Sciences et croyances

Cupidité, science folle et mélamine



Vendredi 14 Novembre 2008

Cupidité, science folle et mélamine

Photo : Le Point.fr


Asia Times, Stephen Wong, 14 novembre 2008


    En Chine, le scandale de la nourriture contaminée à la mélamine est loin d'être terminé. Selon les dernières péripéties de l’affaire, le poison chimique a été découvert non seulement dans divers produits laitiers : lait pour nourrissons, formule chocolatée, jouets sexuels européens [sic, ndt], mais aussi dans des additifs largement utilisés dans la nourriture d’élevage pour volailles, poissons et bétail.


    Ce ne sont pas juste quelques vauriens. La piste de la cupidité et de négligence ayant permis à la mélamine, un produit chimique industriel toxique, de s’échapper de l'alimentation animale modifiée dans la chaîne alimentaire humaine, aboutit à présent à quelques-uns des scientifiques de Chine les plus hauts placés, dont nombre sont largement tenus d’avoir fait des milliards de profit personnel sur la sécurité publique.


    De récents rapports ont révélé que l’organisme de la haute recherche scientifique de Chine, l'Académie des Sciences Chinoise (CAS), a « découvert » dès 1999 que l'ajout de mélamine à la nourriture peut augmenter son taux de protéines. Pour leur part, les rapports affirment que des biologistes malhonnêtes ont profité de leur invention chimique, en promouvant depuis des années la vente de produits contenant de la mélamine, faisant même payer la formation sur la manière de les utiliser.


    En conséquence, la campagne nationale de grande envergure de Chine pour stimuler la science et la recherche scientifique est en cours de réexamen avec un œil sur la responsabilité sociale, et la possibilité de « frelatage économique » de tous les produits chinois.



Science inquiétante


    Le scandale a éclaté en septembre, après que du lait contaminé par de la mélamine ait tué quatre bébés et rendu malades pas moins de 60.000.


    Fin octobre, le scandale s’est propagé de l'industrie laitière à l’industrie de l’alimentation animale, quand les autorités de Hong Kong ont découvert de la mélamine dans des œufs importés de Chine continentale, la conséquence des aliments contaminés donnés aux poules. Des rapports ultérieurs sur la mélamine dans l'alimentation des porcs, vaches et poissons, ont fait redouter que la viande et les produits animaux puissent être contaminés.


    Xinhua, l’agence de presse d’État de Chine, a signalé mercredi que 1.272 enfants sont toujours hospitalisés en Chine avec au moins deux bébés en état grave. L’ingestion de mélamine peut provoquer des calculs rénaux et une déficience rénale chez les jeunes enfants.


    Mais des scientifiques disent que les signes d’alerte étaient évidents dès l'année dernière, quand de la mélamine dans des aliments pour animaux de compagnie Made in Chine ont tué des animaux domestiques aux quatre coins des États-Unis.


    « Vous ne pouvez distinguer les aliments animaux de ceux des animaux de compagnie et des gens, » a déclaré au Washington Post Marion Nestle, professeur de santé publique à l'université de New York et auteur d’un livre récent : Pet Food Politics: The Chihuahua in the Coal Mine. « C'est un énorme signal d'alarme. Si quelque chose n'est pas fait immédiatement pour assainir ce problème de sécurité alimentaire, il s’infiltrera dans l’alimentation humaine. »


    La Chine a utilisé la méthode Kjeldahl pour déterminer l'azote afin de mesurer les protéines dans les aliments, ce qui signifie que la teneur en protéines est évaluée par le taux d'azote. C’est un secret de Polichinelle en Chine que de la mélamine est rajoutée au lait et aux aliments pour animaux pour stimuler artificiellement leur taux d'azote. Ce n'est que récemment, après la révélation du scandale du lait contaminé, que la Chine a rendu obligatoire le test de la teneur en mélamine dans les denrées alimentaires.


    Bien que des producteurs sans scrupules de lait et de fourrage, et ensuite le gouvernement, aient été accusés publiquement de fabriquer et de vouloir étouffer l’affaire des produits contaminés par la mélamine, les consommateurs chinois en colère pointent maintenant du doigt les scientifiques.


    La prestigieuse CAS, financée par le gouvernement, a été parmi les premiers à être associée aux produits chimiques.


    Le mois dernier, des blogers chinois ont révélé que, dès 1999 une institution de la CAS a mis des annonces pour un additif de l'alimentation du bétail appelé « complément fourrager DH composite à haute teneur en protéines. » L'annonce affirmait que la technologie peut servir à fabriquer du « fourrages à haute teneur en protéines, en utilisant de l'azote organique et des catalyseurs. »


    L’Institut des Applications Technologiques de la CAS a vendu la technique pour 10.000 yuans (1.466 dollars), plus 5.000 yuan (700 dollars) supplémentaires pour la formation, selon la publicité. Cette information a été rapidement affichée sur les principaux sites et forums. Beaucoup pensaient que le « complément fourrager DH composite à haute teneur en protéines » est à base de mélamine.


