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DIALOGUE ou CONVERSION ?!


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Qui ne gueule pas la vérité dans un langage brutal,
quand il sait la vérité,
Se fait le complice des menteurs et des faussaires.

Charles Péguy




Qui ne gueule pas la vérité dans un langage brutal,
quand il sait la vérité,
Se fait le complice des menteurs et des faussaires.

Charles Péguy









Zeinab Abdelaziz
Dimanche 12 Novembre 2017

 
 
 
DIALOGUE ou CONVERSION ?!
 
 
Qui ne gueule pas la vérité dans un langage brutal,
quand il sait la vérité,
Se fait le complice des menteurs et des faussaires.
 
Charles Péguy
 
 
 
 
                                                                     
 

Vatican II

 
 
 
On ne peut aborder le thème du dialogue interreligieux sans commencer par Vatican II, qui prit l’initiative de lancer cette campagne, différemment interprétée, vu l’impacte des attitudes antécédentes de l’Eglise. Car non seulement les religions non-chrétiennes tenaient une place infime dans les préoccupations des responsables concernés, mais même ceux des pays des missions, qui, en général, parlent des problèmes des missionnaires, citent peu les religions non chrétiennes, et presque rien de l’Islam. Même attitude adoptée par les Eglises orientales. Cependant, entre collègues ecclésiastiques, l’attitude apologétique et négative des siècles passés, contre l’Islam, n’a point changé : « L’Islam est une erreur absolue qu’il faut réfuter, un danger pour l’Eglise qu’il faut combattre », rapporte le père R. Caspar (in Vatican II, p 202)
 
Ce Concile Œcuménique a rendu publiques trois Déclarations sur l’éducation chrétienne, sur les rapports de l’Eglise avec les religions non-chrétiennes et sur la liberté religieuse. Un sous-titre de ce texte précise qu’il s’agit du « droit de la personne et des communautés à la liberté sociale et civile en matière de religion » ... Cette liberté désigne qu’aucun être humain ne puisse être contraint, par aucune puissance terrestre, d’agir contre sa conscience en matière de religion. Pourtant, ce qui se passe en réalité est juste le contraire, car jamais la furie et la rage de christianiser le monde n’a été aussi obsédante et obsédée.
 
Après tant de siècles de dirigisme spirituel, pour lequel il n’y peut y avoir qu’une vérité : celle enseignée par la religion catholique de toujours, un texte pareil prend une valeur et un sens qui contrastent fort avec tout l’arsenal préparé pour l’évangélisation des « non-chrétiens ». A moins d’y voir une arrière pensée conciliaire, vouant cette liberté de conscience aux juifs, et cet arsenal de christianisation aux musulmans ! « Il nous faut évangéliser le monde »   est, en fait, le critère majeur et tenace, telle paraît la raison du Concile, réuni grâce à la vision du pape Jean XXIII : « Une inébranlable invitation à la conversion » !
 
Depuis Vatican II, les chrétiens se sont laissés persuader qu’un esprit nouveau soufflait sur l’Eglise, sans trop se soucier de vérifier en quel sens était orientée cette impulsion nouvelle. Cela n’empêche que ce Concile a constitué un des évènements les plus marquants de la vie de l’Eglise, en général, et le plus important au cours du XXe siècle. Alors que les conciles précédents n'étaient convoqués qu'en raison des dangers que faisaient courir à l'Eglise des "déviations" et des "imprécisions doctrinales", internes et externes, auxquelles il fallait porter remède… Ces conciles étaient donc le recours d'une église doublement menacée...
 
Bien avant sa clôture, le 8 décembre 1965, on assista à la création d’institutions nouvelles, qui avaient à concrétiser les lignes de forces dégagées de ces réunions : En janvier 1964 fut créé le « Conseil pour la liturgie », artisan de la réforme en ce domaine ; en mai 1964 fut institué le « Secrétariat pour les religions non-chrétiennes » ; en octobre 1965 fut annoncée la création du « Synode des Evêques », et en août 1966, le motu proprio « Ecclesia sanctae » traduisait, en action, les principales décisions du Concile. Quant au Saint-Office, autrefois connu sous le nom de « Congrégation de l’Inquisition », il avait été réformé dès le 7 décembre 1965, en prenant le nom de « Congrégation pour la doctrine de la foi ».
 
