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De la lettre écrite au nom du Président et de ses promesses


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Samedi 16 Mars 2019 - 00:20 Actualité algéro-algérienne



Kamel Khelifa
Lundi 11 Mars 2019

De la lettre écrite au nom du Président et de ses promesses

Par Kamel Khelifa*

’Les promesses politiques sont semblables à un feu, ça tient chaud un moment, puis ça finit en fumée’’. J.J. Lingrée (Maximes 1814)
Depuis environ cinquante sept ans d’indépendance de l’Algérie, un discours politique est toujours considéré par les tenants du pouvoir comme parole d’évangile et au peuple de croire aux Arrêts de l’implacable destin et d’aller se recoucher. S’agissant des promesses de A. Bouteflika, alors candidat à l’élection présidentielle de 1999, celui-ci était prêt, face à l’arbitraire de l’administration, «à prendre le maquis...», à en croire ses déclarations indignées à une chaine de télévision étrangère. Voir Internet contribution de l’auteur de ces lignes du 30/12/2012, intitulé ‘’ Système et bureaucratie, comment un monstre en couve en autre’’…
Les Algériens en connaissent un bout sur les promesses sans lendemain et les stratagèmes utilisés par le système pour les faire oublier: les acquis démocratiques obtenus en octobre 88, ne furent-ils pas transformés en véritable calvaire pour tout un peuple? L’Algérie paya un lourd tribut, se comptant en dizaines de milliers de victimes, sans doute pour faire regretter aux Algériens d’avoir voulu se révolter contre l’ordre établi... A la suite de cela le peuple fut sommé de choisir entre la peste et le choléra… Aujourd’hui, le clan de Bouteflika nous promet une troisième épidémie: la RAGE de devoir attendre… Encore un (1) an de caprices du Prince! Preuve s’il en est que le pouvoir est sourd à l’appel du peuple lancé depuis le 22/2/2019. Pourtant, la Constitution votée et promulguée le 23/02/1989 consacre le principe de souveraineté du peuple; la séparation du FLN et de l’Etat; l’Indépendance du pouvoir judiciaire (loi du 12/12/89); la suppression sans exclusive de tous les monopoles de l’Etat, etc. Avec ce train de mesures, outre l’adhésion de l’Algérie à une vingtaine de conventions internationales sur les droits de l’homme, justice fut rendue à l’époque au peuple d’écrire pour la première fois de son existence sa propre histoire… L’espace de trois années, les Algériens rêvaient à l’unisson de jouir pleinement de la démocratie naissante en 1989. Soudain, le peuple fut tiré brutalement de son rêve pour assister la mort dans l’âme à la mise à mort du processus de changement politique par strangulation, lors du pronunciamiento de janvier 92. 
La «décennie noire» provoqua un désastre humain, outre des dégâts matériels et financiers incalculables. A ce jour des familles algériennes espèrent encore la tenue des promesses faites par A. Bouteflika, lors de son investiture en 1999, afin de faire toute la lumière sur les multiples affaires d’assassinats, d’enlèvements d’individus, etc., durant cette terrible période… Notons également qu’après avoir pris connaissance de l’ampleur des fléaux destructeurs de l’équilibre de la collectivité nationale et du destin commun, A. Bouteflika constitua des commissions pour tenter d’y trouver des solutions, parmi lesquels les indispensables réformes de: l’Etat; l’administration; la justice; l’école; la santé, etc. Faisant abstraction du travail de fond entrepris dans le sens du changement opéré en 89, A. Bouteflika choisit ses propres gens, tel l’ambassadeur Sbih, pour présider la commission des réformes, pompeusement appelée en l’an 2000 le «grand chantier du Président»…! Puis, comme il fallait s’y attendre, le travail de cette commission est resté lettres mortes, en dehors des rafistolages pour faire des entorses constitutionnelles sur la durée du mandat présidentiel limité initialement à deux…                                                                                                                                                                            En réalité, le problème de l’Algérie, dans les années 2000, n’était pas tant lié à l’élaboration de nouvelles réformes politiques qu’à l’application respectueuse des lois existantes, notamment celles relatives à l’expression démocratique et au maintien de contrepouvoirs réels mis au placard, comme fut congédié le corps des médiateurs de la république, sans autre forme de procès… Voir Internet article du 15/04/2014 de l’auteur:‘’l’Algérie est-elle une république véritable?’’
 
