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Damas, Téhéran et le Hezbollah sur le banc des accusés


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Ria Novosti
Vendredi 4 Août 2006

Damas, Téhéran et le Hezbollah sur le banc des accusés

Décryptage

La presse dominante aborde l’offensive israélienne au Liban en considérant comme acquis deux points pourtant sujets à caution. D’une part elle considère que les soldats détenus par le Hezboillah ont été enlevés en territoire israélien et non pas faits prisonnier sur le sol libanais ; d’autre part, elle estime que l’offensive vise à libérer les soldats et à détruire le Hezbollah. Elle ouvre prioritairement ses colonnes aux dirigeants israéliens ou à leurs traditionnels relais pour exposer leur version des causes de la guerre.
Les informations des grands médias sont différentes selon la langue du public auxquels ils s’adressent. Ainsi, sur la partie arabophone de son site internet, la BBC rend compte en détail des positions du Hezbollah, en donnant la parole à Hassan Nasrallah. Mais elle s’abstient de le faire sur la partie anglophone de son site.
Les pertes civiles israéliennes sont détaillées, mais les pertes militaires sont à peine mentionnées, de sorte que la mort de civils n’apparaît pas comme un terrible effet colatéral, mais comme un crime de guerre.
Ignorance et propagande se mêlent pour donner l’impression d’un affrontement entre juifs et chrétiens d’un côté, musulmans de l’autre. Ainsi, le public n’est pas informé de l’accord au Liban entre le général chrétien Michel Aoun et le Hezbollah musulman. Ou encore, on lui assure que le Hezbollah attaque la ville chrétienne de Nazareth, alors que celle-ci est au trois quart musulmane.

Bien que développant une analyse en tous points identique à celle de ses collègues anglo-saxon, les journaux français Le Monde et le Figaro se démarquent en donnant la parole au Premier ministre libanais Fouad Siniora dans des interviews publiées à deux jours d’intervalle. Il demande un cessez-le feu immédiat et l’aide de la communauté internationale. En outre il pose le problème des soldats israéliens capturés en même temps que celui des détenus libanais en Israël. Dans l’interview du Monde, le Premier ministre sous-entend que pour lui, le Hezbollah est moins un problème pour le Liban qu’Israël, bien que la question du journaliste le pousse à dire le contraire. Il sera plus explicite encore dans l’interview accordée au Figaro où il affirme qu’il organisera le désarmement du Hezbollah et la reprise de contrôle du gouvernement sur tout le territoire libanais lorsque les fermes de Chebaa auront été évacuées par Tsahal. Le Premier ministre critique le soutien états-unien à Israël et se montre reconnaissant de l’aide française.

Partout ailleurs, la parole est monopolisée par les responsables israéliens et leurs relais.
Dans le Boston Globe, le consul général d’Israël en Nouvelle Angleterre, par ailleurs ancien responsable des relations publiques du ministère israélien des Affaires étrangères, Meir Shlomo, prend bien évidemment la défense de son pays. Il assure que les évènements à Gaza et au Liban sont liées et que les actions israéliennes sont uniquement une riposte légitime à la violence du Hamas et du Hezbollah .
Par ailleurs, l’auteur estime que ces deux conflits montrent que les retraits territoriaux ne servent à rien puisque ni celui du Liban, ni celui de Gaza n’ont arrêté la violence. Ce constat biaisé est une nouvelle constante de la propagande de Tel-Aviv visant à préparer l’opinion publique à une réoccupation de Gaza..
Enfin, reprenant un argument irrationnel bien rodé, il assure que le Hamas et le Hezbollah ne sont pas mus par des intérêts, mais par leur haine d’Israël.

