Géopolitique et stratégie

DIALOGUE: SES ENJEUX MÉCONNUS


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Samy BOSONGO
Samedi 16 Avril 2016

DIALOGUE: SES ENJEUX MÉCONNUS
Le dialogue politique congolais a connu un regain d’intérêt avec la confirmation depuis la publication du communiqué de l’Union africaine, UA, du 6 avril 2016 qui faisait état de la nomination du sage africain Edem Kodjo en tant que facilitateur du dialogue. Une nomination suivie de plusieurs réactions de la part des sensibilités politiques congolaises mais qui ne se sont pas écartées de ce qui était déjà connu. Les pro-dialogue, parmi lesquels UDPS d’Etienne Tshisekedi, l’opposition républicaine, la MP, etc. ont salué cette nomination tandis que les opposants au dialogue, qui se recrutent essentiellement du Front citoyen 2016, se disent non-concernés tant par la nomination d’Edem Kodjo que par le dialogue.

Un autre événement en rapport avec le dialogue est l’appui annoncé depuis le mercredi 13 avril courant de la Monusco au dialogue. Un appui que la mission onusienne a fait connaître de la bouche de son porte-parole lors de sa conférence de presse hebdomadaire. Une annonce d’appui aux efforts d’Edem Kodjo qui ne fait que confirmer ce qui avait déjà été rendu public dans le communiqué conjoint du 16 février 2016 de l’UA, de l’ONU, de l’UE et de l’OIF, par lequel ces quatre organisations internationales conjuraient la classe politique congolaise à s’assembler autour d’une table d’échanges pour assurer, dans le respect de la Constitution, la poursuite du processus électoral dans une atmosphère de paix. Plus tard, la résolution onusienne, 2277, n’interdira pas le dialogue en dépit de la précision que ses résolutions devraient respecter la Constitution congolaise.

Procès contre le dialogue

Le procès contre le dialogue le plus répandu est qu’il va cautionner le glissement, avalisant le non-respect de la Constitution, partant le non-respect du délai constitutionnel pour la présidentielle et les législatives qui devraient avoir lieu au dernier trimestre de l’année en cours. Cette accusation méconnaît les réelles difficultés qu’il y a à respecter ce délai constitutionnel maintenant. Prétendant lutter pour le respect de la Constitution, les opposants et quelques organisations de la société civile congolaise regroupés au sein du Front citoyen 2016 et d’autres plates-formes de l’aile radicale de l’opposition au régime congolais actuel, rejettent aussi bien le facilitateur du dialogue que le dialogue lui-même. Pour Joseph Kabila pourtant, dans son discours du 28 novembre 2015 annonçant le dialogue, ceci est le remède aux divergences grandissantes sur le processus électoral au fil des jours qui risquaient d’écrouler la citadelle nationale si rien n’était fait pour les contenir. Pour l’UDPS, le dialogue était la voie royale de résorption de la crise qui a suivi les élections couplées du 28 novembre 2011.
Le dialogue est, en somme, voulu, par le régime comme des assises durant lesquelles toutes les questions de la bonne posture générale de la RDC doivent être abordées, y compris celles sur le processus électoral qui ne doit pas être suivi de crise et qui doit être complet et évoluer de la base au sommet.