Ce n’est donc pas sans raison que ce Concile fut désigné comme étant le premier concile « agressif » dans l’histoire de l’Eglise, tous les précédents s’étant occupés soit à trancher des litiges doctrinaux, à imposer des questions doctrinales ou disciplinaires, soit à dénoncer des « déviations » et à combattre des « erreurs » qui représentaient de vrais dangers pour la vie de l’Eglise romaine, comme on vient de le voir. Ce n’est pas sans raison, aussi, que deux tendances découlèrent : conservateurs et progressistes, réformistes et antiréformistes, partisans d’un aggiornamento pastoral, et ceux qui le trouvent inopportun, dangereux, et vont jusqu’à y voir la fin d’une chrétienté. Car d’un côté, l’aggiornamento désigne une mise à jour, et une mise à jour désigne un changement dans l’attitude de l’Eglise, surtout dogmatique et quitte à les contredire ; d’un autre côté, ce terme italien a été choisi afin d’éviter l’emploi de « modernisation », autrement dit : changement des textes sacrés.  Un terme surchargé de mauvais souvenirs, que ce soient ceux de la crise moderniste du début du XXe siècle, ceux de la Réforme protestante ou le schisme insurmontable qui en découla.
 
Le travail de rénovation de l’Eglise, entrepris par le Concile visait, en fait, une meilleure adaptation au monde moderne, - de son point de vue. Une adaptation qui semble apparemment être le contraire de l’attitude fondamentaliste, lors de la crise de la modernité, alors qu’en réalité c’est d’une plus forte prise de position qu’il s’agit, puisque l’Eglise se montre disposée à contredire deux mille ans d’histoire, de remaniements et d’énormes élaborations, pour réaliser ses immuables optiques de concessions pour les Juifs, et d’évangélisation pour les religions non chrétiennes !...  L’enjeu du Concile était donc, comme le dit "poliment" J. Thomas : « Un renouveau de l’Eglise grâce à une prise de conscience plus claire de sa réalité profonde afin de la rendre plus apte à porter l’Evangile au monde d’aujourd’hui » (Le Concile Vatican II, p 29).  Jamais encore il n’avait été traité des prêtres et de leur formation, de l’apostolat des laïcs et de leur rôle dans l’évangélisation, ni de la constitution sur l’Eglise consacrée à la Vierge Marie, ni de l’activité missionnaire de l’Eglise envers les non chrétiens, tout particulièrement les juifs, ni de la liberté religieuse ou de l’Eglise dans le monde de notre temps... Autant de thèmes suscités et tranchés pour la première fois dans l’histoire des conciles. D’ailleurs les sanctions qui ont été prises contre Mgr Lefebvre et son séminaire d’Ecône, pour avoir accusé le Concile, sont fort révélatrices.
 
Vatican II se voulut une étape décisive qui engage l’Eglise romaine, de manière irréversible, sur le chemin de l’« unité » grâce au dialogue : Le dialogue avec toutes les confessions chrétiennes, qui ne sont plus des « hérétiques » ou des « schismatiques », mais devinrent des « frères désunis » tout en soulignant que seule l'Eglise catholique est digne de vie ; et le dialogue avec les « non-croyants », qui change d’appellation aussi pour devenir le fameux « dialogue interreligieux » ! Autrement dit, une « unité » et un dialogue qui visent à éliminer autrui, sous des appellations variées…
 
L’inculturation de l’Evangile, « purifiant et épanouissant toutes les cultures » devient obstinément, d’après ce Vatican II, parti immuable de la mission de l’Eglise et de son activité missionnaire, en vue de la naissance d’églises nouvelles, dans des pays nouveaux, quel que soit le prix ! Et les documents du Concile de préciser : « Evangéliser, c’est travailler à humaniser le monde... L’Eglise ne doit être présente au monde qu’en acte d’évangélisation. Rien ne peut donc lui être étranger de tous les moyens modernes qui facilitent cette présence active, spécialement dans le domaine des communications sociales » ! Est-il besoin de souligner le manque de courtoisie de cette drôle de myopie, de cette choquante expression d’« humaniser le monde », comme si le monde ne saurait être humain sans ce christianisme tant de fois manié et remanié à travers les âges et qui finit par être une religion man-made.
 
