Politique Nationale/Internationale

DOCUMENT : LE POIDS DU LOBBY ISRAÉLIEN AUX ETATS-UNIS


Nous publions ci-dessous une analyse universitaire approfondie, illustrant l’influence décisive exercée par le lobby pro-israélien sur la politique étrangère et la stratégie des Etats-Unis. Les auteurs ne sont pas des anti-conformistes. Ils se placent constamment du point de vue de ce qu’ils appellent « l’intérêt national des Etats-Unis » pour exposer leurs critiques, et, au-delà, leur incapacité à trouver une logique dans l’alignement de la politique américaine sur celle du lobby israélien aux Etats-Unis mêmes.


Jeudi 23 Mars 2006

L’étude a été publiée dans la London Review of Books. Elle a été traduite par M.G. pour l’International Solidarity Movement

Le Lobby israélien Par John Mearsheimer et Stephen Walt John Mearsheimer est professeur émérite R. Wendell Harrison de Sciences Politiques à l’université de Chicago et est l’auteur de The Tragedy of Great Power Politics. - Stephen Walt est professeur émérite des Relations Internationales à la Kennedy School of Government d’Harvard. Son plus recent livre s’intitule "Taming American Power : The Global Response to US Primacy".

Depuis des décennies, et en particulier depuis la Guerre des Six Jours en 1967, la pièce maîtresse de la politique Moyenne-Orientale des Etats-Unis a été sa relation avec Israël. La combinaison du soutien constant à Israël et de l’effort lié pour répandre la ‘démocratie’ dans toute la région a enflammé l’opinion arabe et musulmane et a compromis non seulement la sécurité des Etats-Unis mais aussi celle d’une grande partie du reste du monde. Cette situation n’a pas d’équivalent dans l’histoire politique américaine. Pourquoi les Etats-Unis ont-ils été prêts à mettre de côté leur propre sécurité et celle de plusieurs de leurs alliés pour soutenir les intérêts d’un autre Etat ?

On pourrait supposer que la relation entre les deux pays est fondée sur des intérêts stratégiques communs ou des impératifs moraux irrésistibles, mais aucune de ces interprétations ne peut expliquer le niveau remarquable du soutien matériel et diplomatique que fournissent les Etats-Unis.

Au lieu de cela, l’impulsion de la politique des Etats-Unis dans la région dérive presque entièrement d’activités politiques menées à domicile, et en particulier des activités du ’Lobby Israélien’.

D’autres groupes avec des intérêts particuliers sont parvenus à biaiser la politique étrangère, mais aucun lobby n’est parvenu à la détourner aussi loin de ce que l’intérêt national pourrait suggérer, tout en convainquant simultanément les Américains que les intérêts des Etats-Unis et ceux de l’autre pays - dans ce cas-ci, Israël - sont essentiellement identiques.

Depuis la Guerre d’Octobre 1973, Washington a fourni à Israël un soutien en diminuant celui qui était donné aux autres Etats. Israël a été le plus grand bénéficiaire de l’aide économique directe et de l’assistance militaire annuelles depuis 1976, et est au total le plus grand bénéficiaire depuis la Seconde Guerre Mondiale, pour un montant de plus de 140 milliards de dollars (en 2004).

Israel reçoit environ 3 milliards de dollars par an en aide directe, soit environ un cinquième du budget de l’aide étrangère, et une somme d’environ 500 dollars par an par Israélien.

Cette largesse heurte particulièrement depuis qu’Israël est maintenant un Etat industriel riche avec un revenu par personne à peu près égal à celui de la Corée du Sud ou de l’Espagne.

D’autres bénéficiaires obtiennent leur argent par versements trimestriels, mais Israël reçoit la totalité de sa dotation au début de chaque exercice budgétaire et peut donc empocher dessus des intérêts.

La plupart des bénéficiaires de l’aide attribuée à des fins militaires doivent la dépenser en totalité aux Etats-Unis, mais Israël est autorisé à utiliser environ 25% de son attribution pour subventionner sa propre industrie de la défense.

C’est le seul bénéficiaire qui n’a pas à expliquer comment l’aide est dépensée, ce qui rend pratiquement impossible d’empêcher l’argent d’être utilisé pour des besoins auxquels les Etats-Unis s’opposent, comme la construction de colonies en Cisjordanie.

D’ailleurs, les Etats-Unis ont fourni à Israël presque 3 milliards de dollars pour développer des systèmes d’armes, et lui ont donné l’accès à des armements top niveau comme les hélicoptères Blackhawk et les jets F-16.

En conclusion, les Etats-Unis donnent à Israël l’accès aux renseignements qu’ils refusent à leurs alliés de l’OTAN et ferment les yeux sur l’acquisition par Israël de l’arme nucléaire.

Washington fournit également à Israël un soutien diplomatique constant.

Depuis 1982, les Etats-Unis ont mis leur véto à 32 résolutions du Conseil de sécurité critiquant Israël, soit plus que l’ensemble des vetos opposés par tous les autres membres permanents du Conseil de sécurité.

Ils bloquent les efforts des Etats Arabes pour mettre l’arsenal nucléaire israélien sur l’agenda de l’AIEA. Les Etats-Unis viennent à la rescousse en temps de guerre et prennent le parti d’Israël dans les négociations de paix.

L’Administration Nixon l’a protégé contre la menace d’une intervention soviétique et l’a réapprovisionné pendant la guerre d’Octobre.

Washington s’est profondément impliqué dans les négociations qui ont mis fin à cette guerre, comme pendant toute la durée du processus ’étape-par-étape’ qui a suivi, tout comme il a joué un rôle clé dans les négociations qui ont précédé et suivi les Accords d’Oslo de 1993.

Dans chaque cas, il y avait des frictions occasionnelles entre les responsables américains et israéliens, mais les Etats-Unis ont uniformément soutenu la position israélienne. Un participant américain à Camp David en 2000 a dit ensuite : ’Beaucoup trop souvent, nous agissions . . . en tant qu’avocat d’Israel.’

En conclusion, l’ambition de l’Administration Bush de transformer le Moyen-Orient a au moins en partie pour but l’amélioration de la situation stratégique d’Israel.

Cette générosité extraordinaire pourrait être compréhensible si Israel possédait des atouts stratégiques vitaux ou s’il y avait une raison morale irrésistible pour un soutien américain. Mais aucune de ces explications ne convainc.

On pourrait arguer du fait qu’Israel était un atout pendant la guerre froide.

En servant de représentant de l’Amérique après 1967, il a aidé à contenir l’expansion soviétique dans la région et a infligé des défaites humiliantes aux clients de l’Union Soviétique comme l’Egypte et la Syrie.

Il a de temps en temps aidé à protéger d’autres alliés des Etats-Unis (comme le Roi Hussein de Jordanie) et ses prouesses militaires ont forcé Moscou à dépenser plus pour soutenir ses propres Etats-clients. Il a également fourni des renseignements utiles sur les capacités soviétiques.

Le soutien à Israel ne fut pas bon marché, cependant, il a compliqué les relations de l’Amérique avec le monde Arabe.

Par exemple, la décision de donner 2,2 milliards de dollars en aide militaire d’urgence pendant la Guerre d’Octobre a déclenché un embargo sur le pétrole de l’OPEP qui a infligé des dégâts considérables sur les économies occidentales.

Pour tout cela, les forces armées israéliennes n’étaient pas en mesure de protéger les intérêts américains dans la région.

Les Etats-Unis n’ont pas pu, par exemple, compter sur Israel quand la révolution iranienne en 1979 soulevait des inquiétudes au sujet de la sécurité des approvisionnements en pétrole, et ils ont dû créer leur propre Force de Déploiement Rapide.

La première Guerre du Golfe a montré à quel point Israel devenait un fardeau stratégique.

Les Etats-Unis ne pouvaient pas utiliser des bases israéliennes sans rompre la coalition anti-Irakienne, et ont dû détourner des ressources (par exemple des batteries de missiles Patriot) pour empêcher que Tel Aviv fasse quoi que ce soit qui pourrait nuire à l’alliance contre Saddam Hussein.

L’Histoire s’est répétée en 2003 : bien qu’Israël soit pressé d’une attaque de l’Irak par les Etats-Unis, Bush ne pouvait pas lui demander de l’aide sans déclencher une opposition Arabe. Ainsi Israel est encore resté sur la ligne de touche.