Le cliché colonial de l’impuissance, de la rage, de la jalousie et de la haine intrinsèques des Arabes face à l’Occident en général et à Israël en particulier est abondamment repris par les éditorialistes israéliens, notamment dans le Jerusalem Post, organe de presse proche du Likoud. Il permet à l’éditorialiste Barry Rubin ou au Dr. Schlomo Avineri d’affirmer qu’Israël agit dans l’intérêt des Arabes en détruisant un Hezbollah dont ils sont incapables de se débarasser par eux-mêmes.
Sans reprendre entièrement le cliché de départ, Amos Oz, écrivain israélien et membre fondateur du mouvement “ pacifiste ” israélien La Paix Maintenant, propose une variante paternaliste de ce raisonnement. Prenant acte du soutien de l’Égypte, de la Jordanie et de l’Arabie saoudite, il écrit dans Le Figaro et le Los Angeles Times qu’il s’agit d’une guerre entre d’un côté les démocraties et les pays arabes politiquement sur la bonne voie et, de l’autre, les fanatiques chiites (Iran, Syrie, Hezbollah).

De leur côté, les néo-conservateurs oublient leurs récentes critiques de l’administration Bush pour applaudir avec gourmandise l’action israélienne et appeler à un retour à la ligne dure contre la Syrie et l’Iran.
Le rédacteur en chef de la revue de référence de ce courant et fondateur du Project for a New American Century, William Kristol rend dans le Weekly Standard un vibrant hommage à l’action d’Israël contre le Liban. Par une série d’analogies douteuses, il aboutit à la conclusion que l’attaque israélienne n’est qu’une bataille dans la longue guerre que “ l’islamisme ”, auquel il lie la Syrie ba’asiste et laïque et l’Iran, contre “ la civilisation démocratique ”. Il assure qu’il ne s’agit pas d’une guerre israélo-arabe de plus, prolongeant soixante ans de combats, mais d’un conflit de valeurs. Reprenant l’analogie habituelle entre l’islamisme, le nazisme et le communisme, il martèle que l’islamisme pourrait devenir aussi dangereux que les deux mouvements totalitaires si on le laisse se développer. Et pour empêcher ce développement, il ne voit pas d’autres solutions que de changer les régimes en Iran et en Syrie.

Les autres faucons états-uniens abondent dans ce sens.

Dans le Washington Times, le coordinateur des faucons, Frank J. Gaffney Jr. réclame que désormais, il n’y ait plus aucun refuge pour les “ terroristes ” : il ne faut plus faire de concessions territoriales aux Palestiniens ( ?) et au-delà, ne jamais permettre qu’ils aient de refuge, ce qui justifie selon la logique de l’auteur des attaques contre la Syrie et l’Iran. Il demande un renouvellement de la doctrine Bush et l’arrêt des négociations.
Dans sa chronique du Washington Post, le psychiatre néo-conservateur Charles Krauthammer estime qu’il existait un consensus international pour un désarmement du Hezbollah, mais personne n’osait commencer le travail. Le Hezbollah a commis l’erreur d’attaquer Israël et la riposte va permettre de supprimer ce mouvement et de lancer une dynamique.
Écrivant exceptionnellement dans le Los Angeles Times, le directeur du Middle East Forum, Daniel Pipes, fidèle à son orientation jusqu’au boutiste, craint qu’Ehud Olmert n’aille pas assez loin et renonce à l’objectif qu’il assigne à l’action israélienne : détruire le Hamas et le Hezbollah. Il demande à l’administration Bush de faire pression sur Tel-Aviv pour que l’offensive se poursuive jusqu’à la réalisation de ces objectifs et se tourne ensuite vers l’Iran.

Accompagnant ce mouvement éditorial, les traditionnels alibis arabes des néo-conservateurs approuvent. Le Wall Street Journal donne ainsi la parole à un blogueur irakien, Mohammed Fadhil qui assure, sans rire, que l’action en Irak des États-Unis doit servir de modèle pour toute la région et qu’il faut désormais se tourner vers Téhéran, accusé d’être aussi bien responsable des problèmes au Liban qu’en Irak.
Farid N. Ghadry, cofondateur du Reform Party of Syria, financé par la National Endowment for Democracy, vise pour sa part la Syrie dans le Washington Times.

