Néolibéralisme et conséquences

Davos 2010 : une belle querelle entre les présidents et les banquiers



Vlad Grinkevitch
Mardi 2 Février 2010

Davos 2010 : une belle querelle entre les présidents et les banquiers
La principale intrigue du forum économique actuel de Davos réside dans la proposition du président américain Barack Obama d’interdire officiellement aux banques de se livrer à la spéculation et de financer des fonds spéculatifs. En réponse, les banquiers prédisent de grands troubles dans l’économie mondiale et brandissent la menace de fuites de capitaux.

Le président américain et son équipe ont l’intention d’obtenir du Congrès l’interdiction aux banques d’investir dans les "hedge funds" et les fonds d’investissement privés dans les opérations sur des titres n’ayant rien à voir avec les services aux clients. Cette idée a été appréciée par les dirigeants de plusieurs États. « Nous continuerons à faire courir des risques insoutenables à l’économie, à encourager la spéculation, si nous ne changeons pas la réglementation bancaire » a déclaré le président français Nicolas Sarkozy. Alexeï Koudrine, premier vice-premier ministre russe, a également invité à soutenir la politique des États-Unis en affirmant : « Il faut soutenir les mesures annoncées par les Etats-Unis, car l’administration Obama est dans la situation la plus délicate ».

Dans l’ensemble, les arguments des hommes politiques sont clairs : la surchauffe spéculative de l’économie a été la cause de la crise économique. La situation se répète puisqu’une bonne partie des sommes affectées par les États à la lutte contre la crise (les Etats-Unis, à eux seuls, ont alloué plus de 10 000 milliards de dollars) a servi à gonfler de nouvelles bulles sur les marchés des valeurs et des hydrocarbures. Citons un exemple : au milieu de l’année dernière, la CFTC (la Commodity Futures Commission) est arrivée à la conclusion qu’environ 70% des ventes de pétrole de la marque Texas Sweet à la Bourse de New York étaient d’ordre spéculatif. A peu près en même temps, les autorités américaines ont parlé de la nécessité de restreindre les possibilités des opérations spéculatives, mais rien de concret n’est sorti de ces déclarations. Naturellement, toutes ces initiatives provoquent une résistance farouche de la part du lobby financier.

Inutile de dire que les banquiers ont fort mal accueilli cette initiative du président américain et les représentants des milieux financiers n’ont pas tardé à avancer comme argument que l’intention de contraindre les banques à réduire leurs activités provoquera une récession du commerce mondial et les conséquences négatives pour l’économie mondiale seront imprévisibles. Selon le Times britannique, les responsables des grandes banques britanniques (HSBC, Barclays Standard Chartered) et américaines (JPMorgan et Morgan Stanley) préparent une rencontre secrète avec le ministre britannique des Finances Alistair Darling. Les banquiers ont probablement l’intention d’avancer des griefs à l’encontre de la politique américaine et de parler, par la même occasion, des conséquences négatives globales que pourraient avoir les initiatives de Barack Obama.

Les banquiers assurent qu’ils n’ont pas besoin de régulateurs extérieurs et que le marché remettrait, disent-ils, tout à sa place. Pourquoi donc, au plus fort de la crise, presque toutes les institutions financières s’en sont-elles alors remises non pas à la "main invisible du marché", mais à l’aide que leur apportaient leurs gouvernements ? Comme l’a souligné à juste raison Nicolas Sarkozy, sans l’intervention des États, tout se serait effondré.

La position des banquiers est compréhensible : ils s’inquiètent avant tout pour leurs propres profits. Quant aux hommes politiques qui soutiennent Obama, on peut leur reprocher leur manque d’esprit de suite. Malgré toutes les belles paroles sur la nécessité de réformer le système économique mondial, la majeure partie des mesures anticrise de tous les États développés sans exception s’est réduite à injecter de l’argent dans le secteur financier. Autrement dit, les États ont soutenu la superstructure financière que M. Sarkozy a qualifiée, en inaugurant le forum, de principal responsable de la crise.

Le soutien à la position de Barack Obama annoncé par la Russie n’est pas tout à fait clair, car la mise en œuvre des initiatives de l’administration américaine menace de créer de graves problèmes pour l’économie russe. Rappelons que les 70 dollars le baril sur lesquels se fonde l’espoir d’assurer l’essor de l’économie russe cette année sont le résultat direct de l’afflux du capital spéculatif sur le marché des hydrocarbures. Crever les bulles spéculatives provoquerait de nouveaux ébranlements économiques dans le pays.

Il y a là un cercle vicieux : la reprise de l’économie mondiale (russe, entre autres) a été rendue possible grâce aux investissements dans le secteur financier dont le gonflement démesuré a été la cause de la crise. La réforme du système économique dont parlent beaucoup les hommes politiques n'est probablement pas impossible sans banqueroutes ou, au moins, sans réforme de nombreuses institutions financières, mais les actions entreprises par les gouvernements au plus profond de la crise montrent bien qu’ils n’y sont pas prêts.

Il se peut que cette "main du marché" le fasse pour eux. Ce n’est pas par hasard que de nombreux économistes préviennent que les causes fondamentales de la crise ne sont pas éliminées, et donc que la fameuse "seconde vague" n’est qu’une question de temps.

Ce texte n’engage que la responsabilité de l’auteur.

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Mardi 2 Février 2010


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