    Cependant, la CAS a rapidement démenti l'accusation. Xiezhu Jiang, son porte-parole, a déclaré aux médias que l'enquête lancée par l'académie a montré que le supplément n'a rien à voir avec la mélamine. Sa thèse fut que la technique annoncée ne pouvait pas produire la haute température nécessaire pour produire la mélamine.


    Cependant, peu sont convaincu par cet éclaircissement, car l'enquête a été faite unilatéralement par la CAS. Sans observateur indépendant, les gens ont commencé à douter de l'objectivité des conclusions. Et tout en niant que le « complément fourrager DH composite à haute teneur en protéines » soit à base de mélamine, le porte-parole a aussi omis de faire connaître sa formule ou ses ingrédients.


    La CAS a aussi omis de mentionner qui a inventé la technique. Elle a seulement dit que Gao Yinxiang, le contact nommé dans la publicité, n’est pas un scientifique, ce qui implique qu’il n'est pas l'inventeur.


    C’est inexact. Dans une interview avec le Beijing Evening News, Gao a reconnu avoir pris part à la mise au point du produit. Le Beijing Evening News a démontré plus tard que Gao est un biologiste ancien directeur de l’Institut des Applications Technologiques de la CAS.


    Que la CAS ait délibérément caché l'identité de Gao n’est pas clair. Toutefois, le cours de l'enquête et les déclarations contradictoires ont assez fragilisé les explications de la CAS. Même dans les principaux journaux, les commentateurs ont exigé que la CAS fournisse des éclaircissements plus approfondis.


    En Chine, divers types d’« Essences de Protéines, » ou additifs augmentant le taux de protéines dans les produits, étaient facilement disponibles sur le marché.


    Chen Junshi, un chercheur du centre de contrôle et de prévention des maladies de Chine, a dit que le principal ingrédient de ces additifs d’« Essences de Protéines » est la mélamine. Le gouvernement chinois a commencé à interdire les « Essences de Protéines » après que de la nourriture à la mélamine ait tué des animaux de compagnie aux États-Unis l'an dernier. Gao a affirmé que son supplément n'est pas une « Essence de Protéines » mais est resté vague sur dont il s’agit exactement.


Encore des scientifiques sur le gril


    Peut-être qu’on ne saura jamais si la CAS a inventé le complément à la mélamine. Pourtant, la publicité en ligne a révélé un fait : Il y a neuf ans, dans un but lucratif, le gouvernement de Chine a financé la haute institution scientifique pour faire de la recherche sur les suppléments fourragers chimiques.


    Faire des additifs chimiques peut être hautement rentable. Les initiés de l’industrie disent que la mélamine valait seulement 600 à 800 yuans la tonne, mais que son prix pourrait bondir de 500%, jusqu’à 4.000 yuans la tonne dès lors qu’elle servirait dans des suppléments protéinés.


    Comme l’a signalé le Washington Post, « La mélamine sert à faire de l'engrais et du plastique, mais les usines qui la fabriquent normalement en vendent des morceaux à qui en veut. Ces morceaux servent souvent ensuite à faire des poudres protéinées pour corser la nourriture animale et sont délayés dans le lait pour passer le test des protéines. »


    Sur le Washington Post, un blog du 10 novembre intitulé The Mathematics of melamine, a publié un extrait d'article de Chemistry World, une publication de la Société Royale de Chimie du Royaume-Uni :

    La mélamine industrielle coûte environ 12.000 yuan [?, ndt] (1.765 dollars) la tonne, beaucoup plus que les 1.200 à 1800 yuan du prix du lait à la tonne. Mais la pratique du rajout de mélamine dans le lait est rentable, car un seul gramme par kg de lait suffit à élever la teneur apparente en protéines du lait en contenant moins de 27 grammes au kilo (la qualité du lait le moins cher en Chine) jusqu’à 31 grammes par kilo, la qualité la plus chère. Ainsi, pour 0,012 yuan (0,0018 centimes étasuniens), les producteurs peuvent augmenter illégalement le prix du litre de lait de 1,2 yuan (17,6 cents) à 1,8 yuan (26,5 cents). Quand le lait est dilué, le profit peut être encore plus grand.


    Incités par ces bénéfices, les biologistes ont développé avec empressement des compléments fourragers très bon marché à partir de produits chimiques, qui, selon des initiés de l'industrie, ne servent pas seulement pour la nourriture les vaches et les poulets.


    Selon Zheng Shixuan, le président du conseil d'administration du groupe fourrager Yuehai du Guangdong, l’« Essence de Protéines » sert dans l'industrie alimentaire depuis au moins cinq ans, au détriment de la santé publique. Dès 1994, les autorités sanitaires internationales avaient averti que la mélamine peut entraîner une insuffisance rénale mortelle.