La plupart des éditorialistes de la presse dominante accusent, sans présenter de preuves, Damas et/ou Téhéran d’avoir sciemment orchestré cette crise et d’être responsables du drame libanais.
C’est avec une certaine surprise, et pour tout dire une dose de déception, qu’on retrouve Robert Fisk, journaliste de The Independent, au nombre de ces accusateurs. Sans fournir d’autre justification de ce qu’il avance que la préparation du Hezbollah, il assure que celui-ci agit en sous-traitant de la Syrie. C’est le président Bashar El Assad en personne qui aurait demandé au Hezbollah “ d’enlever ” les soldats israéliens pour provoquer le chaos. Le journalistee redoute cependant que Damas n’ait fait un mauvais calcul, qu’il soit lui aussi la cible d’une attaque israélienne et que cela mène à une escalade régionale.
A l’autre bout du spectre politique, l’éditorialiste conservateur australien Greg Sheridan, partage ce point de vue et assure dans The Australian que l’action israélienne est en soi justifiée, mais qu’elle se trompe de cible : il aurait fallu attaquer Damas. Et il ne parle pas de l’Iran car le moment n’est pas propice.

En définitive, c’est l’Iran qui est la cible médiatique prioritaire.
Bénéficiant d’une diffusion de sa tribune par Project Syndicate, l’analyste du Pentagone et du Center For Strategic & International Studies, Edward N. Luttwak, assure dans le Jerusalem Post et le Taipei Times que l’Iran a provoqué cette crise pour échapper aux sanctions internationales et créer un contre-feu. Il prétend que Téhéran a corrompu le Hamas et fait valoir ses liens hiérarchiques avec le Hezbollah pour orchestrer une attaque sur deux fronts. Il estime que la “ riposte ” israélienne est légitime et qu’elle va permettre d’isoler le Hezbollah.
Ce point de vue est, entre autre, partagé par l’analyste David Ignatius dans le Daily Star de Beyrouth, par l’ex-ambassadeur israélien, Dore Gold, dans le Daily Telegraph, ou par l’essayiste Bernard-Henri Levy dans Le Point, ce dernier décelant dans cette affaire une “ preuve ” supplémentaire de l’existence d’un mouvement “ fascislamiste ”.

Toutefois, cet unanimisme occulte un point important : Israël est en train de se lancer dans un conflit qu’il ne peut pas gagner. Les moyens mis en place ne peuvent pas plus permettre à Tsahal de vaincre une résistance nationale que l’armée états-unienne ne parvient à contrôler l’Irak.
Cela alarme l’ancien président de l’American Jewish Congress et défenseur traditionnel d’Israël, Henry Siegman. Dans l’hebdomadaire britannique The Observer et dans le quotidien australien The Age, il s’inquiète des moyens mis en œuvre par Israël. Il ne croit pas que l’action actuelle de Tsahal puisse nuire en quoi que ce soit au Hezbollah en tant qu’organisation et redoute au contraire qu’Israël ne soit emporté par la vague de déstabilisation régionale qu’il provoque. L’auteur estime par ailleurs qu’il ne faut pas mélanger la violence à Gaza fruit de l’occupation et ce qui se passe au Liban, dont il accuse le Hezbollah.
Dans la même veine, l’écrivain israélien David Grossman qui assure dans Libération et The Guardian qu’Israël ne peut pas vaincre le Hezbollah de cette manière et redoute un éclatement du Liban.

Les opposants traditionnels de la politique israélienne n’ont, face à ce déferlement que peu de place pour s’exprimer dans la presse occidentale dominante. En outre, rares sont ceux qui développent une analyse stratégique de la situation, préférant, comme le professeur Saree Makdisi dans le Los Angeles Times, se désoler des ravages pour son pays.