Au début des années 90, et encore plus après le 11 septembre, le soutien des Etats-Unis a été justifié par l’affirmation que les deux Etats étaient menacés par des groupes terroristes originaires du monde Arabe et Musulman, et par des ’Etats voyous’ qui soutiennent ces groupes et qui sont à la recherche d’armes de destruction massive.

Cela signifiait que non seulement Washington devait laisser les mains libres à Israël face aux Palestiniens et de ne pas insister pour qu’il fasse des concessions jusqu’à ce que tous les terroristes palestiniens soient emprisonnés ou morts, mais que les Etats-Unis devaient s’en prendre à des pays comme l’Iran et la Syrie.

Israël est donc vu comme un allié crucial dans la guerre contre le terrorisme, parce que ses ennemis sont les ennemis de l’Amérique.

En fait, Israël est un handicap dans la guerre contre le terrorisme et dans l’effort plus large de s’occuper des Etats voyous.

Le ’terrorisme’ n’est pas un seul adversaire, mais une stratégie utilisée par un grand nombre de groupes politiques. Les organisations terroristes qui menacent Israel ne menacent pas les Etats-Unis, sauf quand ils interviennent contre eux (comme au Liban en 1982).

D’ailleurs, le terrorisme palestinien n’est pas une violence dirigée par hasard contre Israel ou ’l’Occident’ ; c’est en grande partie une réponse à la campagne prolongée d’Israel pour coloniser la Cisjordanie et la Bande de Gaza.

Plus important, dire qu’Israel et les Etats-Unis sont unis par une menace terroriste commune a derrière un lien de cause à effet : les Etats-Unis ont un problème de terrorisme en grande partie parce qu’ils sont de si proches alliés d’Israel, et non le sens inverse.

Le soutien à Israel n’est pas la seule source du terrorisme anti-Américain, mais il est important, et cela rend la guerre contre le terrorisme plus difficile à gagner.

On ne doute pas que de nombreux chefs d’Al-Qaida, y compris Osama bin Laden, sont motivés par la présence d’Israel à Jérusalem et par la situation difficile des Palestiniens. Le soutien inconditionnel à Israel aide les extrémistes à rallier un soutien populaire et à attirer des recrues.

Quant aux prétendus Etats voyous du Moyen-Orient, ils ne sont pas une grande menace pour les intérêts vitaux des Etats-Unis, sauf dans la mesure où ils sont une menace pour Israel.

Même si ces Etats acquerraient des armes nucléaires - ce qui est évidemment indésirable - ni l’Amérique ni l’Israel ne pourrait faire l’objet d’un chantage, parce que le maître-chanteur ne pourrait pas mettre la menace à exécution sans souffrir de représailles terribles. Le danger d’un approvisionnement en nucléaire aux terroristes est également écarté, parce qu’un Etat voyou ne pourrait pas être sûr que le transfert ne serait pas détecté ou qu’il ne serait pas blâmé et puni ensuite.

La relation avec Israel rend réellement aux Etats-Unis la tache plus difficile pour s’occuper de ces états.

L’arsenal nucléaire d’Israel est l’une des raisons pour lesquelles une partie de ses voisins désire des armes nucléaires, et les menacer d’un changement de régime ne peut qu’augmenter ce désir.

Une dernière raison pour remettre en cause la valeur stratégique d’Israel, c’est qu’il ne se comporte pas comme un allié fidèle.

Les responsables israéliens ignorent fréquemment les demandes américaines et renoncent à leurs promesses (y compris les engagements à cesser la construction de colonies et à s’abstenir ’d’assassinats ciblés’ de responsables palestiniens).

Israel a fourni une technologie militaire sensible à des rivaux potentiels comme la Chine, dans ce que l’inspecteur-général du Département d’Etat a appelé ’un modèle systématique et croissant des transferts non autorisés’.

Selon le General Accounting Office, Israel a également ’mené des opérations d’espionnage plus agressives contre les Etats-Unis que n’importe quel allié’. En plus de l’affaire Jonathan Pollard, qui a donné à Israel de grandes quantités de matériel secret au début des années 80 (qu’il aurait transmis à l’Union soviétique en échange de visas de sortie supplémentaires pour les juifs soviétiques), une nouvelle polémique a éclaté en 2004 quand il a été révélé qu’un haut responsable du Pentagone appelé Larry Franklin avait passé des informations secrètes à un diplomate israélien.

Israel n’est pas le seul pays qui espionne les Etats-Unis, mais sa bonne volonté à espionner ses principaux protecteurs font plus que douter de sa valeur stratégique.

La valeur stratégique d’Israel n’est pas le seul problème.

Ses supporters arguent également du fait qu’il mérite un soutien total parce qu’il est faible et entouré d’ennemis ; c’est une démocratie ; les Juifs ont souffert des crimes du passé et méritent donc un traitement spécial ; et la conduite d’Israel a été moralement supérieure à celle de ses adversaires.

A y regarder de près, aucun de ces arguments n’est persuasif. Il y a une forte raison morale pour soutenir l’existence d’Israel, mais elle n’est pas en péril. D’un point de vue objectif, sa conduite passée et présente n’offre aucune base morale pour le privilégier face aux Palestiniens.

Israel est souvent dépeint comme David confronté à Goliath, mais l’inverse est plus proche de la vérité.

Contrairement à la croyance populaire, les Sionistes avaient des forces plus grandes, mieux équipées et mieux dirigées pendant la guerre d’Indépendance de 1947-49, et les Forces de Défense Israélienne ont gagné des victoires rapides et faciles contre l’Egypte en 1956 et contre l’Egypte, la Jordanie et la Syrie en 1967 - tout cela avant que l’immense aide américaine commence à affluer.

Aujourd’hui, Israel est la force militaire la plus puissante du Moyen-Orient.

Ses forces conventionnelles sont de loin supérieures à celles de ses voisins et c’est le seul Etat dans la région qui possède des armes nucléaires. L’Egypte et la Jordanie ont signé des traités de paix avec lui, et l’Arabie Saoudite a offert de le faire. La Syrie a perdu son protecteur soviétique, l’Irak a été dévasté par trois guerres désastreuses et l’Iran est à des milliers de kilomètres. Les Palestiniens ont à peine une force de police efficace, encore moins une armée qui pourrait constituer une menace pour Israel.

Selon une estimation du Centre Jaffee pour les Etudes Stratégiques de l’université de Tel Aviv en 2005, ’l’équilibre stratégique favorise décidément Israel, qui continue à élargir le fossé qualitatif entre ses propres capacités militaires et son pouvoir de dissuasion et celles de ses voisins.’ Si soutenir l’opprimé était un motif irrésistible, les Etats-Unis soutiendrait les adversaires d’Israel.

Qu’Israel soit une démocratie amie entourée par des dictatures hostiles ne peut pas expliquer le niveau actuel de l’aide : il y a beaucoup de démocraties dans le monde, mais aucune ne reçoit un soutien aussi somptueux.

Les Etats-Unis ont par le passé renversé des gouvernements démocratiques et soutenu des dictateurs quand cela pouvait faire avancer ses intérêts - ils ont de bonnes relations avec un certain nombre de dictatures aujourd’hui.

Quelques aspects de la démocratie israélienne sont en désaccord avec les valeurs de base des Américains.

À la différence des Etats-Unis, où les gens sont censés avoir une égalité des droits indépendamment de leur race, leur religion ou leur appartenance ethnique, Israel a été explicitement fondé en tant qu’Etat Juif et la citoyenneté est basée sur le principe de la parenté de sang.

Etant donné ceci, il n’est pas étonnant que ses 1,3 millions d’Arabes soient traités comme des citoyens de seconde zone, ou qu’une récente commission du gouvernement israélien ait constaté qu’Israel se comporte d’une façon ’négligeante et discriminatoire’ envers eux.

Son statut démocratique est également miné par son refus d’accorder aux Palestiniens leur propre Etat viable ou l’intégralité de leurs droits politiques.

Une troisième justification est l’histoire de la souffrance des Juifs dans l’Occident Chrétien, en particulier pendant l’Holocauste. Puisque les Juifs ont été persécutés pendant des siècles et qu’ils ne peuvent se sentir en sécurité que dans une patrie juive, beaucoup de gens pensent maintenant qu’Israel mérite un traitement spécial de la part des Etats-Unis.

La création du pays était assurément une réponse appropriée au long registre des crimes contre les Juifs, mais cela a également provoqué des nouveaux crimes contre un tiers en grande partie innocent : les Palestiniens.