    Gao n'était pas le seul scientifique soupçonné de faire des additifs fourragers à la mélamine. Selon le Southern Metropolis Daily, un autre institut de recherche dépendant de la CAS, le Centre Technique des Experts Supérieurs de la CAS de la province du Shanxi, a mis au point en octobre 2007 un supplément protéiné appelé « DH Essence de Protéine. » La description de ce supplément dit qu’en l’ajoutant à un produit il peut stimuler sa teneur en protéines de 160 à 200%. La CAS doit toujours s’expliquer sur ce complément.


    Wang Houde, un autre biologiste bien connu, a aussi été soupçonné d'avoir inventé un « supplément à la mélamine, » après que Wang, un blogger chinois, ait trouvé son nom dans une annonce de vente d'« Essence de Protéine. » L'annonce prétendait que cette « Essence de Protéine » est un produit breveté de Wang, et le décrivait comme une alternative fourragère peu onéreuse à haute teneur en protéines.


    Wang a démenti l'accusation. Il a dit que la technique a été développée par l'université de Nanjing en 1989 et que le Ministère de l'Agriculture n'a jamais interdit les suppléments fourragers industriels.



La suite du menu


    Le recours galopant aux additifs chimiques dans l’alimentation animale remonte à 1999. Selon Gao Yinxiang, la recherche et le développement d’additifs à haute teneur en protéines pour l'alimentation animale est un domaine à la mode chez les scientifiques depuis près de 10 ans, à cause de la pénurie de fourrage à cette époque.


    À partir de ce moment, il est difficile de définir le rôle exact joué par les scientifiques dans l'évolution du scandale de la mélamine. Pourtant, les scientifiques y ont certainement contribué en développant des alternatives protéinées dangereuses. Maintenant, nombre de Chinois demandent instamment aux scientifiques d’examiner leur conscience avant de faire des profits au détriment de la santé publique.


    La CAS peut ne pas avoir inventé les additifs à la mélamine. Toutefois, elle doit toujours expliquer au public pourquoi elle a développé, et continue à mettre au point, des suppléments alimentaires déclarés dangereux pour la santé par les experts.


    La saga de la mélamine et les réactions des parties intéressées, notamment des scientifiques, du gouvernement et des sociétés concernées, montrent un système qui continue à se dérober à ses responsabilités plutôt que faisant des efforts afin d’éviter la répétition d’incidents similaires.


    Sans surveillance efficace et responsabilité solide, les alertes alimentaires sont loin d'être terminées en Chine.



    Stephen Wong est une journaliste indépendant de Shanghai.



Original : www.atimes.com/atimes/China/JK14Ad01.html
Traduction libre de Pétrus Lombard pour Alter Info



Samedi 15 Novembre 2008


Commentaires

1.Posté par le voyageur le 15/11/2008 19:10 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

les Chinois sont trop nombreux et ils s'entêtent à faire des gosses
il faut pratiquer la dépopulation
mais sans que ça se voit trop, sinon les empêcheurs de décimer en rond rappliquent

2.Posté par Thanatos le 15/11/2008 20:51 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

"il faut pratiquer la dépopulation" belle parole que l'on croirait sortir de la bouche de Cousteau, Turner et bien d'autres. Oui dépeupler le monde certains fous sont sans doute obsédés par cela ! J'espère pour eux que dans leurs efforts pour dépeupler le monde, ils ne disparaîtront pas par la même occasion. Mais quand on ouvre la boîte de Pandore....

3.Posté par le voyageur le 17/11/2008 01:44 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

c'est ironique, mon cher Thanatos

4.Posté par neonoe le 17/12/2008 18:04 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Wouahh !
Quel commentaires !
Vraiment pour le moins deconcertant, ...
Et meme en y repensant ... Vraiment affligeant ...
Mais bon n' y pensont plus, ...
Quoi que ....
Aller ...
Revenons en a une eventuel pratique de la depopulation .
Trés bien, calquons nous sur la proposition de notre amis thanatos, a qui son voyages chez les trépassés a du blemir jusqu' a l esprits .

" Ralala ces salauds de chintocs..., il sont si nombreux et en plus leur elite est immorale ...
Au grand Dieu il faut supprimer ces affreux qui intoxiquent le monde entier a la melamine ."

Tres bien !

Mais n' oublions pas alors de les PCB, les hormones de croissances ou les OGM ( dangereux a la consomation ) de monsanto ( USA )
Ou sous un autre angle et plus proche de nous :
La declaration au info en 86 sur l arret du nuage nucléaire en Alsace ...

Consommation "is" consommation .

La cupiditée n a pas de frontiere .

Nouveau commentaire :

Actualité en ligne | International | Analyse et décryptage | Opinion | Politique | Economie | Histoire et repères | Sciences et croyances


Publicité

Brèves



Commentaires