L’ancien conseiller de Geoff Hoon quand ce dernier était ministre des Affaires étrangères de Tony Blair, David Clark, tire des conclusions bien différentes dans The Guardian. Pour lui, il est évident qu’Israël ne veut pas la paix au Proche-Orient et que “ l’absence de partenaire arabe pour la paix ” n’est qu’un prétexte qui lui permet de prendre par la force davantage de territoires. Allant plus loin, il assure que les pays occidentaux ont intérêt à ce que la région soit pacifiée et qu’ils ont donc des objectifs adverses. Il demande que les pays occidentaux soutiennent Mahmoud Abbas et contraignent Israël à accepter un plan de paix, sans expliquer toutefois jusqu’où peut aller la contrainte.

Dans la presse arabe, le ton est bien évidemment très différent.
Ainsi, Abdel Bari Atouan, rédacteur en chef d’Al Quds Al Arabi s’insurge contre le point de vue des dirigeants occidentaux et notamment le plan de Kofi Annan, équivalant à une reddition sans condition du Hezbollah. Pour lui, il est évident que le contexte israélo-libanais justifie totalement la capture de soldats israéliens. Se montrant d’un optimisme qu’on peut juger déplacé compte tenu de ce qu’endurent les Libanais, le journaliste palestinien estime que l’offensive israélienne va placer les dirigeants arabes face à leur responsabilité et que cela va relancer la résistance au régime sioniste.
L’analyste politique d’Alhayat, Abdelwahab Badrakhan, considère pour sa part que l’action israélienne est décidée à Washington. Le plan israélo-états-unien vise à faire du Liban un protectorat israélien. Toutefois, il ne considère pas malgré la pression en ce sens des néo-conservateurs que Damas ou Téhéran sont menacés par ce conflit.

Ce n’est pas le point de vue du ministre de l’Information syrien Mohssen Bilal qui dans le quotidien qatari Raya, assure que son pays est prêt à riposter à une offensive israélienne.

Réseau Voltaire




  

« Israël accuse les autres de terrorisme, alors qu’il le pratique dans ses formes les plus dures »

Auteur Fouad Siniora


 Homme politique libanais sunnite, ancien ami et conseiller de Rafik Hariri, Fouad Siniora est Premier ministre du Liban.

Source Le Monde (France)
Référence « Israël accuse les autres de terrorisme, alors qu’il le pratique dans ses formes les plus dures », par Fouad Siniora, Le Monde, 18 juillet 2006. Ce texte est adapté d’une interview.

Résumé Face aux attaques israéliennes nous tentons de sortir de cette situation malgré les destructions. Nous tentons d’obtenir un cessez-le-feu immédiat et total, de traiter les causes et les conséquences de la capture de deux soldats israéliens et de régler la question des Libanais détenus en Israël depuis 30 ans. La détention de ces personnes n’est pas qu’une préoccupation du Hezbollah, mais de tous les Libanais. Le gouvernement libanais souhaite par ailleurs développer son autorité sur l’ensemble du territoire libanais et, avec l’aide des Nations unies et des pays frères, obtenir l’aplanissement des différends qu’Israël refuse de régler.
Israël accuse les autres de terrorisme, alors qu’il le pratique lui-même dans ses formes les plus dures. Il crée des problèmes qu’il maintient à l’état de plaies ouvertes pour en faire usage comme moyen de pression. Je veux parler des Libanais qu’il détient, des mines qu’il a plantées au Liban sud et dont il refuse de nous donner les cartes. Israël viole systématiquement notre espace aérien et nos eaux territoriales, continue d’occuper les fermes de Chebaa. Nous avons dit et répété que nous n’étions pas préalablement informés de la capture des deux soldats israéliens, que nous n’assumons pas la responsabilité de cet acte ni ne le faisons nôtre. Les tueries et les destructions auxquelles se livre Israël pour les deux soldats capturés sont-elles acceptables ?
Actuellement, une enquête est en cours concernant le refus de casques bleus d’accueillir des citoyens qui auraient été tués ensuite dans un bombardement israélien. Nous ne sommes pas sûrs que les victimes du bombardement étaient les mêmes personnes qui ont été rejetées. Quoi qu’il en soit, nous ne nous trompons pas de coupable : c’est Israël qui les a tué.
Actuellement, il n’y a pas de demande unifiée de cessez-le-feu en provenance de l’ONU car l’amitié des États-Unis pour Israël est plus grande que celle qu’ils ont pour le Liban. Nous sommes grés de l’aide de la France et du soutien du président Jacques Chirac.
Contrairement à ce qui a été dit, nous n’avons reçu aucune proposition de cessez-le-feu israélienne via Romano Prodi.
 

