Proche et Moyen-Orient

Damas vue par une Tunisienne



Oumeima Selma KRICHEN
Dimanche 27 Mai 2012

Damas vue par une Tunisienne
Une Tunisienne à Damas
Puisqu’on doit mourir un jour ou l’autre, autant mourir à Damas. C’est ce que j’ai pensé quand on m’a proposé de faire partie d’une délégation de journalistes et d’activistes tunisiens invités par le gouvernement syrien à l’occasion des élections législatives qui devaient avoir lieu le 7 mai dernier. Car, depuis quinze mois, quand on est syrien, on quitte les siens le matin sans être sûr de les revoir.
A peine arrivée à Damas, on me souhaite la bienvenue dans MON pays, la Syrie! Ce n’est que plus tard que j’ai compris que ce n’était pas que de simples mots.


Damas vue du Jebel Qassiûn
Je mentirais en disant que je m’attendais à quelque chose de complètement différent de ce que j’ai finalement vu et vécu à Damas. Pour avoir cherché des informations dans la presse alternative, je connaissais l’ampleur de la désinformation qui régnait autour de la Syrie et savais qu’il y avait des groupes financés et armés par des parties tierces qui sévissaient dans plusieurs villes, y semant la terreur et la mort. Ce à quoi je ne m’attendais pas, par contre, fut l’accueil chaleureux que tous les Syriens, qu’il nous a été donné de croiser, nous ont réservé.
Tous les membres de la délégation ont été surpris de constater l’absence de check-point sur l’autoroute menant de  l’aéroport au centre ville. On nous a expliqué plus tard que l’état d’urgence n’avait pas été décrété à Damas. Rappelons qu’il est toujours en vigueur en Tunisie et ce, depuis la « fuite » de Ben Ali.


Damas
Damas est une ville où le climat est particulièrement agréable. C’est une mégapole aux avenues larges, aux places gigantesques et aux innombrables parcs et jardins. Mais Damas c’est aussi la plus ancienne ville continuellement habitée, c’est cet endroit du monde qui a vu la naissance des civilisations il y a quelques 10 000 ans. En somme, ce voyage a aussi été, pour nous tous, un retour aux sources.
La vieille ville arabe, qui se situe sur la rive sud du fleuve Barada, est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Elle regorge de monuments historiques, dont l'incomparable Grande mosquée des Omeyades. 



 
Le dimanche, la mosquée des Omeyades accueille des familles entières. Les enfants gambadent à souhait dans sa vaste cour.
 



Un groupe de petites filles rencontrées à la mosquée des Omeyades.



Un autre bienheureux.




Un peuple fier et généreux
Damas ce n’est pas qu’une histoire et une architecture exceptionnelles, c’est aussi une ville où il fait bon vivre. En effet, malgré la situation particulière en raison des attaques menées contre la Syrie, nous sommes frappés par la courtoisie, le calme et la discipline qui caractérisent le comportement des gens.
 
Ambiance festive dans la vieille ville jusqu’à une heure avancée de la nuit.

Les Syriens sont naturellement accueillants et il n’est pas rare d’être invité ou de se voir offrir un thé par des commerçants ou des passants.  
La culture de la résistance est bien ancrée dans la société syrienne : les Damascènes refusent de se laisser vaincre par la peur. La nuit, comme toujours, les endroits publics regorgent de familles.
Tout au long de notre séjour, nous avons eu l’occasion de parler avec des commerçants, des chauffeurs de taxi… et nous avons été étonnés par leur clairvoyance politique. En effet, ils ne sont pas dupes de la propagande occidentale.
 



A Damas, les inscriptions telles que « Al Jazeera », « Al Saoud » et « dar Al Arôour » ornent les poubelles publiques.
Malgré les difficultés engendrées par les différentes mesures économiques punitives imposées à la Syrie par l’Occident,  le drapeau palestinien continue de flotter un peu partout comme pour affirmer que la Syrie ne compte pas changer sa ligne politique et que la Palestine reste une priorité.




Les gens continuent à travailler et les commerces à ouvrir jusqu’à tard le soir.
 
Les marchés nocturnes de Damas.
Les élections
Le lundi 7 mai dernier, les Syriens ont voté pour élire leurs représentants au Parlement.
Les élections ont été supervisées par un comité de juristes indépendants et couvertes par plus de 200 médias arabes et étrangers, outre plus de 100 intellectuels et législateurs venus de pays étrangers.




