Politique Nationale/Internationale

Darfour: la solution existe



Le tournant que prennent les événements au Darfour, dans l'ouest du Soudan, montrent que les tentatives de règlement du conflit armé qui oppose depuis 2003 le gouvernement soudanais aux groupes rebelles locaux sont sans résultats. Pourquoi? Il se peut que les efforts déployés par la communauté internationale convergent dans le mauvais sens.


Valentin Iourtchenko
Vendredi 21 Septembre 2007

Darfour: la solution existe
Par Valentin Iourtchenko, chercheur à l'Institut du Moyen-Orient, pour RIA Novosti


Caractérisé par une complexité et une violence extrêmes, le conflit du Darfour a pris une grande ampleur. On ne parvient pas à mettre fin aux atrocités que subit essentiellement la population civile, alors que le nombre de victimes et de réfugiés n'en finit pas de croître. Une situation humanitaire extrêmement précaire s'ajoute à la donne: le Darfour est constamment menacé de famine, la population est privée de soins médicaux normaux, et le ravitaillement en eau est très perturbé.

Les événements du Darfour font l'objet d'une campagne de propagande en Occident où les autorités soudanaises et les "janjawid" (milices arabes) qu'elles soutiennent sont accusées de violences. Bien sûr, Khartoum et les unités des "janjawid" qu'il contrôle sont en grande partie responsables de l'effusion de sang et des violences commises dans la région. Mais ce n'est qu'un côté de la médaille. Les manifestations de violence, y compris à l'égard des civils, sont tout aussi nombreuses de la part des rebelles. Tous les acteurs du conflit sont donc pleinement responsables de ce qui se passe au Darfour.

L'absence d'unité au sein du mouvement rebelle complique sensiblement la situation dans la région. Ici, on trouve beaucoup de groupes et de mouvements différents (rien que les grands mouvements sont au nombre de douze) qui se battent moins contre le gouvernement qu'entre eux pour obtenir le contrôle de tel ou tel terrain. Qui plus est, le Darfour compte une multitude de bandes criminelles qui se livrent au pillage et à la violence.

Réunis début août à Arusha (Tanzanie) sous l'égide de l'Union africaine, les dirigeants de huit groupes rebelles se sont mis d'accord pour former une délégation commune et ont harmonisé leurs positions pour entamer des pourparlers avec le gouvernement soudanais d'ici deux ou trois mois. Toutefois, un certain nombre de groupes ont refusé de participer à cette rencontre et continuent d'agir en toute autonomie. De surcroît, plusieurs dispositions du document rédigé à Arusha ont été accueillies avec réticence et sans grand enthousiasme par les autorités de Khartoum. Autant de facteurs qui compliquent sérieusement le processus du règlement politique au Darfour.

Il ne fait aucun doute que les livraisons d'armes régulières dont bénéficient les deux parties en opposition alimentent le conflit du Darfour. On rapporte souvent, dans les médias occidentaux en particulier, que l'armée soudanaise utilise des armes russes dans les combats contre les rebelles. Or, l'origine russe des armes ne signifie pas que celles-ci ont été livrées au Soudan (comme dans n'importe quel autre "point chaud" de la planète) par la Russie. Les armements en question ont pu être fournis par des ex-républiques soviétiques, des pays d'Europe de l'Est, n'importe quel autre Etat ou par des filières privées clandestines. L'expérience d'autres "points chauds" montre qu'il est pratiquement impossible de neutraliser toutes les filières de livraison d'armes. Cela signifie que les efforts déployés par la communauté internationale en vue de régler le conflit devraient être canalisés ailleurs.

Il ne s'agit pas d'envoyer des forces de maintien de la paix au Darfour. Il est peu probable qu'un renforcement du contingent de paix mixte de l'Union africaine et de l'ONU puisse stabiliser la situation, d'autant plus que ce contingent est essentiellement constitué de militaires africains, mal formés. Le renforcement des pressions internationales sur Khartoum est tout aussi contreproductif: cela ne fera qu'encourager les revendications des rebelles à l'égard du gouvernement et pousser les autorités à prendre des mesures de plus en plus sévères pour étouffer la rébellion. Une forte pression qui ne tient pas compte des particularités politiques, historiques, ethniques, religieuses et autres finit toujours par aggraver un conflit et provoquer de nouvelles victimes.

Quel devrait donc être le rôle de la communauté internationale au Darfour?

Il faut comprendre que le conflit du Darfour puise ses origines dans les grands changements climatiques et environnementaux que la région a connus ces dernières années. Selon des experts du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), le désert du Darfour a progressé de 100 km vers le sud depuis 40 ans, et les espaces de verdure ont diminué de 12%. L'érosion des sols se poursuit activement, les ressources d'eau n'en finissent pas de s'appauvrir, et les périodes de sécheresse sont de plus en plus fréquentes. Tout cela se déroule dans un contexte de croissance rapide de la population: entre 1973 et 2003, elle est passée de 2,2 à 5,1 millions d'habitants. La réduction des ressources naturelles conjuguée à cette augmentation rapide de la démographie a accentué la lutte pour la terre et l'eau. La découverte récente de réserves industrielles de pétrole dans le sud du Darfour a jeté de l'huile sur le feu.

Tous ces facteurs, ajoutés aux handicaps économiques, sociaux et culturels du Darfour (sans oublier le refus des autorités de Khartoum d'engager des cadres locaux dans la gestion de la région) ont provoqué la naissance et la propagation rapide du conflit et expliquent le caractère particulièrement violent de la confrontation.

Il est à noter que des problèmes similaires affectent d'autres pays d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient où la croissance rapide de la population, l'urbanisation massive et le développement économique entrent en contradiction avec le déficit croissant des ressources en eau et en terre dans la région. Cette "guerre de l'eau" peut conduire progressivement à une forte aggravation des conflits interétatiques.

Il apparaît donc qu'en dehors du travail minutieux effectué avec les différentes parties impliquées dans le conflit, la communauté internationale doit concentrer son assistance sur la recherche des moyens de réduire la pénurie de ressources naturelles dans la région. D'autant que ces moyens existent. Le chercheur égyptien Farouk Al-Baz a annoncé la présence au Darfour d'un gigantesque lac souterrain de 39.000 kilomètres carrés. Il existe même un projet d'exploitation, baptisé "Mille puits au Darfour". C'est sur l'assistance technique dans la réalisation de ce projet et le règlement des problèmes humanitaires que la communauté internationale devrait donc concentrer ses efforts.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.


Vendredi 21 Septembre 2007

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