« Une question pour la communauté mondiale »

Auteur Meir Shlomo


 Ancien responsable des relations publiques du ministère des Affaires étrangères israélien, Meir Shlomo est le consul général d’Israël en Nouvelle Angleterre.

Source The Boston Globe (États-Unis)
Référence « A question for the world community », par Meir Shlomo, Boston Globe, 17 juillet 2006.

Résumé Lors des deux dernières décennies, la communauté internationale a eu le tort de croire que les racines du conflit entre Israël et ses voisins arabes reposaient sur l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza. Cette semaine, avec l’aide du Hamas et du Hezbollah, ce mythe a été éventé.
Le 16 juin 2000, Israël s’est retirée unilatéralement du Liban, mais le Hezbollah n’a pas cessé la violence, n’a pas été démantelé comme le demandaient les Nations Unies et a traversé la frontière pour tuer des soldats et en kidnapper d’autres. Le Hezbollah est même présent au sein du gouvernement libanais. Le 15 août 2005, Israël s’est retiré de la bande de Gaza, mais le Hamas a infiltré le territoire israélien pour tuer deux soldats et en kidnapper un.
L’action du Hamas et du Hezbollah reflète la violente haine de la Syrie, de l’Iran et d’autres au Moyen-Orient contre Israël. Dans d’autres parties plus raisonnables du monde arabe, des personnes comme Hosni Moubarak ou Abdallah de Jordanie ont admis qu’il était important de reconnaître Israël. Le vrai problème n’est pas l’occupation, mais l’intolérance. La communauté internationale doit se rassembler autour d’Israël.
 

« C’est notre guerre »

Auteur William Kristol


 William Kristol est rédacteur en chef de Weekly Standard. Il est président du Project for the New American Century.

Source Weekly Standard (États-Unis)
Référence « It’s Our War », par William Kristol, Weekly Standard, 15 juillet 2006.

Résumé Pourquoi cette guerre israélo-arabe est-elle différente des autres guerres israélo-arabes ? Parce que ce n’est pas une guerre israélo-arabe, c’est une guerre opposant Israël à des groupes terroristes (le Hamas et le Hezbollah) associés à l’Iran (qui n’est pas arabe) et à la Syrie. C’est une guerre entre Israël et les islamistes. On pourrait presque dire que c’est une guerre entre l’Occident et les islamistes si l’Inde était en Occident. Bref, on parlera plus largement d’une guerre que mènent les islamistes contre la civilisation libérale démocratique.
L’islamisme n’est pas, en soi, plus dangereux que le vieux nationalisme arabe, mais il est différent et il est important de comprendre ces différences. L’islamisme est une idéologie qui peut devenir aussi dangereuse que le national-socialisme ou le communisme en prenant le contrôle d’État. Si en 1979, nous n’avions pas eu la révolution islamique, nous n’aurions pas eu un Iran dangereux soutenant à bout de bras la Syrie de Bashar El Assad, pas de Hamas, pas de Hezbollah et les Saoudiens n’auraient pas financé le wahhabisme pour contrer le khomeinisme.
La lutte contre l’islamisme sera longue, mais on peut la faciliter en empêchant des États de le protéger et le financer. Il faut soutenir les gouvernement d’Irak et d’Afghanistan et le changement de régime en Syrie et en Iran. Personne ne peut réellement croire que l’on peut négocier avec l’Iran ou le contenir.
 