Les bureaux de vote sont restés ouverts de 7h à 22h.
Soudain deux explosions !
Nous sommes le 10 mai et il est 7h45 du matin. Des terroristes font exploser deux voitures sur la voie rapide du sud, dans le secteur de Qazzaz. Les deux explosions frappent une zone peuplée et surviennent à une heure où les gens se rendent à leur travail et les élèves à l'école. Cette opération terroriste fait 55 morts et 372 blessés. Nous sommes à l’hôtel et tout le monde regarde les infos à la télé. Les images défilent en boucle montrant des corps carbonisés à bord de dizaines de carcasses de véhicules encore fumantes.
 

 
La fumée des deux explosions était visible à plusieurs kilomètres et après plusieurs heures. 
Des attentats terroristes il y en avait déjà eu à Damas, mais nous étions loin et les Damascènes avec leur discrétion nous les avaient presque fait oublier.  Maintenant nous étions parmi eux et nous ressentions leur douleur et leur colère. A partir de ce jour, nous fûmes incapables de nous promener dans les rues avec insouciance. Cinq jeunes étudiants qui habitaient le quartier où nous résidions avaient péri durant le double attentat, alors qu’ils se rendaient à la faculté.
Un peu de mon sang pour expier la faute de ceux qui ont fait couler le vôtre !




Immense drapeau Syrien flottant sur la ville.
Après l’attentat, je décidai de faire don d’un peu de mon sang. Je savais que des Tunisiens étaient responsables de la mort de Syriens et que le gouvernement tunisien continuait à soutenir le camp des ennemis de la Syrie. Et donc mon sentiment de culpabilité envers la Syrie et les Syriens n’était pas étranger à cette décision. Quelle ne fut ma surprise quand j’appris que le don de sang était obligatoire en Syrie (ailleurs les gens vendent leur sang ou l’offrent en échange d’un repas).  Le centre de transfusion sanguine dans le quartier de Mezzah était donc plein de jeunes étudiants et je me sentis un peu inutile, malgré l’accueil chaleureux auquel j’eus droit, encore une fois, en révélant ma nationalité.
Nous quittons la Syrie
La veille de notre départ, deux jeunes conduisant une moto tirent deux balles sur l’imam chiite de la mosquée de Sayda Roqaya, le cheikh Abbas al-Laham et le tuent.
 


Le cortège funèbre du cheikh Abbas al-Laham.

Le lendemain, je quitte la Syrie avec le sentiment d'avoir reçu de la part des Syriens un  cadeau inestimable: la certitude que  eux et nous sommes  des   frères et que rien ni personne ne pourra jamais changer cela. Pas même les intégristes de tous bords ; pas même le pire ennemi de tous les peuples et en particulier du nôtre, l'empire états-unien ; pas même les "révolutionnaires" de l'Otan ; pas même l'entité sioniste, bourreau de notre peuple en Palestine.
Je quitte la Syrie avec la certitude d'avoir fait le bon choix : le camp de mon peuple, où qu'il se trouve,  et non celui de ses adversaires.
Je quitte la Syrie plus déterminée que jamais à me battre de toutes mes forces et à utiliser toutes mes ressources, aussi modestes soient-elles, pour faire entendre la voix de tous ses enfants.
Je suis tenaillée par la peur et l'inquiétude, mais je sais que le peuple syrien est fort. Il résistera comme à son habitude. Ce peuple qui a donné sans compter quand nous Irakiens, Libanais, Palestiniens et autres Arabes, avons eu besoin de lui, ne sera jamais seul. Nos sorts sont liés.
 
L’espoir : à Damas, même les enfants connaissent le sens du mot « résistance » (as’soumoud).


