Politique Nationale/Internationale

De bonnes choses se passent au Venezuela



Je viens de visiter le Venezuela. Même avant mon arrivée, je savais qu'il y régnait une grande division de classe. Durant le vol de correspondance entre Miami et Caracas, j'étais assis à côté d'une Vénézuélienne attrayante et très élégamment vêtue. De par son apparence prospère, je m'attendais à ce qu'elle déclare, dès qu'elle en aurait l'occasion, son opposition au président Hugo Chávez. J'avais malheureusement raison.


Dimanche 4 Décembre 2005




Notre conversation allait de bon train jusqu'à ce que nous abordions la question de la lutte politique en cours au Venezuela. «Chávez», siffla-t-elle, «est terrible, vraiment terrible», «c'est un menteur», «il trompe le peuple», «il dirige tout seul le pays».

Propriétaire d'une entreprise de mode féminine pour les classes affluentes, elle faisait affaire avec des compagnies réputées des États-Unis. Je lui ai demandé comment Chávez nuisait à ses affaires. Elle m'a répondu : «Il ne m'a pas du tout affectée!», ajoutant du même souffle : «Mais plusieurs autres entreprises ont souffert des dommages irréparables, ainsi que l'ensemble de l'économie». Elle a continué à vilipender rageusement Chávez, affirmant que si ce démon continuait à faire ce que bon lui semble ce serait la catastrophe nationale.

Au Venezuela, j'ai rencontré d'autres personnes opposées à Chávez, qui lançaient le même type d'attaques, constituées de peu de faits mais de beaucoup de venin, et exprimées avec toute la férocité de ceux qui craignent que leurs droits de naissance (c'est-à-dire leurs privilèges de classe) ne soient menacés par ceux qui, situés en dessous d'eux dans l'échelle sociale, reçoivent maintenant une plus grande part du gâteau.

Au Venezuela, plus de 80% de la population vit sous le seuil de la pauvreté. Avant Chávez, la majorité des pauvres n'avaient jamais reçu les soins d'un médecin ou d'un dentiste, leurs enfants n'avaient jamais été à l'école faute d'argent pour payer les frais annuels de scolarité. Les "ajustements" néo-libéraux des années 80 et 90 visant à étendre l'économie de marché n'avaient fait qu'empirer les choses : les gouvernements précédents avaient sabré dans les dépenses sociales et éliminé les subventions réduisant les prix des biens de consommation. Les gouvernements successifs n'avaient rien fait pour combattre la corruption endémique ou pour réduire le fossé qui grandissait entre les riches et les pauvres, pour combattre la malnutrition et le désespoir croissants.

Loin de diriger tout seul le pays, le gouvernement Chávez a implanté une série de mesures positives :

- il a instauré une réforme agraire pour aider les petits agriculteurs et les pauvres sans terre. Ce mois-ci seulement (mars 2005), la vaste propriété foncière d'une compagnie de viande bovine a été occupée par des travailleurs agricoles à des fins de culture;

- il a rendu l'éducation gratuite jusqu'au niveau universitaire, ce qui a augmenté, de façon phénoménale, les inscriptions à l'école primaire;

- il a créé un programme de protection de l'environnement marin et se prépare à implanter des mesures pour protéger les droits et le territoire de pêche des peuples indigènes;

- il a crée des banques spéciales d'aide aux petites entreprises, aux coopératives de travailleuses/eurs et aux petits agriculteurs/trices;

- il a bloqué les tentatives de privatiser davantage l'industrie du pétrole dirigée par l'État (80% de celle-ci étant propriété publique) et a fixé des limites à la pénétration de capitaux étrangers;

- Chávez a expulsé les conseillers militaires états-uniens du pays et a interdit le survol du territoire vénézuélien aux aéronefs militaires états-uniens qui se livrent à des activités anti-insurrectionnelles en Colombie;

- les «Cercles bolivariens» ont créé dans tout le pays des comités de quartiers qui organisent les citoyens/ennes au niveau communautaire pour qu'ils participent aux campagnes d'alphabétisation, d'éducation et de vaccination et à d'autres services publics.

- le gouvernement engage des chômeurs, sur une base temporaire, pour la réparation de rues et de systèmes d'égouts et de distribution d'eau des quartiers pauvres.