« Beyrouth attend alors que les maîtres syriens envoient leur allié du Hezbollah dans la bataille »

Auteur Robert Fisk


 Journaliste et écrivain, Robert Fisk est le journaliste vedette et le correspondant au Proche-Orient du quotidien britannique The Independent. Il est l’auteur de Pity the Nation : Lebanon at War et de The Great War for Civilisation : the Conquest of the Middle East.

Source The Independent (Royaume-Uni)
Référence « Beirut waits as Syrian masters send Hezbollah allies into battle », par Robert Fisk, The Independent, 13 juillet 2006.

Résumé En envoyant le Hezbollah attaquer des soldats israéliens, la Syrie a relancé la guerre dans un pays qui était pourtant en voie de stabilisation. Israël tient le gouvernement impuissant du Liban comme responsable alors qu’il ne peut pas contrôler le Hezbollah.
Cette attaque du Hezbollah est un message de la Syrie : le Premier ministre libanais croit peut-être qu’il gouverne, mais c’est Bashar El Assad qui a le droit de vie ou de mort sur ce pays. Damas fait le pari que les décideurs internationaux se tourneront vers lui pour régler le problème libanais. Mais ce calcul pourrait se révéler faux et mener à une escalade régionale si Israël attaque la Syrie. Et pourtant, il est probable que tout cela se terminera par un échange de prisonniers comme il y en a eu par le passé.
Pour la première fois, Israël fait face à deux ennemis islamistes au Liban et à Gaza au lieu des résistances nationalistes. Le Hamas nie que l’action était coordonnée, mais le Hezbollah a dû profiter des troubles à Gaza pour frapper. Quoi qu’il en soit, la Syrie est encore une fois la clé.
 

« L’Iran a attaqué le premier »

Auteur Edward N. Luttwak


 Concepteur d’une théorie originale des relations internationales qui affirme la prééminence de la géoéconomie sur la géopolitique, Edward N. Luttwak est membre du National Security Study Group du département de la Défense états-unien. Il est également membre du Center for Strategic and International Studies.

Sources Jerusalem Post (Israël), Taipei Times (Taïwan)
Référence « Iran moves first », par Edward N. Luttwak, Jerusalem Post, 17 juillet 2006.
« Iran’s pre-emptive strike against the West », Taipei Times, 20 juillet 2006.

Résumé L’Iran a finallement refusé l’offre états-uno-européenne sur le dossier nucléaire. Mais au lieu d’attendre les inévitables sanctions, les dirigeants uiraniens ont provoqué une crise au Moyen-Orient en organisnt des attaques contre Israël. Leur objectif est de décourager les États-Unis et les Européens de provoquer une nouvelle crise en s’attaquant à Téhéran.
Par ailleurs, l’Iran dans sa quête de leadership régional patissait de son soutien aux milices chiites irakiennes qui ataquent les Arabes sunnites. Cette attaque a été préparée par une série de rencontres. Khaleed Meeshal, dirigeant du Hamas vivant protégé à Damas, s’est rendu en Iran pour toucher 50 millions de dollars. Bien que sunnite, le Hamas a accepté l’argent et collabore avec l’Iran, se moquant du sort des Palestiniens au profit de l’idée de “ Palestine ”. Cela a dû être plus compliqué pour le Hezbollah qui avaient dû faire de gros efforts pour entrer dans le gouvernement libanais. Il a finallement choisi de servir l’Iran.
Aujourd’hui, Israël doit contre-attaquer à Gaza et détruire l’arsenal du Hezbollah. Cela passe par un blocus empêchant le Hezbollah de recevoir des armes. Israël va frapper également le Liban pour pousser les autres formations politiques à accroître la pression contre le Hezbollah.
 

« La réponse d’Israël le met en danger »

Auteur Henry Siegman


 Henry Siegman est chercheur sur le Proche-Orient au Council on Foreign Relations. il est ancien président de l’American Jewish Congress et du Synagogue Council of America.

Sources The Age (Australie), The Observer (Royaume-Uni)
Référence « Israel’s response risks its security », par Henry Siegman, The Observer, 16 juillet 2006.
« Israel must beware the cost », The Age, 16 juillet 2006.