Les pères conciliaires, auteurs de ces textes, se sont-ils jamais demandé pourquoi, aujourd’hui, il est difficile de croire au christianisme ?! Qu’est-ce qui a vraiment donné lieu à la laïcité qui se propage lentement mais sûrement ?! Qu’est-ce qui a vraiment causé ces effondrements spectaculaires, cette chute brutale de la courbe des vocations, des départs des prêtres et des religieux, qui quittent l’Eglise sur la pointe des pieds ou comme certains l’appellent : « Cette hémorragie silencieuse de l’Eglise », et surtout cet athéisme qui gangrène une grande partie de l’Occident ?! Un athéisme triomphant dans un monde marqué par l’abondance, le matérialisme et le dévergondage... Se sont-ils jamais demandés pourquoi le scandale d’une Eglise divisée devient éclatant dans le domaine missionnaire ?! Pourquoi des confessions opposées rivalisent pour s’attirer de nouveaux membres dans leurs églises, que ce soit en Afrique ou en Asie ? Il est vrai que les missions protestantes, du XIXe siècle, ont poussé ce problème au premier plan, mais de nos jours, les contradictions ne deviennent pas seulement insurmontables, mais révoltantes et répugnantes à la fois, par le seul fait de vouloir obstinément imposer à  tout prix, des conceptions illogiques, inconcevables et inadmissibles, auxquelles  même les adeptes n’y croient plus !
 
Un coup d’œil jeté sur le texte élaboré, pour les relations avec les musulmans, révèle à quel point manque de probité et hypocrisie priment comme arrière-pensées ou orientations :
 
Au cours de l’intersession de 1964 et, traitant des relations de « ceux qui n’ont pas encore accepté l’Evangile », la commission du schéma sur l’Eglise introduisit dans le chapitre II, le Peuple de Dieu, au numéro 16, le texte suivant, après les quatre lignes concernant les juifs : « Ne sont pas non plus étrangers à la Révélation faite aux Pères les fils d’Ismaël qui, reconnaissant Abraham pour père, croient aussi au Dieu d’Abraham ». 
 
Une note précise que ces « fils d’Ismaël » étaient les musulmans ! Inutile d'attirer l'attention sur l'attitude double face des révérends pères qui préparaient la rédaction de ce texte. Une sous-commission spécialisée dans les problèmes du monde musulman fut chargée de rédiger un paragraphe spécial sur l’Islam pour la Déclaration finale. Le paragraphe concernant les musulmans disait :
« Poussés par cet amour envers nos frères, nous considérons avec un grand respect les opinions et les doctrines qui, tout en différant des nôtres en bien des points, reflètent souvent un rayon de Vérité qui illumine tout homme venant en ce monde. Ainsi comprenons-nous aussi, tout d’abord, les musulmans qui adorent le Dieu unique, personnel et rémunérateur, et qui nous sont plus proche par le sens religieux et les nombreux échanges de la culture humaine ». Mais le texte fut modifié plusieurs fois.
 
Vu l’étendu de l’entreprise missionnaire, un Secrétariat pour les non-chrétiens fut créé en 1964, auquel a été adjoint, le 1r mars 1965, un sous-secrétariat pour l’Islam, le premier et le seul de son espèce !
 
Le 6 août 1964, Paul VI appliquait sa Charte du dialogue aux religions non-chrétienne, dans l’encyclique Ecclesiam suam, où il adresse un mot concernant les « adorateurs de Dieu selon la conception de la religion monothéiste, musulmane en particulier, qui méritent admiration pour ce qu’il y a de vrai et de bon dans leur culte de Dieu » ! Inutile de souligner le parti prit avec lequel l’Islam est abordé, en prenant soin de l’éliminer de tout ce qui fait de lui la seule des trois Révélations monothéistes dont le Texte Sacré, Révélé, demeure intacte et sans la moindre manipulation !
 