Quant au programme de santé, j'ai visité une clinique dentaire de l'État de Barinas, lieu de naissance de Chávez. Le personnel était constitué de quatre dentistes, dont deux jeunes Vénézuéliennes et deux Cubains, engagés dans le cadre d'un programme de un an. Les dentistes vénézuéliennes soulignaient le fait qu'avant Chávez les dentistes n'avaient pas assez de travail. Bien que des millions de citoyens/ennes avaient besoin de soins, l'accès leur était durement limité par les lois du marché privé, c'est-à-dire par leur capacité de payer. Comme tout autre produit ou service, les soins dentaires n'étaient pas dispensés à toutes les personnes qui en avaient besoin, mais seulement aux personnes qui avaient les moyens de payer.

Quand la clinique gratuite de Barinas a été créée, elle a été envahie par une foule de personnes qui avaient besoin de soins dentaires. Pourtant elle n'a refusé personne, ni même les opposant/antes au gouvernement Chávez, qui, mettant de côté leur antagonisme politique, se sont présentés pour recevoir des soins gratuits.

Dans les cliniques de quartier, un grand nombre de médecins et de dentistes viennent de Cuba. Il en est de même d'une grande quantité de fournitures médicales et de produits pharmaceutiques. De plus, Chávez a assigné aux cliniques gratuites des médecins et des dentistes des forces armées vénézuéliennes. Face à ces changements, une grande partie de l'«establishment» médical vénézuélien s'oppose violemment au programme de cliniques gratuites. Il le perçoit comme étant une campagne communiste cubaine visant à "baisser" les normes de professionnalisme médical et à réduire les revenus des médecins.

Le fait que les personnes à faible revenu reçoivent, pour la première fois dans leur vie, des soins médicaux et dentaires, ne semble pas compter beaucoup pour les praticiens qui défendent le plus le "professionnalisme".

Pour ce qui est de la nourriture, j'ai visité un des magasins d'alimentation appuyés par le gouvernement et répartis dans tout le pays, surtout dans les zones à faibles revenus. Ces établissements modestes vendent des aliments en conserve, des pâtes alimentaires, des haricots, du riz et certains produits et fruits à des prix bien inférieurs à ceux du marché. Pour une société ayant des taux élevés de malnutrition, ces magasins sont une véritable bénédiction.

Les marchés d'alimentation populaires ont éliminé, dans leur réseau, les couches de commerçants intermédiaires, rendant ainsi les produits de première nécessité accessibles aux résidents de ces zones. La plupart de ces marchés sont dirigées par des femmes. De plus, le gouvernement a créé une banque financée par l' État, ayant pour fonction de fournir à des femmes à faible revenu les fonds nécessaires pour le démarrage de coopératives dans leurs communautés.

Le nombre de coopératives de travailleurs/euses a augmenté. L'une d'elles, située à Caracas, est née de la transformation d'un dépotoir en fabrique de souliers et en fabrique de t-shirts. Financée par une somme allouée par le ministère du Pétrole, cette coopérative donne du travail à des milliers de personnes. Les travailleurs/euses semblent enthousiastes et pleins d'espoir.

Est-il surprenant qu'un grand nombre de Vénézuéliens/iennes ne connaissent rien ou que peu de choses sur ces coopératives de travailleurs/euses? Cela est dû au monopole presque total qu'exerce le capital privé sur les médias écrits et télédiffusés. Les riches magnats des grands médias, tous violemment opposés à Chávez, sont propriétaires de quatre des cinq stations de télévision et de tous les journaux à grand tirage.

L'homme qui a la plus grande part de responsabilité dans les changements révolutionnaires survenus au Venezuela, Hugo Chávez a droit au genre de traitement que les médias états-uniens réservent habituellement à ce type de dirigeant : des attaques constantes contre sa personne. Un article du «San Francisco Chronicle» le qualifie de «président querelleur du Venezuela». Un texte antérieur du «Chronicle (30 novembre 2001) cite un opposant politique qui traite Chávez de «psychopathe» et de «type extrêmement agressif». Le «London Financial Times» le présente comme un homme «de plus en plus autocratique», qui gouverne ce que le journal qualifie de «démocratie-voyou».

Dans le journal «Nation» (6 mai 2002), Marc Cooper, un de ces libéraux de la Guerre froide qui aujourd'hui défend l'empire, a écrit un article sur Chávez. Selon lui, le président, qui a été élu démocratiquement, «parle souvent comme une brute» et «frise la mégalomanie». Cooper poursuit sa litanie : Chávez a un comportement «proche de la paranoïa», il gouverne en ayant recours à de la «démagogie grossière», il a «un style toujours plus autocratique». Comme beaucoup d'autres opposants, Cooper minimise les réalisations de Chávez et son article présente une liste d'insultes plutôt que des analyses basées sur des faits concrets.