Cela avait été bien compris par les premiers responsables d’Israel. David Ben-Gurion avait indiqué à Nahum Goldmann, le président du Congrès Juif Mondial : Si j’étais un leader Arabe je ne signerais jamais un accord avec Israel. C’est normal : nous avons pris leur pays. . . Nous venons d’Israel, mais il y a deux mille ans, et qu’est-ce que c’est pour eux ? Il y a eu l’anti-sémitisme, les Nazis, Hitler, Auschwitz, mais quelle est leur faute ? Ils voient seulement une chose : nous sommes venus ici et nous avons volé leur pays. Pourquoi devraient-ils accepter cela ?

Depuis lors, les responsables israéliens ont à plusieurs reprises cherché à dénié les ’ambitions nationales’ des Palestiniens.

Quand elle était Premier Ministre, Golda Meir a fait cette fameuse remarque : ‘Il n’y a jamais eu ce qu’on appelle les Palestiniens.’

La pression de la violence extrémiste et la croissance de la population palestinienne ont forcé les responsables israéliens au désengagement de la bande de Gaza et à envisager d’autres compromis territoriaux, mais même Yitzhak Rabin ne voulait pas offrir aux Palestiniens un Etat viable.

La soi-disant ’offre généreuse d’Ehud Barak’ à Camp David leur aurait donné seulement un ensemble de Bantustans désarmés sous contrôle israélien. L’histoire tragique des Juifs n’oblige pas les Etats-Unis à aider Israel aujourd’hui quoi qu’il fasse.

Les supporters d’Israel le dépeignent également comme un pays qui a cherché la paix dès qu’il pouvait et qui a montré beaucoup de retenue même lorsqu’il était provoqué. On dit que les Arabes, en revanche, agissent avec une grande méchanceté.

Pourtant sur le terrain, les actes d’Israel ne se distinguent pas de ceux de ses adversaires. Ben-Gurion a reconnu que les premiers Sionistes étaient loin d’être bienveillants envers les Arabes palestiniens, qui ont résisté à leurs usurpations - ce qui est à peine étonnant, étant donné que les Sionistes essayaient de créer leur propre Etat sur la terre Arabe.

De la même manière, la création d’Israel en 1947-48 a impliqué des actes de nettoyage ethnique, y compris des exécutions, des massacres et des viols par jes Juifs, et la conduite ultérieure d’Israel a souvent été brutale, démentant tout supériorité morale.

Entre 1949 et 1956, par exemple, forces de sécurité israéliennes ont tué entre 2700 et 5000 Arabes qui revenaient en s’infiltrant, la grande majorité d’entre eux n’étaient pas armés.

L’IDF a assassiné des centaines de prisonniers de guerre égyptiens dans les guerres de 1956 et 1967, alors qu’en 1967, il expulsait entre 100.000 et 260.000 Palestiniens de la Cisjordanie nouvellement conquise, et ont conduit 80.000 Syriens hors des Hauteurs du Golan.

Pendant le premier intifada, l’IDF distribuait à ses troupes des matraques et les encourageait à briser les os des protestataires palestiniens. La section Suédoise de Save the Children a estimé qu’entre ’23.600 et 29.900 enfants ont eu besoin de soins médicaux pour leurs blessures suite aux tabassages lors des deux premières années de l’Intifada.’ Presque d’un tiers d’entre eux étaient âgés de 10 ans ou moins.

La réponse au Second Intifada a été bien plus violente, menant Ha’aretz à déclarer que ’l’IDF. . . se transforme en machine à tuer dont l’efficacité inspire la crainte, et choque pourtant.’ L’IDF a tiré un million de balles pendant les premiers jours du soulèvement.

Depuis lors, pour chaque Israélien perdu, Israel a tué 3,4 Palestiniens, dont la majorité était des spectateurs innocents ; la proportion entre les enfants Palestiniens et les enfants Israéliens tués est encore plus élevée (5,7 pour 1).

Il est également intéressant de garder à l’esprit que les Sionistes utilisaient des bombes terroristes pour faire partir les Anglais de la Palestine, et que Yitzhak Shamir, au début, terroriste et ensuite Premier Ministre, avait avoué que ’ni l’éthique juive ni la tradition juive ne peut éliminer le terrorisme comme moyens de combat.’

Le recours des Palestiniens au terrorisme est mauvais mais n’est pas étonnant. Les Palestiniens pensent qu’ils n’ont aucune autre moyen de forcer les Israéliens à faire des concessions.

Comme Ehud Barak l’a un jour admis, "s’il était né Palestinien, il ’aurait rejoint une organisation terroriste’.

Donc, si ni les arguments stratégiques ni les arguments moraux ne peuvent expliquer le soutien de l’Amérique à Israel, comment allons-nous l’expliquer ?

L’explication est le pouvoir inégalé du Lobby Israélien.

Nous utilisons ’Le Lobby’ comme raccourci pour la coalition lâche d’individus et d’organisations qui travaille activement pour orienter la politique étrangère des Etats-Unis dans une direction pro-Israélienne.

Ceci n’est pas censé suggérer que ’Le Lobby’ est un mouvement uni avec une direction générale, ou que les individus qui en font partie ne sont pas en désaccord sur certaines questions.

Tous les Américains Juifs ne font pas partie du Lobby, parce que Israel n’est pas un sujet proéminent pour bon nombre d’entre eux. Dans une enquête de 2004, par exemple, environ 36% des Juifs Américains ont déclaré qu’ils étaient ’pas très’ ou ’pas du tout’ émotionnellement attachés à Israel.

Les Américains juifs diffèrent également sur des politiques israéliennes spécifiques.

Plusieurs des principales organisations du Lobby, telles que le Comité aux Affaires Publiques Américano-Israélienne (AIPAC) et la Conférence des Présidents des principales Organisations Juives, sont dirigées par des intransigeants qui soutiennent généralement la politique expansionniste du parti du Likud, y compris son hostilité au processus de paix d’Oslo.

La majeure partie des Juifs Américains est par contre plus encline à faire des concessions aux Palestiniens, et quelques groupes - tels que Jewish Voice for Peace - préconisent fortement de telles initiatives.

En dépit de ces différences, les modérés et les intransigeants sont tous en faveur d’un soutien absolu à Israel.

Sans surprise, les leaders Juifs Américains consultent souvent les responsables israéliens, pour s’assurer que leurs actions font avancer les objectifs israéliens.

Comme l’a écrit un activiste d’une importante organisation juive, ’Nous disons souvent : "C’est notre politique sur une certaine question, mais nous devons vérifier ce que pensent les Israéliens." Nous, en tant que communauté, le faisons tout le temps.’ Il y a un gros préjudice à critiquer la politique israélienne, et faire pression sur Israel est considéré comme hors de question.

Edgar Bronfman Sr, Président du Congrès Juif Mondial, a été accusé de ’perfidie’ quand il a écrit une lettre au Président Bush mi-2003 l’invitant à persuader Israel de limiter la construction de sa ’barrière de sécurité ’controversée. Ses critiques ont dit que ’Il est toujours obscene que le président du Congrès Juif Mondial incite le président des Etats-Unis à résister à la politique promue par le gouvernement israélien.’

De même, quand le président du forum politique d’Israel, Seymour Reich, a conseillé à Condoleezza Rice en novembre 2005 de demander à Israel de rouvrir un passage des frontières critique dans la bande de Gaza, son action a été dénoncée comme ’irresponsable’ : ’Il n’y a’, ont dit ses critiques, ’absolument aucune place dans le principal courant juif pour une prospection active contre la politique liée à la sécurité . . d’Israel.’ Reculant devant ces attaques, Reich a annoncé que ’le mot "pression" n’est pas dans mon vocabulaire quand il s’agit d’Israel.’

Les Américains juifs ont créé un nombre impressionnant d’organisations pour influencer la politique étrangère Américaine, dont l’AIPAC, la plus puissante et la mieux connue.

En 1997, le magazine Fortune a demandé à des membres du Congrès et à leurs équipes d’énumérer les Lobbies les plus puissants à Washington.

L’AIPAC a été placée en seconde place derrière l’Association Américaine des Retraités (AARP), mais devant de l’AFL-CIO and la National Rifle Association.

Une enquête du journal Nationale en mars 2005 a tiré la même conclusion, en plaçant l’AIPAC en seconde place (à égalité avec l’AARP) dans le "classement des muscles" à Washington.

