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DIPLOMATIE : LE COLLECTIF COMMENCE A PRENDRE LE DESSUS


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Caractère collectif, approche collective, initiatives collectives sont autant d'expressions qui reviennent de plus en plus fréquemment dans les propos des diplomates russes. Cela correspond totalement aux principes énoncés par Vladimir Poutine dans son discours de Munich.


Marianna Biélenkaïa
Jeudi 1 Mars 2007

Marianna Biélenkaïa, observatrice politique de l'Agence RIA Novosti






Rappelons que le Président russe avait déclaré, au début de son intervention : "Le caractère universel et indivisible de la sécurité est reflété dans son principe de base: "la sécurité de chacun signifie la sécurité de tous"". Le ministre russe des Affaires étrangères, Serguéï Lavrov, ne disait pas autre chose lorsqu'il déclarait : "Toute affaire dans le monde moderne nécessite d'être traitée collectivement".



Lors de sa récente participation au marathon diplomatique de Berlin, où ont été discutés les problèmes internationaux les plus pressants – le programme nucléaire iranien, le règlement au Proche-Orient, la situation dans le Caucase, en Irak et en Afghanistan, la sécurité européenne – le chef de la diplomatie russe a mis en exergue plusieurs exemples de cette coopération.



Cela concerne, avant tout, la situation qui s'est créée autour de l'Iran. "Nous apprécions la discussion qui s'est instaurée dans le format des six pays qui s'occupent du problème nucléaire iranien. Ce mécanisme a été créé sur des bases que nous considérons comme correspondant de manière optimale à l'objectif d'initiatives collectives, le caractère collectif étant présent dès le début, dès l'évaluation de la situation. Sur cette base, nous élaborons des orientations pour nos initiatives, nous fixons collectivement des buts et objectifs, et c'est ensemble également que nous les réalisons", a souligné le ministre russe.



En réalité, l'évolution de la situation autour de l'Iran est influencée non seulement par les "Six" (Russie, Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Allemagne), mais également par toute une série d'autres pays. En premier lieu les monarchies du golfe Persique, qui craignent qu'en cas d'attaque de l'Iran par les Etats-Unis ou Israël, Téhéran ne réplique en frappant leur territoire. Tout ce que vous voulez, mais pas de nouvelle guerre dans la région : telle est leur position. Leurs dirigeants l'ont dit à maintes reprises aux diplomates russes, américains et européens. Des craintes semblables sont émises par l'Afghanistan. Et Washington ne peut tout simplement pas ne pas prendre en compte la position de ses alliés et partenaires dans la région.



On peut, naturellement, émettre des objections. Quand il a été question d'une guerre en Irak, les Etats-Unis n'ont écouté personne. Mais, d'un autre côté, l'expérience, précisément, de la guerre irakienne montre qu'il importe de se concerter et de prendre en compte tous les facteurs, qu'ils soient régionaux ou internationaux.



Au demeurant, on perd souvent un temps précieux pour élaborer un accord entre la position américaine et celle de tous les autres au sein de tel ou tel mécanisme de coopération. Au lieu de résoudre le problème, on perd ses forces à rechercher un compromis entre les participants à ce mécanisme. C'est ce qui s'est produit dans le format des "Six", qui s'occupe du règlement du programme nucléaire nord-coréen ; c'est ce qui se produit également concernant l'Iran dans le cadre du "Quartette" de médiateurs travaillant sur le règlement proche-oriental. Encore que, au sein du "Quartette", un progrès se soit esquissé, selon Serguéï Lavrov : "Les principes collectifs se fraient un chemin de plus en plus souvent… Chez les quatre principaux acteurs au sein de ce mécanisme se manifeste de plus en plus souvent le désir d'écouter l'opinion de l'autre et d'élaborer des évaluations et des propositions qui iront précisément dans le sens d'un travail collectif".



En tout cas, la Russie fait de son côté tout son possible pour que les mécanismes collectifs fonctionnent sans à-coups. Le ministre russe a cité l'exemple du Kosovo. La Russie, a-t-il expliqué, travaille au sein du Groupe de contact pour le Kosovo. Elle a fait preuve à maintes reprises de souplesse, à la demande de ses partenaires, en ce qui concerne la réalisation de la résolution 1 244 du Conseil de sécurité de l'ONU afin de préserver un climat de travail consensuel, collectif. Mais cela ne signifie pas pour autant que Moscou fera des concessions sur des questions de principe. Ainsi, Moscou n'entend pas renoncer à sa position sur le Kosovo, selon laquelle une décision définitive ne pourra être prise que par les parties concernées elles-mêmes (les Albanais kosovars et les Serbes).



Un autre point est à mentionner : la souplesse de la Russie ne peut être sans fin ni unilatérale. Le meilleur exemple nous en est fourni par les questions de la sécurité européenne et globale. Là aussi, les mécanismes collectifs commencent à connaître des à-coups avec, en premier lieu, les projets de déploiement de systèmes ABM américains sur le territoire de la Pologne et de la Tchéquie.



"Il est question ici du centre de l'Europe. De très nombreux centres d'intérêts s'entremêlent ici. Il est évident que tous les Etats, toutes les organisations compétentes, l'ensemble des mécanismes et structures qui existent dans cet espace doivent être bien conscients de ce qui est en jeu : cela améliorera-t-il la sécurité ou cela créera-t-il des craintes pour la sécurité d'un tel ou d'un tel ? " a déclaré Serguéï Lavrov. Et d'ajouter : le Conseil OTAN-Russie est l'un des mécanismes de travail les plus efficaces de la région "pour examiner les questions de la sécurité dans un format collectif, en prenant en compte les intérêts mutuels".



Selon le ministre russe, l'élaboration de la défense antimissile commune de théâtre des opérations militaires a constitué un bon exemple du travail de ce mécanisme. Mais il a rappelé, avec regret, que les partenaires otaniens avaient décrété une pause sur cette question, tout comme ils ont décidé d'une pause concernant la discussion des questions de la défense antimissile à l'intérieur même de l'OTAN. Lavrov a noté que ces deux événements avaient coïncidé, dans le temps, avec la décision des Etats-Unis de déployer des éléments de leur ABM nationale en Europe orientale.



Evoquant les positions de la Russie, Lavrov a paraphrasé en quelque sorte Poutine : "Dans le monde moderne, a-t-il dit, la sécurité est indivisible. On ne peut assurer sa propre sécurité en provoquant la crainte des autres pays pour leur propre sécurité".



Les discussions que vient d'avoir à Berlin et à Kaboul le chef de la diplomatie russe montrent que la nécessité de rechercher des approches collectives commence petit à petit à prendre le dessus. A tout le moins, les sources proches des discussions de Berlin on pu noter que "les Etats-Unis commencent progressivement à comprendre qu'ils ne sont pas en mesure, à eux seuls, de couvrir tous les problèmes internationaux".




Jeudi 1 Mars 2007

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