Politique Nationale/Internationale

De l’Audace de DSK ou l’exemple d’un socialiste mangé par les petits cochons du marché


Mon analyse des dernières déclarations de Dominique Strauss-Kahn sur la crise alimentaire.


christophe.paquien@gmail.com
Samedi 12 Juillet 2008

De l’Audace de DSK ou l’exemple d’un socialiste mangé par les petits cochons du marché
“répercuter intégralement les hausses de prix sur les consommateurs”

“resserrer la politique monétaire”

“les marchés mondiaux de denrées alimentaires doivent demeurer ouverts.”

Milton Friedman ? Non, Monsieur le Directeur général du FMI dans une tribune sur les crises énergétiques et alimentaires parue dans Liberation du 9 juillet

Blasphémateur, simplificateur, incompétent… me direz-vous ?

N’empêche, le résultat est là : « 40 % de la population des pays en développement est déjà en situation de dénutrition, et ce pourcentage pourrait augmenter rapidement. La hausse des prix mondiaux des produits alimentaires a presque doublé l’an passé, et la situation se détériore. » […] constate DSK, qui propose dans le même temps de « répercuter intégralement les hausses de prix sur les consommateurs »

Alors ? D’accord avec l’ami Domi ?

Moi non.

D’abord pour des questions morales. Et c’est vrai qu’à sa décharge, il ne s’engage pas sur ce terrain précisant se placer d’« un point de vue économique ». Mais de deux choses l’une : soit on est un homme politique se préparant pour les élections présidentielles de 2012 et alors on prend en compte les conséquences de ce qu’on dit, soit on se considère comme un économiste bureaucratique ne raisonnant que dans les limites de sa spécialité et on ne prend pas la responsabilité d’une institution aussi importante que le FMI. Même si c’est comme ça depuis longtemps.

Ensuite d’un point de vue économique. Ce qui a conduit à la crise actuelle est exactement ce que DSK défend : des « marchés mondiaux de denrées alimentaires […] ouverts ». Les stocks dont il pleure la diminution et qui permettaient de réguler les prix ont été réduits sous la pression de la commission européenne et de l’OMC (c’est de cette charitable organisation, dirigée par un autre « audacieux » socialiste, qu’il parle quand il dit : « Dans ce contexte, une issue positive du cycle de Doha, notamment en ce qui concerne l’agriculture, est absolument essentielle. »)

Aujourd’hui, les prix sur les marchés internationaux sont déterminés par 10 à 12% de la production (ils ne reflètent en rien la réalité), puisque la grande majorité de la production est consommé à l’intérieur du pays producteur.

De plus, et c’est un des arguments de l’économiste allemand Friedrich List contre Adam Smith et David Ricardo, le libre-échange n’est souhaitable qu’entre pays de même niveau de développement, sinon, le petit se fait manger (comme DSK par les petits cochons libéraux) par le plus gros, qui le cantonne à se spécialiser dans des productions à faibles valeurs ajoutée (cf. l’esclavage moderne que subissent les populations des pays du Sud et de plus en plus dans les pays développés). Ceci, même si pour List, cet argument est surtout valable pour l’industrie, l’autosuffisance/souveraineté agricole étant l’argument principal pour l’agriculture.

Ce qui a permis le développement agricole dans l’Europe d’après-guerre ou dans des pays sous-développés, comme l’Inde des années 70, ce sont :

  • Les prix garantis par l’Etat, qui assurent un prix de vente décent pour le producteur, à la différence des « deficiency payments » britanniques qui sont des compensations faites aux agriculteurs par de « bonnes âmes », à l’image de notre socialiste sanglotant qui propose le même genre de charité avec son « dispositif de protection sociale bien ciblé ». La différence, n’est encore une fois, pas compréhensible du « point de vue économique », puisque c’est au niveau du respect de la personne et de son travail que ça se joue.
  • La régulation par les stocks d’intervention
  • Le marché unique basé sur des droits de douane (ou protectionnisme pour utiliser un gros mot), une préférence communautaire et un système de solidarité financière (redistribution).
  • Les investissements dans les infrastructures (hydrauliques par exemple), la mécanisation (il n’y a par exemple aujourd’hui que 26,7 millions de tracteurs dans le monde pour 1,34 milliards d’actifs dans l’agriculture) et la recherche (semences, engrais, nouveau modes de production…). Ceux-ci sont déjà freinés par une politique monétaire « resserrée » (taux d’intérêt élevés) en Europe (merci Monsieur Trichet) et une politique budgétaire menottée aux critères de convergences de Maastricht.

Ces mesures, dans le cadre d’un nouveau système financier international, misent en place à l’échelle internationale et accompagnées d’un transfert de technologie et de savoir du Nord vers le Sud, permettraient de produire suffisamment de nourriture pour tout le monde, et donc permettraient de se concentrer sur la résolution de problèmes pour lesquels nous n’avons pas encore de solution…

Pour moi, et parce que je pense qu’il n’est pas complètement idiot, Dominique Strauss-Kahn a passé trop de temps près des sirènes du libéralisme ambiant et ne peut plus s’empêcher de fredonner leur chant qui rend fou, ce qui est dangereux quand on a des responsabilités comme les siennes. Heureusement certains reprennent peu à peu leurs esprits et d’autres étudient List, Cauwes, Carey ou LaRouche pour avoir le sens d’une vraie alternative au libéralisme qui s’effondre aujourd’hui.

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Samedi 12 Juillet 2008

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