Le Lobby comprend également des Evangélistes Chrétiens bien connus comme Gary Bauer, Jerry Falwell, Ralph Reed et Pat Robertson, tou comme Dick Armey et Tom Delay, d’anciens chefs de la majorité à la Chambre des Représentants, tous croient que la renaissance d’Israel est l’accomplissement d’une prophétie biblique et soutiennent son agenda expansionniste ; agir autrement, pensent-ils, seraient contraires à la volonté de Dieu.

Des gentils (Non-Juifs) Néo-conservateurs tels que John Bolton ; Robert Bartley, l’ancien rédacteur de journal Wall Street ; William Bennett, l’ancien secrétaire de l’éducation ; Jeane Kirkpatrick, ancien ambassadeur de l’ONU ; et l’influent chroniqueur George Will sont également des fermes défenseurs.

La forme du gouvernement américain offre aux activistes de nombreuses façons d’influencer le processus politique. Les groupes d’intérêt peuvent inciter les représentants élus et les membres du bureau exécutif, apportent des contributions de campagne, votent aux élections, tentent de façonner l’opinion publique etc...

Ils apprécient une quantité disproportionnée d’influence quand ils s’engagent sur une question à laquelle la majeure partie de la population est indifférente. Les politiciens auront tendance à satisfaire ceux qui s’intéressent au sujet, même si leurs nombres sont petits, persuadés que le reste de la population ne les pénalisera pas pour avoir agi ainsi.

Dans son fonctionnement de base, le Lobby Israélien n’est pas différent du Lobby des fermiers, de celui des Syndicats de l’acier ou du textile, ou d’autres Lobbies ethniques.

Il n’y a rien d’abusif concernant le fait que les Juifs Américains et leurs alliés Chrétiens essayent d’influencer la politique américaine : les activités du Lobby ne sont pas une conspiration telle qu’elle est représentée dans des appareils comme les Protocoles des Sages de Sion.

Pour la plupart, les individus et les groupes qui en font partie font seulement ce que d’autres groupes d’intérêt font, mais le font beaucoup mieux. En revanche, les groupes d’intérêt pro-Arabes, pour autant qu’ils existent, sont faibles, ce qui rend la tâche encore plus facile au Lobby Israélien.

Le Lobby poursuit deux larges stratégies.

D’abord, il utilise son influence significative à Washington, en faisant pression sur le Congrès et le bureau exécutif. Quelque soit l’opinion d’un législateur ou d’un politicien, le Lobby tente de faire que le soutien à Israel soit le ’bon’ choix.

En second lieu, il tâche de s’assurer que le discours public dépeigne Israel sous un jour positif, en répétant des mythes au sujet de sa création et en défendant son point de vue dans des débats politiques. Le but est d’empêcher que des commentaires critiques puissent obtenir une audience équitable dans l’arène politique. Le contrôle de la discussion est essentiel pour garantir le soutien américain, parce qu’une discussion sincère sur les relations Américano-Israéliennes pourrait mener les Américains à favoriser une politique différente.

Un pilier clé de l’efficacité du Lobby est son influence au Congrès, où Israel est pratiquement immunisé de critique. C’est en soi remarquable, parce que le Congrès lance rarement des sujet contestables.

Quand Israel est concerné, cependant, les critiques potentielles disparaissent. Une des raisons est que certains principaux membres sont des Sionistes Chrétiens comme Dick Armey, qui a dit en septembre 2002 : ’Ma priorité numéro 1 dans la politique étrangère est de protéger Israel.’ On pourrait penser que la priorité numéro 1 de tout membre du Congrès devrait être de protéger l’Amérique.

Il y a également des sénateurs et des membres du Congrès Juifs qui travaillent pour s’assurer que la politique étrangère des Etats-Unis soutienne les intérêts d’Israel.

Une autre source du pouvoir du Lobby est son utilisation du personnel du Congrès pro-Isralien. Comme l’a admis un jour Morris Amitay, un ancien chef de l’AIPAC : ’Il y a beaucoup de types à des postes de cadres ici ’- sur Capitol Hill - ’qui s’avèrent justement être juifs, qui sont disposés. . . à voir certains sujets en termes de leur appartenance à la communauté Juive. . . Ce sont tous des types qui sont en mesure de prendre une décision dans ces domaines pour ces sénateurs. . . On peut vous mener une vie affreuse juste au niveau de l’équipe.’

Cependant, l’AIPAC lui-même, forme le coeur de l’influence du Lobby au Congrès. Son succès est dû à sa capacité de récompenser les législateurs et les candidats au Congrès qui soutiennent son ordre du jour, et de punir ceux qui le défient.

L’argent est critique dans les élections américaines (comme nous le rappelle le scandale sur les affaires douteuses du lobbyiste Jack Abramoff), et l’AIPAC s’assure que ses amis obtiennent lune forte aide financière des nombreux comités d’action politique pro-Israéliens.

Toute personne qui est vue comme hostile à Israel peut être sûre que l’AIPAC orientera des contributions de campagne à ses adversaires politiques. L’AIPAC organise également des campagnes d’écriture de lettres et encourage les rédacteurs de journaux à approuver les candidats pro-Israéliens.

Il n’y a aucun doute sur l’efficacité de ces stratégies. Voici un exemple : aux élections de 1984, l’AIPAC a aidé à battre le sénateur Charles Percy de l’Illinois, qui, selon un haut responsable du Lobby, avait montré ’de l’insensibilité et même de l’hostilité envers nos intérêts’. Thomas Dine, le chef de l’AIPAC à l’époque, a expliqué ce qui s’est produit : ’Tous les Juifs en Amérique, d’une côte à l’autre, se sont réunis pour évincer Percy. Et les politiciens américains - ceux qui occupent des positions publiques maintenant, et ceux qui y aspirent - ont reçu le message.’

L’influence de l’AIPAC sur la Colline du Capitole va même encore plus loin. Selon Douglas Bloomfield, un ancien membre de la direction de l’AIPAC, ’Il est commun pour les membres du Congrès et leurs équipes de se tourner d’abord vers l’AIPAC quand ils ont besoin d’information, avant d’appeler la Bibliothèque du Congrès, le Service de Recherches du Congrès, le personnel du comité ou des experts en matière d’administration.’ Plus important, il note que l’AIPAC ’est souvent invité à rédiger des discours, à travailler sur la législation, à conseiller sur des stratégies, à effectuer des recherches, à rassembler des co-sponsors et des votes de marshal’.

Le résultat est que l’AIPAC, agent d’un gouvernement étranger, a la mainmise sur le Congrès, avec comme conséquence : la politique américaine envers Israel n’y est pas discutée, bien que cette politique ait des conséquences importantes pour le monde entier. En d’autres termes, une des trois principales branches du gouvernement est fermement investie dans le soutien à Israel.

Comme le remarquait un ancien sénateur Démocrate, Ernest Hollings, en quittant le bureau, ’Vous ne pouvez pas avoir une politique israélienne autre que celle que l’AIPAC vous donne ici.’

Ou comme ce qu’a dit un jour Ariel Sharon à un public américain : ’Quand les gens me demandent comment ils peuvent aider Israel, je leur dis : "Aidez l’AIPAC." ’

Grâce en partie à l’influence qu’ont les électeurs juifs sur les élections présidentielles, le lobby a également un pouvoir significatif sur l’Exécutif.

Bien qu’ils constituent moins de 3% de la population, ils font de grosses donations de campagne aux candidats des deux partis. Le Washington Post a par le passé estimé que les candidats Démocrates à l’élection présidentielle ’dépendent des partisans Juifs qui fournissent au moins de 60% de l’argent’.

Et parce que les électeurs juifs ont des taux élevés de personnes présentes et sont concentrés dans les Etats clés comme la Californie, la Floride, l’Illinois, New York et la Pennsylvanie, les candidats à la présidence vont loin pour ne pas les contrarier.

Les principales organisations du Lobby travaillent à s’assurer que les critiques d’Israel n’obtiennent pas de postes importants en politique étrangère. Jimmy Carter voulait que George Ball soit son premier Secrétaire d’Etat, mais il savait que Ball était connu comme un critique d’Israel et que le Lobby s’opposerait à sa nomination.

De cette façon, tout aspirant politicien est encouragé à devenir un défenseur d’Israel manifeste, c’est pourquoi les critiques publics de la politique israélienne sont devenus des espèces en danger dans l’establishment de la politique étrangère.

Quand Howard Dean a appelé les Etats-Unis à prendre rôle ’un plus équitable’ dans le conflit Arabo-Israélien, le sénateur Joseph Lieberman l’a accusé de vendre Israel et a dit que sa déclaration était ’irresponsable’.