A la troisième session, en septembre 1964, deux textes furent présentés sur l’Islam : Un concernant le schéma de l’Eglise, un autre, la Déclaration finale. Le premier, comprenant cette phrase ci-haut mentionnée, de deux lignes et demi de long, contenant le passage sur les « fils d’Ismaël », rencontra une forte opposition lors du vote sur les amendements. Que s’était-il passé ? Voyons ce qu’en dit le père R. Caspar, qui rédigea le commentaire sur le texte du travail conciliaire : « De l’examen des modi, il ressort que le texte proposé, malgré sa modération (« ne sont pas étrangers à la Révélation faite aux Pères »), pouvait faire préjuger de la solution de questions difficiles et fort débattues, comme la filiation historique des Arabes à partir d’Ismaël, et surtout le   rattachement    de   l’Islam à la Révélation biblique. »  (p. 205)
 
Le texte proposé comportait : « Le propos du salut embrasse aussi ceux qui reconnaissent le Créateur, et en premier lieu, les musulmans qui, professant avoir la foi d’Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, qui jugera les hommes au dernier jour » (LG, ch. II, n° 16)
 
Il est bien significatif de lire la fin de la note n° 8 p. 207, dans laquelle le père Caspar écrit : « Après avoir abordé le thème de la latinisation du mot « muslim », il indique, enfin rappelons qu’il faut abandonner l’ancien vocable de mahométan, qui choque les musulmans. Ils se veulent les fidèles de Dieu, « soumis » à lui seul, et non à Mohammed. Pour ce dernier mot aussi, il serait bon, malgré l’usage établi, d’adopter un vocable moins déformé que Mahomet » ! Et pourtant, l’« usage » l’emporte, car jusqu’à présent cette latinisation malintentionnée et distordue continue, non seulement avec le nom du Prophète, mais aussi les noms de tous les savants arabes, sur les travaux desquels s'édifia la Renaissance européenne.  Attitude préméditée qui continue, jusqu’à nos jours, et se perpétue avec la latinisation des noms propre en Algérie, depuis l’inextricable occupation française.   
 
Il est intéressant de lire le texte élaboré par ce secrétariat, pour voir de près à quel point tartuferie et simulation abondent dans ce premier texte du Magistère officiel qui, dans l’histoire de l’Eglise, traite de l’Islam :
 
« L’Eglise regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes, et aux décrets duquel, même s’ils sont cachés, ils recherchent à se soumettre, comme s’est soumis à Dieu Abraham, auquel la foi musulmane se réfère volontiers. Bien qu’ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent cependant comme prophète ; ils honorent Marie, sa mère virginale, et parfois même l’invoquent avec ferveur. De plus, ils attendent le jour du jugement, lorsque Dieu rétribuera tous les hommes ressuscités. De là, ils rendent un culte à Dieu, surtout par la prière, l’aumône et le jeûne. Ils s’efforcent aussi de mener, en obéissance à Dieu, une vie morale, aussi bien individuelle que familiale et sociale.
« Si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont élevées entre chrétiens et musulmans, le Concile les exhorte tous à oublier le passé, à s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, et à garder et promouvoir en commun, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté » !!
 
Notons tout d’abord que l’Islam est inséré entre les grandes religions asiatiques, nées sans contact avec le christianisme et la religion juive, dont les liens avec ce dernier sont admis ! Pourtant, nul n’ignore que l’Islam a été Révélé en Arabie, entourage direct de la Palestine et du Sinaï. Bien plus, l’Islam a été Révélé, comme troisième et dernière Révélation du monothéisme, après la déviation des deux premières : l'une en reprenant le veau et en tuant les prophètes, l'autre en tombant dans l'associationnisme et le polythéisme.
 
