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Société

De l'amitié


S'il fallait justifier le report du traité d'amitié entre l'Algérie et la France par des arguments moraux, le tintamarre médiaticopolitique déclenché à Paris par l'hospitalisation du président Bouteflika y suffirait largement. Les Algériens écoutent avec une stupeur indignée ce qui se dit là-bas à ce sujet.



Le lynchage indécent d'un homme sur son lit d'hôpital leur a fait prendre la mesure de la haine que nourrissent à leur égard beaucoup d'hommes politiques français. Et les médias d'expliquer, à grand renfort de sondages, que ces hommes politiques représentent des millions de Français. Faut-il s'en étonner ? Seuls les naïfs ont pu croire que les nostalgies, les frustrations, les colères et le désir de revanche se sont atténués avec le temps et que c'était, enfin, le temps des retrouvailles. Ceux qui se sont attelés à la tâche de faire aboutir ce projet sans s'inquiéter comment il serait reçu pourvu qu'il existât, peuvent aujourd'hui mesurer que le ressentiment des tenants de l'Algérie française ne cèdent pas devant les arguments de la raison. Qu'ils soient les bienvenus ces temps de l'amitié. Ils viendront, c'est certain, lorsque l'apaisement et la sérénité s'installeront dans les esprits et dans les cœurs. Ils s'installeront grâce à un lent processus de mûrissement. Ce processus - et c'est là le rôle des hommes en charge des affaires de leur pays - s'élaborera par des actes de clairvoyance politique, c'est-à-dire de courage. Cela signifie cesser de faire des bilans truqués et immoraux de l'entreprise coloniale. Cela signifie reconnaître, pour l'Histoire, les violences et les crimes. Cela signifie cesser de faire des amalgames entre un système détestable et la bonté et la générosité des individus : ces médecins qui ont soigné avec une conscience professionnelle à nulle autre pareille, ces enseignants dont la générosité et la rigueur pédagogique ont toujours été reconnues par ceux qui furent leurs élèves. Monsieur Douste-Balzy qui sait si bien entonner, la main sur le cœur et l'émotion voilant ses prunelles, le chant de la Bigorre qui exalte l'amour du pays, devrait être le premier à comprendre les sentiments des Algériens qui défendent certaines valeurs. L'incroyable confusion que le ministre des Affaires étrangères français, ose entre le système colonial et les hommes généreux qui ont soigné ou enseigné est scandaleuse. Il porte atteinte à leur rôle en en faisant des faire-valoir des iniquités et des crimes. L'amitié ne se décrète ni par des actes écrits fondés sur des amnésies confortables et des bilans sélectifs, l'amitié signifie le don de soi, la confiance mutuelle et la solidarité démontrée dans l'épreuve. Hier, lorsque la tragédie nous frappait, une certaine gauche, l'autre partie de la classe politique française, a tout fait pour nous contraindre à accepter la régression. Ces élites bien pensantes, ennemies de la peste chez elles, nous l'ont souhaitée de grand cœur et en “toute amitié”. Ces vœux nous les reçûmes par le refus de nous vendre, n'eut été que des cartouches de fusil de chasse. Passons sur les ukazes, les fourches caudines des prêts, les séminaires consacrés à nos affres et douleurs, la mobilisation d'ONG aux ordres pour culpabiliser et démobiliser l'armée algérienne avec d'incroyables accusations. La sagesse de notre peuple et les sacrifices de ses meilleurs enfants ont démenti les présages de guerre civile et de chaos. Ce déni de notre droit à la modernité et au progrès, fait pendant au refus aujourd'hui, de reconnaître que nous avons subi des iniquités et des violences, c'est-à-dire, de n'avoir été que des sous-hommes pendant les 130 années qu'a duré l'occupation française. Dans l'épreuve, dit l'adage, on reconnaît ses amis. Le désir d'amitié est revenu avec l'aisance financière que connaît notre pays.
Qu'à cela ne tienne !
Voyons “l'amitié”, définissons lui un sens, trouvons lui un substrat commun. On veut bien que les amitiés entre Etats soient basées sur l'intérêt. Nous acceptons ce contenu. Mais, s'agissant de l'Algérie et de la France, un tel contenu ne peut se concevoir que sur l'assainissement du contentieux historique. Cette réparation tient en deux mots : “La réparation morale”. Je suis allé souvent dans l'Algérie profonde, dans une contrée qui a été dévastée par l'armée française au cours des années cinquante, dans une contrée qui porte encore des stigmates de ce qu'elle a subi, personne, jamais, n'a exprimé du ressentiment ou de la haine contre la France ou les Français. Mais l'indécente façon dont le président de la République algérienne a été interpellé a indigné cette Algérie de l'hospitalité, de la générosité et de la pudeur. En quoi les vérités avérées concernant la période coloniale exprimées par le président Bouteflika sont-elles une insulte à la France et l'empêcheraient-il d'aller se faire soigner dans un hôpital français ? La seule apposition à faire est celle qui montre d'un côté l'indécente levée des boucliers de la rancœur et de l'autre la confiance et le pari sur l'amitié de celui - le premier des Algériens - qui a confié sa santé à un hôpital français.

Par Hadi Khediri
Le Soir d'Algérie.
LeSoirdAlgerie.com














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Lundi 24 Avril 2006
Farid@evhr.net


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