Dimanche 27 Mai 2012


Commentaires

1.Posté par sofiane le 27/05/2012 13:16 | Alerter
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merci ma soeur ce commentaire me fait chaud au coeur!!comme tout tunisien ,nous nous sentons responsable de ce qui se passe en Syrie,c'est avec une très grande joie dans un sens,et une tristesse amertune que j'ai lu ce commentaire d'un réalisme et d'une authenticité absolu!!notre Tunisie entre les mains de franc-maçon "Gamouchi,marzouqui,Jeballi"travaillant pour le FMI et la banque mondial en dépouillant notre patrimoine commun afin de pousser notre peuple au suicide!!culture de la mort à laquelle sont soumis ses lâches sans saveur"Gamouchi,Marzouqui"de part leur religion "la franc-maçonnerie"religion de satan!!l'hologramme commence à se fissuré,l'illusion se tarie Marzouqui et gamouchi envoie nos enfants combattre en Syrie pour le compte des pays du golf et d'israel!!plusieursdizaine de milliers de tunisiens s'entrainnent en Lybie dans des camps terroristes administrés par l'OTAN ET les etats-unis!!Marzouqui et Gamouchi,je n'ai qu'une raison de vivre aujourd'hui!!attendre et voire le peuple tunisien vous arracher du trône dans le quelle les états-unis -golfo-israelien vous ont mis et vous chattier sur la place public!!chien de l'oxident,chien des pays du golf,chien d'israel!!!

2.Posté par Farid le 27/05/2012 15:56 | Alerter
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Si tout le monde arabe comprenait la situation comme cette journaliste tunisienne, l'ennemi sioniste ne pouvait plus rien faire.

3.Posté par Marion le 27/05/2012 23:00 | Alerter
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1.Posté par sofiane le 27/05/2012 13:16
A 200 % j'ai la même souffrance que toi Sofiane, la triste Tunisie qui saigne comme ses sœurs Libyenne et Syrienne ...
l’Égypte ainsi que la Tunisie qui ne veulent pas se soumettre sont dans le viseur de la guerre civil déjà toute préparée à coup de pétrodollars par nos bienfaiteurs le Qatar et les saouds ... la racaille ou plutôt les pouilleux terroristes arabes sont déjà prêts à aller massacrer leurs propres frères pour un billet d'un dollars + un peu de drogue + un peu d'alcool + une entrée au bordel . . . comme quoi la vie d'un frère ne vaut pas grand chose

Merci à cette journaliste tunisienne qui reste fidèle à ses frères musulmans et chrétiens de Syrie

Au peuple syrien je leur dis nous sommes à vos cotés dans ce moment de souffrance mais bientôt nous fêterons la victoire ensemble

Vive la résistance !

4.Posté par cookies=stalinisme le 27/05/2012 23:17 | Alerter
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merci ! beau témoignage, quel beau, passionnant et sympathique pays !

5.Posté par Goeland le 28/05/2012 00:39 | Alerter
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De tout coeur avec le peuple syrien et Bashar el assad mort aux térroristes qui sont au service des satanistes

6.Posté par Saber le 28/05/2012 00:53 | Alerter
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Merci à l'auteur de cet article.

7.Posté par VIRGILE le 28/05/2012 00:59 | Alerter
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La Mésopotamie, de l'ancienne Babylone aux superbes contrées de la Perse (Iran) est le berceau de l'humanité. Là sont nés le verbe, l'Ecriture, le Nombre, les arts et les sciences et..., avec l'Egypte d'Akenaton, les balbutiements du monothéisme.
La Syrie, riche en histoires multi-millénaires et sites archéologiques risque de terminer comme l'Irak et pour les mêmes raisons. Tout ça à cause du mythe du Grand Israël, du Nil à l'Euphrate. En vérité, les juifs sionistes sont jaloux de toutes ces richesses culturelles. Eux, à part le Mur des Lamentations, ils n'ont pas grand chose, à part la Torah. Malheureusement, ils n'y croient même plus et n'appliquent plus les Lois données à Moïse par YHWH.

Merci pour ce beau témoignage et je me sens solidaire de tous ces frères et soeurs d'Orient. Je suis moi-même d'une lointaine ascendance égyptienne.

8.Posté par nabs le 28/05/2012 11:00 | Alerter
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tres beau témoignage qui donne vraiment envie d'aller voir ce beau pays mais va t-il le rester??..la pression des bouchers americano-sionistes se fait de plus en plus forte via une dégueulasse desinformation des merdias occidentaux..ces hyenes putrides aiguisent deja leurs missiles qui vont raser damas dans le sang des syriens à l'instar de la libye..!
qu'allah dejoue leur funeste projet à ces démons sans humanités..barack hussein(sic) obama je te maudis sale traitre!!

9.Posté par bledmiki-99 le 28/05/2012 15:05 | Alerter
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J'ai moi aussi visité ce magnifique pays qu'est la Syrie et je confirme ce que dit la soeur auteur de cet excellent article. Connaissant nos frères syriens, je ne doute pas qu'ils mettrons à bas tous les stratagèmes ourdis contre leur patrie et, je leur dis courage, la résistance vaincra.

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