Pratiquement tous les principaux Démocrates à la Chambre des Représentants ont signé une lettre critiquant les remarques de Dean, et le Chicago Jewish Star a rapporté que : ’Des attaquants anonymes. . . encombrent les boites mails des responsables Juifs du pays, pour prévenir - sans beaucoup de preuve - que Dean serait plutôt mauvais pour Israel.’

Cette inquiétude était absurde ; Dean est, en fait, tout à fait pro-Israélien : son co-responsable de campagne était un ancien président de l’AIPAC, et Dean a déclaré que ses propres opinions sur le Moyen-Orient étaient plus proches de celles de l’AIPAC que celles des plus modérés que sont Americans for Peace Now.

Il avait simplement suggéré que ’en réunisant les deux parties’, Washington agirait en tant qu’intermédiaire honnête. C’est difficilement une idée radicale, mais le Lobby ne tolère pas l’impartialité.

Pendant l’Administration Clinton, la politique Moyen-Orientale était en grande partie façonnée par des responsables ayant des liens étroits avec Israel ou d’importantes organisations pro-israéliennes ; parmi eux, Martin Indyk, l’ancien directeur adjoint de la Recherche à l’AIPAC et le co-fondateur du pro-israélien Washington Institute for Near East Policy (WINEP) ; Dennis Ross, qui a rejoint le WINEP après avoir quitté le gouvernement en 2001 ; et Aaron Miller, qui a habité en Israel et visite souvent le pays.

Ces hommes étaient parmi les conseillers les plus proches de Clinton au sommet de Camp David en juillet 2000.

Bien que tous les trois soutenaient le processus de paix d’Oslo et privilégiaient la création d’un état palestinien, ils l’ont fait seulement dans les limites de ce qui semblerait acceptable pour Israel.

La délégation américaine a pris ses consignes auprès d’Ehud Barak, a coordonné à l’avance avec Israel ses positions de négociation, et n’a pas offert de propositions indépendantes.

Sans surprise, les négociateurs palestiniens se sont plaints qu’ils ’étaient en pourparlers avec deux équipes israéliennes - l’une affichant un drapeau israélien, et l’autre un drapeau américain ’.

La situation est bien plus prononcée dans l’Administration Bush, dont les rangs comprenaient des avocats aussi fervents de la cause israélienne comme Elliot Abrams, John Bolton, Douglas Feith, I. Lewis (’Scooter’) Libby, Richard Perle, Paul Wolfowitz et David Wurmser. Comme nous le verrons, ces responsables ont uniformément poussé pour des politiques privilégiées par Israel et soutenues par des organisations du Lobby.

Le Lobby ne veut pas de débat public, naturellement, parce que cela pourrait mener les Américains à remettre en cause le niveau de soutien qu’ils fournissent. En conséquence, les organisations pro-Israéliennes travaillent dur pour influencer les institutions qui font tout ce qu’elles peuvent pour façonner l’opinion populaire.

La perspective du Lobby règne dans les médias traditionnels : ’le débat parmi les experts du Moyen-Orient’, écrit le journaliste Eric Alterman : ’est dominé par des gens qui ne peuvent pas imaginer critiquer Israel’. Il énumère 61 ’chroniqueurs et commentateurs sur lesquels on peut compter pour soutenir Israel par réflexe et sans qualification’. En revanche, il a trouvé seulement cinq experts qui critiquent uniformément les actions israéliennes ou approuvent les positions arabes. Les journaux publient de temps en temps des articles d’invités critiquant la politique israélienne, mais l’équilibre de l’opinion favorise clairement l’autre côté. Il est difficile d’imaginer un média traditionnel aux Etats-Unis publier un article comme celui-ci.

’Shamir, Sharon, Bibi - tout ce que veulent ces types me semble très bien’ a un jour remarqué Robert Bartley. Il n’est pas étonnant que, son journal, le Wall Street Journal, ainsi que d’autres journaux importants comme le Chicago Sun-Times et le Washington Times, publient régulièrement des éditoriaux qui soutiennent fortement Israel.

Des magazines comme le Commentary, le New Republic and le Weekly Standard défendent Israel à chaque fois.

On trouve également des éditoriaux partiaux dans des journaux comme le New York Times qui critique de temps en temps la politique israélienne et concède parfois que les Palestiniens ont des revendications légitimes, mais il n’est pas équitable.

Dans ses mémoires, l’ancien directeur de la rédaction du journal, Max Frankel, reconnaît l’impact que sa propre attitude a eu sur ses décisions éditoriales : ’J’ai été bien plus profondément dévoué à Israel que j’ai osé l’affirmer. . . Enrichi par ma connaissance d’Israel et de mes amitiés là-bas, j’ai moi-même écrit la plupart de nos commentaires sur le Moyen-Orient. Comme l’ont reconnu plus de lecteurs Arabes que de Juifs, je les ai écrits d’une perspective pro-Israélienne.’

Les nouveaux reportages sont plus équitables, en partie parce que les journalistes tâchent d’être objectifs, mais également parce qu’il est difficile de couvrir des événements dans les Territoires Occupés sans reconnaître les actions d’Israel sur le terrain.

Pour décourager les reportages défavorables, le Lobby organise des campagnes d’écriture de lettres, des manifestations et des boycotts des nouvelles publications dont le contenu est considéré comme anti-Israélien.

Un directeur de CNN a dit qu’il reçoit parfois 6000 messages emails en une seule journée pour se plaindre d’une histoire.

En mai 2003, le pro-israélien Committee for Accurate Middle East Reporting in America (CAMERA) a organisé des manifestations à l’extérieur des stations de National Public Radio dans 33 villes ; il a également essayé de persuader les donateurs de suspendre le soutien au NPR jusqu’à ce que sa couverture Moyen-Orientale devienne plus sympathique à Israel.

La station du NPR de Boston, WBUR, aurait perdu plus de 1 million de dollars de contributions suite à ces efforts.

D’autres pressions sur la NPR sont venues des amis d’Israel au Congrès, qui ont demandé un audit interne de sa couverture Moyen-Orientale ainsi que plus de surveillance.

Le côté israélien domine également les think tanks qui jouent un rôle important dans le façonnage du débat public ainsi que dans la politique actuelle.

Le Lobby a créé son propre think tank en 1985, quand Martin Indyk a aidé à créer WINEP. Bien que WINEP garde secret ses liens avec Israel, en affirmant qu’il fournit une perspective "équilibrée et réaliste" sur les questions du Moyen-Orient, il est financé et dirigé par des individus profondément engagés dans la progression de l’agenda d’Israel.

Cependant, l’influence du Lobby se prolonge bien au delà de WINEP.

Au cours des 25 dernières années, les forces pro-israéliennes ont installé une présence dominante à l’American Enterprise Institute, au Brookings Institution, au Center for Security Policy, au Foreign Policy Research Institute, à l’Heritage Foundation, à l’Hudson Institute, à l’Institute for Foreign Policy Analysis et au Jewish Institute for National Security Affairs (JINSA).. Ces think tanks emploient peu ou pas du tout de critiques du soutien américain à Israel.

Prenons le Brookings Institution. Pendant de nombreuses années, son principal expert sur le Moyen-Orient était William Quandt, un ancien fonctionnaire du NSC avec une réputation bien-méritée d’impartialité.

Aujourd’hui, la couverture de Brookings est menée par le Saban Center for Middle East Studies, qui est financé par Haim Saban, un homme d’affaires Israélo-Américain et Sioniste ardent. Le directeur du centre est l’omniprésent Martin Indyk. Ce qui était par le passé un institut de politique indépendant fait maintenant partie du chorus pro-Israélien.

Là où le Lobby a eu la plus grosse difficulté c’est dans l’étouffement du débat sur les campus d’université.

Dans les années 90, quand le processus de paix d’Oslo était en cours, il y avait seulement une légère critique d’Israel, mais elle s’est développée avec l’effondrement d’Oslo et l’accès au pouvoir de Sharon, devenant très tonitruante quand l’IDF a réoccupé la Cisjordanie au printemps 2002 et qu’elle a utilisé une force énorme pour maitriser le deuxième intifada.

Le Lobby a agi immédiatement pour ’’reprendre les campus’. Des nouveaux groupes ont pris naissance, comme la Caravan for Democracy, qui a fait venir des intervenants israéliens dans les universités américaines.

Des groupes établis comme le Jewish Council for Public Affairs et Hillel s’y sont joints, et un nouveau groupe, l’Israel on Campus Coalition, a été constitué pour coordonner les nombreux organismes qui cherchent maintenant à aborder le cas d’Israel.

