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Dans l'attente de Barack Obama


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Plusieurs hautes personnalités américaines se sont rendues dans la capitale russe dans la deuxième quinzaine de décembre : entre autres, l'ancien Secrétaire d'Etat américain Henry Kissinger qui a été reçu par le président russe Dmitri Medvedev dans sa résidence, une délégation de la chambre des représentants conduite par Ellen Tauscher, Richard Lugar, influent membre républicain du Comité des affaires internationales du Sénat américain. Ce dernier a mené des négociations avec des personnalités compétentes russes sur le contrôle des armements et la non-prolifération des armes nucléaires.


Jeudi 25 Décembre 2008

Dans l'attente de Barack Obama
Par Nikita Petrov, pour RIA Novosti



Toutes les visites ont été très importantes. Henry Kissinger, Ellen Tauscher et surtout Richard Lugar ont joué un rôle de scouts. Ils ont préparé l'ordre du jour de la future rencontre entre Dmitri Medvedev et Barack Obama et cherché les points communs qui permettraient de porter la coopération russo-américaine à un niveau nouveau et, par la même occasion, d'essayer d'éviter des contradictions et des conflits qui se répercuteraient immanquablement sur ces rapports, sans devenir prédominants.

Richard Lugar est connu en Russie comme l'un des spécialistes américains les plus compétents dans le domaine du contrôle des armements. A son initiative et avec le soutien du membre du congrès Sam Nunn, le programme "Nunn-Lugar Cooperative Threat Reduction Program" fut créé au milieu des années 90 du siècle dernier. Selon ce programme, le Pentagone alloua des sommes en vue d'aider les militaires russes à liquider les systèmes et les armes de destruction massive, notamment les sous-marins atomiques retirés du service ; pour le stockage inoffensif des réacteurs nucléaires ; le retraitement des déchets nucléaires solides ; la reconversion des missiles stratégiques non opérationnels et la décontamination de leur combustible ; pour l'élimination des stocks d'armes chimiques.

Ce programme resta en vigueur de 1995 à 1999 et fut prorogé jusqu'à 2006. En fait, il fut très utile. Par exemple, les systèmes de stockage inoffensif d'armes nucléaires et de combustible nucléaire des sous-marins avaient été considérablement renforcés grâce à l'argent des contribuables américains : au moins 500 millions de dollars. Les sommes arrivées d'outre-océan contribuèrent beaucoup à la reconversion des sous-marins atomiques et des armes chimiques, ainsi qu'à d'autres processus de désarmement. En 2005, le sénateur Richard Lugar amena en Russie le sénateur Barack Obama, alors peu connu en Russie, et lui fit connaître le processus de reconversion des missiles à combustible solide organisé à Perm aux frais américains. A propos, un incident désagréable eut lieu. Les services secrets locaux retardèrent le départ de leur avion de cette ville, en accusant les sénateurs, ou peu s'en faut, d'avoir violé les frontières du pays et d'espionnage. Mais l'incident fut clos.

Bien que le sénateur Richard Lugar soit, depuis de nombreuses années, un membre très actif du parti républicain des Etats-Unis, il avait aidé toujours son jeune collègue Barack Obama par ses conseils. Les spécialistes estiment que les connaissances et l'expérience de Richard Lugar seront certainement mises à profit par la nouvelle administration.

Les experts qui se sont réunis au Centre Carnegie de Moscou ont écouté avec un vif intérêt les commentaires du sénateur sur l'attitude du président américain nouvellement élu à l'égard de la Russie et sur la possibilité d'une percée dans le domaine du contrôle des armements stratégiques sous la présidence de Barack Obama. D'autant que le Traité sur la réduction des armements stratégiques offensifs (Start-1) expire le 5 décembre de l'année prochaine et toutes les négociations bilatérales sur son remplacement par un autre accord, plus simple et efficace, se sont avérées infructueuses.

"Que faut-il attendre d'Obama? Un accord sur le Start-1, serait-t-il conclu? Le prochain président américain, tiendrait-il compte de l'inquiétude de la Russie quant au déploiement de la troisième zone de positionnement américaine de défense antimissile en Pologne et en République tchèque?", ont demandé les experts au sénateur. Ses réponses n'étaient pas exhaustives. La nouvelle administration ne fait qu'élaborer ses propositions et une certaine période doit passer pour qu'elles deviennent un guide d'action.

Pour l'instant, Barack Obama n'a pas adopté non plus une position nette sur l'avenir de la défense antimissile stratégique européenne. Il a maintes fois déclaré qu'il voudrait être persuadé de son efficacité. En attendant, il s'abstient de prendre des décisions. Qui plus est, la crise économique, financière, même alimentaire, qui se fait sentir de plus en plus aux Etats-Unis peut se répercuter considérablement sur la situation. Le président nouvellement élu veut concentrer son attention avant tout sur ces problèmes.

Le sénateur a rappelé la situation concernant l'élaboration du programme de réduction commune de la menace. Les législateurs américains n'avaient pas voulu le financer, a-t-il dit, en estimant que les Russes devraient détruire à leurs frais leurs armes superflues de destruction massive. Pourquoi le faire aux frais des Américains? Comme l'a fait remarquer Richard Lugar, il a dû déployer des efforts considérables avec son collègue Sam Nunn pour les persuader que l'octroi par les Etats-Unis d'une aide aux Russes pour qu'ils puissent éliminer leur missiles et leurs sous-marins était avantageux pour les Américains. L'élimination de ces armes ne ferait que renforcer l'Amérique.

L'allusion a été prise au sérieux. Les experts ont compris que les Etats-Unis ne pourraient conclure des ententes juridiquement contraignantes avec la Russie sur les problèmes des armements stratégiques offensifs et de la défense antimissile que si cela est avantageux pour eux. Nous devons penser au moyen d'y parvenir.

Il est vrai, comme il ressort des déclarations des hommes politiques et des militaires russes, Moscou considère la sécurité comme une notion et la réalité comme des notions égales pour la Russie et les Etats-Unis. Dans son discours prononcé à l'Académie de l'état-major devant les attachés militaires des Etats étrangers accrédités à Moscou, le général d'armée Nikolaï Makarov, chef d'état-major général des Forces armées russes, a avancé plusieurs conditions de la prorogation du Traité Start-1 ou de la conclusion, sur sa base, d'un nouvel accord. Selon lui, l'accord doit être juridiquement contraignant, c'est-à-dire ratifié par le congrès et le parlement ; les plafonds des armements stratégiques doivent être déterminés aussi bien pour les vecteurs que pour les ogives nucléaires. Toutes les armes nucléaires ne doivent se trouver que sur le territoire national. Le système de contrôle est simplifié au maximum. Il est nécessaire de définir nettement le contenu du terme de "moyens opérationnellement déployés". De quoi s'agit-il? Uniquement des missiles installés ou des systèmes stockés dans leurs bases?

Pour l'instant, la réponse n'est pas encore parvenue d'outre-océan. Mais il est évident qu'il ne sera pas facile de s'entendre sur le contrôle et la réduction des armements stratégiques offensifs avec le président Barack Obama.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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Jeudi 25 Décembre 2008


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