La Déclaration ne dit rien du statut religieux de l’Islam par rapport au christianisme. On a vu, plus haut, comment le Concile avait rejeté la première formulation qui faisait mention du lien entre la « Révélation faite aux Pères » et l’Islam. Il est triste de voir comment le père Caspar, dans son commentaire du texte, continue, là, à prendre position avec cette attitude qui dénote un parti prit déclaré, un manque de probité historique en disant que « l’Islam prétend se rattacher à Abraham (par Ismaël ?) par-delà le Judaïsme et le Christianisme » (p. 212).  Est-il besoin de dire que l’Islam se rattache directement à Abraham, par son fils aîné, Ismaël, au temps duquel le signe de l’Alliance (la circoncision) a été ordonné et appliqué ?  Pour ceux qui ont besoin de le savoir, son fils Kédar est l’arrière-grand-père du Prophète Muhammad.
 
Par contre, il est étonnant de voir comment tous les faits qui représentent des points d’accusations contre les élaborations du christianisme à travers les conciles, sont « reconnus par tous les spécialistes », comme dit le père Caspar, mais c’est une reconnaissance gardée sous le boisseau ou entre ecclésiastiques ! Signalons que, dans son Epîtres aux Galates 4 : 21-31, Paul établit le parallélisme entre Ismaël et les Juifs, d’un côté, Isaac et les chrétiens, de l’autre.  Toutefois, il est décevant de voir comment Paul prétend qu’Ismaël, « enfant de la chair, persécutait l’enfant de l’esprit » (Isaac), alors que selon la Genèse, 21 : 9, on apprend que Sara, voyant en Ismaël un rival pour son fils, exige l’expulsion d’Agar !
Dès le début, le texte de la Déclaration est introduit par une formule assez imprécise : « L’Eglise regarde aussi avec estime », alors que le premier projet parlait de « grand respect ».
Les noms divins qui y sont cités ont été « soigneusement choisis » pour deux raisons, comme dit père Caspar, d’abord « parce qu’ils sont substantiellement conformes aux noms divins dans le christianisme, ensuite, parce que leur contenu, et surtout leur énoncé en arabe, ont un profond retentissement chez l’auditeur musulman » (p.217)  
 
Le même procédé de trie et de précaution, pour éliminer de l’Islam toute appartenance à la Révélation, s’opère pour le dernier nom divin « qui a parlé aux hommes ».  La commission théologique ne l’a pas retenu du premier projet, car « par cette dernière incise on pourrait facilement comprendre que Dieu a parlé aussi par Mohammed » !! C’est pourquoi la référence aux prophètes fut supprimée, car, comme le dit père Caspar, elle « sépare radicalement tous les théismes, fruits de l’effort humain, rationnel ou nom, des religions qui se veulent le fruit d’une Parole divine personnelle, d’une révélation au sens strict » (p.218). Et un peu plus loin d’ajouter : « Ainsi le Concile a décrit le Dieu de l’Islam en choisissant des traits essentiels à la foi musulmane et analogues à ceux du Dieu du Christianisme. D’autres traits auraient pu accuser les différences au lieu des analogies », - ce qui ne faciliterait point les travaux d’évangélisation !
 
En ce qui concerne Abraham, modèle de la foi musulmane, qui précise de s’en remettre entièrement et en toute confiance à Allah, le premier texte où il est fait mention des fils d’Ismaël, qui reconnaissent Abraham pour père et croient aussi au Dieu d’Abraham, a été éliminé car il semblait trop affirmatif en ce qui concerne la filiation à partir d’Abraham et son personnage même tel qu’il est décrit dans le Qur’ân. Le texte définitif se limite à décrire la foi musulmane telle que la conçoivent les musulmans eux-mêmes, et situe Abraham « non pas comme ancêtre généalogique des arabes musulmans, mais comme type et modèle de la foi musulmane par sa soumission à la volonté de Dieu » (p.221). Type et modèle, et rien d’autre.
 