La RDC à la croisée des chemins

Bien d’analyses avertissent les Congolais qu’ils sont à la croisée des chemins. Citons l’un d’eux, le géopoliticien belge Luc Michel, qui a déjà révélé que « Toute force politique ou sociale, tout politicien qui ouvre aujourd'hui une crise en Afrique sur les thèmes de l'agenda américain (les soi-disant "bonne gouvernance", "intangibilité des constitutions", "alternance" etc) démontre qu'il travaille, consciemment ou pas (mais depuis un an personne ne peut dire "je ne savais pas"), pour le néocolonialisme américain. », Ndlr : http://www.alterinfo.net/OUI-LE-BALAIS-CITOYEN-ET-SES-CLONES-PARTOUT-EN-AFRIQUE-SONT-DES-MERCENAIRES-AU-SERVICE-DES-AMERICAINS-ET-DE-LA_a117532.html. Il est intéressant de noter combien ce que dit le géopolitien belge cadre avec ce qui est dit sur le néocolonialisme. En effet, sous la rubrique des méthodes du néocolonialisme, il est dit que « Le néocolonialisme se décline en plusieurs approches. En lieu et place d’un contrôle militaire officiel, les puissances néocolonialistes utilisent des prétextes humanitaires et démocratiques pour justifier la présence militaire. », ndlr : http://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9ocolonialisme.
L’agenda des impérialistes en RDC a été lui-aussi dévoilé par un autre géopolitien belge, Tony Busselen, spécialiste de la région de Grands Lacs africaine. Pour lui, « … Les gouvernements occidentaux ont développé des stratégies pour « gérer » la colère des peuples et en même temps « accompagner la relève de leur personnel politique ». Les dirigeants peuvent changer, mais leur politique pro-occidentale doit continuer. Nous avons ainsi vu comment les Etats-Unis et l’Europe ont essayé « d’accompagner » le printemps arabe en Egypte, Lybie et la Syrie…», Ndlr : http://www.michelcollon.info/Les-USA-ont-un-agenda-cache-en.html?lang=fr.
Les stratégies utilisées sont l’instrumentalisation du réseau d’ONGDH congolais( ASADHO, Amis de Nelson Mandela), des leaders d’oppositions( Martin Fayulu, Vital Kamerhe, Moïse Katumbi et les autres invités à la messe noire de l’île de Gorée) et la création de louches et pseudo mouvements citoyens, Lucha et Filimbi. Pour gérer la colère du peuple congolais en l’intoxiquant avec des sophismes et des impostures du genre publication de Forbes sur la fortune de Joseph Kabila et les fuites du Panama Papers. Tous ces opposants ont été regroupés au sein de la structurelle tactique et conjoncturelle appelée Front citoyen 2016. Il est intéressant de noter ce qu’en dit aussi ce qui est dit sur le néocolonialisme : « Certains polémistes qualifient également de néocolonialisme l'attitude actuelle qui consiste à s'ingérer dans les affaires politiques d'un pays du tiers-monde au nom de la paix, démocratie, droits de l'homme... L'expansion des ONG humanitaires, nées du droit d'ingérence humanitaire reconnu par l'ONU, est parfois perçue par les théoriciens du complot comme une stratégie des pays occidentaux d'étendre leur influence et d'imposer leurs idées à l'ensemble du monde. Les réseaux d'ONG, directement au contact de la population auraient le rôle non avoué de galvaniser le peuple contre certains régimes …des pays en développement. », Ndlr : op cit.
Il est compréhensible que dans le cas congolais, la classe des prédateurs impérialistes pèse de tout son poids et a mobilisé des gros moyens et alerté ses armadas de sédition. Le dialogue aurait, à cette latitude, le mérite d’aider les Congolais à contourner les injonctions impérialistes basées sur les alibis connus afin d’aider les Congolais à se préserver, ne fût-ce que relativement, des effets pervers de l’impérialisme qui n’a plus honte de se déployer en plein jour. Les Congolais peuvent, s’ils le veulent, s’entendre pour un modus vivendi de gérance du pays après 2016 qui les préserve des serres des rapaces impérialistes. En s’opposant fermement au dialogue, les prétendus opposants radicaux, regroupés dans le nébuleux épouvantail du Front citoyen 2016, montrent combien ils courbent l’échine face aux prédateurs impérialistes. Nous l’avons, en plusieurs articles antérieurs, démontré.
Rien ne saurait mieux conclure l’approche de cette thématique que l’analyse de Tony Busselen : « Cette habitude de lancer de beaux discours, mais en même temps employer deux poids deux mesures cache la vérité : dans tous les cas, ce sont les intérêts et l’agenda géostratégique étasuniens qui prévalent. Non, Lumumba avait raison. La démocratie pour le peuple congolais, sera le résultat du combat du peuple congolais pour sa liberté et absolument pas de l’action des gouvernements occidentaux qui ont bien leur agenda et leurs intérêts à défendre en RDC. Au lieu de l’hypocrisie « pas de démocratie sans alternance » d’Obama, il faut défendre « pas de démocratie sans souveraineté » en Afrique. » et « Et on peut bien décrire les choix politiques devant lequel le peuple se trouvera les années à venir : ou bien on se bat et on choisit de garder et surtout d’approfondir les progrès qui ont été faits au cours de la dernière décennie en ce qui concerne, la paix, l’unité et la souveraineté du pays, son indépendance et son ouverture décomplexée envers le monde et enfin sa croissance et redynamisation économiques. Ou bien les forces gagnantes seront celles qui plaideront pour le retour résolu vers une alliance avec les Etats-Unis et l’Union Européenne, le renforcement du régionalisme et des intérêts particuliers. Dans le premier cas, on assistera à une évolution vers l’émergence de la RDC comme un pays fort, dans l’autre cas le chaos et la balkanisation menacent. », Ndlr : op cit.
Ainsi les enjeux méconnus du dialogue sont la recherche de l’identité et de la souveraineté congolaise et la volonté de contourner les diktats occidentaux qui ne visent que les intérêts des impérialistes notoires. Il ne sert à rien d’organiser n’importe comment des élections qui ne serviront qu’à légitimer l’arrivée d’une marionnette pure à la tête de la RDC. Car ce n’est pas parce qu’une personne autre que Joseph Kabila occupera la magistrature suprême que les prédateurs émousseront leurs ardeurs impérialistes contre le pays de Simon Kimbangu.
Samy BOSONGO

 


Samedi 16 Avril 2016


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