En conclusion, l’AIPAC a plus que triplé ses dépenses dans des programmes pour surveiller les actions dans les universités et pour former de jeunes avocats, dans le but ’d’augmenter énormément le nombre d’étudiants impliqués sur les campus. . . dans le cadre de l’effort national pro-Israélien’. Le Lobby surveille également ce que les professeurs écrivent et enseignent.

En septembre 2002, Martin Kramer et Daniel Pipes, deux néo-conservateurs passionément pro-Israéliens, ont créé un site internet (Campus Watch) qui affichent des dossiers sur des universitaires suspects et encouragent les étudiants à relater les remarques ou les comportements qui pourraient être considérés comme hostiles à Israel.

Cette tentative transparente de mettre sur une liste noire et d’intimider les professeurs a provoqué une sévère réaction et Pipes et Kramer ont plus tard enlevé les dossiers, mais le site internet invite toujours les étudiants à rapporter toute activité ’’anti-Israélienne".

Des groupes du Lobby ont fait pression sur des universitaires et des universités particuliers.

Colombia a été une cible fréquente, sans aucun doute en raison de la présence du défunt Edward Said dans son corps enseignant. ’On pouvait être sûr que toute déclaration publique en soutien aux Palestiniens faite par l’éminent critique littéraire Edward Said récolterait des centaines d’email, de lettres et de compte-rendus journalistiques nous invitant à dénoncer Said et soit à le sanctionner ou à lui tirer dessus’ rapportait Jonathan Cole, son ancien principal. Quand Colombia a recruté l’historien Rashid Khalidi de Chicago, la même chose s’est produite. Ce fut un problème que Princeton a également affronté quelques années plus tard quand il a envisagé courtiser Khalidi pour qu’il parte de Colombia.

Une illustration classique de l’effort pour maintenir l’ordre dans le milieu universitaire s’est produite vers la fin 2004, quand le Projet David a produit un film alléguant que les membres du corps enseignant du programme d’études Moyen-Orientales de Colombia étaient antisémites et intimidaient les étudiants juifs qui se positionnaient pour Israel.

Colombia a été sur des charbons ardents, mais un comité du corps enseignant qui a été assigné pour enquêter sur les accusations n’a trouvé aucune preuve d’anti-sémitisme et le seul incident probablement notable était qu’un professeur ’avait répondu âprement’ à la question d’un étudiant.

Le comité a également découvert que les universitaires en question avaient été eux-mêmes la cible d’une campagne manifeste d’intimidation.

L’aspect peut-être le plus inquiétant dans tout cela, ce sont les efforts faits par les groupes juifs pour pousser le Congrès à établir des mécanismes pour surveiller ce que disent les professeurs.

S’ils parviennent à le faire voter, des universités jugées avoir une tendance anti-israélienne pourraient se voir refuser un financement fédéral. Leurs efforts n’ont pas encore réussi, mais cela indique l’importance placée sur le contrôle du débat.

Un certain nombre de philanthropes Juifs ont récemment créé des programmes d’Etudes d’Israel (en plus des environ 130 programmes d’études Juifs existants déjà) afin d’augmenter le nombre d’élèves amis d’Israel sur les campus.

En mai 2003, NYU a annoncé la création du Taub Center for Israel Studies ; des programmes semblables ont été créés à Berkeley, Brandeis et Emory.

Les administrateurs universitaires soulignent leur valeur pédagogique, mais la vérité est qu’ils ont en grande partie pour objectif de favoriser l’image d’Israel.

Fred Laffer, directeur de la Taub Foundation, indique clairement que sa fondation a financé le centre de NYU pour aider à contrer ’le point de vue [sic] Arabe’ qu’il pense être répandu dans les programmes Moyen-Orientaux de NYU.

USA - 20-03-2006 Le Lobby Israélien (suite) Par John Mearsheimer et Stephen Walt John Mearsheimer est professeur émérite R. Wendell Harrison de Sciences Politiques à l’université de Chicago et est l’auteur de The Tragedy of Great Power Politics. - Stephen Walt est professeur émérite des Relations Onternationales à la Kennedy School of Government d’Harvard. Son plus recent livre s’intitule "Taming American Power : The Global Response to US Primacy". Aucune discussion sur le Lobby ne serait complète sans examen d’une de ses armes plus puissantes : l’accusation d’anti-sémitisme. Toute personne qui critique les actions d’Israel ou argue du fait que les groupes pro-Israéliens ont une influence significative sur la politique Moyen-Orientale des Etats-Unis - un hommage à l’influence de l’AIPAC - a une forte chance d’être traitée d’antisémite.

En effet, toute personne qui affirme simplement qu’il y a un Lobby Israélien court le risque d’être accusée d’anti-sémitisme, bien que les médias israéliens fassent référence au ’Lobby Juif’ en Amérique. En d’autres termes, le Lobby se vante d’abord de son influence et attaque ensuite toute personne qui attire l’attention sur lui. C’est une stratégie très efficace : l’anti-sémitisme est quelque chose dont personne ne veut être accusé.

Les Européens ont été plus disposés que les Américains à critiquer la politique israélienne, ce que certains attribuent à une réapparition de l’anti-sémitisme en Europe. ’Nous arrivons à un point’, déclarait l’ambassadeur américain auprès de l’Union Européenne début 2004, ’qui est aussi abominabe que ce qui se passait dans les années 30’.

Mesurer l’anti-sémitisme est une chose compliquée, mais le poids des preuves montrent la direction opposée.

Au printemps 2004, quand les accusations d’anti-sémitisme européen se sont répandues en Amérique, des sondages d’opinion publique européenne séparés menés par l’Anti-Defamation League basée aux Etats-Unis et le Pew Research Center for the People and the Press ont constaté qu’en fait il diminuait.

Dans les années 30, en revanche, l’anti-sémitisme était non seulement répandu parmi les Européens de toutes classes mais était considéré comme tout à fait acceptable.

Le Lobby et ses amis dépeignent souvent la France comme le pays le plus antisémite d’Europe. Mais en 2003, le chef de la communauté juive française a déclaré que la ’France n’était pas plus antisémite que l’Amérique.’

Selon un article récent paru dans Ha’aretz, la police française a rapporté que les incidents antisémites avaient diminué de près de 50% en 2005 ; et cela bien que la France ait la plus grande population Musulmane d’Europe.

En conclusion, quand un juif français a été assassiné à Paris le mois dernier par un gang Musulman, des dizaines de milliers de manifestants sont descendus dans les rues pour condamner l’anti-sémitisme. Jacques Chirac et Dominique de Villepin ont tous les deux assisté à l’office commémoratif de la victime pour montrer leur solidarité.

Personne ne nierait qu’il y a de l’anti-sémitisme parmi les Musulmans Européens, en partie provoquée par la conduite d’Israel envers les Palestiniens et une partie parce qu’il y a tout simplement du racisme.

Mais c’est une question séparée avec peu de relation avec si oui ou non l’Europe est aujourd’hui comme l’Europe des années 30.

Personne ne nierait qu’il reste quelques antisémites autochtones virulents en Europe (comme il y en a aux Etats-Unis) mais ils ne sont pas nombreux et leurs opinions sont rejetées par la grande majorité des Européens.

Quand ils sont pressés d’aller au delà de la seule affirmation, les avocats d’Israel prétendent qu’il y a un ’nouvel anti-sémitisme’, qui équivaut à une critique d’Israel. En d’autres termes, critiquez la politique israélienne et vous êtes par définition un antisémite.

Quand le Synode de l’Eglise Anglicane a récemment voté pour désinvestir de Caterpillar Inc. parce qu’il fabrique des bulldozers utilisés par les Israéliens pour démolir les maisons palestiniennes, le Grand Rabbin s’est plaint que cela ’aurait des répercussions les plus défavorables sur. . . les relations entre les Juifs et les Chrétiens en Grande-Bretagne ’, tandis que le Rabbin Tony Bayfield,à la tête du Mouvement de Réforme, disait : ’Il y a un net problème d’anti-Sioniste - à la limite de l’antisémitisme - des attitudes émergeant de la base et même des catégories au centre de l’Eglise.’ Mais l’Eglise était simplement coupable de protestation contre la politique du gouvernement israélien.

Des critiques sont également accusés de tenir Israel à un niveau injuste ou de remettre en cause son droit à exister. Mais ce sont de fausses accusations aussi.