Il est décevant de voir cet endurcissement obstinément inébranlable de l’Eglise à vouloir imposer la divinité de Jésus, alors qu’elle est la première à savoir comment cette « déification » a été élaborée et férocement imposée à travers les premiers siècles. Nul n’ignore combien elle fut la cause directe de tant de divergences, de tortures, de massacres, et surtout tant de discordent qui perdurent jusqu’à nos jours. C’est pourquoi cette phrase du texte de la Déclaration est tellement révélatrice : « Bien qu’ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète ».  Est-il lieu de dire que ce n’est pas l’Islam seulement qui considère Jésus comme prophète, mais c’est Jésus lui-même qui n’a cessé de le répéter, sous diverses formes, tel qu’on le verra un peu plus loin.
 
De même, il est aussi décevant de lire dans cette Déclaration, la parcimonie avec laquelle est présenté ce qui concerne la Vierge Marie : « Ils honorent sa mère virginale, Marie, et parfois même l’invoquent avec piété » ! Quand on lit une phrase aussi escamoteuse concernant la place qu’occupe la Vierge Marie dans le Qur’ân, on ne peut empêcher un dédain qui ne porte atteinte qu’à ceux qui continuent à dissimuler les données qur’âniques. Car, contrairement aux juifs, qui accusent Marie d’adultère, et, disons-le en passant, qui ne se sont même pas donné la peine de s’excuser ou de se rétracter après avoir été réhabilités par ce même Concile, le Qur’ân consacre à Marie tout une Surah, qui porte son nom, outre des passages dans lesquels elle est présentée comme étant élue, purifiée et choisie, d’entre toutes les femmes contemporaines, pour avoir préservée sa chasteté ! Inutile d’ajouter qu’elle occupe une place beaucoup plus grande et beaucoup plus honnête que celle qu’elle occupe dans les évangiles où, même Jésus, la place parmi ceux qui n’observent pas les commandements de son Seigneur, et finit par la sommer, en disant ce fameux : « Que veux-tu, femme » !   
                    
Ce que les tenants de l’Eglise se refusent de saisir est que, vue l’absolue transcendance d’Allah, son absolue Unicité, il est tout à fait normal que la déification de Jésus soit refusée par les musulmans, et que la mariologie chrétienne, qui a commencé tardivement d’ailleurs, ou son appellation de « Mère de Dieu » soient catégoriquement rejetées par l’Islam.
 
Le même tri s’opère concernant la morale, citée dans le premier projet : « Ils s’efforcent aussi de mener, en obéissant à Dieu, une vie morale, aussi bien individuelle que familiale et sociale », qui rendait mieux compte de l’investissement total de la vie du musulman par les impératifs moraux. Elle a été abrégée en ces quelques mots : « Aussi ont-ils en estime la vie morale » ! Ce qui mène le père Caspar à écrire : « Tous ceux qui ont vécu au contact réel et intime avec la société et les familles musulmanes savent bien que les valeurs morales, celles des rapports entre les époux et celles des rapports entre parents et enfants, sont souvent réalisées avec humanité et dévouement » (p.228).
 
On ne peut que regretter, de concert avec le père Caspar, qu’un texte qui tente de « résumer la doctrine musulmane en quelques lignes, soit très incomplet. Des pans entiers de l’Islam sont laissés à l’ombre : le rapport de la liberté humaine avec la toute-puissance divine, la mystique musulmane, les échanges culturels dont parlait le premier texte, etc. »
 
Le passage invitant au dialogue escamote, à son tour la réalité : « Si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, le Concile les exhorte tous à oublier le passé ». Il aurait été plus correct, pour ne pas dire plus honnête de dire : « de la part des chrétiens contre les musulmans », car les musulmans n’ont jamais commencé une attaque contre les chrétiens. Les prescriptions du combat (le petit Jihâd) défendent de commencer une attaque, et précisent que la réponse ne dépasse point le degré ou le niveau de l’attaque. Les croisades, les missions, les conversions forcées et les colonisations n’avaient et n’ont, comme but, entre autres, que d’imposer la chrétienté. Tout ce que le monde musulman a souffert et souffre encore, à cause de cette tyrannie obsessionnelle, ne peut pas être éliminé par un simple oubli.
 