Résumé Au Liban ou à Gaza, la question à se poser n’est pas si Israël a le droit de protéger sa population contre les terroristes, mais si la méthode est la bonne. Les dirigeants politiques et militaires israéliens semblent persuadés que quand ils ont le droit de faire quelque chose, ils ont le droit d’en faire trop. Aujourd’hui, en réagissant comme il le fait, Israël n’accroît pas la sécurité de ses citoyens, mais leur nuit en déstabilisant toute la région.
Bien que semblant similaire en apparence les conflits à Gaza et au Liban sont différents. Quoi qu’on puisse reprocher au Hamas, le conflit à Gaza est le fruit de 40 ans d‘occupation auquel on n’a répondu que par des mesures unilatérales qui se moquent des aspirations des Palestiniens. Aucun dirigeant palestinien n’acceptera un accord allant à l’encontre de ce qu’octroient les traités internationaux. D’un autre côté, si le Hamas veut que les sanctions économiques cessent, il ne doit pas nécessairement reconnaître Israël mais au moins admettre que son élimination n’est pas un objectif.
De même le gouvernement libanais ne peut plus tolérer les actes du Hezbollah, mais en ripostant comme il le fait, Israël se met à dos toute la communauté internationale et sert les desseins du Hezbollah.
 

« L’Occident doit reconnaître que l’agenda d’Israël est en conflit avec le sien »

Auteur David Clark


 David Clark est ancien conseiller spécial de Robin Cook au ministère des Affaires étrangères (1997-2001).

Source The Guardian (Royaume-Uni)
Référence « The west must recognise that Israel’s agenda is in conflict with its own », par David Clark, The Guardian, 17 juillet 2006.

Résumé Quoi qu’on pense de l’action israélienne elle ne peut pas parvenir à atteindre son résultat affiché : Israël n’a aucune chance de détruire le Hezbollah après avoir échoué pendant 18 ans d’occupation du Liban et ses bombardements ne faciliteront pas la libération des soldats capturés. Les punitions collectives sont inutiles et même si elles parviennent à isoler le Hezbollah, elles pourraient entraîner une guerre civile que les ennemis d’Israël pourraient utiliser à leur profit.
Personne ne dénie à Israël le droit de se défendre, mais il est irresponsable et immoral d’aggraver le conflit ainsi. Ceci dit, cette dernière remarque ne vaut que si on part du principe qu’Israël souhaite un apaisement dans la région. Ce qui n’est absolument pas sûr. Quand on entend Israël dire qu’il n’ont pas de partenaire pour la paix, cela ne veut pas dire qu’il en souhaite l’émergence. Les partisans du “ Grand Israël ” et ceux du “ Pas d’Israël ” partagent le même refus de tout compromis. Israël est intervenu à Gaza contre l’accord entre Mahmoud Abbas et le Hamas car il pense obtenir davantage par la force que par la négociation. Ehud Olmert torpille donc la “ feuille de route ” avec le soutien des États-Unis. Les pays occidentaux doivent admettre qu’Israël ne partage pas leur souhait d’une solution pacifique et ne veut pas faire de concessions territoriales. Il faut donc soutenir Abbas et contraindre Israël à accepter la paix. C’est Mahmoud Abbas qui n’a pas de partenaire pour la paix.
 

« Une opération qui met les régimes arabes dans l’embarras »

Auteur Abdel Bari Atouan


 Abdel Bari Atouan a occupé le poste de rédacteur en chef du journal Asharq Alaousat (1984-1988) avant de devenir le rédacteur en chef du journal palestinien Al qods Al arabi, publié à Londres. Il est connu par sa position en faveur des pays arabes qu’il ne cesse pas de défendre publiquement lors de ses interviews sur des chaînes telles que CNN, la BBC... etc.

Source Al Quds Al Arabi (Royaume-Uni)
Référence « عملية تحرج النظام العربي », par Abdel Bari Atouan, Al Quds Al Arabi, 13 juillet 2006.