Les critiques occidentaux d’Israel ne remettent presque jamais en cause son droit à exister : ils remettent en cause son comportement envers les Palestiniens, tout comme les Israéliens eux-mêmes.

Israel n’est pas non plus jugé injustement. Le traitement des Palestiniens par les Israéliens attire la critique parce qu’il est contraire aux notions largement admises des droits de l’homme, au droit international et au principe de l’autodétermination nationale. Et c’est difficilement le seul Etat à avoir affronté de vives critiques pour ces raisons.

En automne 2001, et particulièrement au printemps 2002, l’Administration Bush a tenté de réduire le sentiment anti-Américain dans le monde Arabe et de saper le soutien aux groupes terroristes comme Al-Qaida en stoppant la politiques expansionniste d’Israel dans les Territoires Occupés et en préconisant la création d’un Etat palestinien.

Bush avait à sa disposition des moyens de persuasion très significatifs. Il aurait pû menacer de réduire le soutien économique et diplomatique à Israel, et les Américains l’auraient presque certainement soutenu.

Un sondage de mai 2003 indiquait que plus de 60% des Américains étaient disposés à retenir l’aide si Israel résistait à la pression des Etats-Unis pour régler le conflit, et que le nombre atteignait 70% parmi ’les politiquement actifs’. En effet, 73% ont dit que les Etats-Unis ne devraient pas favoriser l’une ou l’autre partie.

Pourtant, l’Administration n’a pas changé la politique israélienne, et Washington a fini par la soutenir.

Avec le temps, l’Administration a également adopté les propres justifications d’Israel sur sa position, de sorte que la rhétorique des Etats-Unis a commencé à imiter la rhétorique israélienne.

En février 2003, un titre du Washington Post résumait la situation : ’Bush et Sharon presque identiques sur la politique du Moyen-Orient.’

La raison principale de ce changement était le Lobby.

L’histoire commence en septembre 2001, quand Bush a commencé à inviter Sharon pour qu’il montre de la retenue dans les Territoires Occupés. Il l’a également pressé de permettre au Ministre des Affaires Etrangères israélien, Shimon Peres, de rencontrer Yasser Arafat, quoiqu’il (Bush) ait fortement critiqué le leadership d’Arafat. Bush a même dit publiquement qu’il soutenait la création d’un état palestinien. Alarmé, Sharon l’a accusé de tenter ’d’apaiser les Arabes à nos frais’, en avertissant qu’Israel ’ne sera pas la Tchécoslovaquie’.

Bush était soi-disant furieux d’avoir été comparé à Chamberlain, et le secrétaire de presse de la Maison Blanche a qualifié les remarques de Sharon d’’inacceptables ’.

Sharon a présenté des excuses, mais il a rapidement réuni ses forces à celles du Lobby pour persuader l’Administration et les Américains que les Etats-Unis et Israel affrontaient une menace terroriste commune.

Des responsables israéliens et des représentants du Lobby ont insisté sur le fait qu’il n’y avait aucune véritable différence entre Arafat et Osama bin Laden : les Etats-Unis et Israel, ont-ils dit, devraient isoler le chef élu des Palestiniens et ne rien avoir à faire avec lui.

Le Lobby est également allé travailler au Congrès.

Le 16 novembre, 89 sénateurs ont envoyé une lettre à Bush en le félicitant d’avoir refusé de rencontrer Arafat, mais en demandant également que les Etats-Unis ne retiennent pas Israel de représailles contre les Palestiniens ; l’administration, écrivaient-ils, doit déclarer publiquement qu’elle se tient derrière Israel.

Selon le New York Times, la lettre ’provenait’ d’une réunion qui s’était déroulée deux semaines auparavant entre les ’responsables de la communauté juive américaine et les principaux sénateurs’, en ajoutant que l’AIPAC avait été ’particulièrement actif en fournissant des conseils au sujet de la lettre ’.

Fin novembre, les relations entre Tel Aviv et Washington s’étaient considérablement améliorées. C’était grâce en partie aux efforts du Lobby, mais également grâce à la victoire initiale de l’Amérique en Afghanistan, qui a réduit le besoin détecté d’un soutien Arabe dans l’affrontement avec Al-Qaida.

Sharon s’est rendu à la Maison Blanche début décembre et a eu une réunion amicale avec Bush.

En avril 2002, des problèmes ont encore éclaté, après que l’IDF ait lancé l’opération Bouclier Défensif et qu’il ait repris le contrôle de pratiquement tous les principaux secteurs palestiniens de Cisjordanie.

Bush savait que les actions d’Israel endommageraient l’image de l’Amérique dans le monde Islamique et mineraient la guerre contre le terrorisme, donc il a exigé que Sharon ’cesse les incursions et commence le retrait’. Il a souligné ce message deux jours plus tard, en disant qu’il voulait qu’Israel ’se retire sans tarder’.

Le 7 avril, Condoleezza Rice, conseiller à la sécurité nationale de Bush à l’époque, a déclaré aux journalistes : ’"sans tarder" signifie sans tarder. Cela signifie maintenant.’

Le même jour, Colin Powell partait pour le Moyen-Orient afin de persuader toutes les parties de cesser de combattre et de commencer à négocier.

Israel et le Lobby sont entrés en action.

Les membres pro-Israéliens du bureau du vice-président et du Pentagone, ainsi que des experts néo-conservateurs tels que Robert Kagan et William Kristol, ont mis la pression sur Powell. Ils l’ont même accusé d’avoir ’pratiquement effacé la distinction entre des terroristes et ces terroristes combattants’.

Bush lui-même était pressé par des leaders Juifs et des évangélistes Chrétiens. Tom DeLay et Dick Armey étaient particulièrement francs sur la nécessité de soutenir Israel, et DeLay et le chef de la minorité au Sénat, Trent Lott, se sont rendus à la Maison Blanche pour avertir Bush de ne pas insister.

Le premier signe que Bush cédait est survenu le 11 avril - une semaine après qu’il ait dit à Sharon de retirer ses forces - quand le secrétaire de presse de la Maison Blanche a dit que le président pensait que Sharon était ’un homme de paix’.

Bush a répété cette déclaration publiquement au retour de Powell de sa mission ratée, et a indiqué aux journalistes que Sharon avait répondu d’une manière satisfaisante à son appel pour un retrait total et immédiat. Sharon n’avait jamais fait une telle chose, mais Bush ne voulait plus en faire un problème.

En attendant, le Congrès se préparait également à soutenir Sharon. Le 2 mai, il a passé outre les objections de l’Administration et a voté deux résolutions réaffirmant un soutien à Israel. (Le vote du Sénat était de 94 contre 2 ; la version de la Chambre des Représentants a été votée par 352 contre 21.)

Les deux résolutions affirmaient que les Etats-Unis ’se positionnent solidaires d’Israel’ et que les deux pays étaient, pour citer la résolution de la Chambre, ’maintenant engagés dans une lutte commune contre le terrorisme ’.

La version de la Chambre condamnait également ’le soutien continu et la coordination du terrorisme par Yasser Arafat’, qui a été dépeint comme une partie centrale du problème de terrorisme. Les deux résolutions ont été élaborées avec l’aide du Lobby.

Quelques jours plus tard, une délégation bipartite du Congrès d’une mission exploratoire sur Israel a déclaré que Sharon devrait résister à la pression américaine pour négocier avec Arafat.

Le 9 mai, un sous-comité de dotation de la Chambre s’est réuni pour envisager de donner à Israel 200 millions de dollars supplémentaires pour combattre le terrorisme. Powell s’y est opposé mais le Lobby l’a soutenu et Powell a perdu.

En bref, Sharon et le Lobby s’en sont pris au président des Etats-Unis et ont triomphé. Hemi Shalev, un journaliste du journal israélien Ma’ariv, a rapporté que les collaborateurs de Sharon ’ne pouvaient pas cacher leur satisfaction en raison de l’échec de Powell. Sharon a regardé le Président Bush dans le blanc des yeux, se sont-ils vantés, et le président a baissé les yeux le premier.’ Mais c’étaient les champions d’Israel aux Etats-Unis, non Sharon ou Israel, qui ont joué un rôle clé dans la défaite de Bush.

La situation a peu changé depuis lors. L’administration Bush a toujours refusé de traiter avec Arafat. Après sa mort, elle a embrassé le nouveau responsable palestinien, Mahmoud Abbas, mais n’a pas fait beaucoup pour l’aider.