C’est à l’Eglise de cesser de s’imposer et d’imposer la théologie qu’elle a élaborée, à travers les conciles, et qu’elle ne cesse, d’ailleurs, de remanier jusqu’à nos jours. Que peut-on dire de tout le travail de ce Concile, en matières dogmatiques et autres, si ce n’est un changement à tout prix, rien que pour mieux faciliter l’intégration d’autrui ? Un changement qui ne cesse de créer de nouveaux problèmes contradictoires et insurmontables comme d’habitude, tel qu’on le verra plus loin, surtout en ce qui concerne la réhabilitation des juifs. Réhabilitation à propos de laquelle R. Aubert écrit « Le Secrétariat pour l’unité, au terme d’une campagne intensive d’informations, réussit à convaincre les gouvernements arabes de la portée purement religieuse de la déclaration projetée sur les juifs » (Dict. de l’hist. du christianisme, p. 1052).
 
La « compréhension mutuelle », est aussi une expression mal placée, car les chrétiens, ou la chrétienté, ou les tenants de l’Eglise, refusent obstinément de voir la réalité vécue, la réalité qu’ils ont faite de leurs propres mains, à travers les siècles. L’Islam n’a été Révélé que parce que le message monothéiste, Révélé à Jésus, a été manipulé. Ce sont des faits prouvés, qui ont eu des conséquences historiques, qui ont finit par ébranler les arcanes de ce christianisme qu’on change ou adapte à volonté pour un seul et unique objectif : s’imposer à tout le monde.
 
Inutile de citer les crises théologiques et les remaniements qu’ont opéré les missionnaires pour faciliter l’adhésion de nouveaux convertis... La crise en Chine, au Japon, ou en Afrique, où les mœurs et les traditions locales, contraires aux dogmes, s’imposent. Et l’Eglise accepte, pourvu que le chiffre des adeptes augmente. Cela semble être de tradition ecclésiale, commencée avec saint Paul annulant la circoncision et instaurant le baptême pour mieux faciliter l'adhésion de nouveaux adeptes !
 
D’ailleurs, ce que dit le père Caspar va dans la même tendance ancestrale : « Une formulation adéquate du Christianisme à l’intention de l’Islam, exigerait une refonte des formules, en tenant compte des valeurs religieuses authentiques que véhiculent le Coran et la théologie musulmane » !
 
Changer apparemment et nonchalamment les dogmes chrétiens, pour mieux les faire ingurgiter au monde musulman, ne résoudra point le vrai problème ou plutôt les vrais problèmes qu’a créés ce Concile, à commencer par celui du dialogue, puisque c’est le problème qui nous intéresse ici, en premier lieu, et qui constitue le motif des « guerres par morceaux » contre les musulmans, comme le dit parfaitement le pape François, en toute connaissance de causes.
 
 
 
                                                                                                  Zeinab ABDELAZIZ
 
                                                                                                  Le 12 novembre 2017
 
 
 
 
 
 
 


Dimanche 12 Novembre 2017


Commentaires

1.Posté par YYY le 12/11/2017 14:24 | Alerter
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Merci Mme Zeinab ABDELAZIZ, vos travaux sont intéressants et importants.

Abraham (as) avait 3 épouses, il y a eu 3 Livres Saints descendus après lui.
Les vérités font surface, cela vient confirmer le verset suivant:
Sourate La Famille Imran/Ali Imran S3 V65
بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ
يَا أَهْلَ الْكِتَابِ لِمَ تُحَاجُّونَ فِي إِبْرَاهِيمَ وَمَا أُنْزِلَتِ التَّوْرَاةُ وَالْإِنْجِيلُ إِلَّا مِنْ بَعْدِهِ ۚ أَفَلَا تَعْقِلُونَ

ô gens de la pensée du Livre, pourquoi disputez-vous au sujet d'Abraham, alors que la Thora et l'Evangile ne sont descendues qu'après lui ? Ne "raisonnez-vous pas /ne reconnaissez-vous pas /ne devenez-vous pas raisonnable ?

Allah guide celui qui implore Al-Lah

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