Résumé Nous n’arrivons toujours pas à comprendre les demandes adressées au Hezbollah, parfois venant de responsables arabes, en faveur de la libération des deux soldats israéliens emprisonnés. Une telle revendication ne peut qu’exprimer l’ampleur de la complaisance vis-à-vis de l’agresseur sioniste.
Dans ce cadre, Kofi Annan, qui était l’un des premiers à adopter une telle position, n’estime pas important de parler des milliers de détenus arabes dans les prisons de l’occupant. Il n’a pas appelé à les libérer, ni dans le passé, ni de nos jours et ne compte certainement pas le faire dans le futur.
L’armée israélienne a enlevé neuf ministres palestiniens et plus de 25 députés, tuant des centaines d’innocents dans des attaques sauvages. Pourtant, nous n’avons pas entendu sur ce point ceux qui ont formulé cette demande, pas un seul mot dénonçant la barbarie de l’entité sioniste.
Echanger les détenus comme la résistance au Liban et en Palestine le demande n’a pas été inventé par les arabes ou les musulmans, c’est une manière de régler les litiges depuis très longtemps. Pourquoi donc remettre en cause de cette pratique lorsque cela concerne l’emprisonnement des soldats israéliens par la résistance arabe et musulmane.
La résistance du Hezbollah est légitime, elle reflète la combativité arabo-musulmane dans ce qu’elle a de meilleur. L’opération du Hezbollah a démasqué la faiblesse de l’armée israélienne, a placé les régimes arabes face à leur mutisme vis-à-vis des massacres de l’État hébreu, a repositionné centralement la cause palestinienne dans le monde arabe et musulman.
Les offensives israéliennes risquent de semer le désordre au Liban et au Syrie, rouvrant le front du Sud du Liban et donnant vie à une nouvelle forme de résistance, à l’instar de ce qui se passe en Irak et en Afghanistan.
 

« La guerre de Bush contre le Liban »

Auteur Abdelwahab Badrakhan

Abdelwahab Badrakhan est journaliste dans le quotidien Alhayat. Il est également écrivain et analyste politique.

Source Dar Al-Hayat (Royaume-Uni)
Référence « حرب بوش على لبنان », par Abdelwahab Badrakhan, Alhayat, 20 juillet 2006.

Résumé George W. Bush et Ehud Olmert sont à l’abri de tous les risques. Ils donnent leurs ordres pour massacrer les citoyens libanais, et refusent toujours le cessez-le-feu. Le locataire de la Maison-Blanche a ordonné au président de l’entité sioniste de prendre en charge une mission impossible au Liban. Ni Washington, ni son chien israélien ne réussiront à massacrer une partie du monde arabe. Car cela n’était pas possible dans le cas de Hamas et ne le sera pas non plus face au Hezbollah.
Non seulement Bush est rassuré de la continuité de la guerre au Liban, mais son délégué à l’ONU, John Bolton, s’est finalement décidé entre les deux options : rester comme un simple sioniste ou devenir sioniste raciste. Il a opté donc la deuxième proposition, refusant toujours de mettre au pied d’égalité les victimes libanaises et israéliennes.
Quant au docteur Condoleezza Rice, elle est en train de réaliser, via Olmert, le rêve d’Ariel Sharon. Elle a déclaré que le cessez-le-feu n’aura lieu que lorsque les conditions nécessaires en seront possibles. Autrement dit, elle attend le signal d’Olmert indiquant la fin de sa mission, qui ne le mènera sûrement pas, et malgré tout, à une victoire contre le Hezbollah.
En fait, l’État libanais n’intéresse ni Washington, ni Damas et pas plus Téhéran. Les attaques de l’armée israélienne contre le Liban ne sont menées que parce que le Premier ministre Olmert avait exprimé sa volonté d’étendre l’autorité de son état sur tout le territoire libanais.

http://www.voltairenet.org/article142276.html http://www.voltairenet.org/article142276.html



Vendredi 4 Août 2006


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