Combien de fausses promesses avons-nous gobé suite aux manifestations grandioses de janvier 2011, déclenchées simultanément, dans la foulée des ‘’printemps arabes’’, par de nombreux corps de métiers (y compris les imams!),  portant sur des revendications sociales certes mais ne cachant pas moins un ras-le-bol politique généralisé… 
Pour les gouvernants, il importe que les aiguilles de la montre grignotent le temps, sans que ne chavire le système dont les jours tiennent depuis toujours aux bienfaits de la manne pétro-gazière! Ainsi, pour réfréner la contestation sociopolitique  l’argent de la rente est distribué ici et là sans compter. Toutefois, le silence de la Présidence et du gouvernement était assourdissant jusqu’au 15 avril 2011.
Enfin, le discours tant attendu de la part du Président est prononcé en ce mois d’avril 2011. Le moins que l’on puisse dire est qu’il était à mille lieues de répondre à l’attente des Algériens, même si le gratin du régime et de la rente, soudain libéré de son malaise, criait comme d’habitude à la panacée.                                                                                              Un professeur en droit constitutionnel de l’université d’Oran est même dépêché le jour du discours présidentiel à Alger. Il fera, lors du journal de 20 H de la télévision algérienne, temple magique où sont rendus les oracles politiques, une dissertation sur l’allocution du Président. Selon l’universitaire, ce discours historique «augurait d’une ère nouvelle annonciatrice d’une ‘’République nouvelle’’ et tutti frutti…                                                                                                                                                                        
A contrario, feu Abdelhamid Mehri, dans sa lettre-testament adressée au mois de février 2011 à M. A. Bouteflika, posa un diagnostic lucide et honnête sur une gestion «marquée beaucoup plus par les aspects négatifs que positifs.» Le président ne retint, des propositions de sortie de crise de l’ex, SG du FLN que ce qui arrangeait le système, en l’occurrence: la création de commissions et l’organisation de consultations (d’autres de plus) dont la finalité apparaissait de nature à gagner du temps, dans un climat général de contestation. 
Ainsi, d’autres personnalités, choisies parmi les thuriféraires du régime épiloguèrent sur le sexe des anges pendant des semaines inutilement… Le Président du Sénat, chargé par le Président de l’animation de ce simulacre de dialogue démocratique sur des réformes dérisoires, y met fin sine die, certainement à l’approche des législatives de 2012... Cependant, le pouvoir aura gagné quelques mois précieux pour sa survie et la continuité du système monarchique avec seulement de la jacasserie pour préparer lesdites législatives. En Algérie, les élections sont toujours l’occasion pour donner un os à ronger à la classe politique afin de distraire le peuple avec des miroirs aux alouettes pivotant autour de promesses illusoires… On le dira jamais assez le système oligarchique, qui préside aux destinées de l’Algérie, répugne depuis les origines à admettre l’idée-même d’alternance politique.                                                                                                                                                       
Les «réformes des Lois», proposées en avril 2011 sur l’information et l’audiovisuel, les partis politiques, etc., pour calmer les manifestants dans la rue, constituaient un leurre ourdi prétendument dans le cadre de la réparation du viol intenté en 1992. Au lieu d’un Etat, le régime de Bouteflika  renforça, à travers des mesurettes puériles, le pouvoir oligarchique que le peuple tente de chasser par le portail et qui lui revient par tous les soupiraux entrouverts…                                                                                                                                         
Cependant, sous la poussée continue de la rue en ébullition, depuis janvier 2011, Bouteflika paraissait en tirer les conclusions,  lors d’un discours prononcé à Sétif en mai 2012 avec sa tirade emphatique ‘’Jilna Tab Jnenou’’ (notre génération a fait son temps)… La jeunesse crut sur parole ces promesses donnant l’impression d’appréhender les aspirations du peuple au changement de génération au pouvoir. Comment ne pas le croire dans un pays grandement fossilisé, affecté de tous les maux et dont la thérapie réside dans l’ablation des cellules nécrosées et non en l’application de simples pansements sur des plaies purulentes depuis plus d’un demi-siècle? Que dire alors du fonctionnement de la Présidence dont la charge ne comporte aucun inconvénient, notamment de rendre des comptes quand les résultats sont mauvais, en cas d'abus de pouvoir, etc. En fait, le Président bénéficie de tous les avantages monarchiques dont même les monarques des temps obscurs n'auraient pu en rêver! Voir l’article de l’auteur, In le Soir d’Algérie, du 09/06/2014, intitulée ‘’Mettre fin au régime présidentiel omnipotent…’’, pour comprendre les dangers de cette fonction, en l’absence de garde-fous…
La deuxième législature (2004-2009) coïncidait avec une flambée des prix du pétrole, ayant atteint des records de 150 Usd le baril, entre 2003/2008. Dans la foulée, l’Algérie engrange des recettes d’environ 800 milliards* Usd en cinq ans, reléguant au dernier plan les exigences du peuple et les promesses de changement faites par M. A Bouteflika en 1999. Mais les 3ème et 4ème mandatures furent un modèle de gouvernement à somme nulle. Malgré toutes les gesticulations et promesses lancées en l’air, la situation de l’Algérie ne cessait de péricliter d’années en années dans tous les domaines (indice humain, droits de l’homme, pouvoir d’achat, inflation, taux de change, etc.) Les chiffres fournis par des institutions internationales crédibles démontrent une gestion catastrophique du pays, à mettre à l’actif d’un gouvernement relaps pour avoir: renié ses promesses; entretenu l’illusion par la verve salivaire; trompé les espérances des Algériens par l’effet d’optique télévisuel…
Conclusion: Même lorsque le Président était en pleine possession de ses moyens, il manquait visiblement  de volonté (de courage?!) politique, pour assumer ses engagements. Mais les réformes promises aux Algériens le 16 avril 2011 et le 9 mai 2012 resteront dans les annales de la politique algérienne comme  la mascarade la plus indigeste que l’Algérie dût supporter pendant une législature complète. Et au système de demander en 2019 aux Algériens d’avaler encore des couleuvres, sans doute pour consoler l’ego du souverain… Pourtant, dans ses manifestations à travers tout le pays, le peuple ne cesse de délivrer des messages sans ambigüité: pas de 5ème mandat; changement de régime; nouvelle république; haro sur le personnel politique… N’est-il pas temps d’abandonner tous ces artifices et autres vaines promesses pour laisser enfin les Algériens pétrir leur destin de leurs propres mains? Les grands hommes sont ceux qui n’hésitent pas le moment venu à donner rendez-vous à l’histoire!
*Auteur-essayiste, Expert et Consultant international
                                        
 


Lundi 11 Mars 2019


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