Selon d'autres porte-parole des médias Chávez est «d'humeur changeante», a une «mentalité d'assiégé», est un «incompétent», a un «caractère dictatorial». C'est «un populiste de caserne», «un homme de poigne», une «personne conflictuelle» et, surtout, une «personne de gauche». Les articles n'expliquent jamais ce qu'est «personne de gauche». Une personne de gauche est quelqu'un qui préconise une distribution plus équitable des ressources sociales et des services humains, et qui appuie des programmes du genre que le gouvernement Chávez est en train d'implanter. (Inversement une «personne de droite» est quelqu'un qui s'oppose à de tels programmes et qui vise a accroître les privilèges insatiables du capital privé et la richesse de la minorité constituée de riches.)

Si l'expression «personne de gauche» est souvent utilisée dans les médias états-uniens, elle est rarement définie. Servant à étiqueter les gens, sa puissance vient du fait qu'elle n'est jamais accompagnée d'une définition, qu'elle porte en elle un sens abstrait caché, ce qui lui donne un grand pouvoir de démonisation, qui bloque à l'avance toute analyse rationnelle sur son véritable contenu politique.

Inversement, les médias états-uniens présentent les opposants de Chávez d'une toute autre manière. Ceux qui, en avril 2002, avaient organisé un coup d'État illégal et anticonstitutionnel contre le gouvernement démocratiquement élu, sont qualifiés de champions de la gestion des affaires publiques de type «pro-démocratique» et «pro-occidental». En fait ces opposants sont les plutocrates (personnes très riches qui exercent par leur argent une influence politique) du libre-échange et les leaders du complexe militaro-industriel qui veulent maintenir l'ordre social des privilégiés. Au cours du coup d'État qu'ils ont organisé en 2002, ils ont tué, en 48 heures, un nombre de citoyens/ennes supérieur à celui des personnes qui ont été affectées par les changements réalisées par Chávez au cours de toutes ses années au pouvoir.

Quand le général Carlos Alfonzo, l'un de ces responsables, a été accusé pour le rôle qu'il y avait joué, le «New York Times» a choisi de le qualifier de "dissident", dont les droits ont été enlevés par le gouvernement Chávez. Quatre autres officiers supérieurs, accusés d'avoir organisé le coup d'État de 2002, subiront probablement un procès. Ils seront sûrement décrits, eux aussi, par les médias, non comme des conspirateurs ou des traîtres qui ont essayé de détruire un gouvernement démocratique, mais comme des "dissidents", comme de simples citoyens respectables, dont le droit de ne pas être d'accord avec le gouvernement a été nié.

Le président Hugo Chávez, dont j'ai écouté trois conférences publiques, s'est révélé, au cours de sa présidence, être une personne éduquée, éloquente, particulièrement bien informé et qui a beaucoup lu. Doué d'un caractère généreux, de profonds sentiments humains et d'un esprit pénétrant, il fait preuve d'un dévouement sincère et inlassable à la réalisation de changements salutaires pour la majorité de son peuple. Il a prouvé qu'il est, sous tous ses aspects, à la hauteur de la révolution démocratique, respectable et pacifique, qu'il dirige.

Des millions de ses compatriotes croient avec justesse qu'il est le seul président qui se soit intéressé aux populations les plus pauvres de son pays. Il n'est donc pas étonnant qu'il soit l'objet de calomnies et de tentatives de coups d'État de la part des secteurs dominants de son propre pays et des cercles dirigeants du Nord du continent.

Chávez accuse le gouvernement des États-Unis de préparer un complot visant à l'assassiner. Je crois qu'il a raison.


Michael Parentite
4 novembre 2005


Poeple's Voice / Clarté (Quebec)
Texte traduit par l'équipe de traduction du journal «Clarté», journal du Parti communiste du Québec


Texte en anglais a été publié dans «People's Voice», journal du Parti communiste du Canada.


stop USA


Dimanche 4 Décembre 2005

VIDEOS | Politique Nationale/Internationale | Propagande médiatique, politique, idéologique | Société | Histoire et repères | Conflits et guerres actuelles | Néolibéralisme et conséquences

Publicité

Brèves



Commentaires