Sharon a continué à développer son plan pour imposer un règlement unilatéral aux Palestiniens, basé sur le ’désengagement’ de Gaza couplé à l’expansion continue en Cisjordanie. En refusant de négocier avec Abbas et en faisant en sorte qu’il lui soit impossible de fournir des avantages réels aux Palestiniens, la stratégie de Sharon a contribué directement à la victoire électorale du Hamas.

Avec le Hamas au pouvoir, Israel a une autre excuse pour ne pas négocier. L’administration américaine a soutenu les actions de Sharon (et celles de son successeur, Ehud Olmert).

Bush a même approuvé les annexations unilatérales israéliennes dans les Territoires Occupés, inversant la politique déclarée de tout président depuis Lyndon Johnson.

Les responsables américains ont légèrement critiqué quelques actions israéliennes, mais n’ont pas fait grand chose pour aider à la création d’un Etat palestinien viable.

Sharon a ’accroché Bush autour de son petit doigt’, a déclaré l’ancien conseiller à la sécurité nationale, Brent Scowcroft, en octobre 2004.

Si Bush essaye d’éloigner les Etats-Unis d’Israel, ou même de critiquer des actions israéliennes dans les Territoires Occupés, il est sûr d’avoir à affronter la colère du Lobby et de ses défenseurs au Congrès.

Les candidats Démocrates à l’élection présidentielle comprennent que ce sont des choses de la vie, c’est la raison pour laquelle John Kerry s’est donné beaucoup de mal pour montrer un soutien sans faille à Israel en 2004, et c’est pourquoi Hillary Clinton fait la même chose aujourd’hui.

Maintenir un soutien américain à la politique d’Israel contre les Palestiniens est essentiel en ce qui concerne le Lobby, mais ses ambitions ne s’arrêtent pas là. Il veut également que l’Amérique aide Israel à rester la puissance régionale dominante.

Le gouvernement israélien et les groupes pro-Israéliens aux Etats-Unis ont travaillé ensemble pour façonner la politique de l’administration envers l’Irak, la Syrie et l’Iran, ainsi que son grand programme pour réorganiser le Moyen-Orient.

La pression d’Israel et du Lobby n’était pas le seul facteur derrière la décision d’attaquer l’Irak en mars 2003, mais elle était critique. Quelques Américains pensent que c’était une guerre pour le pétrole, mais il y a peu de preuve directe pour soutenir cette affirmation. Au lieu de cela, la guerre a été motivée, en grande partie, par un désir de rendre Israel plus sûr.

Selon Philip Zelikow, un ancien membre du Foreign Intelligence Advisory Board du Président, le directeur exécutif de la Commission du 11 septembre, et maintenant conseiller de Condoleezza Rice, la ’véritable menace’ de l’Irak n’était pas une menace pour les Etats-Unis. ’la menace non dite’ était la ’menace pour Israel’, a déclaré Zelikow devant un public de l’université de Virginie en septembre 2002. ’Le gouvernement américain,’ a-t’il ajouté, ’ne veut pas trop appuyer là-dessus de façon rhétorique, parce que ce n’est pas un argument populaire.’

Le 16 août 2002, 11 jours avant que Dick Cheney lance la campagne pour la guerre avec un discours devant les Vétérans des Guerres Etrangères, le Washington Post indiquait qu’’’Israel poussait les responsables américains à ne pas retarder une attaque militaire contre l’Irak de Saddam Hussein.’

Grâce à cela, selon Sharon, la coordination stratégique entre Israel et les Etats-Unis a atteint ’des dimensions sans précédent’, et les responsables des renseignements israéliens ont donné à Washington une variété de rapports alarmants au sujet des programmes du WMD de l’Irak.

Comme l’a dit plus tard un général à la retraite israélien : ’Les renseignements israéliens étaient associés à part entière dans l’image présentée par les renseignements Americains et Britanniques concernant les capacités non conventionnelles de l’Irak.’

Les leaders israéliens furent profondément affligés quand Bush a décidé de demander l’autorisation du Conseil de sécurité pour la guerre, et furent encore plus inquiets quand Saddam a accepté de laisser entrer des inspecteurs de l’ONU. ’La campagne contre Saddam Hussein est un must’ a déclaré Shimon Peres aux journalistes en septembre 2002. ’Les inspections et les inspecteurs sont bons pour les gens honorables, mais les gens malhonnêtes peuvent surmonter facilement des inspections et des inspecteurs.’

Au même moment, Ehud Barak écrivait un éditorial dans le New York Times avertissant que ’le plus grand risque se situe maintenant dans l’inaction.’ Son prédécesseur en tant que Premier Ministre, Binyamin Netanyahu, publiait un article semblable dans le Wall Street Journal, intitulé : ’La question du Renversement de Saddam’. ’Aujourd’hui il n’y a rien d’autre à faire que de démanteler son régime,’ déclarait-il. ’Je crois pouvoir parler pour la majorité écrasante des Israéliens en soutenant une frappe préventive contre le régime de Saddam.’ Ou comme Ha’aretz l’a rapporté en février 2003, ’Le leadership militaire et politique aspire à une guerre en Irak.’

Comme l’a suggéré Netanyahu, pourtant, le désir d’une guerre n’était pas limité aux leaders israéliens. Indépendamment du Kowéit, que Saddam avait envahi en 1990, Israel était le seul pays au monde où les politiciens et le public étaient en faveur de la guerre. Comme l’observait à l’époque le journaliste Gideon Levy, ’’Israel est le seul pays en Occident dont les responsables soutiennent la guerre sans réserves et où aucune opinion alternative n’est exprimée.’ En fait, les Israéliens étaient tellement va-t’en-guerre que leurs alliés en Amérique leur ont demandé de réduire leur rhétorique, ou cela serait vu comme si la guerre était engagée au nom d’Israel.

Aux Etats-Unis, la principale force motrice derrière la guerre était une petite bande des néo-conservateurs, dont beaucoup avaient des liens avec le Likud.

Mais les chefs des principales organisations du Lobby prêtaient leurs voix à la campagne. "Alors que le Président Bush essayait de vendre. . . la guerre en Irak’ rapportait The Forward, ’les plus importantes organisations Juives d’Amérique se sont rassemblées pour ne faire qu’un et le défendre. Déclaration après déclaration, les chefs de la communauté ont souligné la nécessité de débarrasser le monde de Saddam Hussein et de ses armes de destruction massive.’ L’éditorial continue en disant que : ’’L’inquiétude pour la sécurité d’Israel a été un facteur légitime dans les discussions des principaux groupes juifs.’

Bien que les néo-conservateurs et d’autres leaders du Lobby aient été désireux d’envahir l’Irak, la plus large communauté juive américaine ne l’était pas.

Juste aprés que la guerre ait commencé, Samuel Freedman a signalé que ’une compilation des sondages d’opinion dans tout le pays effectué par le Pew Research Center montre que les juifs sont moins enclins à soutenir la guerre contre l’Irak que la population dans son ensemble, 52% contre 62%.’

En clair, il serait erroné de blâmer la guerre en Irak sur ’l’influence juive’. Par contre, c’était en grande partie dû à l’influence du Lobby, et en particulier à celle des néo-conservateurs qui en ont font partie.

http://www.europalestine.com/article.php3?id_article=2041 http://www.europalestine.com/article.php3?id_article=2041



Jeudi 15 Juin 2006



Commentaires

1.Posté par hartemisse le 23/03/2006 15:54 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Article à lire absolument, transposez cet état de fait à la France en remplaçant l'AIPAC par le CRIF, et la vision de ce pays et le comportement de la mass-média prend un sens et une certaine cohérence dans l'objectif.

''Dans un discours prononcé mardi 21 mars 2006 à Cleveland dans l'Ohio, pour défendre l'intervention américaine en Irak qui fêtait lundi son troisième anniversaire, le président George W. Bush a déclaré : "La menace représentée par l'Iran, c'est leur objectif déclaré de détruire notre important allié, Israël. C'est une menace, une menace sérieuse. C'est une menace à la paix dans le monde", ajoutant : "J'ai déjà dit clairement que j'emploierais la force militaire pour protéger notre allié, Israël".

2.Posté par al akl le 07/02/2008 16:50 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Aucune guerre américaine, que des guerre sionistes... Internet est notre mémoire collective. nous n'oublierons pas !

VIDEOS | Politique Nationale/Internationale | Propagande médiatique, politique, idéologique | Société | Histoire et repères | Conflits et guerres actuelles | Néolibéralisme et conséquences

Publicité

Brèves



Commentaires