme tout le monde sait, Anne Frank est morte tragiquement à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Elle n'a pas pu jouir du nouveau-né « État pour les seuls juifs ». Toutefois, dans le contexte de la politique identitaire juive, Anne Frank a été adoptée comme icone culturelle juive par un processus de transmission collective. En pratique, elle est parfaitement intégrée dans le cœur de tout individu qui s’identifie comme juif. Ceux qui succombent à la notion d'identité juive insistent à se considérer comme innocents et sans défaut. À partir de la perspective politique identitaire juive, la nation juive est une tribu peuplée de millions d’innocentes Anne Frank.

Je me permets de suggérer que la fillette de Churchill est la métaphore du « peuple d'Israël ». La récente nation juive est un concept très jeune noyé dans la rectitude et l'innocence. La fillette réceptrice de l'action de l'œuvre est là pour donner une image d'innocence sans défaut. Mais cette innocence métaphorique de la fillette est aussi ce qui transforme les crimes d'Israël en quelque chose de si sinistre. À la lumière de la propagande israélienne, qui présente l'État juif comme une entité intègre, innocente et vulnérable, la réalité horrible de la barbarie qu’elle met en pratique conduit à une dissonance cognitive inévitable.

La réalité du nettoyage ethnique raciste de l’« État pour les seuls juifs », avec les images de la machine de guerre israélienne qui largue des tonnes de phosphore blanc sur les Gazaouis ne laisse guère de place au doute. Israël n'a rien à voir avec l'auto-image fantasmatique « d'une fillette innocente », qui met en très mauvaise situation le projet publicitaire de la hasbara (propagande) israélienne, car il s'agit d'une fillette horriblement inquiète qui est passée de l’état de victime à celui de bourreau en donnant peu après des preuves d’une férocité, d'un sadisme et d’une monstruosité sans égal.

Dis-lui qu’aujourd’hui c’est nous qui avons la main de fer, dis-lui que c’est la brume de la guerre, dis-lui que nous n’arrêterons pas de les tuer tant que nous ne nous sentirons pas en sécurité, dis-lui que j’ai ri quand j'ai vu les policiers morts, dis-lui qu’ils sont des animaux qui vivent maintenant parmi les décombres, dis-lui que peu m'importerait si nous les exterminions,

Tout laisse supposer que nous sommes face à une nation immature et gravement perturbée, devant une fillette narcissique qui s’adore elle-même et vit terrorisée face à sa propre cruauté. Elle est comme la jeune sadique terrorisée par ses démons intérieurs. Quand les Israéliens s’aiment autant, et qu’ils croient encore plus en leur innocence fantasmatique, ils craignent d’autant plus que les non -uifs soient aussi sadiques qu’eux-mêmes au moment où ils ont donné les preuves qu’ils l’étaient. Ce mode de comportement est ce que la psychiatrie appelle projection.

Dis-lui que nous l’aimons.
Ne l’effraie pas.

Ainsi se termine l’œuvre de Caryl Churchill. Tout laisse supposer que les juifs ont une bonne raison d’être effrayés : leur État national est une entité génocidaire et raciste.

Après la Shoah, les juifs ont eu l'occasion de changer leur destin, de tourner la page. Ils pouvaient aussi explorer collectivement la notion de pardon et de miséricorde. Quelques-uns de leurs intellectuels ont insisté sur le fait qu'ils devraient se situer à l'avant-garde de la lutte contre le racisme et l’oppression. Mais il fallu seulement six décennies pour que l'État national juif s'établisse comme l'État national raciste par excellence, qui fait usage des tactiques sadiques impitoyables et oppressives. « Ne l’effraie pas », dit Churchill. Franchement, la fillette a toute la raisons du monde d’être effrayée. Si elle avait une fois le courage de se regarder dans le miroir, le résultat serait sérieusement dévastateur.


Télécharger le texte de la pièce en français



Source : Palestine Think Tank – From Victimhood to Aggression: Jewish Identity in the light of Caryl Churchill’s Seven Jewish Children

Article original publié le 4/5/2009

Sur l’auteur

Esteban García et Fauto Giudice sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=7676&lg=fr



Lundi 25 Mai 2009


Commentaires

1.Posté par VIRGILE le 25/05/2009 12:34 | Alerter
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La terre de Canaan, terre de Cham, n'a généré que des bains de sang. Tant que les talmudistes n'auront pas "saisi" que la Terre Promise" est la Vie éternelle glorifiée dans le Messis (Jésus le Christ de Nazareth), qu'il ont fait assassiner pour 30 deniers, l'humanité sera à l'agonie et asservit par ces redoutables prédateurs sans foi ni loi. Qu'impore qu'on les appelle "Illuminati", sionistes, etc. C'est du vent tout ça, un vent démoniaque.

Malheureusement, c'est un sport universel que de tuer les "prophètes" afin que l'homme s'attribue le Trône et la Terre du Dieu Créateur. Les abominations et crimes que nous vivons sont, hélas, déjà décrit.
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